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27 janvier 2020

26 mai, les jours d'après (XVII)

 

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Bertrand Henne (RTBF), ce lundi matin, au sujet de la ‘’marche de la colère’’ organisée par le PTB le 1er mars prochain :

"Ce qu’on perçoit. C’est qu’avec cette marche et son slogan, le PTB nie la profondeur du clivage socio-économique qui existe entre les partis et entre nord et sud. En particulier entre PS et N-VA. Le PTB réduit les enjeux "politiques" à des enjeux "politiciens", il dépolitise la crise."

A l'évidence.

Le PTB est un parti ‘’nationaliste’’, ou plus exactement un parti nationaliste ‘’belge’’, en d'autres termes un parti ‘’belgicain’’ ! Pour lui, les ‘’problèmes communautaires’’, pour reprendre une terminologie consacrée, n’existent pas ! Ou plutôt, il s’agit de problèmes ‘’artificiels’’ qui ont été créés par les ‘’politiciens’’ pour ‘’diviser les travailleurs’’ !

La longue marche du ‘’mouvement flamand’’ pour la légitime reconnaissance linguistique ? Un artifice…

La naissance d’un ‘’mouvement wallon’’ face à la progression de ce ''mouvement flamand'' et du bilinguisme ? Un artifice…

Le ‘’Congrès wallon’’, issu de mouvements de la résistance au sortir de la seconde guerre mondiale, optant en faveur d’une solution fédérale ? Un artifice...

La ‘’Question royale ‘’ et les grèves quasi insurrectionnelles en Wallonie ? Des artifices…

La ‘’grève du siècle’’ (1960-1961), l’émergence du ’’renardisme’’, ‘’le fédéralisme et les réformes de structures’’ ? Des artifices...

Les lois de 1962-1963 et la détermination d’une frontière linguistique figée ? Des artifices…

Le ‘’Wallen Buiten’’ de Leuven ? Un artifice...

Le développement de ‘’partis communautaires’’ ? Un artifice…

L’éclatement des partis traditionnels longtemps ‘’unitaires’’ ? Un artifice…

Le délitement de la ‘’Belgique de papa’’ et le processus continu de la ‘’fédéralisation’’ ? Des artifices…

Les grandes ‘’réformes institutionnelles’’ ratifiées chaque fois à une majorité de 2/3 des parlementaires ? Des artifices…

Avec une analyse qui ne veut pas tenir compte de 190 années d'histoire, avec une grille de lecture parfois proche du ‘’complotisme’’, le discours ‘’dé-politique’’ n’est effectivement jamais loin !

Pas étonnant dans ces conditions que le PTB appelle à manifester pour sauver ‘’l’unité’’ du pays ! [Soyons toutefois de bon compte, il n’arpentera pas les rues de Bruxelles uniquement pour ce seul objectif, heureusement !]

Mais de quoi s’agit-il en vérité ? De préserver ‘’L’Etat Belgique’’ qui reste un Etat… ‘‘bourgeois’’, qui plus est ‘’monarchique’’ !?!

Depuis sa fondation, le PTB escamote complètement la ‘’question nationale’’ et toute réponse qui serait basée sur le ‘’droit (démocratique) des peuples à l’autodétermination’’.

Il refuse de prendre en considération la portée ‘’stratégique’’ de ce ‘’droit’’ dans le cadre d’un pays (pérennisé suite à l'interventionnisme des principales puissances européennes au XIXème siècle !) où doivent cohabiter deux peuples dans un même cadre étatique !

Cette négligence ne constituerait pas un véritable souci s’il ne s’agissait que d’une question théorique pour intellectuels en manque de bavardages.

Mais il s’agit au contraire d’une problématique très concrète et ‘’impactante’’ pour les populations, car les rapports de forces politiques sont radicalement opposés au Nord et au Sud du territoire : le centre de gravité de la Flandre se situe très à droite, tandis que la Wallonie penche plus ‘’à gauche’’ !

