13 mai 2015
Le mirage allemand
Jean-Luc Mélenchon vient d’écrire un nouveau livre et il annonce la couleur tout de go : il s’agit d’un pamphlet !
Un texte rédigé sur un ton acerbe, délibérément polémique, franchement provocateur, bref destiné à susciter un maximum de réactions.
L’ancien candidat à la présidence sait qu’il n’existe pas de démocratie sans débat démocratique. Et qui dit débat dit échange de points de vue, confrontation d’arguments, développement d’opinions contradictoires.
Le cahier de charge annoncé est rempli : on retrouve dans les 200 pages du bouquin toute la verve et la pugnacité du tribun de gauche. Et il sera bien difficile au lecteur de rester indifférent tant les thèses défendues, les analyses proposées, les informations, chiffres et faits alignés, interpellent.
Certes, les spécialistes -que Mélenchon connaît et a largement utilisés- ne découvriront rien de neuf dans cet écrit. Mais le livre ne leur est pas réservé. L’auteur a depuis longtemps pour priorité « l’éducation populaire » et son objectif privilégié reste d’être lu (et compris) par le plus grand nombre.
Dans son collimateur, ce qu’il appelle les « germanolâtres », prompts à ériger l’Allemagne en modèle et en exemple à suivre par la France et ses voisins.
Un mythe que Mélenchon s’emploie à démonter.
La première victime de ce capitalisme allemand et de la politique de ses dirigeants, qui émerveillent tant la droite et la social démocratie françaises (mais aussi celles des autres Etats membres de l’Union européenne), est… le peuple allemand lui-même !
16 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté, soit près de 13 millions de personnes. Les petits boulots avec de petits salaires se sont multipliés : il y a 20 % de travailleurs pauvres et 7 millions de salariés gagnent moins de 450 € par mois ! Cette énorme précarité vient s’ajouter au chiffre officiel de 3 millions de chômeurs, fréquemment présenté par le gouvernement de Merkel comme un « bon » résultat de sa politique !
Mais l’Allemagne est également le plus gros pays pollueur d’Europe, loin de la légende selon laquelle elle serait un exemple à suivre sur le plan écologique. Certes, ce pays se désengage du nucléaire. Mais il est devenu un paradis du charbon et de la lignite.
Grande usine à fabriquer des voitures, l’Allemagne est le premier émetteur de gaz à effet de serre de la zone euro.
Son modèle productiviste irresponsable a envahi l’agro-alimentaire et l’obésité de ses habitants est en forte augmentation.
L’Allemagne se distingue aussi par une natalité faible et le vieillissement de sa population, ce qui ne va pas sans conséquences. Les retraités, toujours plus nombreux, constituent un précieux réservoir électoral pour la droite. Le système de retraite est un système par capitalisation (et non par répartition). Pour s’assurer une retraite dorée, les pensionnés allemands misent sur de gros dividendes et comptent sur un euro fort. La finance a donc les mains libres, d’autant que ses intérêts sont défendus aussi bien par la CDU que par le SPD. Au détriment des salaires et des investissements, faut-il le préciser !
L’ « ordo-libéralisme » règne en Allemagne, un ordre libéral qui ne peut être remis en question. La sacralisation des « règles » de l’économie ne peut être contestée et la politique est considérée comme irrationnelle et menaçante pour la bonne marche des affaires.
Par ailleurs, les dirigeants allemands se distinguent par leur arrogance vis-à-vis des pays du Sud, et notamment de la Grèce. Une hostilité renforcée par la victoire récente de Syriza.
Ils donnent des leçons en matière de remboursement des dettes, mais ils oublient que l’Allemagne n’a pas souvent remboursé les siennes au XXième siècle !
De nombreuses autres problématiques sont encore abordées dans ce pamphlet : les questions militaires, la politique étrangère, la religion (« la confusion du religieux et de la politique est omniprésente en Allemagne. Le délit de blasphème reste inscrit dans la loi »), la monnaie unique, etc.
On le constate, le grain à moudre ne manque pas dans cet ouvrage.
Une dernière petite remarque concernant le titre du pamphlet. En mai 2014, Angela
Merkel a offert à François Hollande un tonnelet de « harengs Bismarck », du nom d’un chancelier qui fit la guerre à la France. Un cadeau épicé symbole d’une certaine arrogance, selon notre auteur.
Notons que le hareng est un poisson qui contient beaucoup d’arêtes qui peuvent vous rester au travers de la gorge.
Le livre de Jean-Luc Mélenchon n’en manque pas non plus…
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Jean-Luc Mélenchon, Le hareng de Bismarck (Le poison allemand), Plon, Paris, 2015, 10 €
17:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |
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09 mai 2015
Livre d'amour, amour des livres
Daniel Pennac narre, Florence Cestac donne vie et chair à son récit.
