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23 novembre 2019

Chute de feuilles [21]

 

« Quand je considère ma vie, je suis épouvanté de la trouver informe. L’existence des héros, celle qu’on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une flèche. Et la plupart des hommes aiment à résumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une récrimination ; leur mémoire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes. Comme il arrive souvent, c’est ce que je n’ai pas été, peut-être, qui la définit avec le plus de justesse : bon soldat, mais point grand homme de guerre, amateur d’art, mais point cet artiste que Néron crut être à sa mort, capable de crimes, mais point chargé de crimes.»

 

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12 septembre 2019

"Rentrée littéraire"

 

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17 mars 2017

A paraître

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05 mars 2017

Viennent de paraître...

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07 décembre 2016

Impertinence et intelligence

 

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Charb ne se contentait pas de dessiner. Il écrivait aussi. Des chroniques décapantes, où il brocardait allègrement tout ce qui fait le sel de la vie pour la plupart d’entre nous. Rien, absolument rien n’échappait à sa plume trempée dans le vitriol de l’humour.

Dans ce « nouveau petit traité d’intolérance » [1], qui reprend quarante chroniques publiées en son temps dans Charlie Hebdo, il charge pêle-mêle les valises à roulettes, les concerts, la 3D, les trains qui arrivent à l’heure, Audiard, Brassens, les thermomètres, les arbitres de foot, les dictons, les truffes ou les faux anars…

C’est excessif ? C’est caricatural ? C’est provocateur ? Assurément.  Et délibérément !

Comme pour ses dessins, ses textes ne connaissent aucune limite et enrageront les curés de toutes les obédiences !

C’est très bien ainsi, car tel est le prix de la liberté.

Une liberté chèrement payée par Charb et ses potes de Charlie Hebdo, assassinés par des obscurantistes le 7 janvier 2015, un matin de triste mémoire.

Je suis Charb.

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[1] Charb, NOUVEAU PETIT TRAITE D’INTOLERANCE, éditions J’ai Lu/Librio, Paris, 2016, 3 €.

charb traité 1.jpgAux mêmes éditions et pour la même somme modique avait déjà été publié, en 2012, PETIT TRAITE D’INTOLERANCE.

 

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08 septembre 2016

Rentrée politico-littéraire

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25 juin 2015

Poésie

Est-ce ainsi que les hommes vivent

 

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.
C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.
Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Louis Aragon, Le Roman inachevé

 

 

 

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27 mai 2015

Lu et approuvé

« L’idée d’un parti du prolétariat n’est certainement pas une idée de Marx. Mais à la fin du XIXème siècle, cela devient une idée dominante, installée, qui, à mon avis, est liée à l’entrée du processus de l’universalité dans l’Etat, parce que les partis sociaux-démocrates sont des partis qui ont commencé par pratiquer des élections, pour avoir un groupe à l’Assemblée nationale, etc. Tout cela est donc lié à l’apparition du parlementarisme moderne et à une doctrine générale de la représentation. Mais le moment central, c’est à mon avis l’échec de la Commune de Paris, qui a entraîné un bilan négatif de toutes les formes de spontanéité révolutionnaire. Le massacre a été si terrible, l’échec a été si sanglant que tout le monde s’est dit qu’il fallait être mieux organisé, plus discipliné. Petit à petit, c’est devenu une idée dominante, et c’est même un phénomène fondamental de l’histoire de la politique que les échecs sont dramatiques plus encore dans leurs conséquences que dans le fait lui-même. L’échec de la Commune de Paris a entraîné un ralliement progressif de la plupart des militants révolutionnaires à l’idée qu’il faut un parti structuré, qu’il fallait de la représentation. (…)

Il faut bien voir qu’à un niveau mondial, la révolution de 1917 a été vécue comme une revanche de la Commune de Paris. La Commune de Paris a été écrasée dans le sang et en 1917 la révolution a été victorieuse. (…)

Or, la Commune de Paris était porteuse de quantités de choses positives mais que l’échec a totalement occultées. Elle était beaucoup moins terroriste, beaucoup moins dans l’idée de représentation, plus démocratique au sens élémentaire, elle a rassemblé des tendances différentes mais qui travaillaient quand même ensemble. Malheureusement, ces idées ont été écrasées par l’échec. Et du coup, cela a donné ce que l’on pourrait appeler un communisme de caserne, parce ce que c’est le modèle militaire qui l’a emporté pendant tout le XXème siècle. (…)

