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08 janvier 2026

POLARS EN BARRE [165]

"Le cycle Holmes, comportant cinquante-six nouvelles et quatre romans, s’échelonne sur quarante ans. Commencé avec Une étude en rouge, publié en 1887, il s’achève avec la parution des Archives en 1927. Il doit sa notoriété aux nouvelles parues dans le Strand à partir de juillet 1891. C’est seulement après cette date qu’Une étude en rouge, et Le signe des Quatre seront d’énormes succès de librairie en Angleterre, aux États-Unis et ailleurs. Les premiers numéros du Strand tirent à 250.000 exemplaires environ ; ce chiffre sera doublé après l’apparition de Holmes. Chaque nouveau numéro provoque autour des kiosques l’affluence des jours de soldes dans les grands magasins. L’une des rubriques qui font l’originalité du Strand est l’entretien avec la célébrité du mois. Au bout d’une demi-douzaine de nouvelles, la célébrité du mois n’est autre qu’Arthur Conan Doyle. Celui que les éditeurs présentaient comme ″l’auteur de Micah Clarke″ n’a plus besoin d’être présenté ; il est le créateur de Sherlock Holmes.

Cet engouement, dont l’auteur est le premier surpris, est dû aux personnages, aux énigmes, enfin aux qualités de l’écriture. ″Vous n’êtes peut-être pas une lumière par vous-même, s’entendra dire Watson, mais vous êtes un conducteur de lumière″ (Le chien des Baskerville). On pourrait en dire autant d’Arthur Conan Doyle. Le public, suivi tardivement par la critique, trouve dans le cycle Holmes beaucoup plus que ce que l’auteur est conscient d’y avoir mis. C’est que le cycle Holmes, étant inscrit d’emblée dans le mode romanesque, doit tout à l’imagination de l’auteur et rien à ce réalisme quasi documentaire auquel il se croit astreint dans le mode scientifique. Et l’imagination de Conan Doyle se coule spontanément dans des fictions qui reproduisent le déroulement des mécanismes du psychisme populaire. Arthur Conan Doyle est ce phénomène rarissime, un homme de sensibilité et d’intelligence ordinaires doué d’une faculté d’expression extraordinaire. Le public se complaît et se reconnaît dans son œuvre romanesque parce qu’il y trouve des sentiments et des valeurs familiers mis en jeu de manière à satisfaire son besoin profond de peur et de réconfort. Une fois libéré du réalisme, Conan Doyle atteint le réel ; à force d’être lui-même, il devient universel ; sans autre ambition que de distraire, il touche les ressorts les plus puissants de la conscience collective."

 

James McCearney

 

 

 

 

 

 

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