16 janvier 2026
POLARS EN BARRE [173]

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"Plus discrète, car procédant de touches impressionnistes, il y a enfin l’atmosphère. Le décor de Londres avec ses fiacres et ses façades moroses. Le brouillard jaunâtre qui incite à l’assassinat ou à la mélancolie. La pluie fine qui permet à la boue de conserver les empreintes. Si Sherlock Holmes dédaigne la campagne, Conan Doyle doit certainement l’aimer. On le devine à sa façon de multiplier les prétextes pour dépêcher le détective hors de Londres, et à ce mélange de joie et d’envie qu’accueille le hâle et le teint vermeil de certains visiteurs du 221B Baker Street. Alors, en marge d’un cadavre, surgissent des étangs, des bois, des statues solitaires, des demeures écartées, des landes reposantes, des routes paisibles (…).
C’est d’évidence, le décor d’une Angleterre aristocratique, dressé pour des acteurs appartenant aux sphères gouvernementales, à la Chambre des lords, à de bonnes familles ; officiers retraités, bourgeois enrichis, membres des professions libérales, petits employés, boutiquiers ; jamais au-dessous. Dans ce pays semi-industrialisé où Marx situait la révolution future, le prolétariat rural ou urbain n’apparaît pas. Sauf dans les défroques que le premier rôle lui emprunte pour se déguiser.
Par sa personnalité sécurisante, Sherlock Holmes est lui-même la projection idéale d’une Angleterre victorienne régnant sur les mers et les cœurs, fière de ses institutions, sûre d’elle même. Si d’aventure la machinerie se détraquait, Holmes n’a-t-il pas démontré qu’il serait là tel un recours suprême ? On est aux antipodes de l’univers auto-accusateur, freudien et désespéré qu’exprimera le roman noir américain."
Francis Lacassin

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