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04 janvier 2020

Chute de feuilles [63]

 

« Le fait de n’avoir en tête rien d’autre que Kadife m’effraie. Pas parce que je ne la connais pas du tout. Mais parce que je me rends compte que, tout comme un athée, je ne peux désormais croire en rien d’autre qu’en l’amour et au bonheur. »

 

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03 janvier 2020

Chute de feuilles [62]

 

« Une fois notre service terminé, Lee et moi nous allions à la maison pour y trouver Kay en train de lire, soulignant des passages au crayon jaune. Elle faisait la cuisine pour trois et parfois Lee nous quittait pour se payer une bourre à moto sur Mulholland. C’est alors que nous parlions. Lee était toujours à la périphérie de nos conversations, comme si c’était tricher que de parler de la force brute qui était notre point d’ancrage sans qu’elle fût présente : Kay parlait de ses six années d’université et de ses deux maîtrises que Lee avait financées grâce à ses bourses de boxeur, disant aussi à quel point son travail de professeur remplaçant convenait à merveille à la ''dilettante surdiplômée'' qu’elle était devenue, je lui racontais comment j’avais  grandi, petit Boche à Lincoln Heights. On ne parla jamais de mes dénonciations à la Brigade des Étrangers ou de sa vie avec Bobby De Witt. Nous avions tous les deux l’intuition et le sens de l’histoire de l’autre, mais l’un comme l’autre, nous ne voulions pas de détails. J’avais la main, sur ce point : les frères Ashida et Sam Murakami étaient morts depuis longtemps, mais Bobby De Witt se trouvait à un mois d’être libéré sur parole à L.A., et je savais que Kay avait peur de son retour. Si Lee était effrayé, il ne le montra jamais, mis à part le moment où Harry Sears lui avait refilé le tuyau, et jamais cela ne l’avait gêné, même au cours des meilleurs moments passés ensemble –ceux que l’on passait à travailler côte à côte aux Mandats et Recherches. J’appris, cet automne-là, ce qu’était réellement le travail de police, et Lee fut mon professeur. De la mi-novembre jusqu’à la nouvelle année, on mit la main sur onze criminels, dix-huit délits de fuite et trois fugitifs en violation de liberté conditionnelle. A contrôler les rôdeurs suspects, on ramassa une demi-douzaine de mecs supplémentaires, tous pour usage de stupéfiants. On travaillait directement sous les ordres d’Ellis Lœw, et aussi à partir des listes de délits et des bruits de couloir de la Brigade, le tout filtré par le flair de Lee. »

 

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02 janvier 2020

Début 2020, où en sommes-nous ?

 

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Chute de feuilles [61]

 

« J'avais, depuis assez longtemps, cessé de m'entendre avec Nadja. A vrai dire peut-être ne nous sommes-nous jamais entendus, tout au moins sur la manière d'envisager les choses simples de l'existence. Elle avait choisi une fois pour toutes de n'en tenir aucun compte, de se désintéresser de l'heure, de ne faire aucune différence entre les propos oiseux qu'il lui arrivait de tenir et les autres qui m'importaient tant, de ne s'inquiéter en rien de mes dispositions passagères et de la plus ou moins grande difficulté que j'avais à lui passer ses pires distractions. Elle n'était pas fâchée, je l'ai dit, de me narrer sans me faire grâce d'aucun détail les péripéties les plus lamentables de sa vie, de se livrer de-ci de-là à quelques coquetteries déplacées, de me réduire à attendre, le sourcil très froncé, qu'elle voulût bien passer à d'autres exercices, car il n'était bien sûr pas question qu'elle devînt naturelle. Que de fois, n'y tenant plus, désespérant de la ramener à une conception réelle de sa valeur, je me suis presque enfui, quitte à la retrouver le lendemain telle qu'elle savait être quand elle n'était pas, elle-même, désespérée, à me reprocher ma rigueur et à lui demander pardon ! A ces déplorables égards, il faut avouer toutefois qu'elle me ménageait de moins en moins, que cela finissait par ne pas aller sans discussions violentes, qu'elle aggravait en leur prêtant des causes médiocres qui n'étaient pas. Tout ce qui fait qu'on peut vivre de la vie d'un être, sans jamais désirer obtenir de lui plus que ce qu'il donne, qu'il est amplement suffisant de le voir bouger ou se tenir immobile, parler ou se taire, veiller ou dormir, de ma part n'existait pas non plus, n'avait jamais existé : ce n'était que trop sûr. Il ne pouvait guère en être autrement, à considérer le monde qui était celui de Nadja, et où tout prenait si vite l'apparence de la montée et de la chute. Mais j'en juge a posteriori et je m'aventure en disant qu'il ne pouvait en être autrement. Quelque envie que j'en ai eue, quelque illusion peut-être aussi, je n'ai peut-être pas été à la hauteur de ce qu'elle me proposait. Mais que me proposait-elle ? N'importe. Seul l'amour au sens où je l'entends — mais alors le mystérieux, l'improbable, l'unique, le confondant et le certain amour — tel enfin qu'il ne peut être qu'à toute épreuve, eût pu permettre ici l'accomplissement d'un miracle. »

