14 mai 2026
MELENCHON 2026 (6)

LA TRIBUNE DIMANCHE — Emmanuel Macron a prévenu son homologue iranien qu’il n’y aurait aucune levée des sanctions contre Téhéran tant que le détroit d’Ormuz resterait bloqué. Partagez-vous la position du chef de l’État?
JEAN-LUC MÉLENCHON — Non. Elle est inadmissible, même quand on combat comme moi les régimes théocratiques. Car l’Iran est en état de légitime défense : elle est agressée par deux pays, les États-Unis et Israël, agissant en dehors de tout mandat international. Ce n’est pas l’Iran qui bloque le détroit d’Ormuz mais la marine militaire des USA. Dans ces conditions, une telle menace du président français revient à légitimer le point de vue de Trump et de Netanyahu. 90% des pays du monde le refusent.
Que feriez-vous en tant que président de la République ?
Je me battrais pour le retrait des États-Unis et d’Israël. Je proposerais de former un front du refus, notamment avec l’Espagne, et d’y rassembler les nations opposées à cette guerre. Dans cette affaire, chacun défend ses intérêts. Celui des Français, c’est le respect du droit international. Sinon, la loi du plus fort l’emporte. Or nous ne sommes pas les plus forts !
Quitte à se tourner vers la Russie ou la Chine ?
Non, il faut agir avec précaution. En Europe, nous bataillons pour que les Russes se retirent d’Ukraine, on ne va donc pas les absoudre à un moment comme celui-ci. Quant à la Chine, on perdrait notre temps : elle n’interviendra pas. Il ne faut pas donner le sentiment qu’on remplace une hégémonie mondiale par une autre. Là où les Français peuvent encore être efficaces, c’est en suspendant les accords commerciaux de l’Union européenne avec Israël, et en interdisant aux États-Unis d’utiliser nos bases aériennes pour aller au Proche-Orient. Les Saoudiens déjà s’y sont mis. La seule chose qui peut stopper Trump et Netanyahou, c’est de ne pas trouver dans le monde les renforts nécessaires pour terminer leur opération.
Patrick Pouyanné a mis en garde l’État en disant que TotalEnergies ne pourrait maintenir le plafonnement de ses prix à la pompe si son entreprise était davantage taxée. Que lui dites-vous ?
Que ce n’est pas sur ce ton-là qu’on s’adresse à son pays qui appelle à l’aide. Je ne sais pas s’il mesure l’immoralité de son comportement. Imaginez qu’un médecin français dise « si vous augmentez mes impôts, je ne soignerai plus mes malades » ! Le salaire des gens est volé à la pompe! M. Pouyanné, et d’autres grandes entreprises, a une forme d’arrogance qui est un signe des temps. L’urgence, c’est le blocage des prix des carburants. Mais plus généralement, la grande leçon du moment est qu’il faut sortir au plus vite de la civilisation du pétrole dont les USA sont le centre au péril de toute l’humanité.
À un moment où les grandes puissances sont de plus en plus menaçantes, à quoi ça rime de s’opposer à la Loi de programmation militaire (LPM) ?
Cette loi peut nous permettre de remporter la bataille d’Alésia mais pas la guerre moderne. Lors des précédentes LPM, nous avons montré les limites de la stratégie de la dissuasion. Les guerres d’aujourd’hui dépendent de la maîtrise des câbles et des satellites. Le président Macron a récemment eu un éclair et a dit « la guerre de demain commencera dans l’espace ». J’étais content de l’entendre reprendre notre vision. La LPM ne le fait pas. En effet, la guerre n’est plus celle des chars et des fantassins mais celle des drones des missiles balistiques et des systèmes de communication. Il faut donc se concentrer sur notre excellence dans le domaine spatial et numérique.
Le foyer d’hantavirus détecté sur un navire de croisière a réveillé nos souvenirs de la pandémie de Covid-19. La France est-elle préparée à ce que vous appelez les « maladies écologiques » ?