L’écrivain nous parle tendrement d’amour et de littérature, l’auteure dessine la passion amoureuse et la passion des livres.
Un condensé d’humanité dans toute sa richesse humaine !
Donc, Pennac nous raconte une puissante amitié qui remonte à son enfance, lorsqu’il vivait avec son frère chez sa grand-mère, dans le sud de la France.
C’est dans l’arrière-pays niçois, à proximité de Saint-Paul–de-Vence, qu’il fait la connaissance d’un couple original au grand cœur, Jean et Germaine Bozignac.
Lui, aristocrate répudié par les siens et elle, fille du peuple, issue d’une famille nombreuse.
Jean déshérité parce qu’épris de Germaine, alors domestique de sa marquise de mère qui voulait le marier à la fille du roi d’Alsace.
Jean chassé du château familial avec pour seul héritage -mais quel héritage !- d’innombrables livres -mais quels livres !- de grands classiques dans des éditions anciennes, parfois originales.
Germaine et Jean ne travailleront jamais car « en amour le travail est une séparation », et le temps qui s’écoule est principalement dédicacé à l’entretien de leur flamme amoureuse et à la lecture dévorante des ouvrages qui constituent leur énorme bibliothèque, occupant toutes les pièces de leur petite maison, jusque dans la cuisine !
Pour autant, ils ne vivent pas de bons sentiments ou d’eau fraiche.
De petits boulots d’abord, car Jean est ventriloque et anime des soirées d’anniversaire. Du jeu, ensuite : habile, Jean gagne souvent ; le hasard des cartes y étant pour peu et la tricherie pour beaucoup. Enfin, si nécessaire, ils vendent l’un ou l’autre livre à (très) bon prix, qui à un collectionneur, qui à un bibliophile, qui à un simple passionné de belles-lettres.

L’histoire peu commune de ce couple hors-norme, sans enfants pour éviter « les intermédiaires en amour », mais qui « ont » cependant Daniel, est bougrement émouvante.
Un lien fort unit les trois protagonistes, dans un climat cocasse, où la petite bourgeoisie locale s’irrite du comportement de ces drôles de zèbres qui vivent en dehors des clous.
Une relation qui durera jusqu’à la mort des « vieux » protagonistes, et au-delà.
Chaque année Pennac retourne fleurir leur tombe, et saluer Rachel, leur grande amie juive, qu’ils ont cachée durant l’occupation, la sauvant ainsi d’un tragique destin.
L’œuvre -et c’est aussi sa particularité- est parcourue de jolies citations littéraires, de Proust à Céline, en passant par Montaigne, Cervantès ou Martin du Gard.
Et puis, il y a le dessin de « la » Cestac, au style si particulier et (presque) inimitable, une référence incontournable du « neuvième art ».
Dernier petit détail : la dédicace initiale « aux douze de Charlie, nos seuls apôtres ».
En un mot comme en cent, une magnifique bande dessinée, un vrai roman, très touchant, qu’il n’est pas indispensable de recommander ici.
Vous aurez en effet compris à la lecture de ce rapide compte rendu qu’il serait hautement regrettable de l'ignorer !
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Florence Cestac et Daniel Pennac, Un amour exemplaire, Dargaud, 2015, 14,99 €

11:28 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |
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01 mai 2015
1er Mai : retour vers le futur !
Le Premier Mai a beaucoup perdu de sa force propulsive et de son potentiel de subversion.
Depuis l’épopée de la lutte pour la journée des huit heures, le temps a inexorablement déployé les ailes de sa pesante pesanteur, les dominants ont habilement consolidé leur hégémonie et les représentations des « élites » ont efficacement colonisé l’imaginaire populaire.
Ce qui était une journée de combats et de revendications fortes est ainsi devenu un jour férié comme un autre, apprécié par beaucoup pour l’apport d’une bouffée d’oxygène dans la routine quotidienne du travail salarié et aliéné.
Les drapeaux rouges et les poings levés ont largement cédé la place aux barbecues,
au commerce du muguet et à l’exode vers la Côte flamande ou les Ardennes wallonnes, lorsque la météo le permet !
Les principaux partis du « mouvement ouvrier » s’accommodent parfaitement de ce rite désormais institutionnalisé, qui leur donne une opportunité supplémentaire de se positionner devant des médias toujours à l’affut d’une petite phrase assassine ou d’une révélation surprenante.
Et puis, internet oblige, l’époque est à la recherche du buzz qui focalisera l’attention du public et favorisera peut-être le gain de quelques sympathies nouvelles.
