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14 décembre 2019

Chute de feuilles [42]

 

 

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13 décembre 2019

Chute de feuilles [41]

 

« Rouletabille ayant poussé la porte de la Chambre jaune s'arrêta sur le seuil, disant avec une émotion que je ne devais comprendre que plus tard : ‘’Oh ! le parfum de la dame en noir !’’ »

 

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12 décembre 2019

Chute de feuilles [40]

 

« Etre un membre de la Convention, c'était être une vague de l’Océan. Et ceci était vrai des plus grands. La force d’impulsion venait d’en haut. Il y avait dans la Convention une volonté qui était celle de tous et n’était celle de personne. Cette volonté était une idée, idée indomptable et démesurée qui soufflait dans l’ombre du haut du ciel. Nous appelons ça la Révolution. Quand cette idée passait, elle abattait l’un et soulevait l’autre ; elle emportait celui-ci en écume et brisait celui-là aux écueils. Cette idée savait où elle allait, et poussait le gouffre devant elle. Imputer la révolution aux hommes, c'est imputer la marée aux flots. »

 

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11 décembre 2019

Chute de feuilles [39]

 

« Une cascade de livres s'abattit sur Montag tandis qu'il gravissait, parcouru de frissons, l'escalier en pente raide. Quelle plaie ! Jusque-là, ça n'avait jamais été plus compliqué que de moucher une chandelle. La police arrivait d'abord, bâillonnait la victime au ruban adhésif et l'embarquait pieds et poings liés dans ses Coccinelles étincelantes, de sorte qu'en arrivant on trouvait une maison vide. On ne faisait de mal à personne, on ne faisait du mal qu'aux choses. Et comme on ne pouvait pas vraiment faire du mal aux choses, comme les choses ne sentent rien, ne poussent ni cris ni gémissements, contrairement à cette femme qui risquait de se mettre à hurler et à se plaindre, rien ne venait tourmenter votre conscience par la suite. Ce n'était que du nettoyage. Du gardiennage, pour l'essentiel. Chaque chose à sa place. Par ici le pétrole ! Qui a une allumette ?

Mais ce soir quelqu'un avait perdu les pédales. Cette femme gâtait le rituel. Les hommes faisaient trop de bruit, riant et plaisantant pour couvrir son terrible silence accusateur au rez-de-chaussée. Sa présence faisait planer dans les pièces vides un grondement lourd de reproche, leur faisait secouer une fine poussière de culpabilité qui s'infiltrait dans leurs narines tandis qu'ils se ruaient en tous sens. Les règles du jeu étaient faussées et Montag en éprouvait une immense irritation. Elle n'aurait pas dû être là en plus de tout le reste !

Des livres lui dégringolaient sur les épaules, les bras, le visage. Un volume lui atterrit dans les mains, presque docilement, comme un pigeon blanc, les ailes palpitantes. Dans la pénombre tremblotante, une page resta ouverte, comme une plume neigeuse sur laquelle des mots auraient été peints avec la plus extrême délicatesse. Dans la bousculade et l'effervescence générale, Montag n'eut que le temps d'en lire une ligne, mais elle flamboya dans son esprit durant la minute suivante, comme imprimée au fer rouge. ‘’Le temps s'est endormi dans le soleil de l'après-midi.’’ Il lâcha le livre. Aussitôt, un autre lui tomba dans les bras. »

 

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10 décembre 2019

Chute de feuilles [38]

 

« L’ensemble de bâtiments à l’allure de citadelle, siège désormais de plusieurs ministères et services du gouvernement, avait été jadis le quartier général de la Lutwaffe de Goering. Les bombardiers alliés, peut-être par une sorte d’esprit de corps, avaient épargné justement ce bâtiment-là ; aussi se dressait-il maintenant, gris et austère, au beau milieu d’un paysage de ruines, et s’étendait jusqu’à la limite de secteur qui traversait la Potsdamer Platz.