D’ailleurs, quand  je propose de revenir au mot ‘communisme’, c’est une tentative de résurrection. Je sais bien que le stalinisme a tué le communisme, mais je pense que ça peut ressusciter. (…)

Finalement, je pense qu’il est plus intéressant de redresser le mot que de l’abandonner. Intellectuellement, je pense que c’est plus intéressant d’accepter que ce mot ait été compromis dans une aventure terrible, bien qu’à partir d’une volonté initiale tout à fait estimable. (…)

Tous les mots après tout ont une histoire douteuse. Franchement quand Bush déclare qu’il va faire la guerre en Irak pour établir la démocratie, la ‘démocratie’ ce n’est pas très fort non plus. La démocratie, c’est aussi un mot très malade. En fin de compte, quel mot de la politique n’est pas malade ? (…)

Le mot lui-même,  finalement, a vu passer le meilleur et le pire. Si on en prend un autre, il lui arrivera la même chose, nécessairement, parce que (…) l’expérience humaine est quand même dialectique. Elle est contradictoire, et donc plus le mot est fort, plus il est exposé au pire. Cela veut dire aussi qu’il va être capturé par la tentation du pouvoir. »

(Alain BADIOU)

 

Alain Badiou, Quel communisme ? Entretien avec Peter Engelmann, Bayard, Paris, 2015, 14,90 €

 

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13 mai 2015

Le mirage allemand

le hareng de bismarck.jpgJean-Luc Mélenchon vient d’écrire un nouveau livre et il annonce la couleur tout de go : il s’agit d’un pamphlet !

Un texte rédigé sur un ton acerbe, délibérément polémique, franchement provocateur, bref destiné à susciter un maximum de réactions.

L’ancien candidat à la présidence sait qu’il n’existe pas de démocratie sans débat démocratique. Et qui dit débat dit échange de points de vue, confrontation d’arguments, développement d’opinions contradictoires.

Le cahier de charge annoncé est rempli : on retrouve dans les 200 pages du bouquin toute la verve et la pugnacité du tribun de gauche. Et il sera bien difficile au lecteur de rester indifférent tant les thèses défendues, les analyses proposées, les informations, chiffres et faits alignés, interpellent.

Certes,  les spécialistes  -que Mélenchon connaît et a largement utilisés-   ne découvriront rien de neuf dans cet écrit. Mais le livre ne leur est pas réservé.  L’auteur a depuis longtemps pour priorité « l’éducation populaire » et son objectif privilégié reste d’être lu (et compris) par le plus grand nombre.

Dans son collimateur, ce qu’il appelle les « germanolâtres »,  prompts à ériger l’Allemagne en modèle et en exemple à suivre par la France et ses voisins.

Un mythe que Mélenchon s’emploie à démonter.

La première victime de ce capitalisme allemand et de la politique de ses dirigeants, qui émerveillent tant la droite et la social démocratie françaises (mais aussi celles des autres Etats membres de l’Union européenne),  est… le peuple allemand lui-même !

16 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté, soit près de 13 millions de personnes.  Les petits boulots avec de petits salaires se sont multipliés : il y a 20 % de travailleurs pauvres et 7 millions de salariés gagnent moins de 450 € par mois ! Cette énorme précarité vient s’ajouter au chiffre officiel de 3 millions de chômeurs, fréquemment présenté par le gouvernement de Merkel comme un « bon » résultat de sa politique !

Mais l’Allemagne est également le plus gros pays pollueur d’Europe, loin de la légende selon laquelle elle serait un exemple à suivre sur le plan écologique. Certes, ce pays se désengage du nucléaire. Mais il est devenu un paradis du charbon et de la lignite.

Grande usine à fabriquer des voitures, l’Allemagne est le premier émetteur de gaz à effet de serre de la zone euro.

Son modèle productiviste irresponsable a envahi l’agro-alimentaire et l’obésité de ses habitants est en forte augmentation.

