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28 novembre 2019

Chute de feuilles [26]

 

« Il avait toujours tournoyé autour du Kremlin pour le moins autant de faux bruits et de chuchotements que d’hirondelles au-dessus de ses tours par un beau jour d’été. Alors, que dire de l’époque actuelle où depuis bientôt huit ans, c’étaient les dirigeants du prolétariat mondial qui y siégeaient ? A chaque pas, des paradoxes. Tenez, rien qu’à prendre la tour du Sauveur : elle porte toujours son nom, soit, mais elle est devenue un tout autre symbole. L’aigle à deux têtes couronne toujours son faîte, mais à midi, son carillon joue l’Internationale et à minuit Vous êtes tombés en victimes.

Le bruit court en ville que, dans un dessein inconnu, grandit sous le Kremlin tout un réseau de puits acoustiques secrets et de boyaux d’écoute. D’étranges racontars circulent sur la vie des Kamenev et des Staline, sur Démian Bédny, le poète de cour bolchévik installé porte à porte avec les potentats dans le bâtiment de l’ex-Arsenal, ce Démian Bédny que, calembourdant autour de son vrai nom, les écrivains de la capitale ont surnommé Démian Laquéiévitch Courtisan.

[NdT : Démian Bédny, pseudonyme, signifie Démian le Pauvre. Son nom véritable, Pridvorov, a pour étymologie : Courtisan]

Le sentiment d’étrangeté et d’angoisse n’a fait que croître lorsque, le principal occupant de la forteresse étant mort, on l’a embaumé et porté hors les murs dans un cercueil de cristal afin de l’offrir à la contemplation des foules. Par suite de quels insolites méandres de l’imagination ? Et comment les associer avec la philosophie matérialiste, ne serait-ce que celle d’Engels qui a disposé que l’on dispersât ses cendres dans l’Océan ? »

 

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