L’entrée principale était noire de monde, le carrefour Leipziger-Wilhelmstrasse n’était qu’une énorme bousculade ; les centaines de personnes qui avaient défilé sur l’Alexanderplatz étaient devenues des milliers. Witte reconnut la banderole qu’il avait vue là-bas ; d’autres s’y étaient ajoutées, avec de nouveaux slogans, politiques cette fois ; et la foule avait changé d’allure : les ouvriers du bâtiment étaient maintenant en minorité, d’autres ouvriers s’étaient joints à eux, mais surtout, le nombre de badauds s’était accru, et parmi eux, il y avait un grand nombre de gens venus à l’évidence de Berlin-Ouest. Les ouvriers parlaient peu et affectaient l’assurance, mais l’inquiétude et le doute, et même une certaine angoisse, étaient perceptibles chez plus d’un. Les autres, en revanche, grouillaient en tous sens, des meneurs discutaient avec vivacité, des orateurs surgissaient, trouvaient un public, récoltaient l’approbation ou les risées, disparaissaient à nouveau, il y avait du vacarme, des mots d’ordre étaient lancés, ici et là un groupe vite dispersé se mettait à scander : A bas les normes ! Le commerce d’Etat nous met à plat ! Witte, à cause de l’insigne à son revers, fut plusieurs fois bousculé, particulièrement par un jeune homme qui avait sur sa chemise un cow-boy faisant tournoyer son lasso ; dès que les gars remarquèrent que Witte était prêt à se défendre, ils reculèrent.

Il n’avançait plus et ne savait d’ailleurs pas si on le laisserait seulement pénétrer dans l’immeuble des ministères. En tout cas, les fenêtres de la façade sur rue étaient soigneusement fermées, malgré la chaleur de midi ; derrière les vitres, on imaginait, plus qu’on ne les distinguait, des visages, tels des ombres. Et si ce n’étaient que des reflets se dit Witte. Qui sait, les fonctionnaires de l’Etat étaient peut-être assis là-haut à leurs bureaux, à l’abri du vacarme qui emplissait la rue et la place, en train de mettre des coups de tampon sur leurs documents, de les empiler, de les entasser, de les passer au suivant. Cette vision avait quelque chose de grandiose : le pouvoir devenu un appareil qui ronronne sans discontinuer, et qui continue de tourner quoi qu’il puisse arriver ; il ne se laisse pas ébranler, il reste debout. Mais on avait l’impression que la bâtisse muette nourrissait, de par son indifférence même, une excitation croissante. Les chœurs scandant des slogans se renforçaient de nouveaux éléments ; les ouvriers commençaient à y participer ; les cris qui se heurtaient au mur sans visage suscitaient un écho toujours grandissant :

‘’A bas les normes !’’

‘’… les prix !’’

‘’… les limites de secteurs !’’

‘’Nous voulons des élections !’’

‘’… élections libres !’’

‘’… Allemagne unifiée !’’

Et voilà, pensait Witte, l’escalade, le passage des normes à la politique : des voix d’ouvriers ordonnaient au premier gouvernement ouvrier allemand de bien vouloir aller se pendre.

Une voix, cassante :

A bas le barbu à lunettes ! Du peuple c’est la volonté !

Le tabou avait été violé, l’icône profanée ; si l’éclair ne descendait pas à l’instant foudroyer l’impie, les dieux étaient détrônés. Mais les secondes s’égrenèrent, et rien ne se produisit, il n’y en avait plus pour longtemps.

‘’Vive le Parti socialiste unifié !’’

Witte avait crié cela d’instinct, sans réfléchir à l’effet de telles paroles en ces lieux. Quel idiot, se dit-il, s’ils me cassent la figure, alors qu’on a besoin de moi à l’usine. Mais personne ne le frappa. On s’écarta de lui comme d’un fou : il doit lui manquer une case. D’un seul coup, il avait de l’espace, il pouvait avancer en direction de l’entrée. J’aurais dû prendre une lettre, se dit-il, n’importe quel papier officiel adressé à monsieur le ministre délégué Untel ou Untel, ils doivent être nerveux aujourd’hui à l’entrée…

L’entrée était fermée, barricadée. De la belle ouvrage, la grille, on n’avait pas lésiné, il s’en rendit compte. Il était devant et sentait dans son dos l’ironie et l’hostilité des gens.

‘’A bas le gouvernement !’’

Le visage calme, le regard critique, Witte se tourna vers le premier venu, un ouvrier du bâtiment.

