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04 novembre 2018

Pensées intempestives (XIII)

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"En examinant la situation dans laquelle se trouve actuellement l'Europe occidentale, j'ai avancé que nous traversons un 'moment populiste' , expression des résistances face à la condition post-démocratique engendrée par trente années d'hégémonie néo-libérale. Cette hégémonie est à présent entrée en crise, ce qui nous donne l'occasion de créer une nouvelle formation hégémonique. Ce nouveau modèle hégémonique pourra être plus autoritaire ou plus démocratique ; cela dépendra de la façon dont ces résistances seront articulées et du type de politique qui servira à contester le néolibéralisme.

Tout repose sur le registre discursif et affectif à travers lequel on donnera du sens aux multiples demandes démocratiques qui caractérisent le 'moment populiste'. Pour qu'il soit possible de mettre en oeuvre des pratiques contre-hégémoniques qui mettent fin au consensus post-politique, il faut construire une frontière politique. D'après la stratégie populiste de gauche, cette frontière doit être établie sur un mode 'populiste' opposant le 'peuple' à 'l'oligarchie' -confrontation dans laquelle le 'peuple' se trouve constitué par l'articulation de différentes demandes démocratiques. Ce 'peuple' ne doit pas être compris comme un référent empirique ou une catégorie sociologique. C'est une construction discursive qui résulte d'une 'chaîne d'équivalences' entre des demandes hétérogènes, dont l'unité est garantie par l'identification à une conception démocratique radicale de la citoyenneté, et par opposition commune à l'oligarchie.

J'ai souligné que l'objectif d'une stratégie populiste de gauche n'est pas l'établissement d'un 'régime populiste', mais la construction d'un sujet collectif capable de lancer une offensive politique pour instituer, une nouvelle formation hégémonique dans le cadre même des démocraties libérales. Ce nouveau modèle hégémonique doit créer les conditions d'une restauration et d'un approfondissement de la démocratie, mais ce processus empruntera diverses formes selon les différents contextes nationaux.

Ce que je propose, c'est une stratégie particulière de construction de la frontière politique, non pas un programme politique complet. Les partis ou les mouvements qui adoptent une stratégie populiste de gauche peuvent suivre des trajectoires variées ; des différences existent entre eux, et ils n'ont pas nécessairement à être identifiés sous cette appellation. C'est au niveau analytique qu'on peut les désigner comme 'populistes de gauche'.

(...)

Une fois admis que le populisme peut fournir une stratégie politique pour renforcer la démocratie, on peut commencer à envisager la nécessité de re-signifier ce terme de façon positive dans le contexte européen actuel, afin qu'il puisse servir à désigner la forme de politique contre-hégémonique opposée à l'ordre néolibéral. Dans un moment post-démocratique, quand il est question de restaurer et de radicaliser la démocratie, le 'populisme', parce qu'il fait du demos une dimension essentielle de la démocratie, convient parfaitement pour qualifier la logique politique adaptée à la situation. Comprise comme une stratégie politique qui met l'accent sur la nécessité de tracer une frontière politique entre le peuple et l'oligarchie, ce populisme met en cause la vision post-politique qui assimile la démocratie au consensus. De plus, en renvoyant à une volonté collective entendue comme une articulation de demandes démocratiques, il reconnaît la nécessité de prendre en compte une variété de luttes hétérogènes ; le sujet politique collectif n'est plus envisagé exclusivement en terme de 'classe'.

Un autre aspect décisif de la stratégie populiste est qu'elle reconnaît le rôle de la dimension affective dans les formes d'identification politiques et l'importance de la mobilisation d'affects communs, un aspect généralement absent de la politique de gauche sous ses formes traditionnelles. C'est pour toutes ces raisons que, dans la lutte à mener pour établir une nouvelle formation hégémonique, il est essentiel d'adopter une stratégie populiste."