L’Allemagne se distingue aussi par une natalité faible et le vieillissement de sa population, ce qui ne va pas sans conséquences. Les retraités, toujours plus nombreux, constituent un précieux réservoir électoral pour la droite. Le système de retraite est un système par capitalisation (et non par répartition). Pour s’assurer une retraite dorée, les pensionnés allemands misent sur de gros dividendes et comptent sur un euro fort.  La finance a donc les mains libres, d’autant que ses intérêts sont défendus aussi bien par la CDU que par le SPD. Au détriment des salaires et des investissements, faut-il le préciser !

L’ « ordo-libéralisme » règne en Allemagne, un ordre libéral qui ne peut être remis en question. La sacralisation des « règles » de l’économie ne peut être contestée et la politique est considérée comme irrationnelle et menaçante pour la bonne marche des affaires.

Par ailleurs, les dirigeants allemands se distinguent par leur arrogance vis-à-vis des pays du Sud, et notamment de la Grèce. Une hostilité renforcée par la victoire récente de Syriza.

Ils donnent des leçons en matière de remboursement des dettes, mais ils oublient que l’Allemagne n’a pas souvent remboursé les siennes au XXième siècle !

De nombreuses autres problématiques sont encore abordées dans ce pamphlet : les questions militaires, la politique étrangère, la religion (« la confusion du religieux et de la politique est omniprésente en Allemagne. Le délit de blasphème reste inscrit dans la loi »), la monnaie unique, etc.

On le constate, le grain à moudre ne manque pas dans cet ouvrage.

Une dernière petite remarque concernant le titre du pamphlet. En mai 2014, Angela merkel-hollande.jpgMerkel a offert à François Hollande un tonnelet de « harengs Bismarck », du nom d’un chancelier qui fit la guerre à la France. Un cadeau épicé symbole d’une certaine arrogance, selon notre auteur.

Notons que le hareng est un poisson qui contient beaucoup d’arêtes qui peuvent vous rester au travers de la gorge.

Le livre de Jean-Luc Mélenchon n’en manque pas non plus…

 

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Jean-Luc Mélenchon, Le hareng de Bismarck (Le poison allemand), Plon, Paris, 2015, 10 €

 

 

 

 

 

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09 mai 2015

Livre d'amour, amour des livres

Daniel Pennac et Florence Cestac_0.jpgDaniel Pennac narre, Florence Cestac donne vie et chair à son récit.

L’écrivain nous parle tendrement d’amour et de littérature, l’auteure dessine la passion amoureuse et la passion des livres.

Un condensé d’humanité dans toute sa richesse humaine !

Donc, Pennac nous raconte une puissante amitié qui remonte à son enfance, lorsqu’il vivait avec son frère chez sa grand-mère, dans le sud de la France.

C’est dans l’arrière-pays niçois, à proximité de Saint-Paul–de-Vence, qu’il fait la connaissance d’un couple original au grand cœur, Jean et Germaine Bozignac.

Lui, aristocrate répudié par les siens et elle, fille du peuple, issue d’une famille nombreuse.

Jean déshérité parce qu’épris de Germaine, alors domestique de sa marquise de mère qui voulait le marier à la fille du roi d’Alsace.

Jean chassé du château familial avec pour seul héritage  -mais quel héritage !-  d’innombrables livres  -mais quels livres !-  de grands classiques dans des éditions anciennes, parfois originales.

Germaine et Jean ne travailleront jamais car « en amour le travail est une séparation », et le temps qui s’écoule est principalement dédicacé à l’entretien de leur flamme amoureuse et à la lecture dévorante des ouvrages qui constituent leur énorme bibliothèque, occupant toutes les pièces de leur petite maison, jusque dans la cuisine !

Pour autant,  ils ne vivent pas de bons sentiments ou d’eau fraiche.

De petits boulots d’abord, car Jean est ventriloque et anime des soirées d’anniversaire. Du jeu, ensuite : habile, Jean gagne souvent ; le hasard des cartes y étant pour peu et la tricherie pour beaucoup. Enfin, si nécessaire, ils vendent l’un ou l’autre livre à (très) bon prix, qui à un collectionneur, qui à un bibliophile, qui à un simple passionné de belles-lettres.

 

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L’histoire peu commune de ce couple hors-norme, sans enfants pour éviter « les intermédiaires en amour »,  mais qui « ont » cependant Daniel, est bougrement émouvante.

Un lien fort unit les trois protagonistes, dans un climat cocasse, où la petite bourgeoisie locale s’irrite du comportement de ces drôles de zèbres qui vivent en dehors des clous.