‘’A bas le gouvernement des travailleurs, c’est ça que vous voulez ?

 Là où j’étais, dit l’homme, ils ont flanqué leurs truelles par terre, puis ils sont descendus des échafaudages. Il aurait fallu que je reste et que je continue à maçonner ?

 Exactement.’’

L’homme haussa les épaules. ‘’Avec ces normes-là ?

Tu ne vois donc pas à quoi on joue ici ?

Fiche-moi la paix avec la politique, dit l’homme, je n’y comprends rien.’’

A nouveau les chœurs scandaient : ‘’la grève !’’

‘’Grève générale !’’ »

 

 

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09 décembre 2019

Chute de feuilles [37]

 

« Une fois libéré de ses obligations professionnelles, Malaussène se retourna contre la médecine. Il alla trouver Marty, le docteur de la famille, qui les avait tous sauvés deux ou trois fois d'une mort certaine, et le bombarda à son tour. Il ne lui parla pas de l'enfant à naître. Il se contenta de l'engueuler.

– C'est vrai, quoi, merde, sauver les gens, sauver les gens, vous pourriez penser à l'avenir, tout de même !

Le professeur Marty écouta Malaussène broder sur ce thème. Le professeur Marty était patient avec ses patients. Il ne pratiquait pas la patience comme une vertu morale, mais comme le viatique de l'investigation clinique. Il commença par se demander si on n'avait pas collé en douce une deuxième balle dans la tête de son bouc, rejeta l'hypothèse, chercha d'un autre côté, et n'intervint qu'une fois son diagnostic au point :

– Dites-moi, Malaussène, ne seriez-vous pas en train de me pomper l'air parce que vous allez devenir papa ?

– Si. »

 

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08 décembre 2019

Chute de feuilles [36]

 

« C’eût été lâcheté de se mentir à soi-même. Le Kaw-djer ne pouvait l’ignorer, c’est vers lui que cette population misérable  tournait  ses regards attentifs, c’est entre ses mains qu’elle avait remis l’exercice de l’autorité collective, c’est de lui qu’elle attendait, confiante, secours, conseils et décisions. Qu’il le voulût ou non, il ne pouvait échapper à la responsabilité que cette confiance impliquait. Qu’il le voulût ou non, le chef, désigné par la force des choses et par le consentement tacite de l’immense majorité des naufragés, c’était lui.

Eh quoi ! lui, le libertaire, l’homme incapable de supporter aucune contrainte, il était dans le cas d’en imposer aux autres, et des lois devaient être édictées par celui qui rejetait toutes les lois ! Suprême ironie, c’était l’apôtre anarchiste, l’adepte de la formule fameuse : « Ni Dieu, ni maître », qu’on transformait en maître ; c’est à lui qu’on attribuait cette autorité dont son âme haïssait le principe avec tant de sauvage fureur !  Fallait-il accepter l’odieuse épreuve ? Ne valait-il pas mieux s’enfuir loin de ces êtres aux âmes d’esclave ?

 Mais alors, que deviendraient-ils, livrés à eux-mêmes ? De combien de souffrances le déserteur ne serait-il pas responsable ? Si on a le droit de chérir des abstractions, il n’est pas digne du nom d’homme, celui qui, pour l’amour d’elles, ferme les yeux devant les réalités de la vie, nie l’évidence et ne peut se résoudre à sacrifier son orgueil pour atténuer la misère humaine. Quelque certaines que paraissent des théories, il est grand d’en faire table rase, lorsqu’il est démontré que le bien des autres l’exige. »

 

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07 décembre 2019

Chute de feuilles [35]

 

« Elle vit entrer Slim ; il portait un paquet enveloppé de papier brun sous le bras.

Slim donnait le frisson à Maisey. Elle se retourna précipitamment en faisant semblant de rectifier l’alignement des manteaux et des pardessus, ce qui lui évita de le regarder.

Slim monta l’escalier, longea le couloir et parvint à la chambre de Miss Blandish. Il s’arrêta un instant devant la porte et s’assura qu’il n’y avait personne en vue avant de tirer une clé de sa poche. Il ouvrit la porte et entra dans le vaste salon.

