Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 février 2020

26 mai, les jours d'après (XX)

coccinelle-mondes-gotlib-musee-judaisme-exposition.jpg

 

 

Chaque jour qui passe voit l’un ou l’autre ténor politique avancer une petite idée concernant la constitution d’une prochaine majorité fédérale. En n’omettant pas d’agiter toujours le même spectre, celui du vide du pouvoir !

Que l'on cesse de dire : "il faut un gouvernement !". Non, il ne "faut" pas un gouvernement, il faut une autre politique ! Et ce n'est pas en reconduisant la "Suédoise" en y ajoutant Ecolo et le PS -parce qu'un appoint est indispensable suite à la raclée électorale encaissée par la majorité sortante !- qu'un changement de cap politique sera au rendez-vous !

Répétons-le : ce qui intéresse les partis de droite et leurs mandants patronaux, derrière tout ce mauvais cinéma autour de la formation d'une coalition fédérale, c'est de pouvoir continuer leur oeuvre de destruction sociale et environnementale !

 Nous avons donc été contraints de subir le blocage des salaires, un "saut" d'index, des "économies" supplémentaires dans le secteur des soins de santé, le détricotage de la Sécu, le recul de l'âge légal de la retraite (67 ans !), des mesures d'affaiblissement du secteur public, l'augmentation du taux de TVA sur l'électricité (de 6 à 21 % !), le renoncement face à la fraude et à la fuite des capitaux, l'inertie dans la lutte (vitale) contre le réchauffement climatique, une politique migratoire inhumaine et un discours raciste ininterrompu qui a boosté le VB, etc., avec au final... un bilan de législature désastreux : déficit démocratique, croissance de la "dette écologique" pour les générations futures, délabrement accru des finances publiques avec un déficit budgétaire annoncé à 12 milliards € à l'horizon 2024 !

Que cela ne tienne, pour les De Wever, Bouchez, Coens et consorts, il faut poursuivre dans la même voie socialement et humainement régressive. Ils veulent continuer à imposer "des larmes et du sang" ! Attention, pour le plus grand nombre s'entend, pas pour la poignée de multi-millionnaires, pas pour les multinationales gavées de cadeaux fiscaux, pas pour les bénéficiaires "d'intérêts notionnels", pas pour les patrons qui profitent de notre système fiscal, pas pour ces "patriotes" qui placent leurs avoirs dans des paradis fiscaux, pas pour les "affairistes" de tous bords qui prospèrent !

Par conséquent, cessons de pleurnicher sur les "difficultés" rencontrées par ces politiciens. Nous sommes censés vivre en "démocratie", et en démocratie le suffrage universel n'est pas un gadget ! Si nous devons revoter, revotons !

En espérant que cette fois le résultat empêchera les droites d'encore et toujours fanfaronner, en espérant que les nouveaux rapports de forces issus des urnes permettront de bloquer les éternelles politiques austéritaires et d’enrayer la poursuite de la destruction de notre planète !

13:18 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

Chute de feuilles [95]

 

« J’avais la preuve, étalée sous mon nez, qu’il était fou à lier mais, large d’idées comme je suis, j’ai fermé les yeux.

- Comment ça, tu avais la preuve ? Quelle preuve, Ken ?

- Je l’ai surpris en train de lire un livre, si tu veux savoir ! Parfaitement, je l’ai pris sur le fait ! Oh ! il a prétendu qu’il regardait seulement les images, mais je savais bien qu’il mentait. »

 

 

1275 âmes.jpg

04 février 2020

Orwell, 1903-1950 (III)

orwell 1.jpg

 

ORWELL

DANS

LE

TEXTE (2)

 

 

 

[George Orwell, Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Editions Ivrea, Paris, 2005]

 

Les seules autobiographies dignes de foi sont celles qui dévoilent quelque chose de honteux (p.7)

… un artiste est aussi un citoyen et un être humain (p.15)

… c’est une politique contestable que d’interdire quoi que ce soit (p.15)

Si, en définitive, on se range du côté de la police plutôt que celui des gangsters, c’est simplement parce qu’elle est mieux organisée et plus puissante, parce que la loi est un racket plus lucratif que le crime. La force prime le droit : vae victis (p.31)

… la police emploie des méthodes fondamentalement criminelles (p.34)

La vérité est, bien sûr, que les innombrables intellectuels anglais qui baisent le cul de Staline ne sont pas différents de la minorité qui fait allégeance à Hitler ou Mussolini… (p.37-38)

Les gens vénèrent le pouvoir sous la forme qu’ils sont capables de comprendre (p.40)

La grande faute de la quasi-totalité des auteurs de gauche est d’avoir voulu être antifascistes sans être en même temps antitotalitaires (p.45)

… le dilemme bien connu de la fin et des moyens. On n’arrive à rien si l’on n’est pas résolu à faire usage de la force et de la ruse, mais on dénature ainsi les buts qu’on s’était fixés (p.47)

… les procès de la vieille garde bolchévique étaient bien des mascarades (p.49)

