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11 octobre 2026

BOUQUINS - BOUQUINAGE [22]

Screenshot 2026-09-20 at 12-21-42 68246c1df54c12fb17be97dafaf4997a.jpg (Image JPEG 412 × 582 pixels).png"L’histoire ne se répète pas ni ne se reproduit. Mais il est possible de faire des comparaisons — les historiennes et les historiens ne font d’ailleurs que cela, par la définition même de leur questionnaire, forgé dans le temps présent pour interroger un temps passé — et de déceler des analogies de structure. À cet égard, les années 1930 nous révèlent que les acteurs sociaux et leurs intérêts de classe n’ont gère changé : des « libéraux » se révèlent en réalité des libéraux autoritaires, car s’ils veulent être libres d’engranger des profits, s’ils pestent d’abondance contre les «normes», les «charges» et les «taxes», ils ont un rapport tempéré à la démocratie qui a parfois, le mauvais goût de les désavouer en consacrant des majorités de gauche, comme en 1902, 1924, 1932 et 1936. Ces libéraux autoritaires n’ont aucun scrupule à faire le deuil rapide du suffrage universel, de la volonté populaire et de l’intérêt général en subvertissant la démocratie de l’intérieur, par l’usage de dispositions constitutionnelles bien commodes, comme l’article 48-2 en Allemagne, de 1930 à 1933, ou l’article 49-3, voire l’article 16, dont la rumeur a fuité depuis l’Élysée, ou en l’abolissant purement et simplement, comme en Italie dès 1922 ou en Allemagne à l’hiver 1933." [Johann Chapoutot]
 
(...)
 
"Nombre de sociétés connaissent actuellement une dynamique néofasciste plus ou moins avancée. Celle-ci se manifeste sous la forme d’une dialectique entre progression des extrêmes droites sur la scène politique, et fascisation de franges entières des élites politiques, économiques et médiatiques (par conviction ou par intérêt) mais aussi de certains secteurs de l’État (notamment au sein des appareils de répression). Cette dynamique demeure incompréhensible si l’on ne prend pas au sérieux la dimension raciste des politiques et de l’idéologie diffusée par la classe dominante et ses appareils idéologiques (médias, partis dominants) depuis les années 1980. Une offensive raciste a commencé alors à se déployer et s’est radicalisée en France au cours des années 2000-2010, en prenant prétexte du 11 septembre 2001 et, plus tard, des attentats de 2015 sur le sol français, pour cibler les immigrés extra-européens et les musulmans, intensivement et de plus en plus systématiquement. De ce point de vue, le macronisme est venu parachever la trajectoire du personnel politique de la classe dominante, au sein de la droite traditionnelle comme du PS. De plus en plus incapables de conquérir le consentement de la majorité de la population, en raison même de l’appauvrissement et de la précarisation résultant des politiques néolibérales imposées de force, les partis dominants sont allés de plus en plus loin dans la stigmatisation des étrangers, immigrés et minorités religieuses ou raciales." [Ugo Palheta]
 
(...)
 
"Pour en finir avec la gangrène de l’extrême-droite, il faut dégager l’horizon, en construire un nouveau, de masse et crédible : un contre-récit hégémonique. Cela ne peut pas consister en la gestion de petits accommodements, de petits pas et d’ajustements. Ce n’est qu’en présentant un horizon global ambitieux et émancipateur que nous gagnerons la bataille contre l’extrême-droite.
 
Nous avons un projet d’ensemble pour la société. Il nous faut assumer l’alternative au capitalisme, la bifurcation écologique, l’abolition du patriarcat, le non-alignement et le dialogue avec le Sud global. Il s’agit, dans la période, dure en tout point que nous traversons, de s’appuyer sur l’aspiration de chacun et de chacune à vivre mieux. Quand ils sont, eux, du côté de tous contre tous, du chacun pour soi, nous portons le projet d’une société de l’harmonie.
 
Cet horizon que nous proposons est le collectivisme écologique, qui articule les réponses aux différentes urgences de la période. L’urgence écologique, en permettant la planification, seule réponse possible au mur qui nous fait face. L’urgence démocratique, pour donner à chacun et chacune le pouvoir sur nos vies, sur notre avenir. Enfin, l’urgence pour la paix, en rendant à chacun et chacune la possibilité de vivre dans l’harmonie avec son voisin.
 
Nous avons toutes et tous la responsabilité d’être à la hauteur et de ne rien céder face à l’extrême-droite dans les années à venir." [Clémence Guetté]
 
 
Ugo Palheta (Coordination), Extrême-droite : la résistible ascension, 2024.
 
 

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