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23 mai 2019

La campagne en folie (13)

 

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Ainsi, le PTB n'a pas participé au «débat des présidents» organisé par la RTBF ce mercredi 22 mai ! Au motif que cette soirée était uniquement réservée aux «présidents» de chaque formation, à l'exclusion de tout autre de leurs représentants... Or, Peter Mertens était déjà l'invité de la VRT pour une confrontation avec Maggie De Block et il était impossible qu'il se dédouble ! Et comme les solutions de rechange proposées -Benjamin Pestieau ou Raoul Hedebouw- ont été rejetées, pas de parti de la gauche radicale à l'antenne !

Quelques esprits chagrins ont rétorqué qu'Ecolo aussi ne dispose pas de «président», ce qui ne l'a pas empêché d'être présent sur le plateau . Sauf que les écologistes, eux, ont... deux présidents, ou plus exactement deux «co-présidents» ! Mais bon sang c'est bien sûr, il eût donc suffi au PTB de disposer du même organigramme et le compte était bon. Pas de chance pour lui toutefois, aucun «co-président» dûment identifié : uniquement un «président» et un... «vice-président» ! Comme le dirait Benoît Poelvoorde : «tu saisis la nuance» ?

Finalement, le grand perdant dans cette histoire un tantinet surréaliste est le «service public», englué dans une curieuse réglementation «sémantique». Pour sa part, l'absent (forcé) a échappé à une médiocre discussion...

Maintenant, si le PTB ne s'obstinait pas à se vouloir «unitariste» dans un «Etat fédéral» et était structuré en deux partis distincts avec leurs propres «directions», cette exclusion (sous ce prétexte fallacieux, en tout cas) n'aurait pu être décrétée ! Mais ceci est un autre débat...

 

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Waterloo morne plaine. Elections morne campagne.

Ces dernières semaines d'avant le 26 mai ont été politiquement désolantes.

Comment s'étonner de l'absence d'engouement populaire face à des partis qui défendent fondamentalement les mêmes programmes ?

Certes, il existe des accents propres à chaque liste et les différentes formations ont leurs spécificités, à l'image des personnalités qu'elles mettent en avant. Mais le positionnement général est le même : pas de remise en cause du capitalisme ; pas de rupture proposée avec l'Union européenne et ses traités régressifs ; pas d'autre voie qu'une fatale austérité, simplement déclinée de différentes manières ; et surtout, tous sont disposés à gouverner les uns avec les autres, au delà d' «exclusives» de façade... pré-électorales !

 

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Bien sûr, les exceptions qui mettent la règle à l'épreuve existent, comme le PTB en Belgique ou les Insoumis en France. Mais les uns et les autres ont beaucoup de difficultés à se faire entendre, dans les médias dominants, et doivent souvent résister à un féroce bashing.

Dimanche, mettons en échec le système en utilisant nos bulletins de vote pour exprimer clairement le choix de la rupture avec l'ordre dominant et ses complices...

 

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calimero.jpgCharles Michel ne ferme pas la porte à la N-VA : «Ceux qui expriment des exclusives sont hypocrites», répète-t-il partout dans la presse.

Il y a cinq ans, son discours était très différent ! Que s'est-il donc passé durant ce laps de temps ? Ah oui, le MR a gouverné avec... la NVA, en dépit de ses promesses pré-électorales tonitruantes, et avant le couac de fin de législature.

Avec à la clé un bilan anti-social et anti-démocratique effarant !

Sans doute doute rêve-t-il de remettre le couvert pour faire plaisir aux puissants qu'il sert avec tant de docilité...

 

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Le 26 mai :

combattre l’hégémonie libérale.

Le point de vue d'Hugues Le Paige

 

HLP.jpg« Parce que je ne peux pas faire confiance à un PS qui promet monts et réformes sans avoir été capable, à aucun moment, d’affirmer une rupture avec ses trente années de social-libéralisme. Parce que je ne veux pas céder à cette éternelle injonction culpabilisante du « sans nous ce serait pire » alors que « le pire », ils en ont fixé les prémisses.

Parce que si je reconnais volontiers le rôle historique d’Ecolo et que je me réjouis du succès que pourront rencontrer les candidats de gauche sur ses listes, je ne peux faire crédit au parti vert, très hétérogène, sur un point fondamental : une réelle transition écologique ne pourra se faire dans le cadre du capitalisme, sauf à se réaliser au détriment des plus faibles déjà victimes de toutes les inégalités.

