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06 novembre 2017

100 années de controverses (I)

Comme attendu, la commémoration du centenaire de la Révolution d'Octobre 1917 entraîne la multiplication de publications de toute nature : rééditions, livres inédits, numéros spéciaux de revues.Ainsi que la programmation de nombreux documentaires  et émissions de télévision, disponibles ensuite sur le net. L'occasion de se rappeler que cet événement majeur a fait couler beaucoup d'encre depuis un siècle, et suscité d'âpres débats et de virulentes polémiques. Rapide survol avec des extraits choisis. En toute subjectivité bien entendu...

 

lénine-Trotsky.jpg

 

Or, la dictature du prolétariat, c'est-à-dire l'organisation de l'avant-garde des opprimés en classe dominante pour mater les oppresseurs, ne peut se borner à un simple élargissement de la démocratie. En même temps qu'un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prolétariat apporte une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-là, nous devons les mater afin de libérer l'humanité de l'esclavage salarié; il faut briser leur résistance par la force ; et il est évident que, là où il y a répression, il y a violence, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de démocratie.

Lénine, 1917

 

En tant que parti politique, nous ne pouvons pas être tenus pour responsables du cours de l'histoire. Mais nous n'en sommes que plus responsables devant notre classe : la rendre capable de mener à bien sa mission à travers toutes les déviations du cheminement historique, voilà notre devoir fondamental.

Trotsky, 1917

 

Révolution permanente ou massacre permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanité !

 

Trotsky, 1917

 

Les magnifiques événements de Russie agissent sur moi comme un élixir de vie. C’est bien pour nous tous un message de salut qui nous vient de là-bas ; je crains que, tous autant que vous êtes, vous ne sachiez pas en apprécier l’importance, et que vous ne sentiez pas assez que c’est notre propre cause qui triomphe là-bas. Ces événements auront, devront nécessairement avoir un effet salvateur sur le monde entier ; il faut que leur rayonnement atteigne l’Europe entière. J’ai la conviction inébranlable qu’une nouvelle époque commence, et que la guerre ne peut plus durer longtemps.

Rosa Luxemburg, 1917

 

La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la "justice", mais parce que tout ce qu'il y a d'instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la"liberté" devient un privilège.

Rosa Luxemburg, 1918

 

rosa-lux_0.pngL'erreur fondamentale de la théorie Lénine-Trotsky est précisément que, tout comme Kautsky, ils opposent la démocratie à la dictature. "Dictature ou démocratie", ainsi se pose la question pour les bolcheviks comme pour Kautsky. Ce dernier se prononce bien entendu pour la démocratie, et même pour la démocratie bourgeoise, puisqu'il l'oppose à la transformation socialiste Lénine-Trotsky se prononcent au contraire pour la dictature d'une poignée de personnes, c'est-à-dire pour la dictature selon le modèle bourgeois. Ce sont là deux pôles opposés, tout aussi éloignés l'un et l'autre de la véritable politique socialiste. Le prolétariat, une fois au pouvoir, ne peut, suivant le bon conseil de Kautsky, renoncer à la transformation socialiste sous prétexte que "le pays n'est pas mûr" et se vouer à la seule démocratie, sans se trahir lui-même et sans trahir en même temps l'Internationale et la révolution. Il a le devoir et l'obligation, justement, de se mettre immédiatement, de la façon la plus énergique, la plus inexorable, la plus brutale, à l'application des mesures socialistes, et, par conséquent, d'exercer la dictature, mais une dictature de classe, non celle d'un parti ou d'une clique, dictature de classe, c'est-à-dire avec la publicité la plus large, la participation la plus active, la plus illimitée, des masses populaires, dans une démocratie complète. "En tant que marxistes, nous n'avons jamais été idolâtres de la démocratie formelle", écrit Trotsky. Assurément, nous n'avons jamais été idolâtres de la démocratie formelle. Mais du socialisme et du marxisme non plus, nous n'avons jamais été idolâtres.

Rosa Luxemburg, 1918

 

Toute la tragédie du moment est précisément due à ce que la minorité dirigeante du parti guidée par Lénine n'a rien d'autre à proposer que des paroles.

Nicolas Boukharine, 1918

 

J'ai assisté au Congrès des Soviets, j'ai entendu Trotsky, le grand dictateur visible, car Lénine se montre très rarement. Ce sont ces deux hommes qui mènent tout. Ils reconstruisent un Etat centralisé comme l'ancien régime, mais inspiré d'une âme socialiste.

Pierre Pascal, 1918

 

Quoi qu'on pense du bolchévisme, il est indéniable que la révolution russe est un des grands événements de l'histoire de l'humanité et la venue au pouvoir des Bolchéviks est un fait d'importance mondiale.

John Reed, 1919

 

La révolution française avait proclamé les droits de l'homme, la révolution bolchévique proclame les droits de l'Etat sur l'homme.

Albert Londres, 1920

 

kropotkine.jpegLes Bolchéviks sont les jésuites de l'Eglise socialiste, ils croient en la devise jésuite selon laquelle la fin justifie les moyens.Leur but étant le pouvoir politique, ils ne reculent devant rien. Mais les moyens employés ont brisé l'énergie des masses et terrorisé le peuple. Et sans le peuple, sans la participation directe des masses dans la reconstruction du pays, rien d'essentiel ne peut être accompli. Les Bolchéviks ont été portés au sommet par la puissante vague de la révolution. Une fois au pouvoir, ils se sont retournés contre la vague.

