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01 décembre 2019

Chute de feuilles [29]

 

 

 « Qu’un être humain civilisé, au dix-neuvième siècle, ne sût pas que la terre tournait autour du soleil me parut être une chose si extraordinaire que je pouvais à peine le croire.

– Vous paraissez étonné, me dit-il, en soupirant de ma stupéfaction. Mais, maintenant que je le sais, je ferai de mon mieux pour l’oublier.

– Pour l’oublier !

– Voyez-vous, je considère que le cerveau de l’homme est, à l’origine, comme une petite mansarde vide et que vous devez y entasser tels meubles qu’il vous plaît. Un sot y entasse tous les fatras de toutes sortes qu’il rencontre, de sorte que le savoir qui pourrait lui être utile se trouve écrasé ou, en mettant les choses au mieux, mêlé à un tas d’autres choses, si bien qu’il est difficile de mettre la main dessus. L’ouvrier adroit, au contraire, prend grand soin de ce qu’il met dans la mansarde, dans son cerveau. Il n’y veut voir que les outils qui peuvent l’aider dans son travail, mais il en possède un grand assortiment et tous sont rangés dans un ordre parfait. C’est une erreur de croire que cette petite chambre a des murs élastiques et qu’elle peut s’étendre indéfiniment. Soyez-en sûr il vient un moment où, pour chaque nouvelle connaissance que nous acquérons, nous oublions quelque chose que nous savons. Il est donc de la plus haute importance de ne pas acquérir des notions inutiles qui chassent les faits utiles.

– Mais le système solaire ! protestai-je.

– En quoi diable m’importe-t-il ? et sa voix était impatiente. Vous dites que nous tournons autour du soleil; si nous tournions autour de la lune ça ne ferait pas deux liards de différence pour moi ou pour mon travail ! »

 

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30 novembre 2019

Chute de feuilles [28]

 

« QUARTIER LIBRE

 

J'ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête
Alors
on ne salue plus
a demandé le commandant
Non
on ne salue plus
a répondu l'oiseau
Ah bon
excusez-moi je croyais qu'on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l'oiseau. »

 

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29 novembre 2019

Chute de feuilles [27]

 

« Le notaire se pencha sur ses papiers et prononça lentement un chiffre. C'était si énorme, si formidable, si fantastique, que le vertige s'empara un moment de tous les esprits.

Ce fut tante Sylvie qui rompit le charme du nombre d'or, en s'écriant :

- Charles, tu démissionneras !

- Bien entendu ! ricana l'oncle Cassave. Il ne pourrait faire autrement.

- Cette fortune, déclara le notaire, ne sera pas, partagée.

Un murmure de déception terrifiée s'éleva, mais le notaire y coupa court en continuant :

- Quand Quentin-Moretus Cassave sera, décédé, tout le monde ici présent, sous peine de se voir exclure immédiatement de l'héritage et de perdre tout avantage à venir, habitera et continuera de vivre sous ce toit.

- Mais nous avons une maison, notre propriété ! gémit Eléonore Cormélon.

- Ne m'interrompez pas, dit sévèrement le notaire. Ils y vivront jusqu'à leur mort, mais chacun touchera une rente annuelle, donc viagère, de...

Ce fut de nouveau un chiffre prodigieux qui tomba des lèvres minces de l'officier ministériel.

- On vendra la maison, entendis-je marmotter l'aînée des dames Cormélon.

- Tous y auront droit au gîte et au couvert, pour lesquels le testateur exige la perfection. Les époux Griboin, tout en ayant les mêmes avantages que les autres, resteront des serviteurs et ne l'oublieront jamais.

Le notaire fit une pause.

- Il ne sera apporté à la maison Malpertuis aucun changement et au dernier vivant sera dévolue la fortune entière.

Le magasin de couleurs sera traité comme la maison même et Mathias Krook en restera le commis, ses gages triplés et maintenus à vie. Seul le dernier vivant sera en droit de fermer ledit magasin.

Eisengott, qui n'aura aucun avantage, à qui rien n'échoit, et qui ne voudrait rien, sera témoin de la parfaite exécution de ces volontés.

Le notaire prit le dernier feuillet du dossier.

- Il y a un codicille : Si les deux derniers survivants sont un homme et une femme, le couple Dideloo en est de fait écarté, ils deviendront mari et femme, et la fortune leur reviendra à parts égales.

