08 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [50]

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07 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [49]
"Douce finit par dire :
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06 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [48]
" - Vois-tu, Scout, il se présente au moins une fois dans la vie d'un avocat une affaire qui le touche personnellement. Je crois que mon tour vient d'arriver. Tu entendras peut-être de vilaines remarques dessus, à l'école, mais je te demande une faveur : garde la tête haute et ne te sers pas de tes poings. Quoi que l'on dise, ne te laisse pas emporter. Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête ... elle est bonne, même si elle est un peu dure.
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05 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [47]
"Papa Jan regardait tout autour de lui, les yeux brillants, la main palpitante, la bouche toujours souriante.
– Et voilà, dit-il. Tu vas enfin voir UniOrd. Tu es ému ?
– Oh oui, très.
– Je te comprends. C'est fantastique ! C'est une expérience que l'on a qu'une fois dans la vie ! Rends-toi compte, tu vas voir la machine qui va te classifier, te donner une affectation, qui va décider où tu vivras et si tu peux ou non épouser la fille que tu auras envie d'épouser, et dans l'affirmative, si vous pourrez avoir des enfants et quels noms vous leur donnerez... Je comprends que tu sois ému. Qui ne le serait pas !
Copeau regarda Papa Jan, vaguement inquiet."
Ira Levin, Un bonheur insoutenable, 1969.

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04 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [46]
"Le fascisme est une phase historique dans laquelle est entrée le capitalisme, en cela, il est quelque chose de nouveau, et aussi d'ancien. Dans les pays fascistes, le capitalisme n'existe plus que comme fascisme, et le fascisme ne peut être combattu qu'en tant que capitalisme, la forme la plus nue, impudente, oppressive et trompeuse du capitalisme.
Comment dire la vérité sur le fascisme dont on se déclare l'adversaire si on ne veut rien dire contre le capitalisme qui l'engendre ? Comment cette vérité pourrait-elle avoir une portée pratique ?
(...)
Le fascisme n'est pas une catastrophe naturelle qu'on pourrait comprendre à partir d'une nature humaine.
(...)
Quand on veut décrire le fascisme et la guerre, ces catastrophes qui ne sont pas des catastrophes naturelles, on doit produire une vérité qui ait un intérêt pratique. On doit montrer que ce sont des catastrophes qui s'abattent sur de gigantesques masses d'êtres humains qui travaillent sans posséder leurs propres moyens de production et qu'elles sont préparées pour eux par les propriétaires de ces moyens de production.
(...)
La grande vérité de notre époque (...) est que notre continent s'enfonce dans la barbarie parce qu'on maintient par la violence la propriété des moyens de production.
(...)
Nous devons dire la vérité sur l'état de barbarie qui règne dans notre pays, à savoir qu'il peut être fait quelque chose pour le vaincre : changer les rapports de propriété."
Bertolt Brecht, Écrire contre le fascisme, textes 1933-1939.

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03 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [45]
"Alors tout était devenu clair pour Alejandro. Il sut qu'un jour allait venir où le peuple n'aurait ni chefs, ni maîtres, où les hommes, délivrés de gouvernements et d'entraves, s'aimeraient d'un juste et fraternel amour, où la richesse serait égale pour tous, où les armées disparaîtraient, et les impôts, et la misère. Et l'envie et la tristesse. Où rien ni personne ne pèserait sur la chair ni l'âme. Où la vie se développerait comme un chant, comme une fleur. Cette terre de paradis, l'anarchie la ferait, l'anarchie qui n’était pas haine ou ambition, mais universelle tendresse. L'anarchie qui, seule, rendrait à l'homme sa vertu primitive, sa naturelle pureté.
Pour amener son règne, il fallait uniquement un effort d'espérance et de courage, à l'heure propice. Alors gronderait l'insurrection sacrée, et elle balayerait les détestables forces qui pourrissaient le cœur humain. Puis, d'un seul coup, ainsi que de l'eau empourprée sort le soleil, naîtrait l'âge d'or."
Joseph Kessel, Une balle perdue, 1935.