Parce que précisément, le PTB est la seule formation résolument anti-capitaliste. Et que si le vote PTB est tellement utile à toute la gauche, c’est d’abord en raison des valeurs qu’il exprime sans concession. Au premier rang de celles-ci, l’ÉGALITÉ, sans laquelle il n’y a pas de combat de gauche digne de ce nom. Une forte représentation de la gauche radicale dans les assemblées, c’est une condition indispensable pour combattre l’hégémonie libérale qui traverse les frontières des partis traditionnels et qui, demain, conditionnera peu ou prou toutes les coalitions possibles. Voilà pourquoi à tous ceux qui partagent ces valeurs d’égalité, à quelques heures du scrutin et quelles que soient les divergences que l’on peut avoir avec lui, je veux réaffirmer la nécessité d’un choix sans équivoque : celui du vote en faveur du PTB.»

 

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La Gauche anticapitaliste, membre de la Quatrième Internationale (trotskyste), appelle à voter PTB, non sans se montrer extrêmement critique vis-à-vis de ce parti. Voici sa déclaration :



« Dimanche 26 mai, le paysage politique de la Belgique et du Parlement européen sera profondément redessiné. La longue période de campagne électorale, démarrée avec les communales d’octobre dernier, touchera à sa fin. Pour la majorité sociale de ce pays, le 26 mai sera l’heure de confirmer dans les urnes le message que les mouvements sociaux, au premier rang desquels le mouvement syndical, n’ont pas réussi à imposer depuis 2014.

Jetons un rapide coup d’œil dans le rétroviseur : les années passées sous le gouvernement Michel, avant sa chute lamentable en décembre 2018, ont été marquées par de nombreux reculs, par des ruptures importantes et, plus récemment, par de vraies lueurs d’espoir. En termes de reculs sociaux, sans être complets, rappelons entre autres la non-indexation des salaires et l’imposition d’un gel des salaires pour les années à venir, le recul de l’âge de la pension à 67 ans, les milliards de coupes sombres dans le budget de la santé, reversés sous formes de cadeaux aux patrons avec 2 milliards de nouvelles réductions de cotisations à la Sécurité sociale, la loi Peeters qui a favorisé l’explosion du nombre d’emplois précaires et autres «mini-jobs», les restrictions de l’allocation de garantie de revenu qui ont frappé durement les femmes, le «service minimum» pour affaiblir le droit de grève à la SNCB, etc. Évidemment, aucune de ces mesures n’a pour but réel d’arriver à un «budget en équilibre» ou à l’accès à un emploi de qualité pour tou.te.s. Ce programme de démolition a par contre tout à voir avec l’envie de gaver toujours plus les détenteurs des capitaux de ce pays, actionnaires et grands patrons, et de garantir un profit élevé aux grandes entreprises d’un capitalisme qui cherche un nouveau souffle.

Les éléments de continuité et de rupture se mélangent lorsque l’on compare le gouvernement Michel-De Wever au gouvernement Di Rupo qui l’avait précédé. Tous les paramètres se sont aggravés sous la direction libérale-nationaliste, mais la tripartite pilotée par le PS avait déjà bien entamé le sale boulot, que ce soit en matière de gel des salaires, de coupes budgétaires dans les services publics, de chasse aux chômeur.se.s et de précarisation des jeunes avec la suppression des allocations d’insertion après trois années, entre autres. Di Rupo a ouvert la voie à Michel et De Wever. En fin de compte, la continuation des politiques néolibérales et autoritaires nous amène petit à petit à des seuils et à des points de basculement vers une société et un régime politique de plus en plus brutaux sur une Terre invivable.