Un silence plana, les esprits n'étant pas encore de plain-pied avec l'événement.

- Ainsi je l'ai voulu ! dit l'oncle Cassave d'une voix forte.

- Ainsi il en sera ! répondit gravement le sombre Eisengott.

- Signez ! ordonna le notaire Schamp. »

 

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28 novembre 2019

D'un bicentenaire à l'autre !

 

L’année dernière était commémoré le bicentenaire de la naissance de Karl Marx. L’année prochaine sera commémoré le bicentenaire de la naissance de Friedrich Engels. 

Aujourd’hui, il y a 199 ans qu’Engels vit le jour à Barmen (Prusse rhénane) dans une famille conservatrice et piétiste. Son père était… un industriel !  

Le nom d’Engels est indissociable de celui de Marx, car les deux amis collaborèrent et luttèrent ensemble durant près de 40 ans ! Et sans Engels, qui aida matériellement et financièrement Marx toute sa vie, celui-ci aurait vraisemblablement sombré dans la misère et l’oubli ! 

Engels fut un révolutionnaire et un géant de la pensée, au même titre que Marx. Dans bien des domaines, c’est même lui qui montra la voie. 

Ainsi, il comprit très vite l’importance de l’économie politique et la nécessité de sa critique [1]. Ainsi, il découvrit très tôt la réalité de l’exploitation de la classe ouvrière, notamment grâce à son expérience directe au sein de l’entreprise paternelle [2]. Ainsi, il se rallia au communisme plus rapidement que son ainé, qui éprouvait toujours la nécessité d’étudier une question sous ses multiples aspects avant de se prononcer.  

Marx n’avait d’ailleurs aucune peine à reconnaître le génie et la précocité de son ami [3]. 

Engels, qui avait fait son service dans l’artillerie, s’intéressait également aux questions militaires dont il devint un «spécialiste», ce qui lui valu le surnom de «Général». 

 

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Durant toute son existence, sa curiosité n’eût aucune limite : il parlait ou lisait une vingtaine de langues, était passionné de sciences exactes, et s’intéressait à la question de l’émancipation des femmes aussi bien qu’à la lutte des Irlandais contre l’oppression britannique !  

Engels a parfois été critiqué parce qu’il aurait appauvri la pensée/théorie marxienne, parce qu’en la simplifiant il aurait contribué à son dévoiement dogmatique, parce qu’il serait finalement l’inventeur du «marxisme», un concept que Marx lui-même n’a jamais repris à son compte ! [4] 

Critiques irrecevables qui témoignent d’un mauvais procès fait à une personnalité qui contribua beaucoup à diffuser l’œuvre de son ami, et qui joua un grand rôle au sein du mouvement ouvrier en plein développement dans les dernières décennies du XIXème siècle. 

Ce bicentenaire sera précisément l’occasion de clarifier ces polémiques et de débattre de l’apport réel de cet autre célèbre barbu… 

 

[1] Voir son Esquisse d’une critique de l’économie politique, Aubier-Montaigne, Paris, 1974. Marx qualifia plus tard celle-ci d’«esquisse géniale d’une critique des catégories économiques» (Marx Karl, Contribution à la critique de l’économie politique, Editions sociales /GEME, Paris, 2014, page 64) 

[2] Ce qui lui permit d’écrire un chef d’œuvre sociologique : La situation de la classe laborieuse en Angleterre, Editions Sociales, Paris, 1975. 

[3] «Tu sais que 1. tout vient tard chez moi et 2. que je marche toujours sur tes traces» (Lettre de Marx à Engels datée du 4 juillet 1864, in Marx-Engels, Correspondance, Tome VII, Editions Sociales, Paris, 1979, page 248). En 1853, dans une lettre à Adolf Cluss, membre de la Ligue des Communistes qui émigra dès 1849 aux Etats-Unis, Marx indiquait : «Engels est vraiment surchargé de travail ; mais comme c’est une véritable encyclopédie, qu’il est capable de se mettre au travail à toute heure du jour et de la nuit, qu’il soit saoul ou à jeun, qu’il a la plume et l’esprit alertes en diable, on peut malgré tout espérer tirer quelque chose de lui…» (Marx-Engels, Correspondance, Tome IV, Editions Sociales, Paris, 1974, page 45) 

[4] Voir par exemple : Rubel Maximilien, Marx critique du marxisme, Payot, Paris, 1974.