Lénine conduit à Staline, et il aurait fini par ressembler à Staline s’il avait vécu plus longtemps (p.52)

Depuis 1930 environ, le monde ne nous a guère fourni d’occasions d’être optimistes. On ne voit rien venir, si ce n’est un amas chaotique de mensonges, de haine, de barbarie et d’ignorance, et derrière nos misères actuelles se profilent d’autres misères, encore plus terribles, qui commencent seulement à être perçues par la conscience européenne. Il est fort possible que les problèmes majeurs de l’humanité ne soient jamais résolus (p.56)

Toutes les révolutions sont des échecs mais il y a différentes sortes d’échecs (p.58)

Il ne faut pas confondre nationalisme et patriotisme (p.60)

Le principal objectif de la propagande est naturellement de façonner l’opinion du moment, mais ceux qui réécrivent l’histoire sont sans doute eux-mêmes persuadés, dans un recoin de leur esprit, qu’ils modifient effectivement le passé en y introduisant des faits à leur convenance. Quand on voit jusqu’à quel raffinement on a poussé la falsification pour occulter le rôle de Trotski dans la guerre civile russe, on ne peut s’empêcher de penser qu’il ne s’agit pas pour les responsables d’un simple mensonge (p.73)

… dans le monde moderne il n’est personne qui mérite le nom d’intellectuel, et qui puisse se tenir à l’écart de la politique, c’est-à-dire s’en désintéresser. Je pense que chacun doit participer à la vie politique -au sens large du terme-  et prendre parti, c’est-à-dire comprendre qu’il est des causes qui sont objectivement meilleures que d’autres, même si les moyens utilisés pour les défendre sont tout aussi mauvais (p.87)

Alors même qu’elle va probablement nous réduire tous à néant dans les cinq années à venir, la bombe atomique n’a pas suscité autant de débats que l’on aurait pu le croire (p.109)

Une arme complexe renforce le pouvoir des puissants, alors qu’une arme simple permet aux plus faibles  -aussi longtemps qu’elle est sans réplique- de se défendre bec et ongles (p.110)

… chaque progrès de la technique militaire a favorisé l’Etat au détriment de l’individu et les pays industrialisés au détriment des pays arriérés. Ceux qui détiennent la puissance sont de moins en moins nombreux (p.111)

Cependant, si l’on considère le monde dans sa totalité, on constate que, depuis plusieurs décennies, la tendance n’est pas à l’anarchie, mais au rétablissement de l’esclavage (p.113)

De nos jours, l’idée de liberté intellectuelle est combattue de deux façons à la fois. De façon théorique par les apologistes du totalitarisme, et de façon pratique, directe, par le monopole et la bureaucratie. Tout écrivain ou journaliste qui cherche à préserver son intégrité voit ses efforts mis en échec, moins par des persécutions actives que par la dérive générale de la société. Travaillent contre lui la concentration de la presse entre les mains de quelques milliardaires, l’emprise du monopole sur la radio et le cinéma, les réticences du grand public à dépenser de l’argent pour acheter des livres, ce qui oblige la quasi-totalité des écrivains à compléter leurs revenus par des travaux mercenaires… (p.115)

La liberté intellectuelle signifie la liberté de rendre compte de ce que l’on a vu, entendu et ressenti, sans être contraint d’inventer des faits ou des sentiments imaginaires (p.116)

L’argument selon lequel dire la vérité serait ‘’inopportun’’ et ‘’ferait le jeu’’ de tel ou tel est considéré comme sans réplique, et rares sont ceux qu’inquiète la perspective de voir les mensonges qu’ils cautionnent passer des journaux aux livres d’histoire (p.120)

Pour la mentalité totalitaire, l’histoire n’est pas quelque chose qu’il s’agit de connaître mais plutôt de fabriquer. Un Etat totalitaire est en fait une théocratie, et sa caste dirigeante doit, pour conserver son pouvoir, passer pour infaillible. Et puisque, dans la pratique, personne n’est infaillible, il est fréquemment nécessaire de réadapter les événements passés afin de montrer que telle ou telle faute n’a pas été commise, ou que tel ou tel triomphe imaginaire a réellement eu lieu. De même, chaque changement d’orientation politique majeur nécessite un changement doctrinal correspondant à une réévaluation des grandes figures historiques (…) En fait, le totalitarisme exige la réécriture continue du passé et probablement, à plus ou moins longue échéance, le rejet de l’idée même de vérité objective (p.121)

C’est au point de confluence de la littérature et de la politique que le totalitarisme exerce la plus forte pression sur les intellectuels (p.122)

La littérature véritablement apolitique n’existe pas, et moins encore dans une époque comme la nôtre, où les craintes, les haines et les sympathies de nature directement politique viennent à tout moment occuper l’esprit de chacun (p.123-124)