Pourtant, rien n’est écrit d’avance : ceux d’en haut ne maîtrisent ni le désordre capitaliste, ni les mobilisations populaires. Ces cinq dernières années avaient démarré en trombe avec la création de Hart Boven Hard et le plan d’actions syndical crescendo à l’automne 2014, aboutissant à des manifestations et grèves massivement suivies qui avaient mis à mal la coalition «kamikaze». La trêve a été déclarée par les sommets syndicaux au moment où le mouvement était au plus haut et sans avoir rien obtenu, dans le but de maintenir la place des directions syndicales dans un système de concertation sociale cliniquement mort et d’éviter la chute du gouvernement. Cette trêve et les zigzags syndicaux des années suivantes ont laissé des traces durables. La période des attentats de Paris et Bruxelles a aussi été instrumentalisée par la coalition des droites pour faire un saut en avant dans le tout sécuritaire et le racisme d’Etat : l’introduction de la déchéance de nationalité sans aucune opposition au Parlement (pas même du PTB ou d’Ecolo), le «lockdown» de Bruxelles pendant quatre jours en 2015, la présence longtemps massive de l’armée dans les rues, etc. Du retour de l’enfermement d’enfants en centres fermés, appliqué autrefois sous le gouvernement libéral-socialiste entre 2004 et 2008 jusqu’à la mort de la petite Mawda, sous les balles de la police belge, « inhumanité » est le mot qui résume le mieux le bilan de la politique migratoire raciste et meurtrière de la Belgique et de l’Union européenne.

Quand la N-VA a débranché la prise du gouvernement Michel l’hiver dernier, nous étions nombreux.se.s à craindre le pire, dans un contexte de re-mobilisation massive de l’extrême-droite dans la rue et de montée européenne globale de ces courants, des USA au Brésil en passant par la France ou encore l’Italie. Mais là encore les luttes sociales ont pu déjouer les plans de De Wever et co. et nous démontrer à nouveau que le pire n’est jamais certain. Le retour de notre force s’est manifesté à travers un mouvement de masse historique de la jeunesse avec les grèves pour le climat depuis janvier, renforcées par des manifestations énormes et des actions de désobéissance civile. Le mouvement féministe a également connu un renouveau inédit depuis près de vingt ans, avec un 8 mars mémorable fait de manifestation et d’actions de grève multiformes, impulsées par une dynamique d’auto-organisation collective et plurielle autour du Collecti.e.f 8 maars. À quelques jours des élections, la campagne reste marquée par les thématiques sociale et écologique, les libéraux et la N-VA ne sont pas sur leur terrain de jeu favori…Espérons que la toute récente polémique islamophobe, sur la liberté de culte et le prétendu « communautarisme », montée en épingle par la droite et les grands médias, ne change pas la donne.

Les élections de 2018 avaient déjà montré une forte poussée des Verts et du PTB, ainsi que du Vlaams Belang en Flandre. La perte d’influence et la baisse continue des scores des trois familles politiques qui ont historiquement dominé l’État belge (chrétiens-démocrates, libéraux, sociaux-démocrates) se confirment encore un peu plus chaque jour. Les crises multiples provoquées par le capitalisme, l’incapacité des partis traditionnels à offrir autre chose à la population que la lente dégradation de nos conditions de vie et la concentration des richesses dans les mains d’une infime minorité bourgeoise, l’atomisation et la perte de sens de notre époque néolibérale…tout cela favorise l’éclatement, l’instabilité et la polarisation politiques à long terme.

Les mouvements sociaux ont mis sur la table des enjeux de société fondamentaux, notamment la simple nécessité d’assurer un futur vivable sur Terre, à l’approche de ces triples élections qui devraient favoriser un débat de fond, sans chipoter sur telle ou telle compétence de tel ou tel niveau de pouvoir…pourtant la campagne électorale ne passionne pas. Si les élections ne changent pas, en tant que telles, nos vies, elles constituent un moment incontournable du rapport de forces politique et influencent l’état d’esprit de l’écrasante majorité de la population, et donc la dynamique des luttes sociales. Il s’agit donc d’utiliser notre bulletin de vote sans illusion sur le Parlement ni sur l’abstention, qui ne sont finalement que deux façons d’accorder une importance démesurée au (non-)vote. Enfin, n’oublions pas qu’un million de non-belges (dont 150000 personnes sans-papiers), ainsi que des dizaines de milliers de jeunes qui ont entre 16 et 18 ans, n’ont même pas le droit de voter aux élections régionales, fédérales et (dans certains cas) européennes. Cela fait plus d’un.e électeur/trice sur huit en Belgique, et près de la moitié de l’électorat bruxellois !