 

 

[Chantal MOUFFE, Pour un populisme de gauche, Albin Michel, Paris, 2018, pages 113-117]

 

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02 novembre 2018

Le PS fidèle... à la droite !

drapeaurouge1.gifToutes les «négociations» pour constituer des «majorités de gauche», dans les communes où il était théoriquement possible d'aboutir, ont échoué !

Négociations avec des guillemets grands comme l'Atomium évidemment, car les dés étaient pipés dès le début. Le PS voulait la continuité avec ses pratiques et ses choix politiques passés. Il ne pouvait donc pas s'associer avec un parti exigeant des ruptures et tourné vers un autre avenir, comme le PTB. Ce dernier -lui- n'avait d'ailleurs pas l'intention d'abandonner ses engagements de la campagne et il ne souhaitait pas se perdre dans la traditionnelle tambouille politicienne qui sied tant aux vieilles formations, historiquement en déclin.

Dernière embardée en date : Liège ! Le bourgmestre sortant, Willy Demeyer, a joué son (mauvais) coup en deux temps : il s'est d'abord débarrassé de Raoul Hedebouw et ses camarades, à l'issue de trois «tours de table», avant de précipiter le CDH et Vert Ardent (Ecolo, relooké pour la circonstance) dans l'opposition, afin de pouvoir renouer avec ses vieux complices du MR ! L'équipe gagnante -de sous !- de Publifin est ainsi reconstituée, à l'image de l'habituelle majorité provinciale.

Le MR semble décidément être le «maître achat» du PS. A Molenbeek aussi, après les gesticulations médiatiques de Catherine Moureaux, seront célébrées les retrouvailles des deux partis. Bien que battue, la formation d'Olivier Chastel gardera donc de nombreux strapontins dans de nombreuses villes grâce à l'habileté manoeuvrière des troupes du madré Di Rupo.

Pour que rien ne change il faut... que rien ne change !

Cet épisode post-électoral illustre bien l'éternel jeu de dupes d'un petit monde où les renvois d'ascenseur sont fréquents et où les associations «contre nature» sont monnaie courante... Assurément, un avant-goût de ce qui risque de se produire après les élections du 26 mai 2019 !

Car, dans l'état actuel des rapport de forces -avec un PS avide de pouvoir et infecté par le libéralisme, et avec des amis syndicalistes qui grondent seulement le temps d'un buzz-, la politique de collaboration de classes a encore de beaux jours devant elle. A la plus grande satisfaction des dominants, faut-il le préciser !

Puissent les citoyens/électeurs en être conscients et tirer les conclusions qui s'imposent dans quelques mois...

 

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 DISCREDITER LE CHANGEMENT !

 

Parmi les reproches adressés au PTB figure le caractère «irréaliste» de son programme. Un grand classique des tenants du désordre établi, repris hélas par nombre de personnes intoxiquées par ce discours rituel matraqué à l'encontre de tout qui propose des changements.

Les «promesses» du parti de la «gauche radicale» seraient donc impossibles à mettre en oeuvre car elles coûteraient trop à la collectivité ! L'exemple de la «gratuité des bus» préconisée par le PTB est ainsi souvent brocardé par ses détracteurs...

C'est vraiment étrange. Dans cette société, mettre en avant des revendications favorables aux salariés, aux allocataires sociaux, aux plus pauvres est toujours une hérésie financière. Mais quand il s'agit de mesures en faveur des puissants, alors tout redevient miraculeusement possible. Des réductions de cotisations patronales ? No problemo ! Des mécanismes fiscaux profitables aux grandes entreprises, comme les «intérêts notionnels» ? No problemo ! Entraver la lutte contre la fuite des capitaux ou bloquer toute perspective d'un impôt sur la fortune ? No problemo ! Trouver des milliards pour acheter des engins de mort, avions ou blindés ? No problemo !