Cependant, le totalitarisme ne promet pas tant une époque de foi qu’une époque de schizophrénie. Une société devient totalitaire quand sa structure devient manifestement artificielle, c’est-à-dire lorsque sa classe dominante ne remplit aucune fonction mais parvient à s’accrocher au pouvoir par la force ou par la fraude (p.125-126)

Mais il n’est pas indispensable, pour être corrompu par le totalitarisme, de vivre dans un pays totalitaire (p.126)

On trouvera bien un jour quelque procédé ingénieux pour écrire des livres à l’aide de machines (p.129)

L’attaque directe et consciente contre l’honnêteté intellectuelle est le fait des intellectuels eux-mêmes (p.131)

… toute attaque contre la liberté intellectuelle et contre la notion de vérité objective menace à long terme tous les secteurs de la pensée (p.132)

… la littérature est condamnée si la liberté de pensée disparaît (p.133)

… un esprit vendu est un esprit perdu (p.133)

… l’imagination (…) ne se reproduit pas en captivité (p.133)

L’homme a besoin, de chaleur, de vie sociale, de loisirs, de confort et de sécurité : il a aussi besoin de solitude, de travail créatif et du sens du merveilleux (p.139)

Les discours et les écrits politiques sont aujourd’hui pour l’essentiel une défense de l’indéfendable. Des faits tels que le maintien de la domination britannique en Inde, les purges et les déportations en Russie, le largage de bombes atomiques sur le Japon peuvent sans doute être défendus, mais seulement à l’aide d’arguments d’une brutalité insupportable à la plupart des gens, et qui ne cadrent pas avec les buts affichés par les partis. Le langage politique doit donc principalement consister en euphémismes, pétitions de principe et imprécisions nébuleuses (p.154)

Le principal ennemi du langage clair, c’est l’hypocrisie (…). Tous les problèmes sont des problèmes politiques, et la politique elle-même n’est qu’un amas de mensonges, de faux-fuyants, de sottise, de haine et de schizophrénie. Quand l’atmosphère générale est mauvaise, le langage ne saurait rester indemne (…). Mais si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée (p.155)

Ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots, et non l’inverse (p.158)

Le langage politique -et, avec quelques variantes, cela s’applique à tous les partis politiques, des conservateurs aux anarchistes- a pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable, et de donner à ce qui n’est que du vent une apparence de consistance (p.160)

En fin de compte, la seule démonstration du mérite littéraire d’une œuvre est sa survie, qui ne fait elle-même qu’indiquer l’opinion de la majorité (p.210)

Quand on a lu ne serait-ce qu’une fois Shakespeare attentivement, on ne passe pratiquement plus un seul jour sans le citer, car il n’y a guère de sujets importants qu’il n’aborde ou du moins ne mentionne quelque part, à sa façon peu méthodique mais éclairante (p.224)

 

GO plaisirs.jpg

 

 

Orwell, 1903-1950 (II)

 

orwell 1.jpg

ORWELL

DANS

LE

TEXTE (1)

 

 

[George Orwell, Dans le ventre de la baleine et autre essais (1931-1943), Editions Ivréa, Paris, 2005]

 

Ce à quoi je me suis le plus attaché au cours de ces dix dernières années, c'est à faire de l'écriture politique un art à part entière (p.16)

La Ferme des Animaux est le premier livre où je me suis, en pleine connaissance de cause, efforcé de fondre en un même projet l'art et la politique (p.18)

... Ia sale besogne qui est celle de l'empire (p.25)

 Lorsque l'homme blanc devient un tyran, c'est sa propre liberté qu'il détruit (p.33)

... Ies gens aujourd'hui emprisonnés ne sont pas des fascistes, mais des révolutionnaires. Ils sont Ià non parce que leurs opinions sont trop à droite, mais parce qu'elles sont trop à gauche (p.39)

La vraie lutte se déroule entre la révolution et la contre-révolution ; entre les ouvriers qui essaient désespérément de préserver un peu de ce qu'ils ont conquis en 1936 et la coalition libéralo-communiste qui réussit si bien à le leur reprendre (...) le communisme est aujourd'hui une force contre- révolutionnaire (p.39)

... l'ère de la liberté de parole s'achève (p.49)

Bien évidemment, un romancier n'est pas obligé, quand il écrit, de prendre directement pour thème l’histoire contemporaine ; mais un romancier qui se désintéresse totalement des grands événements de son temps est généralement ou bien un gribouille ou bien un imbécile pur et simple (p.129)

Aucun livre n'est jamais totalement innocent. Qu'il s’agisse de vers ou de prose, on y discerne toujours une orientation, même si celle-ci ne s'exprime que dans la forme ou dans le choix de l'image (p.147)

Les gens qui ont le ventre vide ne désespèrent jamais de l'univers -ils ont bien autre chose à faire qu’à se soucier de l’univers (p.153)

Il est à peu près certain que nous entrons dans une ère de dictatures totalitaires -une ère où la liberté de pensée commencera par être un péché mortel, avant de devenir une simple abstraction vidée de tout sens. L'individu autonome est appelé à disparaître (p.178)

