24 septembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [5]
"La théorisation marxienne de l’État, restée en chantier, se révèle avant tout une pensée en refonte permanente autour de ce qui constitue sa matrice : les institutions étatiques doivent, à travers leurs variantes concrètes, fournir la forme politique de l'organisation économique et sociale du capitalisme. Si ce dernier s'est depuis lors transformé, ses métamorphoses visent à assurer la perpétuation de ses caractéristiques essentielles : l'exploitation du travail et de la nature en vue de permettre une accumulation permanente et de surmonter au moins provisoirement ses crises récurrentes, d'ampleur croissante.
Pour Marx, une forme n'est ni une apparence ni une enveloppe extérieure, elle est ce qui permet à un contenu d'exister et d'agir. Ni simple instrument, ni instance neutre, l’État est pour lui la forme politique que prennent les rapports sociaux capitalistes de production et d'échange, engendrant des contradictions qui interdisent tout équilibre durable.
(...)
L’État est donc pour Marx tout autre chose qu'une superstructure posée sur une base, même s'il a eu recours à cette image, par la suite répétée et durcie en doctrine. A ses yeux, l’État est une construction dynamique, relativement autonome mais toujours ancrée dans les rapports sociaux de production tels qu'ils existent à un moment donné. De ce fait, il est lui-même traversé par les contradictions qu'il a vocation à gérer à l'avantage des classes dominantes : il refaçonne et reformule la lutte des classes dans sa propre grammaire institutionnelle qui, à la fois, les exprime et les matérialise."
Isabelle Garo, Conquérir l’État ?
"Le premier principe de l’État refondé devra être la souveraineté populaire permanente. La révolution citoyenne part d'une insoumission contre la perte de contrôle sur la vie quotidienne et collective. Elle se nourrit d'une prise de conscience de l'origine politique de cette situation.
(...)
C'est elle qu'il faut décliner à toutes les échelles. Pour mieux le dire : il n'y a pas de peuple s'il n'est souverain. La souveraineté du peuple n'est pas une qualité du nouvel État, mais bien sa condition. Pour cela, le peuple doit pouvoir intervenir à tout moment dans les débats et les prises de décisions qui s'y tiennent."
Jean-Luc Mélenchon, Postface.
Isabelle Garo (Coordination), L’État et la révolution citoyenne, 2026.

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