En ignorant -ou en feignant d’ignorer- cette configuration particulière, le PTB se prive d’une approche ‘’stratégiquement’’ innovante : l’implosion de ‘’l’Etat Belgique’’ ferait voler en éclats le ‘’bloc social bourgeois’’ et permettrait de pouvoir avancer là où l’hégémonie du capital est un peu moins incrustée, là où existe un maillon (plus) faible du système !

Si les régions et communautés ont acquis des ‘’compétences propres’’, n’oublions pas que les principaux leviers de la décision -en matière économique et sociale (Sécu), en matière de politique étrangère et de défense nationale, en matière de justice et de questions sociétales, et en matière fiscale-, demeurent toujours au 16 rue de la Loi, en principe (!) sous le contrôle de la Chambre des représentants.

Ainsi, en ce qui concerne la dernière législature, pour ne pas remonter plus loin, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont imposé de nouvelles économies dans les soins de santé, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont décrété un saut d’index, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont orchestré le blocage des salaires, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont décidé de porter le taux de TVA de l’électricité à 21 %, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont modifié l’âge légal de la retraite, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont choisi de dépenser des milliards € pour acheter des F35, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui engagent le Belgique dans des conflits militaires dans le monde, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui détruisent la SNCB ou affaiblissent constamment les ‘’entreprises publiques’’, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui réglementent les ‘’politiques migratoires’’.

Cela ne signifie pas pour autant que ces ‘’entités fédérées’’ ont renoncé aux options austéritaires, en fonction des majorités en place, mais cela signifie que le cap général reste essentiellement fixé par le ‘’fédéral’’, dominé par la droite flamande (dans le gouvernement Michel, trois partis flamands pour un seul francophone ! Une démonstration presque caricaturale de cette hégémonie politique).

Une Wallonie ‘’indépendante’’, débarrassée du poids de la droite flamande, pourrait donc ouvrir de nouvelles perspectives en matière d’édification d’une solution de rechange ‘’de gauche’’.

Ce qui ne signifie pas que cela serait simple (ce ne l’est nulle part !), mais ce qui signifie qu’il y aurait un obstacle de moins dans le combat pour matérialiser une alternative.

En réalité, ce qui ‘’divise’’ les travailleurs, c’est l’absence de réponse à une ‘’question nationale’’ aussi vieille que la Belgique et c’est le maintien d’un Etat ‘’unitaire’’, même sous une forme ‘’fédéralisée’’ ! Car celui-ci est instrumentalisé par les possédants pour continuer à opposer les deux peuples, notamment en attisant les antagonismes ‘’communautaires’’.

Dans le cadre institutionnel actuel, le ‘’c’est la faute aux Flamands’’ ou le ‘’c’est la faute aux Wallons’’ tombent toujours à pic pour justifier ce qui est contesté en essayant de détourner le mécontentement vers les mauvaises cibles.

La disparition de la Belgique, par contre, saperait cette entourloupe, car chaque peuple serait entièrement maître de ses choix politiques et il serait dès lors difficile de pointer la ‘’responsabilité’’ de voisins qui ne seraient plus liés structurellement !

Cela dit, une telle issue n'est (sans doute) pas pour demain !

Même si l'histoire connait parfois des accélérations imprévisibles...

 

 

 

 

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Chute de feuilles [86]

 

« Mais soudain, tandis qu’il scrutait encore et encore les profondeurs, il y discerna un point blanc pas plus gros qu’une hermine et qui montait et augmentait de volume à une vitesse surprenante, jusqu’à ce que, se retournant, il montrât brusquement les deux longues rangées crochues de ses dents éblouissantes remontant des abîmes indiscernables. C’était la gueule ouverte de Moby Dick et sa mâchoire tordue. Sa masse énorme, ombrée, était encore à demi dissimulée dans l’azur marin. Cette bouche éclatante bâillait juste sous la baleinière telle la porte ouverte d’une tombe de marbre. D’un long coup de son aviron de queue, Achab écarta l’embarcation de cette effrayante apparition. »