Chaque fois qu’il pénétrait dans cette pièce, elle lui plaisait davantage. Il n’avait jamais rien vu d’aussi joli. Décorée en bleu et gris, meublée de fauteuils profonds en cuir gris, d’un tapis bleu et d’un gros poste de télévision, c’était à ses yeux la plus belle pièce du monde. Il n’y manquait que des fenêtres, mais Slim lui-même était bien forcé d’admettre qu’il eût été dangereux de garder la jeune fille dans une pièce dotée de fenêtres.

Il s’avança jusque sur le seuil de la chambre à coucher.

Cette chambre lui plaisait autant que le salon. Elle était décorée dans les tons ivoire et rose, et dominée par le large lit à deux places capitonné de rose. Un deuxième poste de télévision se dressait au pied du lit. Slim était un fanatique de la télévision. Il ne se lassait pas de regarder les images défiler sur le petit écran.

Miss Blandish était assise devant la coiffeuse. Elle portait un peignoir rose qui s’était entrouvert et dévoilait ses jambes splendides. Ses pieds nus étaient glissés dans des mules roses. Elle se manucurait distraitement les ongles et bien qu’elle ait entendu entrer Slim, elle ne leva pas les yeux. »

 

 

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06 décembre 2019

Chute de feuilles [34]

 

« Zvéréva le fit venir. Elle voulut donner à l’interrogatoire le ton d’une conversation familière.

‘’Vous écrivez, camarade Roublev ?

J’écris.

Un message au Comité central, n’est-ce pas ?

Pas précisément ? Je ne sais pas bien si nous avons encore un Comité central au sens où nous l’entendions dans le vieux parti.‘’

Zvéréva fut surprise. Tout ce que l’on savait de Kiril Roublev portait à le croire «dans la ligne», soumis  -non sans réserves intérieures-,  discipliné ; et les réserves intérieures fortifient les acceptations pratiques. L’instruction risquait d’échouer.

‘’Je vous comprends mal, camarade Roublev. Vous savez, je pense, ce que le parti attend de vous ?''

La prison le marquait moins qu’un autre, puisqu’il portait la barbe auparavant. Il ne paraissait pas déprimé, quoique fatigué : le cerne des yeux. Une tête de saint vigoureux au grand nez osseux, telle qu’on en voit sur certaines icônes de l’école de Novgorod. Zvéréva cherchait à le déchiffrer. Il parlait calmement :

‘’Le parti… Je sais à peu près ce que l’on attend de moi… Mais quel parti ? Ce que l’on appelle le parti a tellement changé… Vous ne pouvez certainement pas me comprendre…

Et pourquoi, camarade Roublev, croyez-vous que je ne puisse pas vous comprendre Au contraire, je…

N’en dites pas plus, coupa Roublev, vous avez sur les lèvres une phrase officielle qui ne signifie plus rien. Je veux dire que nous appartenons probablement, vous et moi, à des espèces humaines différentes. Je le dis sans aucune animosité aucune, je vous assure.’’

Ce qu’il pouvait y avoir d’offensant dans le propos s’atténuait par le ton objectif et le regard poli.

‘’Puis-je vous demander, camarade Roublev, ce que vous écrivez, à qui et à quelle fin ?’’

Roublev hochait la tête en souriant, comme si une étudiante lui eût posé une question intentionnellement embarrassante.

‘’Camarade juge d’instruction, je songe à écrire une étude sur le mouvement des briseurs de machines en Angleterre au début du XIXème siècle… Ne vous récriez pas, j’y songe sérieusement.’’

Il attendit l’effet de sa plaisanterie. Zvéréva l’observait aussi, aimable. De petits yeux sagaces.

‘’J’écris pour l’avenir. Un jour les archives s’ouvriront. On y trouvera peut-être mon mémoire. Le travail des historiens qui étudieront notre temps en sera facilité. J’estime que c’est beaucoup plus important que ce que vous êtes probablement chargée de me demander… Maintenant, citoyenne, permettez-moi à mon tour une question : de quoi exactement suis-je inculpé ?

Vous le saurez bientôt. Etes-vous satisfait du régime ? De la nourriture ?

Passable. Pas assez de sucre, parfois, dans la compote. Mais beaucoup de prolétaires soviétiques, qui ne sont inculpés de rien, sont moins bien nourris que vous et moi, citoyenne.’’

