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29 octobre 2018

Pensées intempestives (XI)

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"D'une façon plus générale, on peut dire que la représentation médiatique du monde, telle qu'elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu'est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu'elle est, souhaitent qu'elle soit ou redoutent qu'elle devienne. Autrement dit, les médias dominants et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie. Comme tels, ces instruments doivent être démontés et combattus avec vigueur et sans relâche  -ce que ne font malheureusement pas les organisations de la gauche institutionnelle, qui ont renoncé à la critique de classe et sont toujours prêtes à pactiser avec l'ennemi au nom de la bienséance républicaine, du réalisme politique et de la nécessité d'exister médiatiquement.

Peut-être objectera-t-on qu'il serait injuste de traiter en ennemis de classe tous les journalistes sans exception, puisque beaucoup d'entre eux sont les victimes de la perversion du système médiatique. Il serait facile de répondre, d'un point de vue sociologique, que l'établissement, le maintien et la reproduction des dominations sociales exigent un énorme travail collectif impliquant des myriades d'individus ; que le propre de toutes les institutions sociales, c'est d'embrigader tout le monde dans leur fonctionnement, dominants et dominés confondus, et qu'il serait peut-être temps, dans une société chargée d'histoire comme la nôtre, où l'on a appris depuis longtemps à rationaliser l'injustice et à planifier l'ignominie, que des citoyens se prétendant instruits, lucides et responsables réfléchissent sur leur propre participation au maintien du désordre régnant, à la façon dont leur tâche parcellaire ou ponctuelle s'inscrit dans un processus global, et donc qu'ils s'interrogent sur les ordres qu'ils reçoivent, sur ceux qui les donnent, et sur toutes les conséquences que leur exécution peut entraîner. Quand la monstruosité du système qu'on sert est devenue évidente, l'excuse consistant à dire qu'on ne savait pas ou qu'on ne savait pas faire autrement n'est plus acceptable. Certaines et certains journalistes ont l'intelligence de le comprendre et le courage de se battre. Honneur à elles et à eux. Il appartient aux autres de suivre leur exemple."

 

[Alain ACCARDO, Pour une socioanalyse du journalisme, Agone, Marseille, 2017, pages 6-8]

 

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