 

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26 janvier 2020

Chute de feuilles [85]

 

« Il y a quarante ans de tout cela : et cependant, encore aujourd'hui, au milieu d'un exposé, lorsque je suis emporté par l'élan de la parole, je sens soudain avec embarras que ce n'est pas moi qui parle, mais quelqu'un d'autre, comme si quelqu'un d'autre s'exprimait par ma bouche. Je reconnais alors la voix d'un cher défunt, d'un défunt qui ne respire plus que par mes lèvres : toujours, quand l'enthousiasme me donne des ailes, je suis lui. Et, je le sais, ce sont ces heures-là qui m'ont fait. »

 

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25 janvier 2020

Chute de feuilles [84]

 

« On avait réservé des sièges aux hôtes d’honneur. Ils étaient occupés par trois ou quatre ouvriers, vétérans de la première révolution. Parmi eux se trouvaient le maussade Tiverzine, qui avait beaucoup changé, et son vieil ami, Antipov, qui lui donnait toujours raison. Mis au rang des divinités aux pieds desquelles la révolution déposait tous ses présents et tous ses sacrifices, ils étaient assis, silencieux et sévères comme des idoles ; la vanité politique les avait dépouillés de tout ce qu’ils avaient eu de vivant et d’humain. »

 

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24 janvier 2020

Chute de feuilles [83]

 

« Cruellement déçu, Claude contemplait cependant Louis XVI avec intensité, comme hypnotisé par tout ce qu’incarnait cet être. Sa personne trop corpulente ne produisait point une impression de majesté, mais de pesante bonhomie, assez vulgaire. Et pourtant on ne pouvait en sa présence se soustraire au vieux respect qui courbait instinctivement les roturiers passant devant leur Roi. Plus proche, il prenait son aspect véritable : celui d’un homme beaucoup trop gras pour ses trente-cinq ans, au visage lourd et mou, avec des bajoues, un double menton. La bouche petite, très sanguine, sensuelle, le nez busqué, les gros yeux bleus, accentuaient sa pesanteur. Son costume le montrait peu soucieux de paraître, et cette réception semblait l’ennuyer beaucoup. Il ne manquait pourtant pas de bonne volonté. A l’approche du père Gérard dont la tenue tranchait dans cette procession d’inconnus, d’anonymes, qu’en outre la mauvaise vue brouillait, il s’anima, il parut content de pouvoir dire quelque chose à l’un de ces braves bourgeois qui le visitaient.

‘’Eh ! bonjour, bonhomme !’’ fit-il.

Après le vieux Breton, Claude salua froidement, rebuté par un dédain si naturel ou tant de maladresse. Finalement, infatuation ou sottise, cela revenait au même. Quelle folie d’avoir escompté l’impossible ! Entre eux et Louis XVI, quel que fût, peut-être, son bon vouloir, béait un abîme. Il faudrait de bien grands efforts pour le combler. »

 

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23 janvier 2020

Chute de feuilles [82]

 

« Je me sens si seule, je ne comprends pas pourquoi je me sens si seule alors que j'ai aimé tant de gens. J'ai aimé des filles de l'orphelinat, mes sœurs, mes seules amies. Mais je les ai toutes perdues. Ma mère semble à peine me reconnaître. Mon père m'écrit mais garde ses distances. Est-ce que je suis une lépreuse ? Un monstre? Une malédiction ? Les hommes disent m'aimer mais qui aiment-ils ? "Marilyn".  Moi, j'aime les animaux, surtout les chevaux. J'aide les gens de Reno à lancer une souscription pour sauver les mustangs sauvages du Sud-Ouest. J'aimerais qu'aucun animal n'ait jamais à mourir. Sauf de mort naturelle ! »

 

 

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22 janvier 2020

Chute de feuilles [81]

 