En réalité, il n'existe pas de problèmes de «moyens» dans un pays aussi riche. Il n'existe que des choix politiques ! Et, actuellement, ceux-ci correspondent le plus souvent aux intérêts des privilégiés de l'oligarchie !

Face aux donneurs de leçons qui ronchonnent quotidiennement, face aux admirateurs du système qui répètent en boucle qu'il faut être «raisonnable» et qu'il n'est pas sérieux de vouloir sortir des clous budgétaires -imposés notamment par l'Union européenne-, face aux larbins qui radotent au sujet de la mise en danger de «notre compétitivité», rien de doit être cédé !

L'art d'une politique alternative est précisément de rendre possible ce qui est indispensable, sur le plan social ou sur celui de la transition écologique. Ce qui nécessite de mettre fin aux décisions coûteuses en faveur d'une minorité de nantis ! Ce qui implique d'effectuer d'autres choix que ceux mis en oeuvre depuis des décennies !

Et c'est justement ce que propose le PTB, ce qui explique sans nul doute l'opération de dénigrement orchestrée de concert par les médias et le landerneau politique...

Autre grief : le PTB serait trop intransigeant et rétif à tout compromis. Une peu surprenante réprimande de la part des champions de la compromission et des arrangements entre petits amis pour se partager les avantages «du pouvoir» ! Qu'un parti s'efforce de rester fidèle aux engagements pris devant l'électorat, qu'un parti veuille mettre en adéquation ses paroles et ses actes, qu'un parti refuse de renier ses perspectives transformatrices, -patatras- voilà qui est inconcevable !

Il est maintenant urgent de mettre fin à la doxa thatchérienne du TINAThere is no alternative/ Il n'existe pas d'alternative» -au capitalisme, s'entend !-) et d'ouvrir la voie aux solutions de rechange. A tous les niveaux, naturellement : du régional à l'Europe, sans oublier le fédéral. Ce qui devra passer aussi par un renversement de table électoral.

Il n'y aura aucune raison de s'en priver en mai 2019...

 

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01 novembre 2018

Pensées intempestives (XII)

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«La question de la pertinence de la critique marxiste de l'économie politique à notre époque de capitalisme globalisé doit être résolue de façon dialectique : non seulement la critique de Marx de l'économie politique, le tableau qu'il dresse de la dynamique capitaliste, est encore d'actualité, mais il faudrait même aller encore un peu plus loin et affirmer que c'est seulement aujourd'hui, avec le capitalisme globalisé, que -pour le dire en termes hégéliens- la réalité a rejoint le concept. Ici intervient cependant un renversement proprement dialectique : c'est dans ce moment d'actualité enfin totale que les limites vont apparaître ; le moment du triomphe est aussi celui de la défaite, et une fois surmontés les obstacles extérieurs, c'est de l'intérieur que surgit la nouvelle menace, révélant une incohérence immanente. Quand la réalité rejoint pleinement son concept, c'est le concept lui-même qui doit être transformé. Là réside le paradoxe proprement dialectique : Marx n'avait pas seulement tort, il avait aussi très souvent raison, mais de façon plus littérale que lui-même ne le pensait.

Alors que faire ? Faut-il ranger le Manifeste du parti communiste parmi les documents qui jettent un regard sur le passé, et rien de plus ? Dans un paradoxe proprement dialectique, même les impasses et les échecs du communisme du XXème siècle, qui étaient clairement fondés sur les limites du Manifeste, témoignent de l'actualité de ce texte : la solution marxiste classique a échoué mais le problème demeure. Le communisme, aujourd'hui, n'est pas le nom d'une solution mais celui d'un problème, le problème des communs dans toute leurs dimensions: les communs de la nature comme substance de notre existence, les communs biogénétiques, nos communs culturels (la «propriété intellectuelle»), et, last but not least, les communs comme espace universel de l'humanité, un espace dont personne ne devrait être exclu. Quelle que soit la solution, il faudra que soient traités ces problèmes.