Cela va sans dire mais ça va mieux en le disant : la toute première priorité de ces élections est d’infliger une gifle la plus monumentale possible aux droites. La porosité entre certains courants du MR et de la N-VA avec les néofascistes en costume-cravate du Vlaams Belang, du PP ou de la liste Destexhe, combinée avec les manifestations d’extrême-droite de l’hiver dernier, doivent nous maintenir en état d’alerte. Après cinq années d’asphyxie, nous n’avons aucun intérêt à défendre la politique du pire. La question se pose bien sûr de façon bien plus aigüe en Flandre où les droites combinées totalisent toujours plus de 70% des voix. Au centre-droit, le Cdh est déjà prêt à aller à la soupe pour sauver une coalition MR-N-VA bis et le CD&V est plus que jamais un parti pro-patronal, tout comme Défi.

Que faire alors du PS, du SP.a, d’Ecolo et Groen ? Il y a des nuances entre ces formations, mais toutes se caractérisent par la volonté de gérer loyalement l’État capitaliste et néolibéral, dans le cadre d’une économie laissée dans les mains des grands groupes privés et d’un cadre défini par la zone euro et les traités d’austérité européens. Non seulement ces formations refusent donc d’envisager l’affrontement et la rupture nette avec la cage de fer capitaliste et néolibérale, mais en plus le bilan de leurs participations aux gouvernements précédents sont extrêmement mauvais pour les classes populaires et pour la planète. Alors bien sûr, nous connaissons des membres sincères de ces formations qui tentent d’aller à contre-courant. Certain.e.s même s’auto-définissent comme « anticapitalistes » ou « éco-socialistes » (le PS ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît).

Le problème est que l’anticapitalisme ou l’éco-socialisme ne sont pas des étiquettes vides de sens, ni des mots magiques, dont il suffirait de se réclamer pour parvenir à quoi que ce soit qui approche un changement de société. Ce sont des engagements qui impliquent des options stratégiques basées sur la lutte des classes, la mobilisation massive et radicale par en-bas de toutes celles et ceux qui ont un intérêt à changer ce monde, l’auto-organisation populaire et l’expropriation de la classe capitaliste qui détruit nos vies. L’anticapitalisme comme point de départ et l’écosocialisme comme point de mire, cela signifie remettre en cause catégoriquement les règles du jeu de l’État et de l’économie capitalistes. Cela signifie tenter de construire un outil politique qui vise à prendre au sérieux l’ambition de transformer radicalement la société par un processus de rupture révolutionnaire. Il n’existe pas de stratégie «bisounours» pour les anticapitalistes. Les tentatives de réformer le système de l’intérieur en excluant toute option radicale et toute mesure d’auto-défense du processus se sont soldées par la tragédie du Chili d’Allende en 1973 et par la dégénérescence néolibérale-autoritaire de Tsipras-Syriza en Grèce en 2015. L’anticapitalisme et l’écosocialisme conséquents sont incompatibles avec les axes programmatiques des sociaux-démocrates et des Verts, faits de baisse de cotisations patronales à la sécurité sociale, de maintien de la propriété privée du secteur financier et énergétique, ainsi qu’avec leurs bilans et pratiques de gestionnaires loyaux en coalition avec des partis de droite. Les candidat.e.s sincères dans leur utilisation de ces notions feront rapidement face à des choix décisifs, puisque tout indique que ces formations seront amenées à gouverner à l’un ou l’autre niveau de pouvoir. En ce qui nous concerne, nous appelons à la défiance et à l’indépendance totale des mouvements sociaux et syndicaux vis-à-vis de ces familles politiques et à refuser toute trêve ou état de grâce si d’aventure elles rejoignent des coalitions gouvernementales.

Après élimination logique des options social-libérales ou écolo-libérales, la principale voix de gauche anti-austérité ce 26 mai s’exprimera par un bulletin de vote pour le PTB. C’est la raison pour laquelle la plupart d’entre nous voteront pour des candidat.e.s sur les listes du PTB. Cependant, il y a des choses à dire sur l’évolution du PTB depuis 2014.