Le monde qui nous attend n’est pas un monde pour les écrivains (p.179)

... toute grande littérature est impossible tant que le monde n'aura pas été reconstruit sur de nouvelles bases (p.181)

Il n’y a pas de troisième voie entre résister à Hitler ou capituler devant lui ; et d'un point de vue socialiste, je puis dire qu'il est préférable de résister (p.188)

Par conviction personnelle, je suis résolument "de gauche", mais je crois que pour préserver son intégrité un écrivain doit rester libre de toute attache partisane (p.191)

Il est impossible de rien comprendre au monde moderne si l'on admet pas la terrifiante puissance du patriotisme, de la loyauté nationale (p.198)

La division du monde en nations repose sur d'authentiques différences de mentalité (...) il suffit d’ouvrir les yeux pour se rendre compte que le comportement humain moyen varie énormément d'un pays à l'autre (p.199)

La culture authentiquement populaire de l'Angleterre mène une existence souterraine, clandestine, officieuse et plus ou moins réprouvée par les autorités (p.203)

... l’aversion anglaise pour la guerre et le militarisme. Cette aversion, qui a de profondes racines historiques, est aussi présente dans la petite bourgeoisie que dans Ia classe ouvrière (p.205)

Le système électoral anglais, par exemple, est une escroquerie caractérisée. Il est truqué de dix façons différentes au profit de la classe possédante (...) L'hypocrisie elle-même joue le rôle d'un puissant garde-fou (p.210)

... la classe ouvrière britannique n'a jamais pensé ou agi en adoptant un point de vue internationaliste (p.212)

Le patriotisme est un sentiment quasi universel (p.214)

... un lien invisible enserre la nation et la tient rassemblée (p.217)

Il est indéniable que n'importe quel riche, sauf s'il est juif, à moins à redouter du fascisme que du communisme ou du socialisme démocratique (p.224)

Patriotisme et intelligence devront être réconciliés (p.230)

Cette guerre, si nous ne la perdons pas, abolira la majeure partie des privilèges de classe qui subsistent encore (p.233)

Le socialisme se propose, comme but ultime, la création d'un Etat mondial où les hommes seraient libres et égaux, tenant pour acquis que les hommes sont égaux en droit. Le nazisme veut exactement le contraire (p.238)

Une révolution, cela ne veut pas dire des drapeaux rouges et des barricades dans les rues, mais une refonte totale de l'exercice du pouvoir (p.247)

La guerre et la révolution sont indissociables (p.254)

L'initiative doit venir d'en bas. Ce qui implique le surgissement de quelque chose qui n'a jamais existé en Angleterre, à savoir un mouvement socialiste activement soutenu par la grande masse de Ia population (p.254)

... se montrer à la fois révolutionnaire et réaliste (p.260)

Aucun programme politique n'est jamais intégralement réalisé (...) C'est toujours la direction qui compte, le but visé (p.270)

Ce sont les mouvements qui suscitent les leaders, et non l'inverse (p.271)

Les nations n’échappent pas à leur passé par la seule magie d'une révolution (p.272)

Le patriotisme n'a rien à voir avec le conservatisme (...) aucun révolutionnaire authentique n'a jamais été internationaliste (p.274)

Chacun croit aux atrocités ennemies et refuse de croire à celles de son camp, sans même prendre la peine d'examiner les faits (p.292)

La notion même de vérité objective est en train de disparaître de notre monde (p.306)

Un monde de cauchemar dans lequel le chef, de n'importe quelle clique au pouvoir, contrôle non seulement l'avenir mais aussi le passé (p.308)

 

 

GO Ventre.jpg

 

Chute de feuilles [94]

« Le jour tombait, il n'y avait plus qu'un crépuscule qui agaçait les nerfs ; il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras et contempla les nuages. Christophe le quitta. Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : — À nous deux maintenant ! »

 

9782070441006-475x500-1.jpg

03 février 2020

26 mai, les jours d'après (XIX)

 

coccinelle-mondes-gotlib-musee-judaisme-exposition.jpg

 

 

Après l’improbable duo Coens-Bouchez, voici maintenant l’entrée en piste de l’actuel vice-premier ministre  -et toujours CD&V-  Koen Geens. Avec le même objectif : associer coûte que coûte N-VA et PS, au motif qu’une majorité est indispensable en Flandre (pour mémoire, ce ne fut pas du tout le cas en Wallonie lors de la législature précédente, mais c’est évidemment le cadet des soucis de la droite flamande, qui utilise depuis des décennies l’Etat belge pour parvenir à ses fins !). 

Les champions de la dramatisation des deux côtés de la frontière linguistique affirment qu’il s’agit d’une dernière ‘’chance’’  -ou presque-  avant le retour forcé aux élections ! Un discours sans surprise destiné à mettre la pression sur les partis pour les contraindre à négocier une nouvelle ‘’coalition contre-nature’’, pour reprendre une expression utilisée naguère par Laurette Onkelinx… 

Problème pour tout ce petit monde avide de pouvoir : les viriles exclusives mutuelles lancées au lendemain du 26 mai 2019, par les principales formations, laissent des traces. Face à l’électorat et face à leurs militants, PS, N-VA et tutti quanti devront venir expliquer un éventuel revirement, ce qui ne sera pas évident pour ces partis traditionnels qui suscitent une méfiance croissante et qui ont d’ailleurs tous été sanctionnés dans les urnes !