 

 

 

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Chute de feuilles [26]

 

« Il avait toujours tournoyé autour du Kremlin pour le moins autant de faux bruits et de chuchotements que d’hirondelles au-dessus de ses tours par un beau jour d’été. Alors, que dire de l’époque actuelle où depuis bientôt huit ans, c’étaient les dirigeants du prolétariat mondial qui y siégeaient ? A chaque pas, des paradoxes. Tenez, rien qu’à prendre la tour du Sauveur : elle porte toujours son nom, soit, mais elle est devenue un tout autre symbole. L’aigle à deux têtes couronne toujours son faîte, mais à midi, son carillon joue l’Internationale et à minuit Vous êtes tombés en victimes.

Le bruit court en ville que, dans un dessein inconnu, grandit sous le Kremlin tout un réseau de puits acoustiques secrets et de boyaux d’écoute. D’étranges racontars circulent sur la vie des Kamenev et des Staline, sur Démian Bédny, le poète de cour bolchévik installé porte à porte avec les potentats dans le bâtiment de l’ex-Arsenal, ce Démian Bédny que, calembourdant autour de son vrai nom, les écrivains de la capitale ont surnommé Démian Laquéiévitch Courtisan.

[NdT : Démian Bédny, pseudonyme, signifie Démian le Pauvre. Son nom véritable, Pridvorov, a pour étymologie : Courtisan]

Le sentiment d’étrangeté et d’angoisse n’a fait que croître lorsque, le principal occupant de la forteresse étant mort, on l’a embaumé et porté hors les murs dans un cercueil de cristal afin de l’offrir à la contemplation des foules. Par suite de quels insolites méandres de l’imagination ? Et comment les associer avec la philosophie matérialiste, ne serait-ce que celle d’Engels qui a disposé que l’on dispersât ses cendres dans l’Océan ? »

 

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27 novembre 2019

Chute de feuilles [25]

 

« Chaque époque et chaque nation ont leur propre morale, leur propre code de valeurs, en fonction de ce que les gens estiment être la valeur la plus sacrée, et d'autres qui ne se préoccupaient que de la beauté. Le Siècle des lumières célébrait la raison comme la plus élevée des valeurs, et certains peuples - les Italiens, les Irlandais - ont toujours trouvé que la sensibilité, l'émotion, les sentiments, étaient ce qui comptait le plus. Aux premiers temps de l'Amérique, l'exaltation du travail était notre plus grande expression de moralité, puis il y eut une période où les valeurs à la propriété furent estimées au-delà de tout. Mais un autre changement s'est produit récemment. Aujourd'hui, notre code moral repose sur l'idée que la fin justifie les moyens.

Il fut une époque où c'était considéré comme malhonnête, l'idée que la fin justifie les moyens. Mais cette époque est révolue. Nous seulement nous y croyons, mais nous le disons. Nos chefs de gouvernement justifient toujours leurs actions en invoquant leurs buts. Et il n'est pas un seul P.-D.G. qui ait commenté publiquement la vague de compressions de personnel qui balaie l'Amérique sans l'expliquer par une variation sur la même idée : la fin justifie les moyens. »

 

 

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26 novembre 2019

Chute de feuilles [24]

 

« Le vicomte

Personne?

Attendez! Je vais lui lancer un de ces traits!...

Il s'avance vers Cyrano qui l'observe, et se campant devant lui d'un air fat.

Vous...vous avez un nez.... heu.... un nez... très grand.

Cyrano, gravement.

Très.

Le vicomte, riant.

Ha !

Cyrano, imperturbable.

C'est tout ?...

Le Vicomte

Mais...

Cyrano

Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !

On pouvait dire... Oh ! Dieu !... Bien des choses en somme.

En variant le ton, -par exemple, tenez :

Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez

Il faudrait sur-le-champ que je l'amputasse !"

Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse :

Pour boire, faites-vous fabriquer un Hanap !"

Descriptif : "C'est un roc!... C'est un pic!... C'est un cap!...

Que dis-je, c'est un cap?... C'est une péninsule!"

Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?

D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ?"

Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux

Que paternellement vous vous préoccupâtes

De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?"

Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,

La vapeur du tabac vous sort-elle du nez

Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?"

Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée

Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !"

Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol

De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"

Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane

Appelle Hippocampéléphantocamélos

Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"

Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?

Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très

commode !"

Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,

T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"

Dramatique : "C'est la mer Rouge quand il saigne !"

Admiratif : "Pour un parfumeur, qu'elle enseigne !"

Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?"

Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ?"

Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,

C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !"

Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !

C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !"

Militaire : "Pointez contre cavalerie !"

Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?

Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !"

Enfin parodiant Pyrame en un sanglot:

"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître

A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"

- Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit

Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :

Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,

Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettre

Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !

Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut

Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,

Me servir toutes ces folles plaisanteries,

Que vous n'en eussiez pas articulé le quart

De la moitié du commencement d'une, car

Je me les sers moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve. »

 

 

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25 novembre 2019

26 mai, les jours d'après (XII)

 

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C’est clair comme de l’eau de roche : il n’y aura pas de gouvernement fédéral de plein exercice cette année ! 

L’Etat Belgique est une nouvelle fois plongé dans une crise aigüe et il devient de plus en plus difficile pour les principaux acteurs politiques de dégager une solution. 

Comment expliquer l’embrouillamini actuel ? 

Principalement par deux faits essentiels :  

1. La «crise de la représentation politique» -sans cesse renforcée par l’incapacité des courants historiques traditionnels à apporter des réponses convaincantes aux déficits sociaux et écologiques, dans un monde en pleine dérive mortifère-,  a renforcé l’éclatement du paysage parlementaire d’une part, et d’autre part la méfiance voire le rejet d’un nombre croissant de citoyen(ne)s vis-à-vis de la «gestion de la Cité».

2. Les différentes réformes de l’Etat n’ont jamais débouché sur une vraie stabilisation institutionnelle, et la «question nationale» -sans cesse refoulée mais jamais réellement solutionnée !-  continue à peser lourdement.

Les résultats du 26 mai sont particulièrement instructifs concernant ces deux constats. 

- Les plus anciennes formations politiques de ce pays ont toutes été sanctionnées et les différents exécutifs qui étaient en place ont encaissé un incontestable revers. Pour ne prendre que l’échelon fédéral, la «coalition suédoise» a perdu 22 sièges ! Et cette dégringolade n’a pas profité aux deux partis socialistes, qui étaient pourtant dans l’opposition, et qui se retrouvent aujourd’hui avec 7 députés de moins qu’il y a 5 ans ! Cette déroute généralisée contraste avec le succès du Vlaams Belang (VB), d’Ecolo-Groen et… du PTB-PVDA ! Ces «vases communicants politiques» ont suscité une petite onde de choc, difficilement occultée par les habituels cris de victoire des uns et des autres lors de la soirée électorale…

- Autre secousse : la confirmation de l’existence de «deux pays» et de deux configurations politiques diamétralement opposées ! Avec le renforcement d’un centre de gravité situé (très) à droite en Flandre ; avec une Wallonie nettement plus à gauche ! Et au Nord, c’est surtout la «droite de la droite » qui a marqué des points ; tandis qu’au Sud, c’est la «gauche de la gauche» qui a le plus progressé ! Le VB est maintenant le deuxième parti de la Chambre (18 députés) et le PTB-PVDA a multiplié par six sa représentation (12 députés pour 2 en 2014 !) !

- Au total, 12 formations se partagent les 150 sièges du Parlement fédéral ! Certes, à l’exception du groupe présidé par Raoul Hedebouw, tous placent leur action et leur projet politiques dans le cadre du capitalisme, jugé «indépassable» ! Mais il existe néanmoins entre ces forces des différences programmatiques et des sensibilités diverses sur les problématiques économiques, sociales, écologiques, sociétales et institutionnelles…

- Les deux partis dominants sont directement contestés sur leur identité revendiquée. En Flandre, sur sa «droite», la N-VA doit tenir compte du retour en forme du VB ! En Wallonie-Bruxelles, sur sa «gauche», le PS doit prendre en considération la progression significative du PTB !

- Les différents exécutifs des entités fédérées sont au travail, sur la base d’orientations divergentes. Ce qui ne devrait pas constituer un handicap dans un Etat fédéral assumé, mais ce qui reste une difficulté en Belgique lorsque des configurations antagoniques doivent se retrouver et se confronter, afin de constituer une majorité gouvernementale suffisamment cohérente pour tenir la distance d’une législature !

