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09 janvier 2026

POLARS EN BARRE [166]

 

"L’une des spécificités des récits réunissant Holmes et Watson est sans doute qu’ils partent d’un constat inquiétant. La réalité qui entoure les personnages est opaque, illisible et énigmatique. Pour remédier à ce constat problématique, et parfois tragique, le détective applique une méthode consistant à partir des traces déchiffrables qu’offre cette réalité énigmatique et à remonter, par le raisonnement logique, vers leur origine. Il s’agit donc de prendre pour point de départ l’empreinte laissée par le coupable pour remonter jusqu’à lui, ce qui revient symboliquement à transformer l’enquête en quête identitaire.

 

Cette réflexion s’étend au personnage du détective qui hérite un certain nombre des traits inquiétants de ses illustres prédécesseurs que furent Dupin ou Lecoq. Par ailleurs, le succès des récits de Doyle s’explique sans doute par ces zones d’ombres que l’auteur a su ménager dans le personnage qui a fasciné tant de générations. Le couple Holmes-Watson est fondamental car il met en place une interrogation constante sur le personnage du détective. Ce mystère est entretenu, récit après récit, par la structure paradoxale du récit policier qui implique une progression linéaire vers la solution et, dans le même temps, décrit la reconstitution d’un enchaînement de cause à effet remontant à contre-courant de la narration, vers le passé. Le texte est dès lors lui aussi structuré comme une énigme que le lecteur tente de déchiffrer en essayant inlassablement de saisir ce moment épiphanique où la narration et le raisonnement se rejoignent, sans toutefois pouvoir jamais y parvenir. C’est sans doute là tout le ″plaisir du texte″ des récits policiers de Doyle."

 

Hélène Machinal

 

 

 

 

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