Pierre Kropotkine, 1920

 

Nous avons passé pas mal de temps à discuter et je dois dire que, maintenant, il vaut beaucoup mieux «discuter avec les fusils» qu'avec les thèses préconisées par l'opposition. Il ne faut plus d'opposition, camarades, ce n'est pas le moment ! Ou bien par ici, ou bien par là, avec un fusil et pas avec l'opposition. Cela découle de la situation objective, ne vous en prenez à personne. Camarades, nous n'avons pas besoin d'opposition à présent ! Et je crois que le congrès devra arriver à cette conclusion, il devra conclure que l'opposition à présent est finie et bien finie, nous en avons assez des oppositions !

Lénine, 1921

 

Parler d’un « État ouvrier », c’est une abstraction ! Lorsque nous parlions de l’État ouvrier en 1917, c’était normal ; mais aujourd’hui, lorsque l’on vient nous dire : « Pourquoi défendre la classe ouvrière, et contre qui, puisqu’il n’y a plus de lenine.jpgbourgeoisie, puisque l’État est un État ouvrier », on se trompe manifestement car cet État n’est pas tout à fait ouvrier, voilà le hic… En fait, notre État n’est pas un État ouvrier, mais ouvrier-paysan, c’est une première chose… Notre État est un État ouvrier présentant une déformation bureaucratique. Et c’est cette triste, comment dirais-je, étiquette, que nous avons dû lui apposer. Voilà la transition dans toute sa réalité… Notre État est tel aujourd’hui que le prolétariat totalement organisé doit se défendre, et nous devons utiliser ces organisations ouvrières pour défendre les ouvriers contre leur État et pour que les ouvriers défendent notre État.

Lénine, 1921

 

Il n'est pas vrai que le peuple russe soit en lutte. Au contraire, la vérité à ce sujet, c'est qu'il a été quasiment exproprié et que l'Etat bolchévique -tout comme un propriétaire industriel bourgeois- se sert du sabre et du canon pour le maintenir dans cette condition. Dans le cas bolchévique, leur tyrannie est marquée par une idéologie propre à bouleverser le monde : c'est ainsi qu'ils ont réussi à aveugler les masses. C'est justement parce que je suis une révolutionnaire que je refuse de me ranger aux côtés de la classe dirigeante, qui en Russie s'appelle Parti communiste.

Emma Goldman, 1922

 

Il faut reconnaître que la politique prolétarienne du parti est déterminée actuellement non par ses effectifs mais par l'autorité immense et sans partage de cette couche très mince que l'on peut appeler la vieille garde du parti.

Lénine, 1922

 

Les masses se rendent compte du caractère réactionnaire du régime bolchévique : son régime de terreur et de persécution des non-communistes est condamné. La torture, dans les prisons politiques de la dictature et dans les camps de concentration du Grand Nord et de Sibérie, réveille les consciences des progressistes du monde entier. Dans presque tous les pays, des associations de défense et d'aide aux prisonniers politiques de Russie se sont constituées, pour demander leur libération et le rétablissement de la liberté d'opinion et d'expression.

Emma Goldman, 1925

 

 

De la démocratie du parti, il ne reste que des souvenirs dans la mémoire de la vieille génération. Avec elle, la démocratie des soviets, des syndicats, des coopératives, des organisations sportives et culturelles s’est évanouie. La hiérarchie des secrétaires domine tout et tous. Le régime avait acquis un caractère totalitaire plusieurs années avant que le terme ne nous vint d’Allemagne. « A l’aide des méthodes démoralisantes qui transforment les communistes pensants en automates, tuent la volonté, le trotsky5.jpgcaractère, la dignité humaine», écrivait Rakovsky en 1928, « la coterie gouvernante a su devenir une oligarchie inamovible et inviolable ; et elle s’est substituée à la classe et au parti». Depuis que ces lignes indignées ont été écrites, la dégénérescence a fait d’immenses progrès. La Guépéou est devenu le facteur décisif de la vie intérieure du parti. Si Molotov a pu, en mars 1936, se féliciter devant un journaliste français de ce que le parti gouvernant ne connaisse plus de luttes fractionnelles, c’est uniquement parce que les divergences de vues y sont désormais réglées par l’intervention mécanique de la police politique. Le vieux parti bolchevique est mort, aucune force ne le ressuscitera.

Léon Trotsky, 1936

 

souvarine.jpgLa vie intérieure de la Russie dite soviétique, terme impropre car depuis longtemps les soviets ont cessé d’exister, est dominée dans les dernières années par une véritable extermination de la «vieille garde» bolcheviste, c’est-à-dire des anciens cadres politiques dont le rôle s’identifie à l’histoire même de la révolution d’Octobre. Cette immolation a lieu sous des formes diverses, par de multiples procédés au nombre desquels les récents procès de Moscou, peut-être les plus terrifiants mais non les seuls efficaces (car bien d’autres communistes et révolutionnaires de toutes nuances périssent, anonymes, par la faim, le froid, l’épuisement, la maladie, dans des bagnes de toutes sortes, sans passer par aucun appareil judiciaire).

Boris Souvarine, 1937

 

Aussi n'existe-t-il nulle part dans le monde de contradiction aussi flagrante entre la théorie officielle et la vie réelle, entre les espoirs et leur réalisation, entre les mots et les actes. Mais l'idéologie officielle est la seule admise en URSS, ce qui fait que la vie politique et sociale en Russie est pénétrée de mensonge à un degré inouï. Cela se voit à chaque pas, cela se sent chez tous les citoyens, quelle que soit leur condition, cela frappe chez l'orateur à la tribune, aux premiers mots qu'il prononce. Cette contradiction terrible m'a poursuivi tout au long des dix années que j'ai vécues en URSS.

 

Ante Ciliga, 1937

 

 

 

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