Pourtant, derrière ces jeux de rôle parfaitement rodés, derrière la course à l’audimat des réseaux sociaux, derrière la quête d’un rusé coup de projecteur médiatique, subsiste toujours la dure réalité, celle d’une planète ravagée par la gangrène du capitalisme et de son idéologie néo-libérale !
Dès lors, notre immense défi persiste : transformer radicalement cette société et briser sa trajectoire mortifère pour l’humanité !
Certes, l’accumulation de déconvenues contrarie toute tentative de penser une perspective « utopique » dans le sens révolutionnaire du terme : non ce qui est irréaliste et donc impossible à matérialiser, mais ce qui n’existe pas encore et pourrait se concrétiser dans le cadre d’une rationalité alternative à l’irrationalité du monde actuel.
Entre l’objectif revendiqué d’un avenir radieux et la morne gestion du quotidien la voie est sans doute étroite, mais elle reste praticable.
Il convient ici de réaffirmer à l’intention des distraits que l’histoire humaine est « l’histoire de la lutte des classes ». La démonstration opérée au travers des siècles est sans appel : il ne peut y avoir exploitation sans contestation de cette exploitation ; il ne peut y avoir oppression sans contestation de cette oppression ; il ne peut y avoir injustice sans contestation de cette injustice !

De nombreux êtres humains sont réunis par une volonté commune à vaincre le malheur et par leur aspiration convergente au bonheur !
L’heure n’est donc pas à la résignation et à l’acceptation de l’inacceptable ; elle reste obstinément à l’action pour que le nécessaire devienne enfin possible.
Une indispensable solution de rechange à la barbarie actuelle -avec ou sans « visage humain »- voilà la boussole qui demeure la nôtre afin de pouvoir nous orienter dans le sombre dédale des affrontements politiques.
Tout en évitant le piège de la « fuite en avant ». Il est inutile de fantasmer au sujet de « lendemains qui chantent ». Nous savons que « l’’histoire ne fait rien » et que le futur ne prend aucune option sur une émancipation généralisée.
Seuls les femmes et les hommes réellement existants peuvent -et pourront !-
écrire un autre scénario que celui qui nous condamne au désastre.
Dans cette perspective, au moins quatre points d’attention doivent être retenus.
1. La démocratie. Aucun changement –quel qu’en soit le domaine- ne peut être mis en oeuvre sans l’appui de la majorité de la population. Une société « post capitaliste » ne sera pas légitime sans l’assurance d’une démocratie plus radicale et qualitativement majorée : il n’y aura pas moins mais plus de liberté de conscience ; il n’y aura pas moins mais plus de liberté d’expression ; il n’y aura pas moins mais plus de liberté de presse ; il n’y aura pas moins mais plus de pluralisme, … Et cette démocratie tonifiée, débarrassée du despotisme du marché et de l’autoritarisme patronal, sera également plus sociale : chacun pourra intervenir directement pour sauvegarder l’intérêt de tous, tous pourront veiller à l’émancipation individuelle !
2. L’appropriation sociale. Celle-ci doit prendre le pas sur l’appropriation privée. Les « moyens de production et d’échange » doivent être contrôlés par la collectivité au détriment d’une minorité de nantis. Sans la maîtrise du développement économique, pas de maîtrise possible du développement de la société !
3. Un changement de paradigme dans les rapports entre l’homme et la nature s’impose, d’urgence, car sans respect des écosystèmes et de l’ensemble de notre environnement, pas d’avenir à long terme pour l’humanité !
4. Un renversement culturel : le bonheur ne passe pas par l’accumulation mécanique de biens de consommation ; l’égocentrisme doit s’effacer devant la solidarité, la coopération remplacer la compétition, l’égalité écarter la course à l’enrichissement personnel !
Le chantier est vaste, le but ambitieux, le cheminement ardu, et il n’existe aucun raccourci pour garantir le succès.
L’émancipation humaine est toutefois la seule issue digne de nos engagements.
Nous devons inlassablement propager ce message. Pas seulement le 1er Mai, mais aussi jour après jour, mois après mois, année après année.
Il appartient à toutes celles et à tous ceux qui ne veulent pas abdiquer devant le désordre du capital -et les vilénies de ses protecteurs- de persévérer jusqu'au dénouement espéré…
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23 avril 2015
Cesser de tendre l'autre joue après une gifle !
Non seulement le gouvernement NVA-MR n’est pas sur le départ, mais il continue à marquer des points au détriment du « mouvement social ».
Les projets de loi concernant le saut d’index et la réforme des pensions du secteur public ont été votés à la Chambre, hier en début de soirée ! Majorité de droite (et essentiellement flamande) contre opposition !
