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07 janvier 2026

POLARS EN BARRE [164]

 

"Mais je me sentais mûr pour quelque chose de plus neuf, de plus solide, de moins gauche. Gaboriau exerçait sur moi une assez forte attraction par sa façon nette de charpenter un drame, et M. Dupin, le magistral policier d’Edgar Poe, était un de mes héros favoris depuis l’enfance. Pouvais-je, aux créations de ces deux auteurs, ajouter la mienne ? Je songeai à mon ancien professeur Joe Bell, à sa face d’aigle, à ses procédés bizarres, à sa manière un peu fantastique d’observer un détail. Policier, il eût certainement cherché à rapprocher d’une science exacte une méthode captivante, qui demeurait chez lui tout instinctive. Je devais tenter d’y parvenir. Ce qui était possible dans la vie, pourquoi ne le rendrai-je pas plausible dans la fiction ? C’est fort bien que de prêter à un homme toutes les ressources de l’intelligence, encore le lecteur en veut-il des exemples. L’idée m’amusa. Mais comment appeler mon personnage ? Je répugnais à cet art qui fait du nom un signe de caractère, et qui invente M. Lematois ou M. Lefuret. Holmes fut Sherringford Holmes avant d’être Sherlock Holmes. Ne pouvant narrer lui même ses exploits, il devait avoir un camarade assez neutre pour lui servir de repoussoir, instruit, homme d’action, capable, tout à la fois, de l’assister dans ses entreprises et de les raconter. A cet homme sans éclat, il fallait un nom gris et tranquille : Watson ferait l’affaire. Ainsi, j’avais mes deux protagonistes. J’écrivis mon Étude en rouge."

 

(...)

 

"Toute chose trouve son niveau. Je crois pourtant que les histoires de Holmes ont nui à la meilleure partie de mon œuvre et que, sans elles, j'occuperais dans les lettres une place plus haute."

 

Arthur Conan Doyle

 

 

 

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