Le bilan des interventions de Raoul Hedebouw et de Marco Van Hees au Parlement est positif, en termes d’encouragement à une série de luttes syndicales et contre l’austérité, ou encore récemment en soutien aux jeunes en lutte pour le climat. Le PTB a réussi à s’implanter dans les quartiers populaires des grandes villes et dans les grandes entreprises. Le PTB capte aussi des votes protestataires dont les enquêtes indiquent qu’en son absence ils iraient à l’extrême-droite. Ce sont des atouts précieux. Mais d’un autre côté, nous sommes forcés de constater des signaux problématiques provenant de ce parti. D’une part, le PTB a liquidé l’expérience de la Gauche d’ouverture au lendemain des élections de 2014, mise sur pied par la FGTB de Charleroi et par la CNE. La leçon est claire : il ne manifeste aucune envie de construire une gauche radicale plurielle et diverse. Aucune envie non plus de secouer le « modèle belge » dans lequel les appareils bureaucratiques des syndicats corsètent l’action du monde du travail en se concertant avec leurs « amis politiques » et le patronat. Le PTB voudrait-il remplacer le PS dans ce rôle ?

Le PTB s’est ainsi refermé sur lui-même et sur son auto-construction comme seule et unique priorité. Cela se manifeste notamment par le manque de candidat.e.s d’ouverture sur ses listes, en comparaison avec 2014, ou avec Ecolo qui réussit, par un tour de passe-passe bien joué, à placer quelques activistes sur ses listes. D’autre part, le PTB a également refusé d’accueillir des candidat.e.s d’ouverture de la Gauche anticapitaliste sur ses listes, en Belgique francophone ainsi qu’en Flandre orientale. Le PTB maintient aussi un fonctionnement à direction « top-down » et autoritaire, refusant tout débat pluraliste ouvert ou structuré. Tant que le parti progresse en termes de membres et d’électeur/trices, les chiffres semblent donner raison à cette structure, malgré des départs. Pourtant, il n’y a pas meilleure garantie d’oxygène et d’apprentissage collectif, pour notre camp social, que la démocratie la plus large.

Avec le grand succès viennent les grandes questions et les grandes responsabilités : le PTB a beaucoup grandi et dispose d’un programme de gauche fouillé mais qui évacue lui aussi des questions centrales. On n’y trouve pas l’expropriation des banques ni du secteur énergétique (demander « UNE banque publique » et « UN secteur public de l’énergie », ce n’est pas la même chose qu’exproprier le capital). On n’y trouve pas non plus la suppression des productions nuisibles ou inutiles. Pas de révocabilité des élu.e.s, pas de suppression des 16 milliards de cadeaux accordés aux patrons sous forme de réductions de cotisations sociales, pas de nationalisation du secteur pharmaceutique, pas d’élargissement du droit de vote et d’éligibilité, pas de décentralisation, pas d’assemblée constituante ni de république, pas de liberté de circulation et d’installation…Autant de mesures qui font partie de notre programme de transition anticapitaliste.

Plus inquiétant : le PTB cultive une ambiguïté par rapport aux traités européens et à l’euro. Il évoque bien un droit à la désobéissance aux règles européennes mais ne dit rien de ce qui serait nécessaire au cas où l’UE souhaiterait briser un gouvernement anti-austérité. En plus, le PTB tente régulièrement de coller à l’opinion qu’il considère comme dominante dans son électorat, sur des questions qui ont trait à l’autorité et à la répression : son abstention sur la déchéance de nationalité, son soutien à des mesures «antiterroristes» et aux moyens policiers en général, l’exclusion de Christian Panier suite à son accueil de Michèle Martin, la condamnation de Tanguy Fourez suite à son altercation avec un commissaire de police, l’absence de revendication telle que le désarmement de la police, ou le peu d’attention accordée par les porte-parole du PTB sur les questions féministes et antiracistes par exemple…tous ces éléments indiquent un malaise dans le PTB sur ces questions. Enfin, le PTB n’a pas rompu avec sa complaisance avec des régimes dictatoriaux, criminels, voire coupables de crimes contre l’humanité, tels que la Syrie des Assad, la Russie de Poutine ou le Nicaragua de Daniel Ortega. A cet égard, il est pour nous indéfendable que le PTB ait choisi Marc Botenga comme tête de liste francophone aux élections européennes, alors qu’il a longtemps été la plume du PTB dans des articles justifiant les actions de ces régimes ou reprenant quasiment au mot près leur propagande de guerre, et Nabil Boukili comme deuxième effectif à la Chambre à Bruxelles, lui qui a participé à un voyage de soutien au régime syrien en 2012.