Dans ses traductions soviétiques, le propos bien connu de Marx à Paul Lafargue : «Ce qu'il y a de certain, c'est que moi je ne suis pas marxiste», devient : «Si ça, c'est du marxisme, alors je ne suis pas marxiste». Cette traduction fautive rend parfaitement compte de la transformation du marxisme dans un discours universitaire : dans le marxisme soviétique, même Marx était un marxiste qui participait au même savoir universel que constitue le marxisme. Le fait qu'il a créé la doctrine connue plus tard sous le nom de «marxisme» ne saurait justifier une exception, et le déni de Marx ne saurait renvoyer qu'à une version erronée qui se prétend à tort «marxiste». Mais ce que Marx voulait dire était autrement radical : un fossé sépare Karl Marx, le créateur qui a un rapport substantiel à son enseignement, des «marxistes» qui suivent cet enseignement. Ce fossé est bien résumé par la célèbre blague des Marx Brothers : «Vous ressemblez à Emmanuel Ravelli. -Mais je suis Emmanuel Ravelli. -Ah, ce n'est donc pas étonnant que vous lui ressembliez.» De même que le gars qui est Ravelli ne ressemble pas à Ravelli mais qu'il est simplement Ravelli, Marx lui même n'est pas un marxiste (un marxiste parmi d'autres) : il est le point de référence exempté de la série, ce qui veut dire que c'est la référence à Marx qui fabrique d'autres marxistes. Et par conséquent, le seul moyen de rester fidèle à Marx aujourd'hui n'est pas d'être «marxiste» mais de répéter de façon nouvelle le geste fondateur de Marx.»

 

[Slavoj ZIZEK, L'actualité du Manifeste du parti communiste, Fayard, Paris, 2018, pages 89-92]

 

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29 octobre 2018

La FGTB en quête d'un "débouché politique"

manif fgtb.jpgLa FGTB organisera une «journée nationale d'action» avant le 15 décembre.

Je vais me répéter -et cela devient lassant, j'en conviens-, cette traditionnelle mobilisation ponctuelle -à quelques jours de la fête de Noël, des congés scolaires et du passage à l'an neuf- ne fera pas frémir le gouvernement fédéral !

A l'évidence, le sommet du syndicat «socialiste» occupe le terrain à la «va comme je te pousse» en attendant que tombe le couperet du méga-scrutin de mai 2019. Tout en croisant les doigts pour que l'actuelle majorité, articulée autour de la NVA/MR, devienne minoritaire au lendemain de ces élections !

Avec quelle perspective en terme d'alternance (je n'ose écrire alternative) ? Cela reste nébuleux même si l'état-major syndical s'agite beaucoup, dans les médias, autour de la thématique d'un «gouvernement progressiste», c'est-à-dire une coalition rassemblant le PS, Ecolo et le PTB...

Thierry Bodson avait lancé des appels explicites en ce sens avant les «communales» du 14 octobre. Et maintenant, Robert Verteneuil tape du poing sur la table suite à l'échec -prévisible !- de la constitution de telles majorités dans un certain nombre de villes tests. Il exige même -en pure perte, faut-il le dire !- que les négociations reprennent entre ces trois familles, actuellement peu disposées à sceller leur union...

 

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Devant cette difficulté patente, Jean-François Tamellini, secrétaire fédéral, lance un ballon d'essai sur les réseaux sociaux. Construire une « liste citoyenne » qui s'appuierait sur une « plate-forme programmatique », à élaborer par toutes les volontés motivées qui ne se reconnaissent pas dans l'offre électorale actuelle !

Une telle initiative aurait sans doute été un peu plus crédible si elle avait été lancée au lendemain de la constitution du gouvernement Michel plutôt qu'à quelques mois d'une nouvelle campagne électorale ! Aujourd'hui, on ne sait trop s'il faut parler d'improvisation ou de diversion ...