 

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C’est dans ce contexte particulièrement complexe qu’«informateurs», «démineurs», «explorateurs», «formateurs»  -peu importe le terme retenu- cherchent «la» formule qui permettra de (re)mettre sur les rails un exécutif fédéral disposant d’un appui majoritaire à la Chambre des représentants, capable de rencontrer peu ou prou les aspirations populaires et à même de répondre de manière satisfaisante à l’impatience grandissante de celles et ceux «d’en bas». 

Sans surprise, depuis des mois, les observateurs et les médias dominants ont demandé au PS et à la N-VA de s’associer. Et sans surprise, cette perspective peine à se concrétiser car tout ce beau monde marche sur des œufs. Bart de Wever et consorts, sous la menace du VB, ne peuvent se permettre d’importantes concessions, ni sur le plan socio-économique, ni sur le plan de la gestion des migrations, ni bien sûr sur le plan institutionnel ! Le PS, qui a dénoncé durant cinq ans la connivence du MR avec les nationalistes flamands et qui a gauchi son programme pour damer le pion au PTB, ne peut se permettre de trop vite rétropédaler ! Histoire d’éviter une rupture supplémentaire avec sa base la plus militante et avec les ailes syndicales les plus combatives ! 

Paul Magnette tente donc d’enclencher un «plan B», à savoir une majorité «arc-en-ciel» reprenant socialistes, écologistes et… libéraux ! Il n’exclut d’ailleurs pas des apports du CD&V, de Défi et… du Cdh ! 

La difficulté est ici de persuader des partis flamands à monter au Fédéral tout en étant minoritaires dans leur propre communauté, et qui se retrouveront donc sous le feu d’un puissant bloc N-VA/VB ! 

Difficulté mais pas impossibilité : en 2014, l'hypothèse d'une participation gouvernementale du MR, ultra minoritaire dans la partie francophone du pays, était considérée comme une opération «kamikaze» et l’on sait ce qu’il en est finalement advenu : Michel Ier ! 

L’Open Vld semble d’ailleurs ne plus fermer la porte, la perspective d’un poste de premier ministre n’est sans doute pas étrangère à ce positionnement recalibré. 

Certes, la perspective d’une N-VA rejetée dans l’opposition ne fera pas pleurer dans les chaumières progressistes. Mais un gouvernement «arc-en-ciel» serait un gouvernement comprenant plusieurs partis de… la défunte «Suédoise» ! Et qui peut croire que c’est en s’associant avec les libéraux et/ou le CD&V que l’on pourra changer de cap politique ? 

D’autant que la Commission européenne presse la Belgique de respecter les règles de l’UE en matière de déficit budgétaire. Traduction : il ne faut pas relacher les efforts, ce qui pour les libéraux de toutes obédiences et de tous les pays signifie poursuite des politiques «austéritaires» ! 

Jusqu’où PS/SPA/ECOLO/GROEN sont-ils disposés à continuer dans cette voie, alors que le (re)financement des services publics, de la Sécurité sociale, de mesures d’ampleur contre le «réchauffement climatique», de la lutte contre la pauvreté et les inégalités…, est pressant ? 

Notre histoire politique nous enseigne qu’il ne faut pas trop entretenir d’illusions quant à la fermeté de ces formations «de gauche» ! Pour autant, construire un accord de majorité reste extrêmement compliqué et tout reste possible, en ce compris l’organisation de nouvelles élections ! 

Mais ce serait une erreur de regarder passivement cette agitation politicienne et d’attendre tranquillement que la situation se décante. Absence de gouvernement fédéral ou pas, seules les mobilisations sociales de toute nature permettent de construire des rapports de force qui seront indispensables dans les mois et les années à venir… 

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Chute de feuilles [23]

 

« Pourquoi l'as-tu tuée ? me demanda le policier qui était assis à l'arrière avec moi.

-Elle me l'a demandé, répondis-je.

- T'entends ça, Harry ?

-C’est fou ce qu’il peut-être complaisant, le salaud.

-T’as pas d’autre raison à donner ? Demanda le policeman qui était à l’arrière.

-On achève bien les chevaux… dis-je. »

 

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24 novembre 2019

Brûler Polanski et son oeuvre ?