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02 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [44]
"Nous observions la scène en silence. Soudain l'un des prisonniers s'est levé et nous a hélés, complètement stupéfait.
– Félix ! Adam ! Vous ne me reconnaissez pas ?
Nous nous sommes arrêtés. Qui pouvait bien être ce personnage au visage mangé par la barbe, l'air misérable dans son uniforme déchiré de pilote de la Luftwaffe ?
– C'est moi, Hans. Vous vous souvenez ? Nous jouions aux échecs, il y a quelques années, à Moscou.
Adam et moi nous nous sommes regardés. Puis je me suis précipité vers lui et je l'ai serré dans mes bras. Adam en a fait autant. Les gardes l'avaient salué. Il leur a donné l'ordre de lui remettre le prisonnier et a signé en toute hâte un récépissé de prise en charge. Nous sommes ensuite partis tous les trois.
Nous étions étranges à voir. Trois hommes visiblement liés d'amitié, mais portant trois uniformes différents, dont un allemand. Adam a insisté pour que nous retournions dans sa chambre. Nous avons encore bu de la vodka. J'ai conjuré Hans de raser cette barbe affreuse, et Adam a fourni les ustensiles. Quand il a eu fini, je lui ai tendu le miroir. Il s'est mis à pleurer. Adam l'a serré dans ses bras.
– On est tous pareils désormais. Tout ira bien.
Plus calme, Hans nous a raconté son histoire :
– Après le pacte germano-soviétique, des dizaines de communistes allemands réfugiés à Moscou ont été livrés aux nazis. Ma mère a immédiatement été déportée à Ravensbrück. Elle a été assassinée par un médecin nazi qui voulait juste s'amuser. J'ai été envoyé dans un orphelinat où l'on devenait automatiquement membre des Jeunesses hitlériennes. Ils m’ont sélectionné pour la Luftwaffe. Je suis devenu un bon pilote, du coup ils m'ont affecté à des missions de bombardement sur Moscou et Leningrad. Mais j'ai toujours largué mes bombes dans la campagne environnante avant de retourner à la base. Je n'ai jamais confondu Moscou et Staline. Si cela avait été le cas, cela m'aurait été facile de déverser ces engins. Mais pour moi, Moscou c'était nous, et d'autres comme nous. J'ai souvent pensé à vous et à mes autres copains. Que t'est-il arrivé, Félix ? Comment se fait-il que tu portes l’uniforme américain ?
Je lui ai raconté mon histoire, puis Adam la sienne. Chacun d'entre nous devait à Staline et à Hitler d'avoir perdu un parent. Nous nous sommes regardés en silence et je suis certain que, tout comme moi, Hans et Adam étaient assaillis par les images du passé."
Tariq Ali, Berlin-Moscou, 1998.

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01 novembre 2026
BOUQUINS - BOUQUINAGE [43]
"Hugues se trouva sans force, tout l'être attiré, entraîné dans le sillage de cette apparition. La morte était là, devant lui ; elle cheminait ; elle s'en allait. Il fallait marcher derrière elle, s'approcher, la regarder, boire ses yeux retrouvés, rallumer sa vie à ses cheveux qui étaient de la lumière. Il fallait la suivre, sans discuter, simplement, jusqu'au bout de la ville et jusqu'au bout du monde.
Il n'avait pas raisonné ; mais, machinalement, s'était remis à marcher derrière elle, tout près cette fois, avec la peur haletante de la perdre encore à travers cette vieille ville aux rues en circuits et en méandres.
Certes, il n'avait pas songé une minute à cette action anormale de sa part : suivre une femme. Eh non ! c'est sa femme qu'il suivait, qu'il accompagnait dans cette crépusculaire promenade et qu'il allait reconduire jusqu'à son tombeau..."
Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, 1892.

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