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29 juillet 2025

POLARS EN BARRE [2]

 

3539182806.3.jpg"L'histoire du roman policier est une histoire sociale, car elle apparaît comme inextricablement liée à l'histoire de la société bourgeoise -voire de la production marchande- et surdéterminée par elle. À la question de savoir pourquoi l'histoire de la bourgeoisie se reflète dans celle de ce genre littéraire bien particulier, la réponse est celle-ci : l'histoire de la société bourgeoise est aussi celle de la propriété ; l'histoire de la propriété implique celle de sa négation, c'est-à-dire l'histoire du crime. L'histoire de la société bourgeoise est aussi celle de la contradiction de plus en plus explosive entre, d'une part, des normes mécaniquement imposées de comportement et de conformisme social et, d'autre part, les passions, les désirs, les besoins des individus, contradiction qui se décharge dans des transgressions de plus en plus violentes des normes, y compris par des crimes. La société bourgeoise, née de la violence, la reproduit constamment et en est saturée. Elle provient du crime et elle conduit au crime, commis à une échelle de plus en plus industrielle. En définitive, l'essor du roman policier s'explique peut-être par le fait que la société bourgeoise, considéré dans son ensemble, est une société criminelle."

 

Ernest Mandel

 

 

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28 juillet 2025

POLARS EN BARRE [1]

  • 3539182806.3.jpg"Le roman noir est en effet constitutif de la notion de "critique sociale", et cela depuis son officielle création, aux États-Unis, dans les années 1920. Très vite, des auteurs, que l’on a appelés hard-boiled [dur à cuire], ceux qui ont connu la boucherie de la récente grande guerre et qui, de ce fait, n’ont plus beaucoup d’illusions, ne se contentent plus du "qui a tué ?", mais tendent plutôt à dire "pourquoi ?". A cette époque, aux États-Unis, la violence s’impose, surtout en milieu urbain, effet pervers de la Prohibition, formation des ghettos, misère et guerres sociales, corruption politique, gangstérisme. Ensuite, autour de la crise de 29, la pauvreté s’installe durablement chez les plus faibles (Les Raisins de la Colère de John Steinbeck, 1939), alors que le Capital se porte, quand même, assez bien, et que les riches en profitent de plus en plus cyniquement (de ce côté, ça n’a pas beaucoup changé). Le personnage prédominant du policier qui, jusqu’à présent, ne portait que peu de jugements sur ce qu’il représentait — l’ordre, la loi, la justice et la morale officielle — cède peu à peu le pas à celui du détective privé qui, lui, plus libre, et souvent en bisbille avec les policiers qui trouvent que c’est un "fouille-merde", ce qui dit tout, ce qui en dit long, devient une sorte de révélateur de l’état social et moral de la société. Il est généralement seul (souvent macho), dépressif, sans illusions, voire pessimiste actif, alcoolique et quelquefois violent (il sait se battre). Il est opiniâtre, puisqu’il s’intéresse plus aux faits qu’aux discours convenus et hypocrites. Il sait parler, discourir, tchatcher, vanner, manier la langue, s’imposer par la dialectique et surtout l’humour."

 

Jean-Bernard Pouy

 

 

 

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Screenshot 2025-08-03 at 12-40-11 Anecdotes sur le polar (Le Monde diplomatique août 2023).png

20 juillet 2025

Ernest Mandel, 5 avril 1923 - 20 juillet 1995

Mandel.jpgIl y a 30 ans décédait Ernest Mandel.

Ernest Mandel est un nom qui ne parle sans doute plus guère aux jeunes générations.

Théoricien “marxiste”, militant engagé dans la construction d’une internationale politique révolutionnaire, omniprésent sur le terrain des confrontations intellectuelles, débatteur inlassable et publiciste prolifique qui a laissé une œuvre considérable tant par son ampleur que par sa diversité. Traduit dans plus de 30 langues, il fut ainsi dans les années 60 et 70 du siècle dernier, période de (relative) renaissance d’une pensée critique et d’élan anticapitaliste, l’un de auteurs “belges” les plus lus dans le monde, avec Georges Simenon et Hergé !