 

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01 janvier 2020

Chute de feuilles [60]

 

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31 décembre 2019

Année nouvelle ?

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"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une discontinuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs, etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire ; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."

 

 

Antonio GRAMSCI,

  L’Avanti !, 1er janvier 2016

Edition de Turin, rubrique « Sotto la Mole »

 

 

"Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna. E sono diventati cosí invadenti e cosí fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa la film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore. Nessun travettismo1. Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca."

 

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"Il ne s’agit pas de nous dans ce que nous commençons, il s’agit de ce qui sera pour l’humanité quand nous aurons disparu." (LOUISE MICHEL)

 

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2019-2020

 

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Chute de feuilles [59]

 

« Et c'est là, dit sentencieusement le directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu'est le secret du bonheur et de la vertu : aimer ce qu'on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. »

 

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30 décembre 2019

Chute de feuilles [58]

 

« Ralph se dégagea des lianes avec précaution et se faufila entre les branches. Quelques secondes plus tard, il laissait derrière lui le gros garçon gémissant et se hâtait vers l'écran de végétation qui le séparait encore du lagon. Il escalada un tronc brisé et sortit de la jungle.

La côte était couverte de palmiers. Les troncs s'élevaient dans la lumière, bien droits ou inclinés, et leurs palmes vertes s'étalaient tout en haut des troncs. Ils poussaient sur un talus couvert d'herbe drue, saccagée par la chute des arbres, parsemée de noix de coco pourrissantes et de plants de palmiers. Au-delà c'était la zone dense de la forêt, sabrée par la déchirure. Ralph se tenait appuyé contre un tronc gris, plissant les yeux pour regarder la surface miroitante de l'eau. A quelque distance du bord, l'écume blanche zébrait un récif de corail, et au large l'eau était d'un bleu profond. Dans l'enceinte irrégulière de l'atoll, le lagon, calme comme un lac de montagne, étalait ses eaux aux teintes bleues variées, mêlées de vert ombreux et de pourpre. La plage, entre les terrasses de palmiers et le bord de l’eau, s’incurvait en mince arc de cercle, apparemment sans limites, car, sur sa gauche, Ralph voyait les palmiers, la plage et l’eau s’étendre à l’infini ; partout, toujours sensible, régnait la chaleur.

Il sauta au bas de la terrasse. Ses chaussures noires s’enfoncèrent dans le sable épais et la chaleur le frappa brutalement. Soudain conscient du poids de ses vêtements, d’un seul mouvement brusque il enleva chaussures et chaussettes. D’un bond il remonta le talus, retira sa chemise et se tint entre les noix de coco en forme de crânes, la peau moirée par les ombres vertes des palmiers de la forêt. Il défit sa ceinture, enleva prestement sa culotte et son caleçon et resta nu, le regard fixé sur l’étendue éblouissante de sable et d’eau.