 

affiche.jpgLe dernier film de Roman Polanski, «J’accuse», suscite passions et polémiques. En cause les multiples accusations de viols et de violences envers les femmes portées à l’encontre du très controversé réalisateur.

Avec des interrogations récurrentes : peut-on encore trouver un intérêt à la filmographie d’un homme aussi odieux ? Faut-il boycotter cette œuvre récompensée il y a peu à la Mostra de Venise ? Aller voir ses longs métrages ne revient-il pas à légitimer la culture du viol et la pédo-criminalité ? Peut-on séparer l’homme de son travail artistique ? 

Cette problématique de la «relation» entre les œuvres d’art et celles/ceux qui les produisent n’est pas neuve. 

En quelques lignes, mon point de vue. 

Les êtres humains ne sont pas des saucissons que l’on peut découper en tranches. Il ne s’agit donc pas de «séparer» qui que ce soit ou de construire des murs entre les différentes facettes d’une personnalité ! 

Les êtres humains sont des êtres complexes traversés par de multiples contradictions et soumis à quantité de tensions. 

Ils divergent sur leur vision du monde et de l’existence ; ils défendent des opinions  -politiques ou philosophiques-  différentes ; ils ont une conception variable de l’éthique. Il ne sont jamais totalement des saints ou des démons, mais certains franchissent parfois la ligne rouge de l’inacceptable pour toute vie en société. 

Il serait par conséquent naïf de penser que les «artistes» pourraient échapper aux turpitudes humaines, qu’ils pourraient constituer une «caste d’individus supérieurs» surplombant les contingences des mortels. 

On peut être un personnage infréquentable, délinquant ou criminel, raciste ou sexiste, fasciste ou stalinien, violent ou belliciste, alcoolique ou héroinomane,  et néanmoins posséder de réels «talents artistiques», qui peuvent légitimement être appréciés par beaucoup...

Dans le cas contraire, il faudrait revisiter l’ «histoire de l’art» et jeter aux oubliettes une majorité de «créateurs» ! 

Ainsi, il ne serait plus possible d’aimer la poésie d’Aragon qui, durant toute une période, a justifié les crimes de Staline ! Ainsi, il ne serait plus possible de lire «Voyage au bout de la nuit» de Céline, antisémite revendiqué ! Ne parlons même pas du Marquis de Sade ! Ainsi, il faudrait retirer de sa playlist un Ferré, peu avare en propos misogynes, un Montand qui entretenait des relations troubles avec les (très jeunes) femmes, ou un Michael Jackson, réputé pédophile ! Et que dire de ces cinéastes ou acteurs qui se comportèrent en délateurs ou calomniateurs à l’époque du maccarthysme, que dire d’une Marylin Monroe ou d’un John Wayne soutiens de l’impérialisme US lors des guerres de Corée ou du Vietnam ? 

Alors oui, on peut visionner les films de Polanski sans être un gogo. On peut se rendre dans une salle obscure pour applaudir «Le bal des vampires» , «Le bébé de Rosemary» ou son dernier «J’accuse», sans cautionner pour autant la perversité du réalisateur ou sans devenir le «complice» ( !) d’un prédateur sexuel ! 

 

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Dans le domaine artistique, un artiste doit d’abord être évalué à son «art», et en la matière les opinions (personnelles) des uns et des autres sont évidemment discutables et souvent discutées !  Ceci ne signifie aucunement que l’on soit dupe de la personnalité des auteurs (ou autrices !) d’œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques ! 

En ce qui me concerne, il est probable que je verrai le dernier film de Polanski consacré à l’Affaire Dreyfus, énorme machination judiciaire avec pour arrière-fond l’antisémitisme. 

«Oui mais…» ajoute-t-on ici, il y aurait des «intentions cachées», un «message» sous-jacent  (pour faire court, en «s’identifiant» à Dreyfus, Polanski s’érigerait en malheureuse «victime»), bref une démarche artistique ambigüe…  

Mais, consciemment ou inconsciemment, c’est le propre de beaucoup d’œuvres ! 

Et puis, il n’est pas interdit de parier sur l’intelligence critique des spectateurs et des spectatrices…

 

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Chute de feuilles [22]

 

« Le monde a changé. Je le vois dans l’eau. Je le ressens dans la terre. Je le sens dans l’air. Beaucoup de ce qui existait jadis est perdu, car aucun de ceux qui vivent aujourd’hui ne s’en souvient.