Un véritable pied de nez aux grévistes qui étaient sur la brèche ce mercredi 22 avril.
Ce qui n’empêche pas la direction de la FGTB de publier un communiqué dans lequel elle se réjouit de « la réussite de la journée de grève dans les services publics menée par les affiliés de notre centrale CGSP et largement rejoints sur le terrain par les autres travailleurs du secteur public », tout en demandant … « à nouveau que le gouvernement sorte de ses incantations pour rétablir enfin les conditions pour une véritable concertation sociale, qu’il a bafouées aujourd’hui en modifiant des conventions collectives de travail qui sont le résultat d’équilibres entre interlocuteurs sociaux » !
Une « concertation » qui a d’ailleurs servi d’alibi à l’état-major de la CSC pour ne pas appeler à la grève. En effet, il paraît qu’il faut lui « laisser une chance », et sans doute éviter ainsi de froisser Charles Michel et Bart de Wever !
Il est difficile aujourd’hui, même pour les plus obtus, de ne pas acter l’ampleur de
l’impasse dans laquelle s’est enlisé le sommet syndical depuis plusieurs mois.
Plus précisément depuis le lendemain de la grève générale du 15 décembre 2014, lorsque les responsables syndicaux ont couru s’asseoir autour d’une table ronde -ou carrée- pour discuter des modalités de la mise en œuvre du programme gouvernemental !
Le résultat -ou plutôt l’absence de résultats- étaient connus d’avance.
Nous devrons donc bien avaler l’éclipse de l’indexation, le recul de l’âge de la retraite à 67 ans, l’extinction des prépensions, l’effondrement des services publics, le délitement de la sécurité sociale, la répression accrue des chômeurs et des malades, ou la remise en cause des droits syndicaux.
Car au risque de se répéter, cette coalition des droites ne pourra être ébranlée par des « actions » dispersées et routinières, orchestrées par un sommet qui n’a d’autre perspective que la négociation d’aménagements mineurs aux politiques d’austérité mises en œuvre par les uns et les autres.
Et maintenant le temps fuit.
Très vite.
Dans deux mois, les vacances d’été viendront balayer les dernières velléités de riposte, et le gouvernement pourra ensuite souffler tranquillement sa première bougie sur le somptueux gâteau d’anniversaire que lui offrira le patronat, pour services rendus.
C’est dire si l’urgence impose un changement de vitesse dans la (re-)mobilisation.
Seule une grève générale interprofessionnelle « au finish » pourrait modifier la funeste donne actuelle.
Mais est-elle vraiment possible dans la configuration actuelle, avec des rapports de force aussi détériorés en défaveur des « gauches », syndicales et politiques ?
Il est à craindre que le travail de (re-) conquête ne soit long, très long. Alors que les urgences -économique, sociale, sociétale et environnementale - nous mordent douloureusement la nuque.
« Il n’est point nécessaire d’espérer pour entreprendre » affirmait Beaumarchais.
Mais après tant de revers au cours des dernières décennies, engranger un (petit) succès ne serait pas du luxe !
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17 avril 2015
Amour et révolution
« Un amour de Frida Kahlo », un titre auquel l’éditeur a finalement préféré un plus vendeur ( ?) « Les amants de Coyoacan », est le dernier roman en date de Gérard de Cortanze.
On l’aura deviné : nous nous retrouvons dans le Mexique des années trente, celui de la grande artiste-peintre Frida Kalho, une forte et belle personnalité, aux relations amoureuses tumultueuses, à commencer par son propre mariage avec le réputé peintre muraliste Diego Rivera.
Toutefois, le véritable fil conducteur du livre est la liaison dévorante de Frida avec un hôte qu’ils accueillirent en 1937 dans leur célèbre « Maison bleue » (Casa azul), à Mexico. Un réfugié politique privé de visa planétaire : Léon Trotsky.
Cette liaison fut à l’origine d’une sévère crise au sein du couple des vieux révolutionnaires russes, Trotsky devant même se séparer pendant une courte période de sa compagne, Natalia Ivanovna Sedova (1).
Une liaison certes connue. Mais nous disposons aujourd’hui encore d’informations limitées concernant cet aspect de l’histoire dans sa version « people » , tant les témoins directs et les biographes furent assez peu diserts à ce sujet (2).
Que cela ne tienne : le narrateur a ainsi les coudées franches pour laisser libre cours à sa fantaisie et consacrer plus de 300 pages à une passion amoureuse haute en couleur.
