31 octobre 2014
Pessimisme de la raison, optimisme de l'action
Court, écrit dans un style direct, le dernier ouvrage de Jean-Luc Mélenchon est manifestement destiné à être lu par le plus grand nombre, non par une « avant-garde éclairée ».
L’auteur, militant politique expérimenté, a compris depuis longtemps un principe essentiel : mieux vaut une idée comprise par 10.000 personnes que 10.000 idées comprises par une seule personne !
Il s’efforce donc d’éviter les digressions et autres considérations superfétatoires pour articuler son propos autour de quelques analyses percutantes et de quelques propositions fortes.
La « révolution citoyenne » et le « projet éco-socialiste » constituent le fil conducteur de ce livre de 130 pages. L’une ne va pas sans l’autre, car la révolution citoyenne prônée par Mélenchon ambitionne l’intérêt général humain et exige de partir d’une évaluation des rapports avec l’écosystème et des tâches qui en découlent.
Au centre de ce combat, un acteur : le peuple, c’est-à-dire la multitude qui cherche à exercer sa souveraineté sur l’espace qu’elle occupe, et qui est seule capable de mettre en échec l’oligarchie.
Un défi de taille, on en conviendra !
On retrouve tout au long de ces pages bien enlevées les thèmes chers au député européen : les menaces qui pèsent sur la survie d’une gauche en pleine déroute idéologique face au basculement du monde ; l’expansion démographique humaine qui pousse notre espèce vers une nouvelle frontière, la mer ; l’impact catastrophique du changement climatique et l’exigence d’une règle verte pour supprimer la dette écologique engendrée par le capitalisme et le productivisme ; les méfaits de la globalisation financière, à l’origine de la puissance de la caste oligarchique qui contrôle richesses et pouvoirs…
Nous avons ici la confirmation que Jean-Luc Mélenchon est l’un des rares hommes politiques français à développer une vraie réflexion sur le devenir de la planète terre, et à chercher de manière créative une voie concrète pour avancer sur le chemin de l’émancipation humaine universelle.
Un outil de réflexion et de débat à ne pas manquer.
Jean-Luc Mélenchon, L’ERE DU PEUPLE, Fayard, 10 €
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25 juillet 2014
Une minorité de révolutionnaires contre la guerre impérialiste
Il y a un siècle, le monde basculait dans la barbarie guerrière.
Avec enthousiasme ou résignation, tous les acteurs se rallièrent à l’ « union sacrée » exigée par les différents impérialismes en lutte pour le pillage et le partage de la planète.
Tous, sauf une poignée de socialistes révolutionnaires qui restèrent fidèles aux principes de l’ « internationalisme prolétarien ».
Cette anthologie tombe, dès lors, à pic pour souligner qu’il existe des voix dissidentes qui se font toujours entendre, même dans les moments les plus sombres de l’histoire de l’humanité.
On retrouvera dans ce livre utile des textes et des interventions de Lénine, Trotsky, Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Pierre Monatte, Alfred Rosmer et Christian Rakovsky.
Rémi Adam explique, dans sa préface concise, la terrible trajectoire du mouvement ouvrier vers ce dénouement tragique.
Les différents congrès de l’Internationale Socialiste – 1907 Stuttgart, 1910 Copenhague, 1912 Bâle- avaient pourtant donné le ton et pris position contre la guerre menaçante, en appelant notamment les prolétaires à se retourner contre leur propre bourgeoisie en cas de déflagration. Mais en août 1914, les sociaux-démocrates allemands votèrent les crédits de guerre, aussitôt suivis par les socialistes français. Le ralliement des partis de gauche à leurs classes dominantes respectives se répandit alors comme une trainée de poudre, et le POB ne fut pas en reste en Belgique (Emile Vandervelde, secrétaire en titre de l’Internationale, devint ministre d’Etat du monarque Albert Ier).
La trahison générale prenait ainsi le pas sur la grève générale.
Une capitulation unanime qui fut donc seulement contestée par une poignée de militants qui continuèrent -« contre le courant »- à défendre les positions des partis ouvriers d’avant le désastre de 1914.
Mais le préfacier élude une problématique essentielle : pourquoi la classe ouvrière a-t-elle si facilement emboité le pas à ses dirigeants, pourquoi ce ralliement massif au patriotisme et au nationalisme honnis jusqu’alors, pourquoi les travailleurs sont-ils partis sur les champs de bataille « la fleur au fusil » ?
Questions qui restent difficiles, un siècle plus tard.
Marx et Engels avaient affirmé dans « Le Manifeste du Parti Communiste » (1848) que les prolétaires n’avaient pas de patrie. Il y a cent ans, ces derniers estimèrent qu’ils en avaient une et qu’il fallait la défendre les armes à la main ! De chair à profit la classe ouvrière consentit à devenir de la chair à canon !
Une tragédie qui s’est -hélas- reproduite à l’occasion de multiples conflits, jusqu’à ce jour.
La voie de l’émancipation humaine est décidément semée d’embûches…
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Rémi Adam, L’ennemi principal est dans notre propre pays, Les Bons Caractères, 16,50 €
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21 avril 2014
Intrigues sous l'Atomium
L’Exposition Universelle de 1958, à Bruxelles.
J’avais deux ans et il paraît que je l’ai visitée avec mes parents. Je n’en ai gardé aucun souvenir, même pas celui de l’Atomium, ce monument pittoresque construit pour la circonstance !
Jonathan Coe non plus, lui qui n’était pas encore né à l’époque. Mais il s’est abondamment documenté pour écrire son plus récent roman, Expo 58, et c’est une belle réussite.
Le livre nous permet de suivre les tribulations dans la capitale belge de Thomas Foley, un jeune anglais, un peu naïf, ressemblant à Humphrey Bogart, à moins que ce ne soit à Dirk Bogarde.
Notre héros (malgré lui) travaille pour le Bureau Central d’Information de son pays, situé à… Baker Street à Londres (mais pas au 221B). Il a pour mission de superviser le bon fonctionnement du Britannia, un pub situé au cœur du "pavillon" de la Grande Bretagne.
Naturellement, les six mois de séjour prévus à Bruxelles, loin de sa femme et de sa fille née récemment, ne seront pas de tout repos.
La guerre froide bat son plein et les beaux discours sur l’amitié des peuples sont parfois loin de la réalité plus conflictuelle.
Vient de surcroît se greffer sur une intrigue d’espionnage, une intrigue amoureuse qui rendra la situation un peu plus complexe encore.
Tout est souvent drôle dans ce pastiche des romans d’un Ian Flemming ou d’un John Le Carré.
Mais derrière l’humour, se développe une réflexion sur le temps qui passe de manière irréversible, sur les occasions à saisir quand elles se présentent car elles ne se représentent plus ensuite, sur les carrefours de l’existence, et sur un monde de leurres qui peut cacher son inquiétante part d’ombre.
L’intrigue se lit avec plaisir d’un bout à l’autre. Elle ne manque d’ailleurs pas de personnages inattendus, tels les deux agents britanniques qui font penser aux Dupont-Dupondt, même si ces lascars sont beaucoup plus machiavéliques.
Je le recommande, en dépit d'une "réserve" : l’épilogue me semble un tantinet trop « moralisateur »...
En tout état de cause, une très bonne lecture pour les vacances d’été qui approchent.
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Jonathan Coe, EXPO 58, Gallimard, 2014, 22€
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