Une relation qui durera jusqu’à la mort des « vieux » protagonistes, et au-delà.

Chaque année Pennac retourne fleurir leur tombe, et saluer Rachel, leur grande amie  juive, qu’ils ont cachée durant l’occupation, la sauvant ainsi d’un tragique destin.

L’œuvre  -et c’est aussi sa particularité-  est parcourue de jolies citations littéraires, de Proust à Céline, en passant par Montaigne, Cervantès ou Martin du Gard.

Et puis, il y a le dessin de « la » Cestac, au style si particulier et (presque) inimitable, une référence incontournable du « neuvième art ».

Dernier petit détail : la dédicace initiale « aux douze de Charlie, nos seuls apôtres ».

En un mot comme en cent, une magnifique bande dessinée, un vrai roman, très touchant, qu’il n’est pas indispensable de recommander ici.

Vous aurez en effet compris à la lecture de ce rapide compte rendu qu’il serait hautement regrettable de l'ignorer !

 

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Florence Cestac et Daniel Pennac, Un amour exemplaire, Dargaud, 2015, 14,99 €

 

 

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02 mai 2015

Lu et approuvé

charb photo.jpg« Mais pourquoi les dessinateurs de Charlie Hebdo qui savent que leurs dessins pourront être instrumentalisés par les médias, par les boutiquiers de l’islamophobie, par l’extrême-droite musulmane ou par l’extrême-droite nationaliste, s’entêtent-ils à caricaturer Mahomet ou à mettre en scène des symboles « sacrés » de l’islam ? Tout simplement parce que les caricatures de Charlie Hebdo ne visent pas l’ensemble des musulmans. Et si, à la suite d’une sur-médiatisation, l’ensemble des musulmans ont accès à ces dessins ? Les dessinateurs de Charlie Hebdo estiment que tous les musulmans ne sont pas intolérants au second degré. En vertu de quelle théorie tordue l’humour serait moins compatible avec l’islam qu’avec n’importe quelle autre religion ? Dire que l’islam n’est pas compatible avec l’humour est aussi absurde que de prétendre que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie ou avec la laïcité…

Si on laisse entendre qu’on peut rire de tout, sauf de certains aspects de l’islam parce que les musulmans sont beaucoup plus susceptibles que le reste de la population, que fait-on, sinon de la discrimination ? La deuxième religion du monde, la prétendue deuxième religion de France, ne devrait pas être traitée comme la première ? Il serait temps d’en finir avec ce paternalisme dégueulasse de l’intellectuel bourgeois blanc « de gauche » qui cherche à exister auprès de « pauvres malheureux sous-éduqués ». Moi, qui suis éduqué, évidemment, je comprends que Charlie Hebdo fait de l’humour, puisque, d’une part, je suis très intelligent et, d’autre part, c’est ma culture. Mais par respect pour vous, qui n’avez pas encore découvert le second degré, je fustigerai solidairement ces dessins islamophobes que je ferai semblant de ne pas comprendre. Je me mettrai à votre niveau pour vous montrer que je vous aime… Et s’il faut que je me convertisse à l’islam pour être encore plus proche de vous, je le ferai ! Ces démagogues ridicules ont juste un énorme besoin de reconnaissance et un formidable fantasme de domination à assouvir. »

 

(Charb)

 

 

Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, Les Echappés, Paris, 2015, 13,90 €

 

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17 avril 2015

Amour et révolution

Leon-Trotsky-with-Frida-K-001.jpg« Un amour de Frida Kahlo », un titre auquel l’éditeur a finalement préféré un plus vendeur ( ?)  « Les amants de Coyoacan », est le dernier roman en date de Gérard de Cortanze.

On l’aura deviné : nous nous retrouvons dans le Mexique des années trente, celui de la grande artiste-peintre Frida Kalho, une forte et belle personnalité, aux relations amoureuses tumultueuses, à commencer par son propre mariage avec le réputé peintre muraliste Diego Rivera.

Toutefois, le véritable fil conducteur du livre est la liaison dévorante de Frida avec un hôte qu’ils accueillirent en 1937 dans leur célèbre « Maison bleue » (Casa azul),  à Mexico. Un réfugié politique privé de visa planétaire : Léon Trotsky.