À douze ans passés, il n'avait plus le ventre proéminent de l'enfance, mais l'adolescence ne le marquait pas encore de gaucherie. Large de carrure, il pouvait faire un futur boxeur, mais la douceur de sa bouche et de ses yeux garantissait un manque de méchanceté. Du plat de la main, il flatta doucement un tronc de palmier ; enfin persuadé de la réalité de son entourage, il eut un rire ravi et se mit debout sur la tête. Puis il reprit son équilibre, sauta sur la plage, s'agenouilla et, des deux bras, empila un tas de sable contre sa poitrine. Enfin, il s'assit et fixa sur la mer un regard brillant d'expectative. »

 

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29 décembre 2019

Chute de feuilles [57]

 

« À Noël prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L'électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l'essence dans les stations-service. Bien avant Noël prochain, nous nous serons permis tout ce qui nous manque maintenant et dont nous avons terriblement envie - du savon et du shampoing, du papier toilette et du lait, des fruits et de la viande. Mon ordinateur marchera, le lecteur CD d'Eva tournera. Nous écouterons la radio, lirons le journal, consulterons Internet. »

 

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28 décembre 2019

Chute de feuilles [56]

 

« Les deux jeunes hommes avaient peu de choses en commun, mais ils ne s’en rendaient pas compte car ils partageaient plusieurs traits de caractère superficiels. Tous deux, par exemple, étaient excessivement soigneux de leur personne, très soucieux de questions d’hygiène et de l’état de leurs ongles. Après leur matinée sous le pont de graissage, ils passèrent presque une heure à se faire une beauté dans le cabinet de toilette du garage. Simplement vêtu d’un short, Dick n’était plus tout à fait le même que lorsqu’il était habillé. Dans ce dernier état, il semblait être un jeune homme chétif, d’un blond terne, de taille moyenne, décharné et peut-être fragile des poumons ; une fois nu, Dick apparaissait tout différent ; il se révélait plutôt comme un athlète bâti à l’échelle d’un mi-moyen. Le tatouage d’une tête de chat, bleue et grimaçante, couvrait sa main droite ; sur une épaule s’épanouissait une rose bleue. D’autres marques, qu’il avait dessinées et exécutées lui-même, ornaient ses bras et son torse : une tête de dragon avec un crâne humain entre ses mâchoires ouvertes ; des femmes nues à forte poitrine, un diable brandissant une fourche ; le mot paix accompagné d’une croix dont émanaient, sous la forme de traits grossiers, des rayons de lumière divine ; et deux compositions sentimentales : l’une, un bouquet de fleurs dédié à maman-papa, l’autre, un cœur qui célébrait le roman d’amour de DICK et CAROL, la jeune fille qu’il avait épousée à l’âge de dix-neuf ans et dont il avait divorcé six ans plus tard afin d’‘’agir en homme d’honneur’’ avec une autre jeune femme, la mère de son dernier-né. (‘’J’ai trois fils dont je m’occuperai décidément, avait-il écrit en faisant sa demande de remise en liberté sur parole. Ma femme est remariée. J’ai été marié deux fois, seulement je veux rien avoir à faire avec ma deuxième femme’’). 

Mais ni le physique de Dick ni les tatouages qui le décoraient ne produisaient une impression aussi remarquable que son visage qui semblait composé de parties dépareillées. On aurait dit que sa tête avait été coupée en deux comme une pomme, puis recollée avec un léger décalage. C’était un peu ce qui était arrivé ; les traits imparfaitement alignés étaient la conséquence d’une collision de voiture en 1950, accident qui imprima une dissymétrie à son étroit visage à la mâchoire allongée, laissant le côté gauche un peu plus bas que le côté droit, et il en résulta que les lèvres étaient légèrement de biais, le nez de travers, et les yeux, non seulement situés à des niveaux différents mais de taille inégale, l’œil gauche étant vraiment serpentin, avec un regard louche et venimeux, maladivement bleu, qui, même s’il avait été  acquis involontairement, semblait néanmoins annoncer une lie amère au fond de sa nature. »

 

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27 décembre 2019

Chute de feuilles [55]

 

L’invitation au Voyage

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

 

 

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L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

26 décembre 2019

Né un 26 décembre (1930)

 


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Chute de feuilles [54]

 

 

 

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