15 octobre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [26]
"S'allier avec les nazis n'avait donc rien d'une «bêtise», d'un geste circonstanciel, d'une conjoncture accidentelle. Bien au contraire, cette alliance exprimait une rationalité froide, brutale, peut-être cynique, révélatrice en tout cas de structures sociales et mentales qui prédisposaient au pire. Autrement dit, derrière la contingence d'un événement qui, on l'a vu, aurait tout aussi bien pu ne pas se produire, il y a des acteurs sociaux, des intérêts économiques, fiscaux et financiers, des logiques sociales et culturelles (le Reich, l'autorité, la nation, la haine des rouges...) que cet événement a finalement activées.
(...)
... on peut aisément parler de faillite des élites, tant ceux qui se rendaient complices des nazis savaient qu'ils agissaient certes conformément à nombre de leurs intérêts, mais aussi contrairement à certains de leurs principes moraux et que, donc, leur attitude était difficilement défendable.
(...)
De fait, les nazis et leurs complices ont violé les normes juridiques et morales, et violenté la plus grande partie de la population allemande, soit par l'exercice d'une violence physique directe (100.000 personnes sont incarcérées en camps de concentration de février à décembre 1933), soit en privant les Allemands de toute expression politique libre, de tout droit au scrutin réel, et de tout recours au droit.
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La nazification de l'Allemagne, en ces premiers mois de pouvoir, est donc une histoire de violence, celle des nazis , habités par leur mission historique et dotés d'un pouvoir qu'ils n'espéraient plus, et qui ne va cesser de croître grâce à l’affaissement progressif de toutes les instances qui auraient été en mesure d'empêcher ou d'infléchir leur travail de destruction de la démocratie et de l'état de droit."
Johann Chapoutot, La Bascule, 2026.

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