Cette liaison fut à l’origine d’une sévère crise au sein du couple des vieux révolutionnaires russes, Trotsky devant même se séparer pendant une courte période de sa compagne,  Natalia Ivanovna Sedova (1).

Une liaison certes connue. Mais nous disposons aujourd’hui encore d’informations limitées concernant cet aspect de l’histoire dans sa version « people » , tant les témoins directs et les biographes furent assez peu diserts à ce sujet (2).

Que cela ne tienne : le narrateur a ainsi les coudées franches pour laisser libre cours à sa fantaisie et consacrer plus de 300 pages à une passion amoureuse haute en couleur.

Le ton est vite donné. Dès le débarquement des Trotsky à Tampico, leur première rencontre avec Magdalena Carmen Frida Kahlo et leur installation dans sa demeure : « C’est donc ici que tout commence, dit Natalia. Léon ne répondit pas. Il pensait au parfum de Frida. Il avait déjà croisé des femmes qui le portaient mais sur elle il sentait différemment : Shocking, de Schiaparelli. Tout homme sensible à la beauté féminine connaissait l’histoire du célèbre flacon sculpté par Leonor Fini, qui s’était inspiré du buste de Mae West… ».  La sculpturale actrice nord-américaine, rien de moins !

D’autres drôleries parsèment les pages du roman : ainsi, Trotsky se faufilant pour rejoindre incognito Frida, vêtu d’une chemise à fleur et d’un original couvre-chef. Comme un hippy des temps à venir, la barbe en moins car rasée pour la circonstance afin de ne pas être repéré par d’éventuels agents de la Guépéou !

Naturellement, tout n’est pas aussi amusant. L’auteur a étudié son sujet, et la création romanesque n’occulte pas la réalité historique.

Le constant va-et-vient entre la fiction et les événements historiques peut d’ailleurs être déconcertant pour qui connait peu cette époque troublée du siècle dernier.

Néanmoins,  c’est la vitalité de Frida la « passionnée » qui anime de Cortanze. Non seulement elle s’entiche de Léon, mais elle connaitra de multiples et chaudes « aventures », du secrétaire le plus proche de Trotsky au poète Benjamin Péret, sans oublier une trouble « amitié amoureuse » avec… un certain Frank Jacson (alias Jacques Mornard), le futur assassin du révolutionnaire exilé !

Finalement, il nous décrit une Frida dialoguant avec le fantôme de Trotsky,  jusqu’à sa mort, en juillet 1954.

Peu importe ici la crédibilité   -toute relative (doux euphémisme)-   de ce que veut nous restituer l’écrivain. Il suffit de se laisser emporter par l’imaginaire débridé de l’auteur, tout en sirotant un bon verre… de ce que vous voulez !

Ce n’est évidemment pas le seul roman qui accorde une place importante à l’artiste mexicaine et/ou au théoricien de la révolution permanente (3), ni surtout le plus talentueux (4).

Reste un ouvrage agréable à lire, qui divertira les admirateurs de Frida et/ou de Léon, peut-être enclins à terminer cette période de vacances scolaires par un chouia de romantisme « rouge »…

 

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Notes

 

(1)     Léon et Natalia Trotsky, Correspondance 1933-1938, Gallimard, Paris, 1980

(2)    Isaac Deutscher élude largement cet épisode : « On ignore si l’exceptionnelle beauté délicate de Frida et son âge suscitèrent en Trotsky plus que de la galanterie normale ou si Natalia qui avait maintenant cinquante-cinq ans, tomba victime de la jalousie qu’on éprouve souvent dans l’âge mur. Qu’il nous suffise de dire qu’une crise s’ensuivit et que Trotsky et Natalia furent tous deux malheureux et misérables » (Trotsky, Le prophète hors-la-loi, UGE 10/18, Paris, 1980, page 514). Jean Van Heijenoort, témoin direct, lèvera plus tard un coin du voile pudique : « Ceci se passait quelques semaines après la fin des audiences de la Commission Dewey. Fin juin, la situation devint telle, que ceux qui se trouvaient tout près de Trotsky commençaient à s’inquiéter. Natalia souffrait. Diégo, lui, ne se doutait de rien. C’était un homme d’une jalousie maladive et le moindre soupçon de sa part aurait provoqué une explosion. On imagine le scandale et les graves répercussions politiques » (Sept ans auprès de Léon Trotsky, Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, Paris, 1978, page 165). Pour sa part, dans son excellente biographie, Pierre Broué indique que « ce flirt devient au mois de juin une liaison qui provoque bien des tempêtes :  même si personne n’est au courant de leurs rencontres secrètes dans l’appartement de Christina, la sœur de Frida, rue Aguayo, on le soupçonne dans leur entourage » (Trotsky, Fayard, Paris, 1988, page 844). Plus explicite, Alain Dugrand : « La vie est surprenante, le hasard provoquant, mais la passion, feu de paille ou jeu de curiosité, embarqua ces deux-là dans un fol amour clandestin (…). Comme dans toutes les comédies, l’amour se joue côté cour. Natalia souffre, les compagnons de lutte et proches maugréent, ils craignent le scandale. C’est que dans le confinement de l’exil, il n’est pas simple de s’abandonner aux frémissements des corps. Et puis, comme le résume Vlady, ‘le puritanisme dans le mouvement marxiste-révolutionnaire était et demeure’ » (Trotsky Mexico 1937-1940, Payot, Paris, 1988, pages 40-41).