« Je suis un flic, dit-il. Un flic tout ce qu’il y a d’ordinaire. Raisonnablement honnête. Aussi honnête qu’on peut l’espérer d’un homme vivant dans un monde où ce n’est plus de mise. C’est la principale raison pour lesquelles je vous ai demandé de venir ce matin. Je voudrais que vous en soyez convaincu. Etant un flic, je préfère que la loi triomphe. J’aimerais voir de belles canailles bien habillées comme Eddie Mars s’abîmer les ongles dans des carrières de cailloux à Folsom, côte à côte avec les petits minables des faubourgs sous-alimentés qui se sont fait poirer à leur premier casse et n’ont jamais eu de chance depuis. C’est ça que je voudrais. Vous et moi, nous avons vécu assez longtemps pour savoir que jamais je ne verrai ce jour-là. Ni dans cette ville, ni dans une ville moitié moins grande, ni dans le moindre recoin des florissants, vastes et verdoyants Etats-Unis d’Amérique. »

 

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21 janvier 2020

Chute de feuilles [80]

 

« Ma présence ici est illégale. Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire: tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. »

 

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Orwell, 1903-1950 (I)

 

Orwell est, avec Kafka, l’un des rares écrivains du XXème siècle dont le nom est passé dans la langage courant, comme Balzac au XIXème siècle’’ [1]

‘’Tout ce que j’ai écrit d’important depuis 1936, chaque mot, chaque ligne, a été écrit directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique tel que je le conçois’’ [2]

 

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Le 21 janvier 1950, il y a 70 ans, disparaissait George Orwell, écrivain politique, homme de gauche, adversaire résolu des dictatures nazie et stalinienne.

Ni courtisan, ni compagnon de route du ‘’communisme soviétique’’, ni porte-parole d’une cause, libre de toute obédience partisane, ennemi de la langue de bois et d’une franchise parfois brutale, Orwell dérangeait les ‘’intellectuels’’ aveuglés par l’un ou l’autre ‘’camp’’, les politiciens prêts à toutes les compromissions et des journalistes déjà dépendants de la puissance de l’argent.

homage to.jpgSon décès -à l’âge de 46 ans !-  fut donc très peu commenté et eut peu d’écho dans la presse de l’époque.

Romancier, journaliste, essayiste, il laissait pourtant une œuvre dense, pour un homme à la santé fragile n’hésitant pas à ‘’faire’’ et à entrer en ‘’immersion’’ dans le monde réel ‘’d’en bas’’ :  9 livres, d’innombrables essais, critiques littéraires et articles commentant l’actualité de son temps…

Et quel ‘’temps’’ ! Celui de la première moitié du XXème siècle, celui du fascisme et du stalinisme triomphants, celui des deux guerres mondiales et de leurs dizaines de millions de cadavres, celui d’Auschwitz et d’Hiroshima/Nagasaki, celui du début de la guerre froide et de la course aux armements (nucléaires) !

C’est peu dire que ces événements tumultueux, et sa trajectoire de vie mouvementée à leur contact, nourrirent directement ses romans et ses écrits.

Policier en Birmanie au service de l’Empire britannique, sans le sou en France et vagabond dans son propre pays, enquêteur sur les conditions d’exploitation de la classe ouvrière du Nord de l’Angleterre, combattant ‘’antifasciste’’ en Espagne, producteur et chroniqueur à la BBC durant le second conflit planétaire (1941-1943), et… cependant écrivain prolixe !

AnimalFarm.jpgLa publication de sa production littéraire rencontra maintes difficultés de son vivant et lui rapporta peu : ni la consécration, ni la fortune. Et il dut attendre la publication de ‘’La Ferme des Animaux’’ à la fin de la seconde conflagration mondiale pour enfin bénéficier d’une situation financière un peu plus aisée !

Il s’empressa alors de terminer son roman le plus connu, ‘’1984’’, quelques mois avant que la tuberculose ne l’emporte.