Le ton est vite donné. Dès le débarquement des Trotsky à Tampico, leur première rencontre avec Magdalena Carmen Frida Kahlo et leur installation dans sa demeure : « C’est donc ici que tout commence, dit Natalia. Léon ne répondit pas. Il pensait au parfum de Frida. Il avait déjà croisé des femmes qui le portaient mais sur elle il sentait différemment : Shocking, de Schiaparelli. Tout homme sensible à la beauté féminine connaissait l’histoire du célèbre flacon sculpté par Leonor Fini, qui s’était inspiré du buste de Mae West… ». La sculpturale actrice nord-américaine, rien de moins !
D’autres drôleries parsèment les pages du roman : ainsi, Trotsky se faufilant pour rejoindre incognito Frida, vêtu d’une chemise à fleur et d’un original couvre-chef. Comme un hippy des temps à venir, la barbe en moins car rasée pour la circonstance afin de ne pas être repéré par d’éventuels agents de la Guépéou !
Naturellement, tout n’est pas aussi amusant. L’auteur a étudié son sujet, et la création romanesque n’occulte pas la réalité historique.
Le constant va-et-vient entre la fiction et les événements historiques peut d’ailleurs être déconcertant pour qui connait peu cette époque troublée du siècle dernier.
Néanmoins, c’est la vitalité de Frida la « passionnée » qui anime de Cortanze. Non seulement elle s’entiche de Léon, mais elle connaitra de multiples et chaudes « aventures », du secrétaire le plus proche de Trotsky au poète Benjamin Péret, sans oublier une trouble « amitié amoureuse » avec… un certain Frank Jacson (alias Jacques Mornard), le futur assassin du révolutionnaire exilé !
Finalement, il nous décrit une Frida dialoguant avec le fantôme de Trotsky, jusqu’à sa mort, en juillet 1954.
Peu importe ici la crédibilité -toute relative (doux euphémisme)- de ce que veut nous restituer l’écrivain. Il suffit de se laisser emporter par l’imaginaire débridé de l’auteur, tout en sirotant un bon verre… de ce que vous voulez !
Ce n’est évidemment pas le seul roman qui accorde une place importante à l’artiste mexicaine et/ou au théoricien de la révolution permanente (3), ni surtout le plus talentueux (4).
Reste un ouvrage agréable à lire, qui divertira les admirateurs de Frida et/ou de Léon, peut-être enclins à terminer cette période de vacances scolaires par un chouia de romantisme « rouge »…
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Notes
(1) Léon et Natalia Trotsky, Correspondance 1933-1938, Gallimard, Paris, 1980
(2) Isaac Deutscher élude largement cet épisode : « On ignore si l’exceptionnelle beauté délicate de Frida et son âge suscitèrent en Trotsky plus que de la galanterie normale ou si Natalia qui avait maintenant cinquante-cinq ans, tomba victime de la jalousie qu’on éprouve souvent dans l’âge mur. Qu’il nous suffise de dire qu’une crise s’ensuivit et que Trotsky et Natalia furent tous deux malheureux et misérables » (Trotsky, Le prophète hors-la-loi, UGE 10/18, Paris, 1980, page 514). Jean Van Heijenoort, témoin direct, lèvera plus tard un coin du voile pudique : « Ceci se passait quelques semaines après la fin des audiences de la Commission Dewey. Fin juin, la situation devint telle, que ceux qui se trouvaient tout près de Trotsky commençaient à s’inquiéter. Natalia souffrait. Diégo, lui, ne se doutait de rien. C’était un homme d’une jalousie maladive et le moindre soupçon de sa part aurait provoqué une explosion. On imagine le scandale et les graves répercussions politiques » (Sept ans auprès de Léon Trotsky, Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau, Paris, 1978, page 165). Pour sa part, dans son excellente biographie, Pierre Broué indique que « ce flirt devient au mois de juin une liaison qui provoque bien des tempêtes : même si personne n’est au courant de leurs rencontres secrètes dans l’appartement de Christina, la sœur de Frida, rue Aguayo, on le soupçonne dans leur entourage » (Trotsky, Fayard, Paris, 1988, page 844). Plus explicite, Alain Dugrand : « La vie est surprenante, le hasard provoquant, mais la passion, feu de paille ou jeu de curiosité, embarqua ces deux-là dans un fol amour clandestin (…). Comme dans toutes les comédies, l’amour se joue côté cour. Natalia souffre, les compagnons de lutte et proches maugréent, ils craignent le scandale. C’est que dans le confinement de l’exil, il n’est pas simple de s’abandonner aux frémissements des corps. Et puis, comme le résume Vlady, ‘le puritanisme dans le mouvement marxiste-révolutionnaire était et demeure’ » (Trotsky Mexico 1937-1940, Payot, Paris, 1988, pages 40-41).