Zvéréva dit sèchement :

‘’L’interrogatoire est terminé.’’

Roublev revint à sa cellule d’excellente humeur. »

 

 

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05 décembre 2019

Chute de feuilles [33]

 

« Ce que j’appris de lui tenait en ceci :

Depuis quarante ans, le vieil Elihu Willsson, le père de l’homme assassiné durant la nuit, possédait Personville corps et âme, cœur et tripes. Il était président et principal actionnaire de la Personville Mining Corporation, idem pour la First National Bank, propriétaire du Morning Herald et de l’Evening Herald, les deux seuls journaux de la ville, et détenait au minimum des parts dans presque toutes les entreprises ayant quelque importance. En plus de ces divers actifs, il avait dans sa poche un sénateur, deux ou trois membres de la Chambre des représentants, le gouverneur, le maire et la plupart des administrateurs de l’Etat. Elihu Willsson incarnait Personville et pratiquement l’Etat tout entier.

Durant la guerre, l’IWW, qui avait le vent en poupe dans tout l’ouest du pays, avait recruté en grand nombre les employés de la Personville Mining Corporation qui n’étaient pas particulièrement choyés, et avait utilisé cette force nouvelle pour imposer des revendications. Le vieil Elihu leur avait accordé le minimum, puis il avait attendu son heure.

Elle s’était présentée en 1921. Les affaires périclitaient. Il se moquait bien de fermer temporairement les usines ou non. Il avait déchiré les accords passés avec ses ouvriers et entrepris de les renvoyer à leurs conditions d’avant-guerre.

Bien entendu, la section locale avait demandé l’aide de la section centrale. Bill Quint avait été envoyé par le siège de l’IWW à Chicago pour organiser la riposte. Il était contre l’idée d’une grève, d’un débrayage pur et simple. Il recommandait la bonne vieille méthode du sabotage : poursuivre le travail en le sapant de l’intérieur. Mais ce n’était pas assez musclé pour les gars de Personville. Ils voulaient faire date, s’inscrire dans l’histoire du syndicalisme.

Ils avaient débrayé.

La grève avait duré huit mois. Le sang avait coulé abondamment des deux côtés. Les wobbies n’avaient pu compter que sur eux-mêmes, pour cela. Le vieil Elihu, lui, avait engagé des mercenaires, des briseurs de grève, des membres de la garde nationale et même des soldats de l’armée régulière pour s’en charger à sa place. Quand le dernier crâne avait été fendu, la dernière côte brisée, la section syndicale de Personville n’était plus qu’un pétard sans poudre. »

 

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04 décembre 2019

26 mai, les jours d'après (XIII)

 

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Paul Magnette redouble d’efforts pour dégager des convergences ouvrant la voie à une majorité avec… la droite libérale ! La perspective d’un gouvernement mettant en œuvre une politique sociale-libérale ne semble pourtant guère émouvoir le «peuple de gauche». Alors que le passé nous apprend que ces gouvernements de coalition sont toujours plus libéraux que sociaux, en témoignent les 26 années consécutives de présence du PS dans un exécutif fédéral (du 9 mai 1988 au 26 mai 2014) ! A l’évidence, du côté du Boulevard de l’Empereur, on joue à fond la carte de l’épouvantail N-VA, alibi idéal pour justifier une nouvelle coalition avec l’Open Vld et le MR… 

Manifestement, les grandes envolées de la campagne électorale vont donc une nouvelle fois tomber dans les oubliettes de notre histoire politique. Ainsi, on allait voir ce qu’on allait voir  -on promettait notamment de revenir sur les mesures les plus funestes de la «Suédoise» !-, et on découvre maintenant des intentions où il n’est nullement question de rétablir l’âge légal de la retraite à 65 ans ou de réinstaurer un taux de TVA de 6 % sur l’électricité (en lieu et place des actuels 21 % !). Par contre, au nom de la sacro-sainte «compétitivité» capitaliste, il est bel et bien question d’accroître encore les efforts en matière de «flexibilité» du travail, il est bel et bien question de favoriser «la liberté d’entreprendre», et il est bel et bien souhaité une augmentation de la «productivité» générale (ce qui, à l’heure d’une catastrophique «crise écologique» qui menace l’espèce humaine et une bonne partie du vivant, est un tantinet criminel !). 