Il n’eut donc jamais vraiment l’occasion de vérifier la portée et la réception internationales de son œuvre, une œuvre qui n’a cessé de gagner en popularité au fil du temps.

Certes, Orwell n’était pas un prophète ou un Nostradamus buvant du thé ! Sa conception d’une société ‘’totalitaire’’ reposait sur sa connaissance et son expérience de la société ‘’réellement existante’’ des années vingt, trente et quarante du siècle dernier, sources directes de son ‘’inspiration’’ littéraire.

Or, sa description d’un système reposant sur le contrôle total de la population, où le langage est en permanence transformé et vidé de toute signification, où l’histoire est constamment revue et rectifiée, où le mensonge est institutionnalisé, a aujourd’hui une puissance évocatrice inégalée.

Car nous vivons dans le monde de la ‘’révolution numérique’’, un monde où les espaces  -public et privé-  sont envahis par les ‘’terminaux’’, un monde où il devient 1984.jpgpérilleux de s’émanciper du net et des ‘’réseaux sociaux’’, un monde où les caméras prolifèrent partout et où la surveillance généralisée s’intensifie, un monde où les ‘’infofausses’’ (les ‘’fake news’’, particulièrement prisées par un Donald Trump, président de la première puissance planétaire !) entretiennent quotidiennement confusion et manipulation !

Dès lors, c’est bel et bien notre présent qui actualise sans cesse ce livre daté et qui continue à lui assurer un retentissement énorme.

‘’1984’’, et ‘’La Ferme des Animaux’’ qui le préfigure, continuent donc d'être publiés et republiés, lus et discutés, abondamment.

Signe de l’intérêt persistant de ces textes, décidément incontournables : les ‘’traductions nouvelles’’, les ‘’éditions commentées’’, les ‘’analyses érudites’’ qui se multiplient. [3]

Je reviendrai dans les prochaines semaines sur la vie, la personnalité, l’action, la pensée et les ‘’monuments’’ littéraires de George Orwell.

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[1] Adrien Jaulmes, Sur les traces de George Orwell, Paris, Editions des Equateurs, 2019, page 145.

[2] George Orwell, Essais, articles, lettres - volume 1, Paris, Ivréa, 1995, page 25.

[3] Ainsi, en 2018, Gallimard a publié une nouvelle édition de 1984 avec une traduction réalisée par Josée Kamoun, qui a fait le choix d’un récit au présent alors que la version originale était écrite au passé ! La fameuse ‘’novlangue’’ devient le ‘’néoparler’’, ‘’l’Angsoc’’ devient le ‘’Sociang’’, la ‘’police de la pensée’’ devient la ‘’mentopolice’’ et le ‘’crime de la pensée’’ devient ‘’mentocrime’’. Voir à ce sujet : Thierry Discepolo, L’art de détourner George Orwell, Le Monde Diplomatique, juillet 2019.

Concernant La Ferme des Animaux, notons la version que vient de publier Larousse dans sa collection ‘’Petits Classiques’’ (traduction Etienne Leyris).

 

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Bibliographie

 

GEORGE ORWELL

 

A ma guise, chroniques 1943-1947, Marseille, Agone, 2008

Chroniques du temps de guerre (1941-1943), Paris, Ivréa, 1988

Dans le ventre de la baleine, et autres essais (1931-1943), Paris, Ivréa, 2005

Ecrits politiques (1928-1949), Marseille, Agone, 2009

Essais, articles, lettres (4 volumes), Paris, Ivréa, 1995-2001

Tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Paris, Ivréa, 2005

Une vie en lettres, correspondance (1903-1950), Marseille, Agone, 2014

Une histoire birmane, Paris, Ivréa, 1996

Dans la dèche à Paris et à Londres, Paris, 10/18, 2010

Une fille de pasteur, Paris, LGF-Livre de poche, 2008

Le Quai de Wigan, Paris, Ivréa, 1995

Et vive l’Aspidistra, Paris, 10/18, 2000

Un peu d’air frais, Paris, 10/18, 2010

Hommage à la Catalogne, Paris, 10/18, 2000

La Ferme des Animaux, Paris, Gallimard (‘’Folioplus classiques’’), 2010

1984 (traduction Amélie Audiberti), Paris, Gallimard (‘’Folioplus classiques’’), 2015

