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28 janvier 2020

Chute de feuilles [87]

 

« Ni lui ni aucun de ses camarades ne s’étaient encore jamais révoltés de leur vie. Ils ne s’étaient même jamais protégé le visage quand on les fouaillait à coup de cravache. Les maîtres, les Cachupines, les Espagnols, les Ladinos et les Chinos blancos des cafetales allemands étaient des dieux contre lesquels un péon indien n’eût jamais osé se révolter. Ce n’était ni par lâcheté ni par l’espoir d’un pardon qu’ils agissaient ainsi. Ils savaient qu’il y a des dieux et des serviteurs. Et qui n’était pas dieu ne pouvait être qu’un serviteur obéissant et soumis. Entre ces deux classes, il n’y avait rien, sauf peut-être de bons chevaux de selle. Mais quand l’opprimé commence à prendre conscience que sa vie est devenue semblable à celle des animaux, qu’il lui est impossible de leur ressembler davantage, alors les limites sont déjà franchies. Alors, l’homme perd toute raison et il agit comme un animal, comme une brute, pour tenter de retrouver sa dignité d’homme.

Ce qui arrivait à la monteria, comme ce qui arrive partout ailleurs dans les mêmes conditions, ne pouvait être imputé à crime aux muchachos, mais uniquement à ceux qui avaient créé ces conditions et en tiraient profit.

Chaque coup de cravache donné à un être humain est comme un coup de cloche sonnant le glas de la puissance qui a ordonné ce coup de cravache. Malheur à celui qui est battu et qui oublie les coups qu’il a reçus ! Et trois fois malheur à ceux qui se dérobent et ne luttent point pour rendre coup pour coup. »

 

 

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