Et puis, quel programme ? Jean-François Tamellini suggère quelques pistes en des termes si généraux qu'il est difficile de se prononcer en négatif. Il évoque la nécessité de «mettre la priorité sur l'humain et la planète» mais, de nos jours, c'est ce que préconisent tous les partis, ne fut-ce qu'en paroles !

Il avance quelques mesures comme la «réduction généralisée du temps de travail», l' «égalité hommes-femmes» ou la «transition énergétique», mais on ne comprend pas en quoi ce type de revendications se distingue du programme proposé par le PTB, par exemple !

Naturellement, il s'agit simplement d'amorcer la discussion. Mais pourrait-elle vraiment déboucher sur autre chose qu'un «programme commun minimum» qui laisse toutes les questions qui fâchent de côté ? Ainsi, la question européenne, une problématique essentielle car il est illusoire de vouloir mettre en oeuvre une autre politique dans le cadre du carcan néo-libéral actuel, sans rompre avec la construction européenne réellement existante, avec ses traités balisant une trajectoire austéritaire, avec ses pratiques bureaucratiques et avec ses dérives antidémocratiques.

Jean-François Tamellini insiste pourtant en brandissant un argument d'autorité : beaucoup d'électeurs ne votent plus ou ne sont pas disposés à soutenir des partis comme Ecolo, le PS ou le PTB ! C'est certain. Mais pourquoi ces personnes sortiraient-elles de leur abstentionnisme ou de leur scepticisme pour se rallier inopinément à un vote rêves.jpgmouvement surgi de nulle part, qui apportera sa contribution décomplexée à l'éclatement déjà grand de notre paysage politique, et qui par ailleurs défendra probablement des orientations politiques déjà développées par d'autres ?

En politique, il n'existe pas de raccourci. Il ne suffit pas d'un peu d'imagination, de beaucoup de volontarisme ou d'une poignée de poudre de perlimpinpin pour faire émerger d'un trou noir démocratique une solution de rechange rêvée !

En plus de temps et d'énergie militante, impossible de se passer d'un solide programme. Et ce sont précisément les divergences en matière de projets politiques qui ont empêché la concrétisation de «majorités de progrès» là où il était mathématiquement possible de tenter de les réaliser. Ensuite, comme il se doit dans le milieu politicien, cette perspective a été torpillée par des manoeuvres dont le PS et son futur président, Paul Magnette, ont le secret...

Forcément, ces péripéties n'incitent guère à l'optimisme. Mais inutile de se cacher derrière son petit doigt, inutile de se complaire dans une langue de bois éprouvée, inutile de se raconter des histoires : sauf un formidable renversement de table en mai 2019 (totalement improbable à cette heure), il n'existe pas d'issue enthousiasmante... à court terme !

Comme je l'ai déjà souligné sur ce blog, aucune majorité alternative n'est pour le moment envisageable à la Chambre. Sur la base des dernières projections, PS-SPA-ECOLO-GROEN-PVDA-PTB pourraient obtenir 55 sièges, sur un total de... 150 ! Même si les conditions politiques étaient réunies pour une association inédite, former un gouvernement fédéral «de gauche» serait donc impossible...

Ce qui n'est pas le cas au niveau de la Wallonie. Mais ici on en revient au scénario des lendemains de l'élection du 14 octobre, avec le risque identique d'un blocage persistant, pour cause d'incompatibilité programmatique et pour cause d'ostracisme d'Ecolo et du PS vis-à-vis des «extrémistes» du PTB (les quelques négociations en trompe l'oeil orchestrées habilement par Moureaux, Magnette and C° ne doivent pas nous leurrer).

RH.jpgSeul un véritable changement du rapport de forces en faveur du parti de Raoul Hedebouw pourrait commencer à changer la donne. Mais, et on en revient à la FGTB, une mobilisation sociale bien plus consistante et bien plus contraignante que celle que nous avons connue ces dernières années sera également indispensable. Car il n'y a pas que le MR ou la NVA qui méritent des coups de pied au c... Les camarades du Boulevard de l'Empereur ont également besoin d'être secoués par les camarades de l'Action commune socialiste, si celle-ci souhaite réellement soutenir un exécutif nouveau porteur de politiques de rupture.