1984 (traduction Josée Kamoun), Paris, Gallimard, 2018

 

SUR ET AUTOUR DE GEORGE ORWELL

 

AGONE (Revue), Orwell, entre littérature et politique, Marseille, N°45, 2011

BEGOUT Bruce, De la décence ordinaire, Paris, Allia, 2019

BRUNE François, Sous le soleil de Big Brother, Paris, L’Harmattan, 2000

CHRISTIN Pierre, VERDIER Sébastien, Orwell, Paris, Dargaud, 2019 [‘’Roman graphique’’, avec la participation d’André Juillard, Olivier Balez, Manu Larcenet, Blutch, Juanjo Guarnido, Enki Bilal]

CONANT James, Orwell ou le pouvoir de la vérité, Marseille, Agone, 2012

CRICK Bernard, George Orwell, une vie, Paris, Flammarion, 2008

CRITIQUE COMMUNISTE (Revue), 1984, N°32, 1984

DURAND-LE GUERN Isabelle, Le roman de la révolution. L’écriture romanesque des révolutions de Victor Hugo à George Orwell, Presses Universitaires de Rennes, 2012

GENSANE Bernard, George Orwell, vie et écriture, Presses Universitaires de Nancy, 1994

GILL Louis, George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984, Montréal, Lux, 2011

HITCHENS Christopher, Dans la tête d’Orwell, Paris, Editions Saint Simon, 2019

JAULMES Adrien, Sur les traces de George Orwell, Paris, Editions des Equateurs, 2019

KENNEL-RENAUD Elisabeth, Etude sur La Ferme des Animaux, Paris, Ellipses, 2008

LEMEUNIER Aude, 1984, George Orwell, Paris, Hatier (‘’Profil d’une œuvre’’), 2004

LEYS Simon, Orwell ou l’horreur de la politique, Paris, Plon, 2006

LE GENRE HUMAIN (Revue), 1984 ?, N°9, Automne-Hiver 1983-1984, Bruxelles, Complexe

LE MAGAZINE LITTERAIRE (Revue), George Orwell, 1984, hier et demain, N°202, Décembre 1983

LE MAGAZINE LITTERAIRE (Revue), Orwell, écrivain et prophète politique, N°492, Décembre 2009

MALTERE Stéphane, George Orwell, Paris, Folio (‘’Biographie’’), 2015

MARTIN Jean-Pierre, L’autre vie d’Orwell, Paris, Gallimard, 2013

MICHEA Jean-Claude, Orwell, anarchiste tory, Paris, Climats, 2000

MICHEA Jean-Claude, Orwell éducateur, Paris, Climats, 2003

NEWSINGER John, La politique selon Orwell, Marseille, Agone, 2006

REGARD Frédéric, 1984 de George Orwell, Paris, Folio, 1994

SPURLING Hilary, Sonia Orwell, un portrait, Paris, Seuil, 2003

WILLIAMS Raymond, Orwell, Paris, Seghers, 1972

20 janvier 2020

Chute de feuilles [79]

 

« La banque ce n'est pas la même chose que les hommes. Il se trouve que chaque homme dans une banque hait ce que la banque fait, et cependant la banque le fait. La banque est plus que les hommes, je vous le dis. C'est le monstre. C'est les hommes qui l'ont créé, mais ils sont incapables de le diriger. »

 

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19 janvier 2020

Chute de feuilles [78]

 

