17 janvier 2026
POLARS EN BARRE [174]
"Le chien des Baskerville, considéré de nos jours comme l’un des trois plus célèbres romans policiers de l’histoire du genre, avec Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie et Le Faucon maltais de Dashiell Hammett, est un très curieux livre. Sur le plan de l’inspiration, on y trouve le goût du gothique ayant marqué les premiers textes d’Arthur, où se faisait jour de façon appuyée parfois l’influence de Poe. Mais c’est aussi, par la présence de Sherlock Holmes, comme toujours ironique face à l’intervention surnaturelle des événements mystérieux, le recours à la froide analyse scientifique. Pour autant, Conan Doyle ne se prive pas de confronter le lecteur au vertige d’un récit troublant, en dépit de la minceur de son argument. C’est que le maître en illusion qui a longuement peaufiné son art au fil de quelque vingt-cinq exploits sherlockiens, reposant souvent sur un stratagème particulièrement bluffant, est ici au meilleur de sa forme. Il règle avec une habileté consommée la circulation entre fantastique et réalisme, tenant le lecteur en haleine et lui offrant le confort d’un récit envoûtant et la parfaite démonstration de ce que Roger Caillois, dans son brillant essai ″Le roman policier″, nomme ″le passage du surnaturel au naturel″."
François Rivière

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"En revenant d’entre les morts, Sherlock Holmes échappe donc une première fois à son créateur, mais ce n’est qu’un avant-goût de ce dont il est capable. Il est à lui tout seul un chœur de sirènes, et son pouvoir d’attraction semble ne pas avoir beaucoup de limites. Estimant que le canon de Doyle, constitué de quatre romans et cinquante-six nouvelles, n’est pas suffisant pour Holmes, d’autres auteurs vont s’emparer du détective.
Les adaptations, apocryphes, pastiches et versions des aventures de Sherlock Holmes apparaissent du vivant de Doyle et vont, au fil des années, se compter par centaines. Romans, bandes dessinées, mangas, jeux vidéo ou de plateau, dessins animés, pièces de théâtre, films, séries télé, dramatiques radio, magazines, sites internet, tout y passe. Maurice Leblanc, Hayao Miyazaki, Jean Ray, Billy Wilder, Stephen King livrent leur approche du personnage. On le fait côtoyer Freud, Jack l’Éventreur, Lewis Caroll, le capitaine Nemo. Malgré les années, le mythe ne prend pas une ride et le filon est inépuisable.
Sherlock Holmes est le personnage humain fictionnel le plus adapté au cinéma et à la télévision. Le comptage établi en 2015 par Internet Movie Database est formel : ses apparitions sur grand ou petit écran sont au nombre de 292, contre 229 pour Hamlet, 167 pour le monstre de Frankenstein, 160 pour Robin des Bois, 142 pour le roi Arthur, 115 pour Tarzan et James Bond, 103 pour Scrooge. Le seul à battre ce record avec 409 apparitions est hors concours : c’est Dracula, et un vampire n’est pas humain."
Isabelle Chevalier

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