Ajoutons l’absence de mesures sociales fortes, comme un salaire horaire minimum de 14 €, ou de mesures sociales qui auraient également un impact pour le combat contre le «réchauffement climatique», comme une réduction généralisée de la durée du temps de travail !

Ne parlons même pas d’un impôt sur la fortune ou d’une réorientation radicale de notre système fiscal particulièrement inique ! 

Il n’y a donc rien d’enthousiasmant à attendre de la tambouille politicienne en préparation sous nos yeux. Il n’y aura pas de changements fondamentaux sans mobilisations sociales et sans mobilisations «pour le climat», de grande ampleur.

Car sans luttes il est impossible de modifier les rapports de force et il est impossible de significativement faire «bouger les lignes»

 

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Chute de feuilles [32]

 

« Il vit de loin la croix de fer doré sur la porte; il approcha lentement, ses jambes semblaient se dérober sous lui.

–  ‘’Voilà donc cet enfer sur la terre, dont je ne pourrai sortir ‘’ ! »

 

 

 

 

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03 décembre 2019

Chute de feuilles [31]

 

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02 décembre 2019

Chute de feuilles [30]

 

« Nous étions tous les sept silencieux, à écouter, si je puis dire, le silence du transistor, quand éclata un tapage dont je ne puis donner une idée que par des comparaisons qui, toutes, me paraissent dérisoires : roulement de tonnerre, marteaux pneumatiques, sirènes hurleuses, avions perçant le mur du son, locomotives folles. En tout cas, quelque chose de claquant, de ferraillant, de strident, le maximum de l'aigu et le maximum du grave portés à un volume de son qui dépassait la perception. Je ne sais pas si le bruit, quand il atteint un tel paroxysme, est capable de tuer. Je crois qu'il l'aurait fait s'il avait duré. Je plaquai désespérément les mains contre mes oreilles, je me baissai, je me tassai sur moi-même et je m'aperçus que je tremblais de la tête aux pieds. Ce tremblement convulsif, j'en suis certain, était une réponse purement physiologique à une intensité dans le vacarme que l'organisme pouvait à peine supporter. Car à ce moment-là, je n'avais pas encore commencé à avoir peur. J'étais trop stupide et pantelant pour former une idée. Je ne me disais même pas que ce fracas devait être démesuré pour parvenir jusqu'à moi à travers des murs de deux mètres d'épaisseur et à un étage sous le sol. J'appuyai les mains sur mes tempes, je tremblais et j'avais l'impression que ma tête allait éclater. En même temps, des idées stupides me traversaient l'esprit. Je me demandais avec indignation qui avait renversé le contenu de mon verre que je voyais couché sur le côté à deux mètres de moi. Je me demandai aussi pourquoi Momo était étendu à plat ventre sur les dalles, la face contre terre et la nuque recouverte de ses deux mains, et pourquoi la Menou, qui le secouait aux épaules, ouvrait toute grande la bouche sans émettre un seul son.

La transpiration continuait à jaillir de mon front et à couler le long de mes joues, sous mes aisselles et dans mes reins. Je souffrais d'une soif intense, mes lèvres étaient sèches et ma langue collait à mon palais. Je m'aperçus au bout d'un moment que je gardais la bouche ouverte et que je haletais comme un chien, à petits coups rapides, mais sans arriver à vaincre l'impression d'étouffement que je ressentais.

Je vis le visage de Thomas apparaitre dans le champ de vision et se préciser peu à peu. Thomas était torse nu, pâle, couvert de sueur. Il dit dans un souffle: déshabille toi. Je fus stupéfait de ne pas y avoir pensé plus tôt. J'enlevais ma chemise et mon gilet de corps. Thomas m'aida. Fort heureusement, je n'avais pas mes bottes de cheval, car même avec son aide, je ne serais pas arrivé à les retirer. Le moindre geste m'épuisait. Je m'y repris à trois fois avant d'ôter mon pantalon et je n'y réussi que grâce à Thomas. De nouveau, il approcha sa bouche de mon oreille et j'entendis :- Thermomètre...au dessus du robinet...soixante-dix degrés. »

 

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