La santé humaine est gravement percutée par le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité et par la mondialisation des circulations qui facilite les contaminations. Ce foyer d’hantavirus le prouve. Mais il y en aura d’autres. Nous avons atteint le stade où le saccage de la planète se retourne contre nous. Quand un couple sur quatre a des problèmes d’infertilité par exemple, la cote d’alerte est franchie. Nous allons donc créer dans notre programme un secteur « défi santé ». La France était naguère très puissante dans le domaine des médicaments. Il faut reconstituer un pôle public. Notre recherche médicale demeure l’une des meilleures du monde. Nous pouvons vaincre les maladies écologiques.
Vous défendez toujours la retraite à 60 ans. Comment la financer alors que notre taux de natalité décroche de façon vertigineuse ?
D’abord, il n’y a pas d’alternative à la retraite par répartition. De grands esprits pensent que la capitalisation va les libérer de la structure démographique du pays : ils se trompent. Il reste alors deux solutions : soit celle des réactionnaires, qui consiste à faire travailler les gens toujours plus longtemps soit la nôtre, qui consiste à partager la richesse privatisée et augmenter la population active. Ici, il y a deux voies : le recours à l’immigration et la reprise de la natalité. Or on voit bien qu’on ne peut pas ordonner aux gens d’avoir des enfants, ni penser que leur verser des chèques suffira. De même s’agissant d’immigration on ne peut traiter les gens comme s’ils étaient des pions à notre disposition. Je le dis parce que c’est trop souvent à cela que se limite les scénarios envisagés un peu partout dans le monde. Mais en France, on nage en plein délire racialiste et ce débat est bloqué.
Vous disiez vouloir être remplacé, et vous êtes encore candidat. N’avez-vous pas trouvé de successeur à la hauteur?
Mais j’ai été remplacé ! A la tête du mouvement, par Manuel Bompard, à la tête du groupe à l’Assemblée, par Mathilde Panot et à l’Institut La Boétie par Clémence Guetté. Sur la question de la candidature, nous en avons discuté entre nous. Nos relations sont simples, amicales. Il n’y a pas de compétitions de personnes contrairement à tous les autres partis. Dans le contexte de guerre, de changement climatique et de crise sociale, nous pensons que les Français confieront la barre à la personne la plus expérimentée. Par conséquent, nous avons considéré que j’étais le mieux préparé. Mon expérience m’a fait servir dans des mandats locaux, de parlementaire européen et national, et comme ministre. J’ai vécu la fin de la France coloniale, la fin de l’URSS, la fin de la social-démocratie, à laquelle j’ai d’ailleurs contribué… C’est beaucoup d’expérience. Enfin, je m’en sens capable. C’est l’heure des caractères.
Vous aurez 75 ans au moment de l’élection présidentielle, ce qui fera sans doute de vous le candidat le plus âgé. Est-ce un handicap ? Accepteriez-vous de vous soumettre à des examens de santé pendant votre mandat ?
Je commence par vous rassurer : je vais parfaitement bien. Je n’ai aucune maladie, d’aucune sorte, et depuis toujours. Je n’ai aucun inconvénient à me soumettre à ces examens. Je devine le désespoir que cela va répandre chez mes adversaires. J’ajoute que je suis le seul à offrir une garantie : le référendum révocatoire des élus à tous les niveaux. Si les Français observent qu’il y a un problème, ils auront la possibilité de me révoquer.
Nombreux, y compris à gauche, vous reprochent d’entretenir l’antisémitisme. Que répondez-vous à ces critiques, et pensez-vous qu’elles fragilisent désormais vos chances ?
Je ne réponds pas à ceux qui m’insultent ! J’ai passé ma vie à combattre le racisme, sous toutes ses formes. Je suis visé par ce type d’attaques depuis que je défends les Palestiniens, ce bien avant le 7 octobre. Je suis horrifié par les bombardements sur des gens enfermés dans un endroit dont ils ne peuvent sortir. Certains médias et certaines organisations ont cherché à me discréditer politiquement. Mais ces accusations ont aussi suscité un mouvement de soutien chez des personnes qui les jugent excessives et infondées. Je vois là une mécanique classique déjà utilisée contre de grandes figures de gauche comme Léon Blum, Jean Jaurès ou François Mitterrand. Il n’y a pas un leader de gauche qui n’a pas été insulté de la sorte.