« Combien de personnes connaissaient l’existence de Billy ? Lui, bien sûr, mais il n’en avait parlé à personne.  Ah si ! Justement, il en avait touché deux mots à Peggy Spring. Bêtement, plusieurs fois, histoire de montrer qu’il avait le sens de l’humour, histoire de faire le joli cœur. A qui d’autre ? A Bellanger. Quand il était venu diner à la maison, pour faire passer le soufflé qui était raté. Restait Juliette. Juju, sa propre femme, sa nana, sa coquine. Restait surtout Julie-Berthe, la plus bavarde little girl in ze world, une jacassière intrépide, prenant l’ascenseur cent fois par jour. C’était elle la clé du problème. Elle l’instigatrice. Et ça ne simplifiait pas le problème en question. Clovis regardait l’immeuble où il habitait avec une sorte de crainte. La petite connaissait un monde fou pour son âge. Il en eut le frisson.

Il se tourna vers ses subordonnés. Il garda ses déductions pour lui-même. Les journalistes arrivèrent. Ils l’assaillirent de questions. Soudain, il devint quelqu’un d’important. Il prit l’air qu’il fallait : un tiers de sérieux imperturbable, un tiers de flegme américain, un tiers d’énergie dans les yeux. Flash ! Merci pour la Presse ! Les reporters le pressèrent de questions.

- Des soupçons, inspecteur ? demanda un photoseur à lunettes.

- Des indices ?

- Une piste ?

Sans réfléchir, Clovis s’entendit répondre :

- L’assassin s’appelle Billy-ze-Kick !

Il avait dit son nom avec emphase, comme on prononce un pseudonyme déjà célèbre, celui d’une star. Juste son nom. Il brandit le papier qu’il avait trouvé.

- Voyez ! Il a signé !

Les flashes crépitèrent à nouveau. Sa gloire grimpa en flèche. Demain, peut-être même ce soir, il serait à la Une. Ou à la Deux. Mais il eut en outre la sensation que quelque chose d’autre s’était produit.

Un personnage était né. Un être qu’il avait fabriqué de toutes pièces. Il venait de lui lâcher la main, de lui faire faire ses premiers pas. Oui, Billy-ze-Kick venait de débuter dans le monde. »

 

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18 janvier 2020

Chute de feuilles [77]

 

« On entre dans un parti ; on en sort ; on le défend ; on le combat. Dans ce sens, le parti communiste n’est pas un parti, mais une alliance plutôt, un pacte, une Église. Les guerres civiles, les luttes au sang lui ont donné ce caractère religieux. Chaque membre est réellement un membre, une partie d’un tout, solidaire avec lui et qui éprouve dans son être les malheurs qui le frappent et les maladies. D’avoir détruit cela, Staline nous paraissait coupable. Dès lors, il ne s’agissait plus de ressentir, de réagir à l’ennemi, mais d’obéir. Nous avons dit non. »

 

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17 janvier 2020

Chute de feuilles [76]

 

« De jour en jour, et par les deux côtés de mon intelligence, le moral et l'intellectuel, je me rapprochai donc peu à peu de cette vérité, dont la découverte partielle a entraîné pour moi un si terrible naufrage : à savoir, que l'homme n'est en réalité pas un, mais deux. »

 

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16 janvier 2020

Chute de feuilles [75]

 

« Un visage en lame de couteau, qui semblait toujours cramoisi chaque fois que je le voyais. Je me souviens qu’il buvait du Jim Bean avec de la glace. Je remarque toujours ce que boivent les flics. Ça apprend un tas de choses sur eux. Quand ils boivent de l’alcool et rien d’autre, je me dis qu’ils ont vu trop de trucs, et trop souvent des trucs que la plupart des gens ne verront jamais, pas même une seule fois dans leur vie. Sean, lui, buvait de la bière ce soir-là, de la Lite, mais il était jeune. Même s’il était le numéro un de la brigade, il avait facilement dix ans de moins que Wexler. Peut-être que dix ans plus tard il aurait comme Wexler avalé son médicament, glacé et raide. Mais ça, je ne le saurai jamais. »

 

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