(3)    Notamment des romans policiers, ce qui n’est pas insolite au vu du destin tragique de Trotsky. Par exemple : Richard Hoyt, Trotski se fait la paire, Gallimard, Série Noire, Paris, 1983 ; Paco Ignacio Taibo II, A quatre mains, Rivages, Paris, 1992 ; Jean-François Vilar, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, Seuil, Paris, 1993 ; Gregorio Leôn, L’ultime secret de Frida K., Les Escales, Paris, 2012.

(4)    Les deux œuvres incontournables sont : Barbara Kingsolver, Un autre monde, Payot/Rivages, Paris, 2010 et Léonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens, Métailé, Paris 2011. Deux des quatre ou cinq plus grands romans que j’ai pus lire au cours de la dernière décennie !

 

 

Gérard de Cortanze, Les amants de Coyoacan, Albin Michel, Paris, 2015, 20,90 €

 

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13 avril 2015

Lu et approuvé

eduardo.jpg« En cours de route, nous avons perdu jusqu'au droit de nous appeler "Américains", bien que les Haïtiens et les Cubains soient apparus dans l'Histoire comme des peuples nouveaux un siècle avant que les émigrants du Mayflower aient atteint les côtes de Plymouth. Aujourd'hui, pour le monde entier, l'Amérique, cela signifie les Etats-Unis. Nous habitons, tout au plus, une sous-Amérique, une Amérique de seconde classe, à l'identité nébuleuse.

L'Amérique latine est le continent des veines ouvertes. Depuis la découverte jusqu'à nos jours, tout s'y est toujours transformé en capital européen ou, plus tard, nord-américain, et comme tel s'est accumulé et s'accumule dans ces lointains centres de pouvoir. Tout: la terre, ses fruits et ses profondeurs riches en minerais, les hommes et leur capacité de travail et de consommation, toutes les richesses naturelles et humaines. Les modes de production et les structures sociales de chaque pays ont été successivement déterminés de l'extérieur en vue de leur incorporation à l'engrenage universel du capitalisme. A chacun a été assignée une fonction, toujours au bénéfice du développement de la métropole étrangère prépondérante, et la chaîne des dépendances successives est devenue infinie, elle comporte beaucoup plus que deux maillons: en particulier, à l'intérieur de l'Amérique latine, l'oppression des petits pays par leurs voisins plus puissants, et, dans le cadre de chaque frontière, l'exploitation que les grandes villes et les ports exercent sur les sources locales d'approvisionnement et de main-d'oeuvre. (Il y a quatre siècles, seize des vingt villes les plus peuplées de l'Amérique latine étaient déjà fondées)