A défaut, ce sera la relance des coalitions avec la droite, telles que nous les avons connues durant un quart de siècle, avec leur cortège de régression sociale, de reculs démocratiques et de choix productivistes désastreux pour l'espèce humaine...

Reste à déterminer maintenant -mais c'est un vaste débat que je n'engage pas ici, en tout cas pas pour l'instant- si un rassemblement d'étiquettes (parfois discréditées) ou la construction d'une variante d' «union des gauches» constituent bien -à long terme- une solution politique de rechange crédible et durable, alors qu'il y a un rejet grandissant du «système» et de toutes ses «élites»...

 

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Pensées intempestives (XI)

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"D'une façon plus générale, on peut dire que la représentation médiatique du monde, telle qu'elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu'est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu'elle est, souhaitent qu'elle soit ou redoutent qu'elle devienne. Autrement dit, les médias dominants et leurs personnels ne sont plus que les instruments de propagande, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie. Comme tels, ces instruments doivent être démontés et combattus avec vigueur et sans relâche  -ce que ne font malheureusement pas les organisations de la gauche institutionnelle, qui ont renoncé à la critique de classe et sont toujours prêtes à pactiser avec l'ennemi au nom de la bienséance républicaine, du réalisme politique et de la nécessité d'exister médiatiquement.

Peut-être objectera-t-on qu'il serait injuste de traiter en ennemis de classe tous les journalistes sans exception, puisque beaucoup d'entre eux sont les victimes de la perversion du système médiatique. Il serait facile de répondre, d'un point de vue sociologique, que l'établissement, le maintien et la reproduction des dominations sociales exigent un énorme travail collectif impliquant des myriades d'individus ; que le propre de toutes les institutions sociales, c'est d'embrigader tout le monde dans leur fonctionnement, dominants et dominés confondus, et qu'il serait peut-être temps, dans une société chargée d'histoire comme la nôtre, où l'on a appris depuis longtemps à rationaliser l'injustice et à planifier l'ignominie, que des citoyens se prétendant instruits, lucides et responsables réfléchissent sur leur propre participation au maintien du désordre régnant, à la façon dont leur tâche parcellaire ou ponctuelle s'inscrit dans un processus global, et donc qu'ils s'interrogent sur les ordres qu'ils reçoivent, sur ceux qui les donnent, et sur toutes les conséquences que leur exécution peut entraîner. Quand la monstruosité du système qu'on sert est devenue évidente, l'excuse consistant à dire qu'on ne savait pas ou qu'on ne savait pas faire autrement n'est plus acceptable. Certaines et certains journalistes ont l'intelligence de le comprendre et le courage de se battre. Honneur à elles et à eux. Il appartient aux autres de suivre leur exemple."

 

[Alain ACCARDO, Pour une socioanalyse du journalisme, Agone, Marseille, 2017, pages 6-8]

 

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19 octobre 2018

Le succès du PTB

Les soirées électorales ont une particularité en Belgique : beaucoup de responsables politiques sont invités à s'exprimer et, finalement, il en ressort que tout le monde a gagné ! Il faut croire que la totalité des votes exprimés n'égale pas 100 % mais 150 % ! Et puis, l'avantage d'un scrutin local est qu'il y a autant d'élections que de communes : 589. Il est donc toujours possible de s'appuyer sur tel ou tel «bon résultat » pour crier victoire...

Chacun a naturellement le droit d'avoir sa recette pour se remettre d'une gueule de bois post-électorale, méthode Coué y comprise. Mais les faits sont têtus : ce 14 octobre, les trois familles politiques traditionnelles se sont tassées, pour le dire gentiment. Et ce sont les écologistes et le PTB qui ont marqué des points en accumulant des voix et des sièges.