Il est impossible de recenser en quelques lignes l’ensemble de ses écrits et interventions dans les débats de son temps, tant sa force de travail était grande et ses intérêts multiples : dans des domaines aussi divers que l’économie, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie et même l’art et la littérature (parmi ses “hobbies” : la musique classique, la peinture, les documentaires animaliers et… la lecture de romans policiers). En plus, naturellement, de ses éternelles préoccupations politiques, organisationnelles, tactiques et stratégiques.

Il est tout aussi difficile de brosser brièvement ses activités durant près de 60 ans. Actif dès son adolescence dans le mouvement “trotskyste” puis dans la résistance anti-nazie durant les années 40-45, figure de la “gauche” du mouvement ouvrier en Belgique au lendemain de la seconde guerre mondiale (au sein de la FGTB-PSB), acteur décisif dans la création de sections de la 4ème Internationale, Ernest Mandel parcourait inlassablement les différents continents pour défendre un projet communiste démocratique, en ce y compris dans les pays où il était officiellement interdit de séjour car réputé dangereusement subversif !

Ernest Mandel, et d’aucuns le lui ont reproché, a souvent fait preuve d’un inébranlable “optimisme”. Volontariste décomplexé, il avait la conviction chevillée au corps d’un triomphe final de “l’émancipation humaine”, envers et contre tous les obstacles dressés par la classe bourgeoise et les dominants. Pour lui, il ne faisait aucun doute que cette “utopie concrète” se matérialiserait dans un avenir proche car il avait une grande confiance dans le “mouvement  impétueux  des masses” et leurs capacités d’auto-organisation.

Certes, aujourd’hui, à notre époque de télescopage de crises aiguës  auxquelles est venue s’ajouter une catastrophe écologique lourde de menaces, notre futur paraît bien plus “questionnable”.

Les évolutions de ces dernières décennies, notamment depuis son décès, n’ont évidemment pas rendu notre monde plus tolérable. Que du contraire.

Une raison supplémentaire pour ne pas renoncer et continuer à tout mettre en œuvre pour le transformer  —au-delà des discussions,  polémiques et  bilans politiques—   dans la continuité du combat de toutes les générations précédentes, dont celle d'Ernest Mandel...

 

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Ernest Mandel, lors d'un débat en 1978 dans la Cité Ardente

avec le syndicaliste liégeois Jacques Yerna.





Repères bibliographiques

[principaux écrits publiés en langue française, dans l'ordre chronologique]



Traité d'économie marxiste, Julliard, 1962 Initiation à la théorie économique marxiste, CES, 1964 La formation de la pensée économique de Karl Marx, Maspero, 1967 La réponse socialiste au défi américain, Maspero, 1970 Le déclin de l’impérialisme, LMR, 1971 Du fascisme, Maspero, 1974 Introduction au marxisme, Fondation Lesoil, 1974 Le Troisième âge du capitalisme, UGE-10/18, 1976 La longue marche de la révolution, Galilée, 1976 De la bureaucratie, La Brèche, 1978 Critique de l'eurocommunisme, Maspero, 1978 De la Commune à Mai 68, La Brèche, 1978 La crise 1974-1978, Flammarion, 1978 Les étudiants, les intellectuels et la lutte des classes, La Brèche, 1979 Réponse à Louis Althusser et à Jean Ellenstein, La Brèche, 1979 Trotsky, Maspero, 1980 La crise, Flammarion, 1985 Meurtres exquis. Une histoire sociale du roman policier, La Brèche, 1986 La place du marxisme dans l'histoire, IIRF, 1986 Le Krach, 13 questions 13 réponses, Dossier Rouge/LCR, 1987 Où va l'U.R.S.S. de Gorbatchev ?, La Brèche, 1989 L’annulation de la dette du Tiers Monde, Dossier Rouge/LCR, 1989 Quand le stalinisme s’écroule, Supplément Inprecor, 1989 Octobre 1917, coup d’État ou révolution sociale. La légitimité de la Révolution Russe, IIRF, 1992 Les ondes longues du développement capitaliste, Syllepse, 2014  Nationalité et lutte de classe en Belgique, 1958-1973, IIRE, 2015  Sur la seconde guerre mondiale, une interprétation marxiste, La Brèche, 2018 La révolution allemande, La Brèche, 2021 Aux sources du phénomène bureaucratique (Power and Money), La Brèche, 2023 Lénine, la révolution, le parti, La Brèche, 2023.