(3) Notamment des romans policiers, ce qui n’est pas insolite au vu du destin tragique de Trotsky. Par exemple : Richard Hoyt, Trotski se fait la paire, Gallimard, Série Noire, Paris, 1983 ; Paco Ignacio Taibo II, A quatre mains, Rivages, Paris, 1992 ; Jean-François Vilar, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, Seuil, Paris, 1993 ; Gregorio Leôn, L’ultime secret de Frida K., Les Escales, Paris, 2012.
(4) Les deux œuvres incontournables sont : Barbara Kingsolver, Un autre monde, Payot/Rivages, Paris, 2010 et Léonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens, Métailé, Paris 2011. Deux des quatre ou cinq plus grands romans que j’ai pus lire au cours de la dernière décennie !
Gérard de Cortanze, Les amants de Coyoacan, Albin Michel, Paris, 2015, 20,90 €

14:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) |
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04 avril 2015
Sereine inquiétude
Désarroi.
Tel semble être le mot qui résume le mieux la situation politique actuelle en Belgique.
Beaucoup de militants, de syndicalistes, de travailleurs et de citoyens ne comprennent pas. Ou ne comprennent plus.
Il est chaque jour question de « mécontentement généralisé » et de « mobilisation sociale » ; pourtant, semaine après semaine, le gouvernement de Charles Michel s’affirme et met en œuvre méthodiquement son programme !
Après le saut d’index, voici en effet qu’il confirme le « relèvement de l’âge légal de la retraite à 67 ans » et l’accentuation de la « lutte contre la fraude sociale » (principalement dans le collimateur : les chômeurs !)

Il y aurait donc un « problème » et le plus grand nombre en serait conscient, sauf que plus personne ne sait à quel saint se vouer pour le résoudre…
En réalité, il n’y a pas une mais des difficultés. Fortement imbriquées.
Tant que la « concertation sociale » (l’accompagnement de la crise du capitalisme et des politiques austéritaires) reste l’horizon et la stratégie des syndicats, il y a souci !
Tant que les « actions » contre la coalition NVA-MR se limitent à des processions dans les rues de nos « grandes » villes, ou à des grèves générales épisodiques, il y a souci !
Tant que les « alternatives » se résument à quelques « aménagements » d’un système qui entraîne l’humanité vers le désastre, il y a souci !
Tant que la « gauche de gauche » s’avère incapable de se rassembler, et tant que le PTB manœuvre pour s’installer seul dans le paysage institutionnel, il y a souci !
Tant que des contestataires continuent à croire qu’il suffit de hurler sur les réseaux sociaux pour se faire entendre, il y a souci !
Tant que la majorité des électeurs continuera à soutenir dans les isoloirs la droite, il y a souci !
Tant que la plupart reste convaincue que le « bonheur » se trouve dans la recherche d’un « hédonisme consumériste » et le repli sur la « sphère privée », il y a souci !

Cela ne signifie pas qu’il faut définitivement « désespérer Billancourt », mais cela signifie que toutes les incantations du monde sont insuffisantes pour nous sortir des impasses actuelles et reprendre la progression vers un « ailleurs » et un « autrement » !
La route est longue et il n’existe aucun raccourci pour aller plus vite et mieux.
Ce serait donc une erreur de perdre maintenant toute lucidité pour se précipiter dans une fuite en avant sans perspectives concrètes d’un véritable changement. 
L’impatience est mauvaise conseillère ; elle ne peut se substituer à une « réflexion » et à un « agir » à la hauteur des lourds défis de l’époque…
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03 avril 2015
Marx, enfants admis !
“Visite d’un jeune libertin à Blaise Pascal”, « Diogène, l’homme chien », « La folle journée du professeur Kant », « La confession de Saint Augustin » : voilà quelques titres publiés par la maison d’édition « Les petits Platons ».
Inutile d’être un universitaire de haut vol pour « capter » la nature de cette série : nous sommes pile poil dans le domaine de la philosophie et ces ouvrages s’adressent aux plus jeunes, « petits » ne renvoyant pas ici à un dilemme lié à la taille mais bien à un critère d’âge. 
De fait, le public cible est un public âgé de 9 à 14 ans ; il n’est toutefois pas interdit de lire ces « petits » livres jusqu’à 99 ans ! C’est même conseillé.
« Le fantôme de Karl Marx », écrit par Ronan de Calan et abondamment illustré par Donatien Mary, est un conte inédit pour enfants qui pourrait débuter par le traditionnel « il était une fois », mais qui est introduit pour la circonstance par un « Guten Tag ! » que l’on imagine sonore.