Certes, parler de «raz de marée», comme de nombreux commentateurs, est peut-être un tantinet exagéré. Ces formations n'ont pas obtenu la majorité absolue et ne sont pas les premières du pays ou des entités fédérées respectives. Mais leurs progrès sont nets et incontestables, et personne ne les conteste vraiment, pas même leurs concurrents.

Il faut toutefois établir une distinction entre le «succès» des «Verts» et celui des «Rouges».

Ecolo est un parti déjà «installé». Il était partie prenante de plusieurs majorités communales -et parfois non des moindres, comme à Namur «capitale de la Wallonie»- et il disposait même de bourgmestres. Ce n'est pas le cas du PTB, évidemment. De plus, ce dernier se présentait dans un nombre limité de villes. Dans bien des cas, les électeurs qui voulaient voter pour lui devaient donc choisir un autre parti, Ecolo y compris, voire s'abstenir ! Il est d'ailleurs à noter que, dans de nombreuses communes où le PTB avait déposé une liste, le progrès d'Ecolo est moindre. Le PTB devance même celui-ci dans les deux plus grandes villes de Wallonie, Charleroi et Liège : respectivement 15,73 % contre 7,39 % et 16,32 % contre 14,75 % !

 

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La question centrale qui taraude maintenant un paquet d'observateurs et d'acteurs politiques est celle de savoir si le PTB va/veut entrer dans des majorités communales «progressistes». Par exemple à Molenbeek où le PS conquérant de Catherine Moureaux a d'emblée proposé une alliance aux amis de Raoul Hedebouw. Par exemple à Liège, Charleroi et La Louvière, où le PS -qui détient la main- a invité le PTB à des rencontres bilatérales.

Il est évident qu'il existe, derrière cette agitation, une volonté de piéger le parti de la gauche radicale, en voulant publiquement démontrer que celui-ci ne veut pas «prendre ses responsabilités» !

Mais le PTB n'est pas né de la dernière pluie ; il a répondu favorablement aux diverses invitations afin de discuter concrètement de la possibilité de constituer des majorités inédites en Wallonie et à Bruxelles.

Qu'en penser ?

Le PTB veut impulser des politiques de rupture avec le passé et il a raison.

Comme beaucoup, je n'ai pas voté pour ce parti afin qu'il contribue à mettre en oeuvre les mêmes orientations que celles des «écologistes» et des «socialistes», souvent dans le cadre de coalitions avec la droite ! Pour poursuivre dans la même voie, il suffisait alors de voter directement pour le PS ou Ecolo !

Néanmoins, ce serait une erreur de fermer, par principe, la porte à toute perspective de «majorité progressiste» ou d'entamer délibérément une partie de poker menteur dans le but de faire porter le chapeau d'un échec aux autres interlocuteurs !

Des compromis sur un projet socialement et écologiquement stimulant sont peut-être envisageables et doivent être tentés, notamment à Molenbeek où le rapport de forces est meilleur qu'à Charleroi où le PS a d'ores et déjà la majorité absolue en sièges !

Attention toutefois, il y a une différence entre compromis et compromissions, et on doute que le PTB s'engage plus avant s'il s'agit de prendre le contre-pied des objectifs qu'il a défendus pendant la campagne électorale, au risque évident de se décrédibiliser !

Les mouvements en cours sont donc particulièrement intéressants, pas seulement pour conclure éventuellement aujourd'hui, mais aussi dans une perspective future, après les élections régionales, fédérales et européennes de mai 2019.

Car sur la base des résultats engrangés ce 14 octobre, au niveau provincial, un «gouvernement des gauches» est mathématiquement envisageable en Wallonie.

Restera à vérifier la compatibilité programmatique indispensable pour une telle issue !

Mais à chaque jour suffit sa peine...

 

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