 

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24 mars 2025

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19 mars 2025

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18 mars 2025

UKRAINE : STOP OU ENCORE ?

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En 2022, c’est l’armée russe qui a franchi la frontière ukrainienne pour marcher sur Kiev, ce n’est pas l’armée ukrainienne qui a franchi la frontière russe pour marcher sur Moscou. Cette agression contre un État voisin souverain est une violation du droit international et elle est dans tous les cas inacceptable.
 
Une fois que l’on a dit et répété ce qui devrait être une évidence pour toutes et tous, la question n'a pas pour autant été épuisée. Car une fois la guerre déclenchée, que fait-on ? On table sur une hypothétique victoire de l’un des protagonistes et on patiente jusqu’au dénouement final ? On attend (confortablement à l'abri) qu’elle se termine par épuisement généralisé des uns et des autres ou faute de combattants ? Ou l’on s’active pour chercher une issue au conflit par la voie diplomatique afin d’éviter des millions de victimes supplémentaires ?
 
Actuellement, c’est toujours le scénario de la confrontation armée qui prédomine. Les combats durent déjà depuis plus de trois ans, les morts et les blessés s’accumulent, les destructions d’infrastructures civiles aussi, et des négociations entre les acteurs directement concernés -Ukraine et Russie- n'ont toujours pas été véritablement engagées.
 
Et face aux agissements erratiques du nouvel occupant de la Maison Blanche, l’Europe se retrouve le dos au mur. Car pendant trois ans, elle s’est abstenue de prendre des initiatives de paix convaincantes, se contentant de gesticulations et de bavardages récupérés par des chaînes d’info en continu pour alimenter de pseudo-débats quotidiens. Tout en multipliant prioritairement des sanctions économiques contre la Russie et en fournissant armes et argent au gouvernement de Kiev. Entendons-nous bien : pas pour sauver le peuple ukrainien, mais pour préserver les intérêts des classes dominantes. Principalement pour empêcher l’Ukraine —et ses nombreuses richesses !— de réintégrer contrainte et forcée l’empire russe.
 
Aujourd’hui en grande difficulté, l’UE a choisi une fuite en avant militariste : renforcer ses dépenses d’armement au motif officiel de se prémunir d’une agression de la Russie sans dépendre du bon vouloir de Washington.
 
 
 
 

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Et le miracle s’accomplit sous nos yeux. Alors qu’il n’y avait pas d’argent pour financer la justice climatique et la justice sociale, la Commission européenne annonce un plan d’investissements militaires de… 800 milliards €, répartis sur les quatre prochaines années ! Et pour atteindre ce but, les sacro-saintes règles budgétaires européennes seront mises entre parenthèses.
 
Joli tour de passe-passe.
 
Sauf que l’argument d’une menace russe imminente, rabâché quotidiennement par ces politiciens prestidigitateurs, et relayé complaisamment par les principaux médias, est problématique.
 
Voilà en effet plus de trois ans que Poutine a déclenché son "opération spéciale"... qui devait durer 72 heures (!), et voilà plus de trois ans que ses troupes sont enlisées sur le territoire ukrainien. Et depuis trois ans, sur les plateaux de télévision, des "experts" et des "journalistes" accommodants n'ont cessé d’ironiser sur les tares rédhibitoires de cette armée, sur son équipement déclassé, sur ses choix stratégiques obsolètes, sur le moral "dans les chaussettes" des soldats russes, sur les impasses de l’oligarchie poutinienne, etc.
 
Et soudainement, cette même Russie et cette même armée d'une autre époque seraient maintenant sur le point de s'abattre sur les contrées "démocratiques" occidentales ? L’ Europe ainsi menacée est pourtant déjà bien équipée. Contrairement à ce que d'aucuns essaient de nous faire croire, elle dépense déjà beaucoup d’argent pour sa "défense" (des centaines de milliards €, chaque année !) , et elle dispose par ailleurs d'armes nucléaires !
 
Quel attrape-nigauds propagandiste que ces discours maintenant matraqués 24h/24 ! Les gouvernants et les faiseurs d’opinion qui répandent sans rire leur "supercherie narrative" n'ont d'autre but que de nous manipuler en jouant sur nos peurs. Il s'agit de nous convaincre —guerre imminente par eux annoncée— qu'il faut investir massivement dans les industries liées à l'armement (les marchands de canons se frottent déjà les mains et le capital —toujours à la recherche de profits juteux nouveaux— exulte). Il s'agit de nous persuader que cette forte réorientation économique nécessitera de la part de la collectivité de nouveaux sacrifices (qui viendront s’ajouter à la déferlante des politiques austéritaires du dernier demi-siècle !).
 
D’aucuns n’hésitent d’ailleurs pas à convoquer pour la circonstance Churchill et son discours sur "le sang et les larmes", pas moins !
 
Oyez, oyez bonne gens, préparez-vous donc à travailler encore plus longtemps pour des salaires au rabais et des pensions de misère. Quant aux indispensables investissements massifs pour un abandon du modèle productiviste destructeur de la planète et pour une bifurcation écologique radicale, ce sera sans doute pour le XXIIè siècle, lorsqu’il sera définitivement trop tard !
 
Il est urgent de se mobiliser pour établir des contre-feux aux folles dérives des Merkel, Merz, Macron, Meloni, De Wever-Francken et tutti quanti. Il est grand temps de nous émanciper de tous les impérialismes (US, russe, chinois et européen) qui n’ont que faire du bien-être des peuples. Ne laissons pas les va-t-en guerre répandre leurs discours virils sans réagir. Ne les laissons pas gagner une nouvelle bataille "culturelle" et coloniser un peu plus nos cerveaux. Ne les laissons pas tranquillement nous entraîner vers l’abîme.
 
Nous n’avons pas besoin d’une "économie de guerre" nous avons besoin d’une économie de paix, qui assure la sécurité de la planète confrontée aux conséquences de la catastrophe écologique et qui assure la sécurité de toutes et tous, pas au niveau militaire (nos pays sont submergés par des armements de toute nature, y compris et surtout par des armes de "destruction massive") mais au niveau social, environnemental et démocratique.
 
Cela passera par une alternative de paix négociée par la Russie et l’Ukraine, dans le respect du droit international. Pas par un arrangement sournois entre Trump et Poutine pour mettre la main sur les ressources de l’Ukraine, en ignorant les intérêts du peuple agressé.
 
Compliqué ? Sans aucun doute. Mais il n'existe pas de raccourcis possibles...
 
 
 

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14 mars 2025

MORT DE KARL MARX LE 14 MARS 1883, IL Y A 142 ANS.

 

"Le travail, en tant que formateur de valeurs d'usage, en tant que travail utile, est pour l'homme une condition d'existence indépendante de toutes les formes de société, une nécessité naturelle éternelle, médiation indispensable à l'échange matériel, au métabolisme qui intervient entre l'homme et la nature, et donc à la vie humaine.
 
(...)
 
L'homme ne peut procéder dans sa production que comme la nature elle-même : il ne peut que modifier les formes des matières. Plus même. Dans ce travail de mise en forme proprement dit, il est constamment soutenu par des forces naturelles. Le travail n'est donc pas la source unique des valeurs d'usage qu'il produit, de la richesse matérielle. Comme le dit Petty, celle-ci a pour père le travail et pour mère la terre."
 
 
[Karl Marx, Le Capital, Livre 1]
 
 
 

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HÉRITAGE(S) DE KARL MARX

142 années ont passé depuis la mort de Karl Marx. 142 années durant lesquelles le monde a poursuivi sa trajectoire tourmentée, avec son lot d’événements et de bouleversements.
 
Deux guerres mondiales, des révolutions et des contre-révolutions, le fascisme et le stalinisme, la Shoah et le Goulag, Hiroshima et Nagasaki, d’innombrables conflits locaux et régionaux, des conquêtes sociales et sociétales, la remise en cause de ces conquêtes sociales et sociétales, des avancées technologiques et des progrès scientifiques, l’automobile et l’aviation, le cinéma et la télévision, la course à l’espace et l’irruption massive du numérique, l’art et sa commercialisation, le sport de masse et le sport business, des changements éthiques et leurs répercussions, des crises financières et des pandémies… Et aujourd’hui, la catastrophe écologique qui menace toutes les espèces vivantes de la planète, en ce y compris l’espèce humaine. Et à nouveau des guerres, des génocides. Et à nouveau une résurgence des fascismes !
 