 

##### 

 

 

Le PTB-PVDA brandit une enquête d’opinion pour taper sur son clou favori : il est faux de parler de ‘’deux démocraties irréconciliables’’ (Flandre/Wallonie) et il convient de combattre la ‘’prise d’otage nationaliste’’ post-électorale ! Et de répéter sa litanie sur ‘’l’unité’’ du pays qui sera par ailleurs l’un des thèmes principaux de la manifestation nationale qu’il organise le 1er mars ! 

84949596_10158384094859026_2490382317810352128_n.jpg 

Il y a les sondages et il y a les résultats des élections : ceux du 26 mai dernier sont clairs.  

Parlement flamand : NVA, 35 députés ; VB, 23 députés ; CD&V, 19 députés ; Open Vld, 16 députés ; Groen, 14 députés ; SPA, 13 députés ; et… PVDA, 4 députés. Sur les 7 partis représentés, les 4 premiers sont de droite et d’extrême-droite, et ils regroupent ensemble 93 parlementaires sur 124, soit 75 % des mandats ! La ‘’gauche’’ (Groen-SPA-PVDA) est limitée à 31 élus (sur 124), soit 25 % des parlementaires ! Est-il vraiment indispensable de faire un dessin sur le véritable rapport de forces en Flandre ? 

Parlement wallon : PS, 23 députés ; MR, 20 députés ; Ecolo, 12 députés ; PTB, 10 députés ; et Cdh, 10 députés. PS-Ecolo-PTB disposent donc de 45 sièges sur 75, soit 60 % des mandats ! Pour 30 sièges aux partis de la majorité de droite sortante (MR-Cdh) !  

Les faits sont décidément bien têtus : le centre de gravité politique en Flandre se situe nettement ‘’à droite’’ tandis qu’il est beaucoup plus ‘’à gauche’’ en Wallonie ! Et en Wallonie, contrairement à la Flandre, il n’existe pas d’extrême-droite implantée au niveau institutionnel (le dernier scrutin a vu la disparition du PP et le flop des différents groupuscules fascistes qui tentaient une percée) ! 

Le PTB-PVDA est dès lors de mauvaise foi lorsqu’il minimise les contradictions entre le Nord et le Sud de l’Etat Belgique, ou lorsqu’il affirme  -n’étant pas économe en généralités-  que ‘’les gens’’ ne sont pas différents. A l’évidence, il existe des points communs entre tous les êtres humains, mais cette banalité n’épuise pas la question ! 

Aucun groupe social, aucune classe sociale n’est homogène. Il y a  -malheureusement-  un important électorat populaire qui penche et qui vote ‘’à droite’’, partout. Mais beaucoup plus en Flandre qu’en Wallonie ! Ce ne sont pas seulement les patrons du BEL 20, du VOKA et leurs proches qui soutiennent la N-VA et le VB ! Une fraction significative de la population est raciste/xénophobe et est favorable à des politiques néo-libérales privilégiant l’individu au détriment du collectif ! Ce serait illusoire de croire qu’elle vote par distraction et que le verdict du dernier scrutin législatif était un simple ‘’accident’’… 

Le PTB-PVDA affirme que beaucoup ont choisi le VB ou la N-VA (ou les autres formations de droite) pour obtenir une pension à 1.500 € ou une augmentation des salaires, promises par ces partis. Ah bon ! Pourquoi ces électeurs si préoccupés de ‘’social ‘’ n’ont-ils pas voté massivement pour le PVDA qui a mené une campagne électorale sur un thème central : ‘’le social, c’est phénoménal’’ ? Comment se fait-t-il que la (ou les) ‘’copie(s)’’ a(ont) été préféré(e)s à ‘’l’original’’ ? ‘’Intoxication idéologique’’ vont sans doute répondre les dirigeants du PTB-PVDA ? Sauf que cette ‘’intoxication idéologique’’ (le poids de l’idéologie dominante, les manipulations médiatiques, la propagande mensongère) existe dans tous les pays capitalistes et… en Wallonie aussi. Or, malgré celle-ci, le PTB est à 13 % de la représentation parlementaire en Région wallonne et le PVDA est à 3 % de la représentation parlementaire au Vlaams Raad ! Il y a donc bel et bien deux configurations distinctes, qui sont  -notamment- la conséquence de la naissance et du développement d’un ‘’mouvement flamand’’ dominé par la droite car, historiquement, la ‘’gauche socialiste’’ n’a pas suffisamment pris en compte le légitime combat pour la reconnaissance de la langue flamande ! 

