15 janvier 2026
POLARS EN BARRE [172]
"L’adaptation épistémique est posée d’emblée dans le titre de la série, Sherlock, a New Sleuth for the 21st Century, qui souligne le changement de siècle. On peut même remarquer que l’adaptation est de ce point de vue avant tout temporelle et contextuelle : mêmes personnages (à l’exception de Molly), même cadre urbain londonien, même interaction entre la police officielle et le consultant, ″jungle du crime″ similaire proposant les mêmes têtes d’affiche sur les planches du théâtre londonien : Moriarty, Moran, Charles Augustus, Jonathan Small, Irène Adler… Par ailleurs, si l’on garde à l’esprit les adaptations antérieures, on retrouve des traits communs tel l’étoffement du rôle de certains personnages : Moriarty et Mycroft étant les exemples types de ce phénomène.
Le siècle change donc et nous voilà au XXIe, mais est-ce là la véritable nouveauté qu’introduit la série ? Certes le fiacre est remplacé par des taxis, les fumeries d’opium par des squats de sans-abris, le télégramme par des textos, mais le 221B Baker Street, Mme Hudson, Sherlock ou Watson changent-ils réellement ? Si le cinéma britannique a toujours excellé dans la reconstitution d’une episteme victorienne ou edwardienne, à l’image de la série Granada de 1988, l’adaptation proposée par Moffat et Gatiss n’est pas tant fondée sur le changement de siècle que sur une évolution épistémique, celle qu’introduit la troisième révolution industrielle.
La troisième révolution industrielle peut être rapidement schématisée et thématisée selon deux axes, les progrès relatifs aux sciences du vivant (pour faire vite, les bio-technologies), d’une part, et la révolution de l’informatique, du numérique et de la communication, d’autre part. La série Sherlock propose en fait une adaptation de l’univers doylien au monde contemporain de la communication par les réseaux numériques, ce qui mène par ailleurs à une variation sur le questionnement ontologique à l’œuvre à la fin du XIXe, la question d’une définition possible de l’identité et de la nature humaine. La crise épistémologique et ontologique qui saisit les dernières décennies du XIXe siècle, et que déclenche la théorie de l’évolution, introduit un vide représentatif et un vertige temporel."
Hélène Machinal

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