Tout commença lorsque les grands anneaux furent forgés. Trois furent donnés aux elfes, immortels, les plus sages et les plus respectables de tous les êtres. Sept aux seigneurs nains, grands mineurs et sculpteurs de la montagne. Et neuf, neuf anneaux furent donnés à la race des hommes, qui par-dessus tout désirait le pouvoir. Car à travers ces anneaux furent transmises la force et la volonté de gouverner chaque race. Mais ils furent tous dupés car un autre anneau fut forgé. Sur les terres du Mordor, dans les flammes de la Montagne du destin, Sauron, le seigneur des ténèbres, forgea en secret un maître anneau pour gouverner tous les autres. Dans cet anneau, il déversa sa cruauté, sa malveillance et sa volonté de dominer toute vie. Un anneau pour les gouverner tous. L’une après l’autre, les contrées libres de la Terre du Milieu tombèrent sous l’emprise de l’anneau ; mais il en fut certaines qui résistèrent. L’ultime alliance des hommes et des elfes entra en guerre contre les armées du Mordor, et sur les versants de la Montagne du destin, ils se battirent pour libérer la Terre du Milieu. La victoire était proche, mais le pouvoir de l’anneau ne pouvait être vaincu. Ce fut à ce moment précis, alors que tout espoir avait disparu, qu’Isildur, le fils du roi, s’empara de l’épée de son père. Sauron, l’ennemi des peuples libres de la Terre du Milieu, fut vaincu. L’anneau alla à Isildur, qui eut la seule opportunité de détruire le mal à jamais ; mais le cœur des hommes est aisément corruptible et l’anneau de pouvoir a sa volonté propre. Il trahit Isildur, le menant à la mort. Et certaines choses qui n’auraient pas dû être oubliées furent perdues.

L’histoire devint une légende. La légende devint un mythe. Pendant 2 500 ans, plus personne n’entendit parler de l’anneau. Jusqu’à ce que par hasard, il prit au piège un nouveau porteur. L’anneau vint à une créature nommée Gollum, qui l’emmena dans les galeries souterraines des Monts brumeux. C’est là que l’anneau le rongea. L’anneau apporta à Gollum une vie incroyablement longue : pendant 500 ans, il lui dévora l’esprit, et dans l’obscurité de la caverne de Gollum, il attendait. Les ténèbres s’insinuèrent à nouveau dans la forêt du monde. Une ombre à l’est engendra une rumeur, murmure d’une peur sans nom. L’anneau de pouvoir comprit que son heure était venue. Il abandonna Gollum, mais il se passa une chose à laquelle l’anneau ne s’attendait pas. Il fut ramassé par la créature la plus improbable qui soit : un hobbit. Bilbon Sacquet de la Comté. En effet, l’heure approche où les hobbits détermineront le destin de tous.»

 

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23 novembre 2019

Chute de feuilles [21]

 

« Quand je considère ma vie, je suis épouvanté de la trouver informe. L’existence des héros, celle qu’on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une flèche. Et la plupart des hommes aiment à résumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une récrimination ; leur mémoire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes. Comme il arrive souvent, c’est ce que je n’ai pas été, peut-être, qui la définit avec le plus de justesse : bon soldat, mais point grand homme de guerre, amateur d’art, mais point cet artiste que Néron crut être à sa mort, capable de crimes, mais point chargé de crimes.»

 

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22 novembre 2019

Chute de feuilles [20]

 

« Il s'apprêtait à remonter l'escalier lorsque l'oncle Vernon se mit à parler.

-Drôle de façon d'aller dans une école de sorciers, le train. Les tapis volants sont en panne ?

Harry ne répondit rien.

-D'ailleurs, où se trouve-t-elle cette école ?

-Je ne sais pas, dit Harry en prenant conscience pour la première fois de son ignorance à ce sujet. Je dois prendre le train à la gare de King's Cross à onze heures, sur la voie 9 3/4, ajouta-t-il en regardant le billet que Hagrid lui avait donné.

Son oncle et sa tante l'observèrent avec des yeux ronds.

-La voie combien?