En fait, le problème du PTB-PVDA est qu’il pratique, depuis sa création, la politique de l’autruche devant une ‘’question nationale’’, matérialisée par l’existence et la cohabitation de deux peuples dans un même cadre étatique (au demeurant ‘’bourgeois’’ et monarchique !). Dès lors, il refuse obstinément de prendre en considération les deux réalités politiques fortement contrastées et il s’entête à ne pas abandonner sa posture ‘’belgicaine’’ (nationaliste ‘’belge’’),  ! 

Or, tant que l’Etat ‘’unitaire’’ (quand bien même sous une forme ‘’fédéralisée’’) persistera, c’est la Flandre, et les partis de droite qui y sont hégémoniques, qui imposent  -et imposeront-  leurs exigences à la Wallonie, quelles que soient les aspirations majoritaires des Wallons ! 

En ne changeant pas son approche, en n’assumant pas la complexité et les contradictions de ce pays, en rejetant une réponse institutionnelle à la hauteur de notre ‘’défi national’’, le PTB-PVDA pénalise(ra) indéfiniment les travailleurs wallons ! 

Et il handicape aussi les travailleurs flamands qui cherchent la protection des droites nationalistes parce qu’ils sont inquietés par l’épouvantail de la ‘’Wallonie profiteuse qui vit aux crochets de la Flandre’’ sans cesse agité par d’aucuns. 

Seule une indépendance de la Flandre et de la Wallonie pourrait éliminer les manoeuvres de diversion facilitées par le maintien d’un leurre, celui d’un royaume devant demeurer  obligatoirement ‘’uni’’ !

 

##### 

 

 

Jeudi dernier, le Roi s’est adressé aux ‘’corps constitués’’, composés des autorités politiques, juridiques, économiques ou académiques en Belgique. Il y a notamment abordé l’avenir de notre pays et il a martelé que les ‘’exclusives’’ des uns et des autres devaient être jetée par-dessus bord afin de pouvoir former rapidement un gouvernement fédéral !  

Bref, il n'est élu par personne mais il est le "chef de l'Etat" (et accessoirement ‘’le chef des armées’’), et il interfère régulièrement dans la vie politique ! Il est toujours beaucoup question de '’l'institutionnel" dans ce pays -et pour cause !-, mais il serait temps de sortir de ‘’l'Ancien régime’’ et de se débarrasser une fois pour toutes de cet archaïsme que constitue un régime dynastique, où un individu dispose d'un statut et d'une fonction grâce à son hérédité et à sa place dans un ‘’ordre de succession’’ ! Vite, une République, voire deux... en cas d'implosion de la Belgique !

14:18 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

Chute de feuilles [93]

 

« La vieille était tête nue, selon son habitude ; ses cheveux clairs, grisonnants et rares, abondamment frottés d’huile, étaient tressés en une petite queue de rat, retenue sur la nuque par un fragment de peigne en corne; comme elle était de petite taille, le coup l’atteignit à la tempe. Elle poussa un faible cri et soudain s’affaissa par terre après avoir cependant eu le temps de porter les mains à sa tête. L’une tenait encore le gage. Alors Raskolnikov la frappa de toutes ses forces deux fois, l’une après l’autre, à la tempe. Le sang jaillit à flots comme d’un verre renversé ; le corps s’abattit. Il recula pour le laisser tomber, puis se pencha sur son visage. Elle était déjà morte. Les yeux grands ouverts semblaient prêts à sortir de leurs orbites, le front et toute la figure étaient ridés et défigurés par les dernières convulsions. Il déposa la hache sur le plancher près du cadavre et se mit immédiatement à fouiller, en prenant bien soin d’éviter les taches de sang, cette même poche droite d’où il lui avait vu tirer ses clefs la dernière fois. Il avait toute sa présence d’esprit, et n’éprouvait plus ni étourdissements, ni vertiges. Seules ses mains continuaient à trembler. »

 

Crime chatiment.jpg

02 février 2020

Chute de feuilles [92]

 

« Mais en Amérique en général, ce fut l'été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des Etats-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt et un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l'Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l'indignation hypocrite. »

 

la tache.jpg

01 février 2020

Chute de feuilles [91]

 

« Le jeune homme reprit son sérieux, une expression virile envahit de façon inattendue son visage triangulaire. 

‘’Je pars, tonton, je pars dans une heure. Je suis venu te dire au revoir.’’ 

La pauvre Salina sentit son cœur se serrer : 

‘’Un duel ?’’ 

‘’Un grand duel, oncle. Un duel contre le petit roi François-Dieu-te-bénisse. Je vais dans les montagnes à Ficuzza ; ne le dis à personne, surtout pas à Paul. De grandes choses se préparent, oncle, et je ne veux pas rester à la maison. D’ailleurs, si j’y restais, on me pincerait immédiatement.’’ 

Le Prince eut une de ces visions brutales dont il était coutumier : une scène cruelle de guérilla, des coups de feu dans les bois, son Tancrède par terre, éventré comme le pauvre soldat. 

‘’Tu es fou, mon fils. Pas avec ces gens-là ! Ce sont des bandits, des filous. Un Falconeri doit rester avec nous, du côté du Roi.’’ 

Les yeux de Tancrède redevinrent malicieux. 

‘’Le Roi, bien sûr, mais lequel ?’’ 

Le jeune homme retrouva cette expression sérieuse qui le rendait impénétrable et si cher à son oncle.

‘’Si nous n’y sommes pas, nous aussi, ils fabriqueront une république. Si nous voulons que tout continue, il faut que d’abord tout change. Est-ce clair ?’’ 

Il embrassa son oncle, un peu ému.  

‘’Au revoir et à bientôt. Je reviendrai avec le drapeau tricolore.’’ 

La rhétorique de ses compagnons avait un peu déteint sur lui ; et pourtant non, cette voix nasale avait une intonation qui démentait l’emphase. Ah ! Ce garçon ! Capable de toutes les bêtises, repoussant toutes les bêtises. Et ce Paul qui, pour l’instant, devait être en train de surveiller la digestion de Guiscard ! Tancrède était le vrai fils du Prince. Celui-ci se leva en hâte, arracha sa serviette de son cou, fouilla dans un tiroir. 

‘’Tancrède, Tancrède, attends !’’ 

Il courut, derrière son neveu, glissa dans sa poche un rouleau d’onces d’or, lui serra l’épaule. Le garçon riait. 

‘’Voilà que tu subventionnes la révolution, maintenant ! Je te remercie, tonton, à bientôt. Embrasse tante pour moi.’’ 

Et il descendit l’escalier en courant. »

 

guepard_g.jpg

 

31 janvier 2020

Chute de feuilles [90]

 

« La société russe était essentiellement concernée à l’époque par les réformes internes que l’empereur mettait en œuvre dans tous les domaines du gouvernement de l’Etat. C’était cette période de jeunesse du règne, qui suivait le long règne de Catherine II, au cours duquel tout ce qui relevait du passé, de l’ancien temps semblait périmé, inefficace, où ne comptait que la volonté de remplacer ce dont on était las, de laisser libre cours aux forces de la jeunesse, où ne comptait que la mise en évidence des défauts de l’ordre ancien sans en apercevoir ses qualités, et où d’autres raisons innombrables paraissaient justifier la suppression de ce qui était ancien et l’introduction de ce qui était nouveau. Tout était en réfection, comme un locataire rénove son appartement où son prédécesseur a longtemps vécu. C’était cette période juvénile d’un règne que tout peuple vit une demi-douzaine de fois par siècle, une période révolutionnaire qui ne se distingue de ce que nous appelons révolution que parce que le pouvoir est à ce moment-là détenu par le précédent gouvernement et non par un nouveau. Durant ces révolutions, comme dans toutes les autres, on parle de l’esprit des temps nouveaux, des exigences de l’époque, des droits de l’homme, de la justice en général, de la nécessité de rationaliser l’organisation de l’Etat, et ces idées fournissent le prétexte aux passions les plus irrationnelles de l’homme, qui entrent en compétition. Le temps et l’envie passent ; les anciens novateurs s’accrochent avec exactement le même entêtement à leurs anciennes idées nouvelles, désormais périmées ; ils défendent la décoration de leur appartement contre la jeunesse qui a grandi, qui veut et doit satisfaire à nouveau son besoin de mettre ses forces à l’épreuve. Et exactement comme deux partis en train d’exposer mutuellement leurs arguments qu’ils présentent comme la vérité -l’un à propos de nouvel esprit du temps, des droits de l’homme, etc., l’autre à propos du droit sanctifié par le temps, des avantages de maintenir ce qui est connu et familier, etc.-, l’un et l’autre côté ne s’efforcent que de satisfaire les besoins correspondant à chaque âge de l’homme. 

Comme toujours, les novateurs de 1809 avaient un exemple qu’ils s’efforçaient d’imiter. Et cet exemple était pour une part l’Angleterre, pour une autre la France napoléonienne. »

 

Tolstoi.jpg

30 janvier 2020

Chute de feuilles [89]

 

« Si l’existence routinière que nous menions à cet endroit avait été connue de tous, on nous aurait pris pour des fous  -mais des fous d’un genre inoffensif. Notre isolement était total. Nous n’acceptions aucun visiteur. Le lieu de notre retraite avait été soigneusement gardé secret par mes anciens associés, et cela faisait des années que Dupin avait cessé de fréquenter quiconque à Paris. Nous nous suffisions à nous-mêmes.

Mon ami avait une singulière lubie (comment la désigner autrement ?), c’était d’être littéralement fasciné par la Nuit  -de l’aimer pour elle-même. Et je partageai peu à peu cette bizarrerie, comme d’ailleurs toutes celles qu’il entretenait, me laissant aller à la suite de ses étranges caprices avec un parfait abandon. La divinité nocturne ne pouvait pas demeurer avec nous sans interruption, mais nous pouvions simuler sa présence. Aux premières lueurs de l’aube, nous fermions les lourds volets de notre vieille bâtisse et allumions une paire de bougies fortement parfumées qui ne produisaient qu’une faible et pâle lueur, sous laquelle nous nous livrions à nos rêveries, lisions, écrivions ou conversions, jusqu’au moment où l’horloge nous avertissait de l’arrivée de la véritable Obscurité. Nous nous précipitions alors dans les rues, bras dessus bras dessous, poursuivant les conversations de la journée, errant à travers la ville jusqu’à une heure avancée, cherchant dans les étranges jeux d’ombre et de lumière de la cité populeuse les innombrables stimulations intellectuelles que nous livrait la simple observation.

Dans ces moments-là, je ne pouvais m’empêcher de noter et d'admirer chez Dupin une capacité analytique vraiment remarquable -à laquelle je pouvais d’ailleurs m’attendre, au vu de sa riche propension à l’abstraction. Il semblait éprouver une excitation joyeuse à l’exercer  -sinon à l’afficher- et ne se privait pas d’avouer tout le plaisir qu’il en tirait. »

 

poe ii.jpg

29 janvier 2020

Chute de feuilles [88]

 

« Sans avoir connaissance des termes de l'accusation ni, à plus forte raison, des suites qui pourraient lui être données, il lui fallait se remémorer toute sa vie, jusque dans les actes et les événements les plus infimes, puis l'exposer et enfin l'examiner sous tous ses aspects. »

 

 

kafka.gif

28 janvier 2020

26 mai, les jours d'après (XVIII)

 

coccinelle-mondes-gotlib-musee-judaisme-exposition.jpg

 

Négociations fédérales au point mort !

Et toujours les mêmes déclarations lénifiantes des politiciens, jour après jour. Et toujours cet escamotage de la véritable question de fond : un gouvernement pour mettre en oeuvre quelle politique ? Une question qu'ils veulent occulter, et pour cause : les partis de la "Suédoise" souhaitent poursuivre la même politique austéritaire (les intentions de la N-VA ne laissent aucun doute à cet égard !), or cette politique a été lourdement sanctionnée par les électeurs ! Pour mémoire : 22 sièges de moins au Parlement fédéral pour la "bande des quatre", au soir du 26 mai dernier ! Et ils essaient maintenant de venir enfumer tout le monde avec leurs belles déclarations la main sur le coeur concernant le "sens des responsabilités", les "menaces qui pèsent sur l'unité du pays", l'"urgence de la situation" et ainsi de suite...

Avis donc à la population : baissez la tête, acceptez un nouveau tour de vis anti-social, arrêtez de revendiquer une autre politique, contentez-vous des politiciens qui occupent le terrain depuis tant d'années ! Il y va de "l'intérêt supérieur de la Belgique" (lire : l'intérêt de la monarchie, l'intérêt de cette minorité qui concentre les richesses, l'intérêt du patronat qui veut sans cesse rafler la mise, l'intérêt des grands fraudeurs qui expatrient leur "patriotisme" dans des paradis fiscaux, bref l'intérêt du capital qui dans sa course folle aux profits n'épargnera jamais ni les êtres humains ni la nature !) !

Devant ce mauvais et lassant spectacle, une seule exigence : qu'ils dégagent !

12:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

Chute de feuilles [87]

 

« Ni lui ni aucun de ses camarades ne s’étaient encore jamais révoltés de leur vie. Ils ne s’étaient même jamais protégé le visage quand on les fouaillait à coup de cravache. Les maîtres, les Cachupines, les Espagnols, les Ladinos et les Chinos blancos des cafetales allemands étaient des dieux contre lesquels un péon indien n’eût jamais osé se révolter. Ce n’était ni par lâcheté ni par l’espoir d’un pardon qu’ils agissaient ainsi. Ils savaient qu’il y a des dieux et des serviteurs. Et qui n’était pas dieu ne pouvait être qu’un serviteur obéissant et soumis. Entre ces deux classes, il n’y avait rien, sauf peut-être de bons chevaux de selle. Mais quand l’opprimé commence à prendre conscience que sa vie est devenue semblable à celle des animaux, qu’il lui est impossible de leur ressembler davantage, alors les limites sont déjà franchies. Alors, l’homme perd toute raison et il agit comme un animal, comme une brute, pour tenter de retrouver sa dignité d’homme.

Ce qui arrivait à la monteria, comme ce qui arrive partout ailleurs dans les mêmes conditions, ne pouvait être imputé à crime aux muchachos, mais uniquement à ceux qui avaient créé ces conditions et en tiraient profit.

Chaque coup de cravache donné à un être humain est comme un coup de cloche sonnant le glas de la puissance qui a ordonné ce coup de cravache. Malheur à celui qui est battu et qui oublie les coups qu’il a reçus ! Et trois fois malheur à ceux qui se dérobent et ne luttent point pour rendre coup pour coup. »

 

 

Traven B.jpg