« Bonjour ! N’aie pas peur, ce n’est qu’un drap ! Mon nom est Karl Marx. Je ne suis plus tout jeune, je fêterai bientôt mes deux cents ans. Mais ne crois pas que je suis déjà mort pour errer ainsi comme un fantôme. Ne crois pas ceux qui le disent, le répètent et aiment tant à le répéter ».
Après cette entrée en matière sans fard, l’auteur enchaîne rapidement par une histoire mélancolique de paysans de Silésie « expropriés, exilés, ruinés et exploités », métamorphosés par la force du marché capitaliste en drapiers de Silésie, et sauvagement réprimés à la moindre tentative de rébellion ! Une illustration sanglante de la dure conflictualité entre « Monsieur Das Kapital » et les « ouvriers affamés et révoltés ».
Le récit peut alors dérouler son fil. Quelques pages suffisent pour aborder quelques concepts importants de l’œuvre marxienne : la « marchandise », la « valeur d’usage », la « valeur d’échange », le « prolétariat », la « force de travail », « l’exploitation », les « rapports de production », la « lutte des classes », …
La lecture est agréable, par la force des choses rapide : une soixantaine de pages parsemées de très nombreux dessins joliment évocateurs.
Il est évidemment difficile, dans ce type d’exercice ludique, d’éviter les « simplismes ». Mais l’essentiel est ailleurs : le but est de favoriser une première approche d’une œuvre majeure pour des jeunes, d’éveiller leur intérêt , de mobiliser leur attention, et ainsi peut-être les stimuler à pousser leur découverte un peu plus loin un peu plus tard !
Un livre à offrir à vos jeunes enfants ou… petits enfants. Pour qu’ils le lisent ou pour que vous le leur lisiez.
Une petite drôlerie pour terminer : « les droits de reproduction et de traduction sont réservés pour tous les pays, y compris l’URSS ». L’URSS ? Oui, car il s’agit d’une référence explicite à la « loi 49956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse ». Cela ne nous rajeunit pas ! Raison de plus pour dévorer cet opuscule, en guise de cure de jouvence…
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Ronan de Calan et Donatien Mary, Le fantôme de Karl Marx, Les petits Platons, Paris, 2011, 14 €

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29 mars 2015
Incertitude(s)
23 septembre 2014 : concentration « interprofessionnelle » de militants en front commun syndical à la Place de la Monnaie (Bruxelles).
6 novembre 2014 : manifestation nationale en front commun syndical à Bruxelles.
24 novembre, 1er et 8 décembre 2014 : grèves générales régionales de 24 heures, en front commun syndical.
15 décembre 2014 : grève générale nationale de 24 heures, en front commun syndical.
11 mars 2015 : concentration « interprofessionnelle » de militants en front commun syndical à la Place de la Monnaie (Bruxelles).
19 mars 2015 : concentration de militants du secteur public en front commun syndical à la Place de la Monnaie (Bruxelles).
Semaine du 30 mars au 3 avril 2015 : diverses manifestations régionales en front commun syndical (Bruxelles, Liège, Charleroi, etc.)
22 avril 2015 : grève générale de 24 heures de la (seule) CGSP.

Les actions des syndicats ne manquent pas, mais elles sont éparpillées dans le temps et dans l’espace. Cela nuit à la lisibilité de la stratégie syndicale, épuise les militants et démobilise les affiliés, faute de résultats probants.
Car le gouvernement reste ferme sur ses principes et met progressivement en œuvre ses priorités programmatiques, tel le saut d’index qui sera voté tout prochainement à la Chambre !
Charles Michel est désormais plus préoccupé par les frasques de la NVA ou les querelles entre celle-ci et le CD&V, que par une agitation sociale fragmentée, aux objectifs de plus en plus nébuleux.
D’autant que les dirigeants syndicaux ont bien aidé cette coalition en brisant la
dynamique de la mobilisation dès le mois de décembre, et en s’enlisant dans une « concertation » contre-productive !
Après des semaines de palabres autour des mesures transitoires nécessaires dans l’application de la politique gouvernementale, après le rejet sans appel de toutes les exigences principales de la CSC et de la FGTB, l’avenir immédiat reste sombre.
La « culture de la résignation » a pris le dessus sur la « culture de combat » ; les appareils n’organisent plus des luttes « pour gagner » mais des luttes « pour témoigner ». Tout se passe comme s’il s’agissait de pouvoir dire que l’on « a fait quelque chose », histoire d’afficher sa bonne conscience, tout en s’abstenant de se donner les moyens de renverser cette coalition NVA-MR pour mettre un terme au nouveau désastre social qui prend forme peu à peu !
