Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07 février 2015

Féministe, avec ou sans Femen !

Durant deux ans, Eloïse Bouton a milité au sein de Femen, le maintenant très connu mouvement féministe qui trouve ses origines en Ukraine. Elle fut même la première Française à s’y engager activement.

C’est sa trajectoire au sein de ce mouvement novateur que l’auteure nous raconte dans un récit vivant.

Il ne s’agit pas pour elle de régler des comptes ou de dénigrer gratuitement. Car  Eloïse Bouton ne renie pas son choix et demeure persuadée de la justesse du topfree (« seins nus »).

Mais, tout au long des 200 pages,  elle interroge la cohérence des actions orchestrées par Femen, eu égard les enjeux de la société.

Une cohérence souvent ébranlée par un fonctionnement interne erratique, des querelles d’ego et des luttes de pouvoir, la personnalité envahissante et dominante de sa figure emblématique  -Inna Shevchenko-, la paranoïa ambiante de l’organisation.

Il n’y a pas véritablement de révélations sensationnelles dans ce livre, tant on a déjà écrit  -à charge et à décharge- sur Femen, mais d’utiles mises au point concernant ses recrutements, son financement (bien loin des fantasmes entretenus par une certaine presse ou les réseaux sociaux !), ou le rôle ambigu du soutien de personnalités comme Caroline Fourest.

Eloïse Bouton a beaucoup payé de sa personne dans ses activités de « sextrémiste » et en a subi les conséquences : arrestations, procès, campagne de diffamation, harcèlements et menaces directes de la « fachosphère ».

Nuls regrets cependant.

Laissons-lui la conclusion :

« Mon engagement au sein de Femen reste une expérience incomparable, étourdissante et hautement instructive, qui m’a permis de grandir et de préciser ce que je voulais et ne voulais pas dans mon militantisme. Pendant plusieurs années, j’ai couru les associations féministes, non par expérimentalisme mais par quête naïve d’idéal, avant de détecter mon allergie aux étiquettes. Je remercie toutes les personnes et organisations qui m’ont inspirée et aidée à me forger. Aujourd’hui je poursuis mon chemin militant et féministe en free-lance, en apportant une aide ponctuelle à certaines structures. Le féminisme continue et je continue sans Femen ».

 

@

 

 

Eloïse Bouton, Confession d’une ex-Femen, Editions du Moment, Paris 2015, 16,95 €

 

bouton.jpg

12:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

05 février 2015

Démocratie atomisée

 

« Après ça, quand la sirène s’est arrêtée d’un coup, nous n’étions plus humains. Nous étions dans l’histoire »

 

 

bataille.jpgEn avril 1961, la France procéda à un essai nucléaire, à Reggane, dans le désert du sud de l’Algérie, une Algérie qui n’avait pas encore gagné son indépendance.

A cette occasion, La République n’hésita pas à utiliser  des militaires comme cobayes humains, suivant ainsi l’exemple des Etats-Unis, qui refusaient de communiquer les résultats de leurs expériences !

Christophe Bataille s’est appuyé sur ce fait historique pour écrire un court roman, véritable coup de poing qui laisse le lecteur abasourdi.

Dans ce récit, le narrateur est à la tête d’une patrouille de soldats « volontaires » qui vont devoir tester l’effet des radiations atomiques sur des corps humains proches de la déflagration.

La description  de l’essai et des premières minutes de dévastation qui suivirent le « grand flash »  est hallucinée et hallucinante.

Enterrés dans une tranchée à trois kilomètres du « Point Zéro », ces soldats, revêtus de combinaisons dignes de scaphandriers mais bien peu protectrices, ont du s’approcher du point d’impact  quelques secondes après l’explosion, avant d’être pris en charge par le corps médical pour un bilan matérialisé par une kyrielle de tests et d’examens. Lesquels ne pourront réparer l’irréparable. Car si la plupart de ces victimes échapperont à une mort physique directe, ils garderont des séquelles dans leur chair, et peut-être plus encore dans leur esprit,  tout le temps qu’il leur restera à vivre !

Celui qui témoigne se décrit d'ailleurs comme un vivant qui ne l’est plus, un vivant qui se regarde vivre de l’extérieur, aux côtés de sa femme et de sa fille, dans un monde qui préfère ne se souvenir de rien et ne rien savoir.

Ces pages sont aussi le prétexte d’une réflexion sur la « démocratie » qui… désespère le démocrate, « celui qui croit qu’il croit encore, et ne fait confiance qu’à sa déception ».

Une démocratie ensevelie  sous le despotisme de la raison d’Etat, du secret, de l’opacité, du mensonge et de la folle course à l’anéantissement.

A l’évidence, un livre qui bouscule.

Et une oeuvre de salubrité publique, à dévorer !

 

@

 

 

Christophe Bataille, L’expérience, Grasset, 2015, 12 €

12:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |