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25 décembre 2019

Chute de feuilles [53]

 

« Le matin de Noël était nuageux, sec et sans caractère. J’étais devant ma fenêtre à regarder le parc, irrésistiblement envahi, comme chaque année en cette circonstance, par le souvenir des Noëls blancs de mon enfance, lorsque la maison était surchargée de décorations faites par ma mère, que mon père passait des heures à quatre pattes pour essayer de localiser l’ampoule fautive qui empêchait notre arbre de s’illuminer, que nous ne bougions pas du tout l’après-midi, à guetter par la fenêtre l’arrivée de mes grands-parents qui venaient passer la veillée avec nous, pour rester jusqu’au Nouvel An. (C’est-à-dire les parents de ma mère, car nous n’avions rien à faire avec ceux de mon père ; en fait, je n’avais jamais entendu parler d’eux, aussi loin que remonte ma mémoire.) Durant ces quelques jours, l’atmosphère de notre maison, d’habitude si tranquille et contemplative, devenait vivante, turbulente même, et c’est peut-être à cause de ce souvenir  -et du souvenir de la blancheur fabuleuse qu’on était certain, à cette époque, de voir recouvrir notre pelouse-  qu’il y avait un air d’irréalité dans la grisaille silencieuse des Noëls auxquels j’avais dû tristement me résigner depuis quelques années.

Mais ce jour-là il y avait autre chose. Ni Fiona ni moi ne pouvions supporter la perspective des huit heures de programmes de Noël de la télévision, et, au milieu de la matinée, voilà que nous roulions dans une voiture louée en direction de la côte sud. Je n’avais pas conduit depuis une éternité. Par bonheur, il n’y avait pratiquement pas de circulation dans le sud de Londres, et, à part une Ford Sierra rouge évitée de justesse, et quelques éraflures après un choc bruyant avec la borne d’un rond-point à la sortie de Surbiton, nous parvînmes à la campagne sans incident grave. Fiona avait proposé de conduire, mais je n’avais pas voulu en entendre parler. C’était peut-être stupide de ma part, parce qu’elle se sentait (et paraissait) beaucoup mieux qu’elle n’avait été depuis des semaines, et je pense en outre que j’avais été beaucoup plus qu’elle perturbé par l’absurde malentendu concernant le résultat de ses analyses à l’hôpital, où elle s’était présentée pour apprendre que son rendez-vous avait été annulé, que quelqu’un avait dû lui téléphoner pour l’en prévenir, que le spécialiste qui était censé s’occuper d’elle était parti manifester contre la décision de l’administration de fermer quatre services chirurgicaux juste après Noël, et qu’on la priait de revenir la semaine prochaine quand tout serait rentré dans l’ordre. »

 

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