- 9 3/4

-Ne dis pas de bêtises, dit l'oncle Vernon. La voie 9 3/4 n'existe pas.

-C'est écrit sur mon billet.

-Ils sont tous fous ! décréta l'oncle Vernon. Enfin, tu as de la chance, je devais de toute façon aller à Londres demain matin.

-Pour le travail ? demanda Harry, essayant d'être aimable.

-Non, j'emmène Dudley à l'hôpital. Il faut lui faire enlever cette queue en tire-bouchon avant qu'il entre au collège. »

 

 

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21 novembre 2019

26 mai, les jours d'après (XI)

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Après cinq années, ou presque (!), de gouvernement N-VA/MR, le déficit public est en hausse et devrait atteindre les 11 milliards € en 2020 ! Un échec retentissant pour les partis de droite s’érigeant volontiers en champions de la «bonne gouvernance». Et leur incapacité à rester unis jusqu’au bout d’une simple législature n’a évidemment pas contribué à améliorer cette situation budgétaire. 

La Commission européenne en profite pour pointer du doigt une fois encore la Belgique pour l’insuffisance de la réduction de sa dette publique et son incapacité à revenir à l’équilibre structurel.  

Il n’en fallait pas plus pour que les libéraux de toute obédience et des observateurs complaisants appellent déjà le futur gouvernement fédéral à prendre des mesures fortes et douloureuses (pour la population s’entend, naturellement !) 

Ce matin encore, sur les antennes de la RTBF, un chroniqueur expliquait que des «arbitrages» seraient nécessaires, faute de moyens suffisants ! 

Cette petite musique n’a certes rien d’originale mais elle mérite une réponse claire. 

Il ne s'agit pas de mettre en concurrence des besoins sociaux et des souffrances, il ne s'agit pas de trancher entre des désarrois et des inquiétudes, il ne s’agit pas de se résigner à de nouveaux sacrifices ! Il s'agit de rencontrer les légitimes demandes de la société, ce qui passe notamment -notamment !-  par un refinancement de l'ensemble des services publics et parastataux !  

Impossible à financer ? Tiens donc…   

 

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Trouver des milliards € pour acheter des engins de mort (avions F35) ? No problemo !  

Laisser la fraude fiscale et la fuite des capitaux proliférer (des dizaines de milliards € chaque année !) ? No problemo !  

Arroser les grandes entreprises en multipliant les cadeaux fiscaux ? No problemo !  

Payer des salaires exorbitants aux CEO des entreprises dites «publiques» ? No problemo !  

Verser des millions € à des créatures politiques comme Stéphane Moreau et ses comparses affairistes ? No problemo !  

Mais dégager des moyens pour la SNCB, la justice, le secteur des soins de santé, l’enseignement : problemo ! 

Mais opter résolument pour d’indispensables investissements dans des mesures ambitieuses pour contrer le réchauffement climatique : problemo !  

Mais pour éradiquer la pauvreté, résoudre la question du chômage de masse et de l’exclusion sociale : problemo ! 

En réalité, le vrai courage d’une prochaine majorité fédérale ne consistera pas à partager la misère, il sera d'aller chercher l'argent là où il se trouve en surabondance afin de permettre un véritable changement de cap !  

En rééquilibrant la fiscalité. En taxant la fortune et les gros patrimoines. En refinançant la Sécu par le paiement de justes «cotisations sociales» (salaire différé des travailleurs !) par les employeurs. En se donnant les moyens d'enrayer la criminalité en col blanc et d’éradiquer les innombrables fraudes des détenteurs de capitaux qui enlèvent de considérables moyens financiers à la collectivité. 

Et puis, surtout, il faut cesser de s'incliner devant les diktats de l'Union européenne et avoir l’audace de dénoncer des «règles» inacceptables en matière d'«orthodoxie budgétaire» (les fameux 3 % !). Ce qui passe par la contestation des traités qui appauvrissent les peuples et détruisent les écosystèmes !  

 

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En d’autres termes, il faut cesser de se résigner à l'austérité sans fin pour le plus grand nombre afin d'enrichir toujours plus une minorité de privilégiés ! 

Assez d'arbitrages bidons, place à de vraies politiques alternatives qui n'hésitent pas à prendre les problèmes à la racine, c'est-à-dire à remettre radicalement en question les politiques de rapine d'une oligarchie financière parasitaire.

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