Que peut-il donc rester de Karl Marx, de son action et de son œuvre ?
 
D’abord, un engagement révolutionnaire pour transformer la société, au-delà des interprétations de celle-ci. Toute sa vie, Marx a lutté —avec d’autres, à commencer par son ami Engels— pour l’émancipation humaine, une émancipation transitant par l’émancipation du plus grand nombre, le prolétariat. Ainsi, Marx fut profondément impliqué dans les combats de son temps : du libéralisme de gauche au communisme, de la “Gauche hégélienne” à la Ligue des Communistes, de la “Société universelle des communistes révolutionnaires” à l'Association Internationale des Travailleurs, des Révolutions de 1848 à la Commune de Paris, Marx (et Engels) s'est (se sont) engagé(s) durant plus de 40 ans pour essayer de commencer à changer le monde. Concrètement. Car Marx refusait de “faire bouillir les marmites de l'histoire” et il n'épousait pas la démarche d' “utopistes” s'acharnant à dessiner les contours d'une société future idéale, principalement à partir de leur imagination, même si cette dernière était féconde.
 
Ensuite, un immense travail intellectuel pour comprendre et analyser le mode de production dominant de son époque —et de la nôtre !—, le mode de production capitaliste. Un travail de titan qu’il n’a pu mener à son terme, en proie à de fréquents problèmes de santé et à des difficultés matérielles récurrentes. Néanmoins, il nous a laissé son opus magnum, Das Kapital, et d’innombrables écrits, notes et travaux préparatoires périphériques. Des contributions qui restent précieuses en 2025 dans notre effort de compréhension du monde actuel, et pour nous orienter dans la lutte des classes avec la perspective de bousculer l’ordre établi du Capital.
 
Bien sûr, le capitalisme a évolué au cours des deux derniers siècles, notamment sous la pression des batailles menées par les salariés, qui leur ont permis d'arracher d'importantes conquêtes sociales et politiques. Il est devenu de plus en plus complexe, et il a perfectionné ses méthodes pour consolider son hégémonie idéologique/culturelle afin d'assurer sa pérennité. Mais pour autant, il n'est pas parvenu à surmonter ses contradictions et ses turbulences, il ne s’est pas débarrassé de ses caractéristiques essentielles :
 
• Le capitalisme demeure un système de production marchande généralisée.
 
• Le capitalisme demeure un système basé sur la propriété privée des principaux moyens de production et d’échange. Les grandes structures économiques n'appartiennent pas à la collectivité et ne sont pas contrôlées par la majorité. Elles sont toujours concentrées dans les mains d'une minorité de possédants. La “séparation des producteurs d'avec les moyens de production” reste tenace.
 
• Le capitalisme demeure un système qui a pour seul véritable “mobile social” l'argent. La course aux profits, la priorité à la rentabilité financière, la rémunération maximale du capital, constituent son dogme intangible. Au prix du maintien de l'étau de l'exploitation, du pillage de la nature et du renouvellement de mécanismes structurels alimentant de gigantesques inégalités.
 
• Le capitalisme demeure un système obsédé par la compétitivité, où la concurrence reste l'Alpha et l’Oméga de son développement. Ainsi encouragée, la lutte de tous contre tous favorise les comportements égoïstes au détriment de la solidarité et des coopérations entre les êtres humains.
 
• Le capitalisme demeure un système où rien n'est jamais acquis définitivement et où toutes les conquêtes historiques peuvent être remises en question à n'importe quel moment, en fonction d'une conjoncture et de rapports de force dégradés.
 
C'est dire si les travaux de Marx, ses intuitions et ses recommandations, représentent encore maintenant un point d'appui et des éléments de réflexion utiles dans la difficile recherche de solutions de rechange au chaos capitaliste. C’est dire si sa méthode d'analyse des rapports sociaux constitue toujours un fil conducteur précieux pour celles et ceux qui s'emploient à bouleverser un statu quo mortifère.
 
L'héritage de Marx, c'est l'héritage d'une pensée critique et révolutionnaire, pleine de vitalité, mobilisée pour rompre avec la domination bourgeoise, transformer la société, ouvrir un chemin à l'abolition du salariat et à l'émancipation humaine.
 
Un très vaste chantier encore ouvert, 142 ans après sa disparition…
 

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