La catastrophe est imminente mais la direction de la CSC continue à vouloir « donner une chance à la concertation », à l’instar de sa centrale des services publics qui refuse de répondre positivement à l’appel à la grève générale de la CGSP, tandis que Marc Goblet se dépêche de signer un accord avec les responsables de la mutuelle Solidaris et du PS, afin de « renforcer la protection sociale ». Pour qui veut bien se remémorer le triste bilan d’un quart de siècle de participations gouvernementales des amis d’Elio Di Rupo, voilà qui est proprement consternant !
A l’évidence, le sommet syndical veut éviter un affrontement décisif avec les différents exécutifs de ce pays, à commencer par l’Exécutif fédéral. Il essaie
seulement de grappiller quelques miettes en accompagnant les politiques d’austérité qui sont à l’ordre du jour à tous les niveaux de pouvoir et, pour le reste, il se prépare à « faire le gros dos » jusque 2019. En espérant que les prochaines élections législatives favoriseront le retour d’une coalition de « centre gauche », qui frappera un tout petit peu moins fort sur la tête des travailleurs et avec qui l’on pourra discuter un tout petit peu plus de possibles « marges de manœuvre sociales » ! Une illusion à l’aune du bilan de ces trente dernières années…
Certes, ces turpitudes bureaucratiques ont un air de « déjà vu ».
Il est néanmoins toujours surprenant de constater l’inertie générale et l’absence de réactions significatives face à ces mauvais scenarii à répétition.
Où reste par exemple la « gauche syndicale » ? En dehors de la FGTB de Charleroi qui continue à appeler à un rassemblement large autour d’une « alternative anticapitaliste », son silence est plutôt bruyant. Et quelques voix dispersées qui se font entendre de ci de là, ou quelques coups de gueule sur Facebook, ne constituent pas une lame de fond . Ni au sein du « syndicat socialiste » ni au sein du « syndicat chrétien » !
La gauche politique est tout aussi erratique. Bien sûr, PTB-GO a réalisé une petite percée lors du scrutin du 25 mai dernier. Mais avec 2 sièges sur 150 au Parlement fédéral, la route demeure longue. D’autant que ces deux députés se comportent surtout comme des super « délégués syndicaux », moins comme des « représentants du peuple » qui proposent une stratégie et une alternative politiques d’ensemble face à la crise « globale » du capitalisme, et face à sa trajectoire mortifère pour la planète humaine ! D’autant aussi que la « Gauche d’ouverture » est passée à la trappe du compte « profits et pertes » ! Question de priorités peut-être, payante à court terme sans doute, mais aléatoire à plus longue échéance…
Dans ces conditions, il serait exagéré d’affirmer que nous sommes toujours à la « croisée des chemins » ou que tout peut encore « basculer ».
Beaucoup d’interrogations subsistent, beaucoup de débats devront encore être menés, beaucoup de décisions devront être prises et matérialisées.
Des solutions de rechange sont-elles possibles dans un délai raisonnable au « niveau belge », avec une Flandre où le centre de gravité politique stationne continuellement à droite ? Comment se positionner vis-à-vis du « droit (démocratique) des peuples à l’autodétermination » ? La voie d’un « confédéralisme » assumé peut-elle ébranler les fortifications de la bourgeoisie, en ouvrant une brèche dans un « fédéralisme d’union » contraignant et en créant de plus grandes possibilités de changement en Wallonie, le maillon le plus faible des dominants ?
La « gauche de gauche » doit-elle se résigner à l’éclatement perpétuel ou travailler sans tarder à un véritable rassemblement large dans la perspective de la constitution d’une « nouvelle force politique », à gauche du PS et d’Ecolo ? Que peuvent nous apprendre Syriza et Podemos, par exemple ?
Quelle articulation entre mouvements sociaux (comme ToutAutreChose), partis et syndicats ?
La concrétisation d’une alternative de gauche est-elle « réaliste » dans le cadre de
l’Union européenne actuelle ? Quelle attitude vis-à-vis de l’Euro ? [Ce qui se passe en Grèce aujourd’hui sera certainement lourd d’enseignements pour le futur…]
Quel programme de rupture avec le capitalisme et quelle stratégie de transformation adaptée à notre « société réellement existante » en ce début de XXIème siècle ?
Autant de questions difficiles qui attendent toujours des réponses convaincantes.
Un autre monde doit être possible mais il subsiste énormément d’obstacles. Et ni la « Méthode Coué », ni les « yaka », ni les « fautque » ne peuvent vraiment nous aider sur le chemin escarpé que nous devrons emprunter pour l’atteindre, ici ou ailleurs, demain ou après-demain…
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