Lors de vos trois dernières candidatures, il existait encore un front républicain contre Marine Le Pen. Désormais, ils sont de plus en plus nombreux, au centre et à droite, à dire “ni RN, ni LFI”. Comment vivez- vous ce phénomène politique nouveau ?
Seuls mes adversaires mettent un signe égal entre le RN et LFI. Pour ma part, je dis depuis 2012 : cela se terminera entre l’extrême droite et nous. Depuis des années, la société française a été émiettée, fracassée par les politiques libérales et leurs conséquences. Dès lors, le pays se radicalise entre deux choix : « chacun pour soi » ou « tous ensemble ». Nous proposons « tous ensemble » autour d’un programme de rupture que j’incarne. Je sais que la solution à nos malheurs est de rompre avec le système et tous ceux qui en souffre l’entendent bien. Cela ne réduit donc pas mes chances, au contraire, ça les augmente.
Tous les sondages vous donnent pourtant largement perdant face au RN au second tour…
Dois je rappeler qu’en 2022 Le Pen devait être à vingt points de moi. Comme aujourd’hui Bardella. Pour finir ce fut à peine un point ! Ces sondages n’ont aucune valeur. Ceux qui s’en réclament sont incapables de se qualifier pour le second tour. Mais en répétant ça, ils font déjà la campagne de Jordan Bardella. Pour ma part, je crois à l’intelligence des Français. Ils se demanderont ce qui est le mieux pour leur pays. Ce qui en garantit l’unité, l’équilibre, la projection sur l’avenir. Les classes moyennes instruites peuvent aujourd’hui hésiter mais, dans les moments décisifs pour le pays, elles se décident toujours d’après des principes fondamentaux qui dépassent largement les clivages politiques. Le ralliement du RN aux politiques néolibérales va beaucoup m’aider.
A quoi ressemblerait votre gouvernement?
Il y aura évidemment des Insoumis. Et par la force des choses, ceux qui nous auront rejoints ou aidés, et des personnalités de ce qu’on appelle la société civile — scientifiques, littéraires. Mais attention, nous serons implacables sur le respect de la parole donnée.
Mais vous vous êtes fâchés avec tout le monde à gauche…
Je veux être clair sur un point : ce n’est pas moi qui suis fâché avec eux, ce sont eux qui sont anti-mélenchonistes du matin au soir. Ce sont eux qui ont comme seul programme d’être anti-LFI. Ce n’est pas moi qui suis anti-écolo ou anti- communiste. Qui les a fait élire? En 2022, ce sont les Insoumis qui ont proposé de faire la Nupes alors que le PS était à 1,7%. Nous avons créé des candidatures uniques dans chaque circonscription, ce qui était sans précédent dans l’histoire de la gauche. Et nous avons recommencé en 2024 avec le Nouveau Front populaire. On me le reproche parfois !
Vous proposez un accord législatif aux écologistes et aux communistes. Les deux formations n’ont pourtant pas l’intention de vous soutenir…
Il faut un peu de patience. Chez les écologistes, certains disent déjà que, si la primaire ne fonctionne pas, ils seraient prêts à négocier un “accord honorable” avec les uns ou les autres. Nous sommes prêts à nouer cet accord. Du côté des communistes, leur congrès du mois de juillet éclaircira les choses. Aucun texte présenté ne dit explicitement qu’il faut un accord avec LFI, mais on y parle d’un “pôle de la radicalité”. Ça n’existe pas sans nous. Il faut néanmoins respecter les discussions internes et attendre que les situations se décantent. Notre objectif n’est pas d’absorber d’autres forces. Il est mieux qu’elles existent par elles-mêmes et qu’elles puissent convaincre dans leurs milieux. Un bon usage de Mélenchon vaut mieux que le suicide anti LFI.

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UN JOUR, UNE CITATION (xl)

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