Finalement, nous savons parfaitement que le programme social anti-austérité du PTB reste inacceptable pour la classe capitaliste, plus combatif et cohérent que le programme du PS et des Verts, et qu’il comprend une série de mesures très positives, comme la réduction collective du temps de travail, la taxe des millionnaires, le retour de la pension à 65 ans, l’interdiction des licenciements collectifs pour des entreprises qui font des bénéfices, l’audit de la dette publique, la sortie du nucléaire et de l’OTAN, etc. Pour toutes ces raisons, nous appelons donc à choisir le 26 mai des candidat.e.s du PTB impliqué.e.s actif.ve.s dans le développement des mouvements sociaux, pour garantir la présence d’une opposition de gauche forte dans les assemblées. Quelques petites listes indépendantes de gauche se présentent en Belgique francophone, mais elles ne constituent pas une alternative politique solide. À Anvers, nous soutenons évidemment notre camarade Peter Veltmans qui se présente comme candidat d’ouverture et 6ème suppléant sur la liste du PVDA où il y défend notre programme et notre approche exposée ici. Il est particulièrement important que la gauche radicale perce aussi en Flandre pour ouvrir un espace et donner de la force à tou.te.s celles et ceux qui luttent au Nord du pays.

Le 26 mai, nous ne serons pas indifférents aux résultats : mettons-nous dans les meilleures conditions pour les nombreuses batailles à venir, pour dépasser les contradictions des organisations réformistes et pour reprendre confiance dans notre force. Les coalitions gouvernementales à venir, même si elles incluent le PS et Ecolo, seront extrêmement corsetées dans une Belgique capitaliste, encadrée en plus par l’euro et les traités européens. Nous appuyons le refus du PTB d’intégrer des coalitions qui ne remettent pas en cause le cadre austéritaire. Mais il est sûr et certain que ni des hypothétiques coalitions PS-Ecolo, ni «renforcer le PTB» dans les assemblées ne sera suffisant pour obtenir un changement de cap radical dans notre société. Or c’est bien l’enjeu politique, titanesque, de la période : élaborer une force collective puissante, par en-bas, de mouvements sociaux convergents, pour transformer le monde de fond en comble et empêcher le pire d’advenir. Construire une alternative de gauche conséquente requiert impérativement d’ancrer la recomposition du champ politique dans la recomposition des mouvements sociaux, afin que les bases militantes – et pas les appareils- donnent le ton, à partir de leur action de terrain. C’est dans cette voie-là que la FGTB de Charleroi et la CNE s’étaient engagées en 2014. La Gauche d’Ouverture était un pas dans cette direction, le PTB a commis une erreur majeure en y mettant fin, et l’avenir montrera qu’il n’y a pas d’autre chemin.

Nous appelons donc les militant.e.s des syndicats, des luttes féministes, antiracistes, LGBTQI+ et écologiques, à tirer la conclusion qui s’impose : il est urgent de s’organiser collectivement, en toute indépendance de notre classe vis-à-vis des institutions et des entreprises, ainsi que des bureaucraties traditionnelles (syndicales et associatives). Il est nécessaire aujourd’hui de construire un pôle anticapitaliste, démocratique et internationaliste. Si nous ne prenons pas cette tâche au sérieux, ni les postures de pureté et d’auto-affirmation identitaire, ni le repli dogmatique, ni la casse minoritaire, ni le seul activisme au coup par coup ne pourront compenser le vide politique. La Gauche anticapitaliste participe sincèrement et respectueusement à cet effort : nos membres jouent un rôle actif dans les luttes féministes, antiracistes, syndical et écologiques. Si vous vous reconnaissez dans cette orientation, n’attendez pas pour nous soutenir, nous rejoindre et militer activement à nos côtés. Pour mettre en action ce travail de fond, prenons exemple sur les luttes climatiques, syndicales, féministes et antifascistes en œuvrant à la construction de fronts sociaux larges, combatifs et en élaborant des pratiques démocratiques, ouvertes et inclusives. Posons les bases de convergences et d’appuis mutuels des différentes luttes, pour frapper fort ensemble et faire basculer le rapport de forces. Nous écrirons bientôt les nouveaux chapitres de l’histoire des luttes pour l’émancipation.»

 

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