Pour ceux qui conçoivent l'Histoire comme une compétition, le retard et la misère de l'Amérique latine sont le résultat de son échec: nous avons perdu, d'autres ont gagné. Mais il se trouve en outre qu'ils ont gagné uniquement parce que nous avons perdu: l'histoire du sous-développement de l'Amérique latine est liée, on l'a dit, à celle du développement du capitalisme mondial. Notre défaite a toujours été la condition implicite de la victoire étrangère; notre richesse a toujours engendré notre pauvreté pour alimenter la prospérité des empires et des gardes-chiourme autochtones à leur solde. Dans l’alchimie coloniale et néo-coloniale, l’or se métamorphose en ferraille et les aliments en poison. Potosì, Zacatecas et Ouro Preto tombèrent à pic de la cime éblouissante des métaux précieux aux fosses profondes des galeries vides, et la ruine fut le destin commun de la pampa chilienne du salpêtre et de la forêt amazonienne du caoutchouc : le Nord-Est sucrier du Brésil, les forêts argentines du quebracho ou certaines zones pétrolières du lac de Maracaïbo ont de douloureuses  raisons de croire à la précarité des richesses que la nature octroie et que l’impérialisme usurpe. La pluie qui irrigue les grands centres du pouvoir impérialiste noie les vastes faubourgs du système.  Et, simultanément, le bien-être de nos classes dominantes – dominantes à l’intérieur, mais dominées à l’extérieur – est la malédiction de nos masses populaires, condamnées à vivre comme des bêtes de somme».

 

Eduardo GALEANO

 

 

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11 avril 2015

Lu et approuvé

Henri-Pena-Ruiz.jpg« Le mot laïcité, dans son étymologie,  fait référence à l’unité indivisible du peuple, en grec le laos, considérée comme référence fondatrice des règles qui organisent la vie commune. Trois exigences indissociables donnent sa force intégratrice à la laïcité : la liberté de conscience, irréductible à la seule « liberté  religieuse », qui n’en est qu’une version particulière, l’égalité de droits de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions ou leurs options spirituelles, et le primat de l’intérêt général, du bien commun à tous, comme seule raison d’être de l’Etat.

Premier principe : la liberté de conscience approfondie en autonomie, irréductible à la simple indépendance : la faculté de se donner à soi-même sa propre loi se décline alors dans les différents registres de la liberté, dont la maîtrise personnelle du jugement, notamment, constitue un registre essentiel.

Deuxième principe : la stricte égalité de droits des hommes, sans discrimination ou privilège résultant de l’option spirituelle qu’ils adoptent : les divers croyants, les athées et les agnostiques doivent être traités et considérés de la même manière par la puissance publique et le droit qui organise la vie commune. Il faut noter que toute définition négative des athées et des agnostiques, par privation par référence à la croyance, est incompatible avec ce principe d’égalité, qui implique l’abandon de toute sémantique discriminatoire. La garantie juridique de cette égalité réside dans une séparation nette de l’Etat et de toute Eglise, gage d’un caractère aconfessionnel des institutions publiques, et non de leur partage pluriconfessionnel.

Troisième principe : l’intérêt général comme raison d’être exclusive de la loi commune. Un tel modèle tourne le dos au communautarisme en préservant une sphère publique commune à tous par-delà les « différences ».  Il tourne également le dos aux régimes discriminatoires, soit que ceux-ci privilégient un athéisme officiel, comme dans l’Union soviétique stalinienne, soit qu’ils privilégient l’option religieuse, comme dans les systèmes de religion officielle ou les régimes concordataires.

Pour donner aux trois principes évoqués une garantie institutionnelle forte, la laïcité affranchit la sphère publique comme la sphère privée de toute emprise exercée au nom d’une religion ou d’une idéologie particulière. Elle la préserve ainsi de tout morcellement pluriconfessionnel ou communautariste, afin que tous les hommes puissent à la fois s’y reconnaître et s’y retrouver. D’où le principe de neutralité confessionnelle, gage d’universalité.

L’Etat laïque ainsi défini se fonde sur des valeurs clairement affichées et assumées. Il n’est donc nullement vecteur de relativisme ou de nihilisme, comme le suggère encore souvent une Eglise nostalgique de ses privilèges perdus. Il incarne la promotion simultanée de la liberté de conscience et de l’égalité, de la culture émancipatrice et du choix sans entrave de l’éthique de vie personnelle. Sa valeur universelle réside dans sa capacité à organiser la coexistence des êtres humains par cela même qui libère leur accomplissement personnel de toute sujétion à un particularisme ou à une tradition. La laïcité est un idéal d’émancipation. Elle unit les hommes par cela même qui les élève, à savoir la liberté, et non par ce qui les abaisse, à savoir la soumission »

 

(Henri Pena-Ruiz)

 

 

Henri PENA-RUIZ, Dictionnaire amoureux de la laïcité, Plon, Paris, 2014, 25 €

 

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