03 février 2020
26 mai, les jours d'après (XIX)

Après l’improbable duo Coens-Bouchez, voici maintenant l’entrée en piste de l’actuel vice-premier ministre -et toujours CD&V- Koen Geens. Avec le même objectif : associer coûte que coûte N-VA et PS, au motif qu’une majorité est indispensable en Flandre (pour mémoire, ce ne fut pas du tout le cas en Wallonie lors de la législature précédente, mais c’est évidemment le cadet des soucis de la droite flamande, qui utilise depuis des décennies l’Etat belge pour parvenir à ses fins !).
Les champions de la dramatisation des deux côtés de la frontière linguistique affirment qu’il s’agit d’une dernière ‘’chance’’ -ou presque- avant le retour forcé aux élections ! Un discours sans surprise destiné à mettre la pression sur les partis pour les contraindre à négocier une nouvelle ‘’coalition contre-nature’’, pour reprendre une expression utilisée naguère par Laurette Onkelinx…
Problème pour tout ce petit monde avide de pouvoir : les viriles exclusives mutuelles lancées au lendemain du 26 mai 2019, par les principales formations, laissent des traces. Face à l’électorat et face à leurs militants, PS, N-VA et tutti quanti devront venir expliquer un éventuel revirement, ce qui ne sera pas évident pour ces partis traditionnels qui suscitent une méfiance croissante et qui ont d’ailleurs tous été sanctionnés dans les urnes !
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Le PTB-PVDA brandit une enquête d’opinion pour taper sur son clou favori : il est faux de parler de ‘’deux démocraties irréconciliables’’ (Flandre/Wallonie) et il convient de combattre la ‘’prise d’otage nationaliste’’ post-électorale ! Et de répéter sa litanie sur ‘’l’unité’’ du pays qui sera par ailleurs l’un des thèmes principaux de la manifestation nationale qu’il organise le 1er mars !
Il y a les sondages et il y a les résultats des élections : ceux du 26 mai dernier sont clairs.
Parlement flamand : NVA, 35 députés ; VB, 23 députés ; CD&V, 19 députés ; Open Vld, 16 députés ; Groen, 14 députés ; SPA, 13 députés ; et… PVDA, 4 députés. Sur les 7 partis représentés, les 4 premiers sont de droite et d’extrême-droite, et ils regroupent ensemble 93 parlementaires sur 124, soit 75 % des mandats ! La ‘’gauche’’ (Groen-SPA-PVDA) est limitée à 31 élus (sur 124), soit 25 % des parlementaires ! Est-il vraiment indispensable de faire un dessin sur le véritable rapport de forces en Flandre ?
Parlement wallon : PS, 23 députés ; MR, 20 députés ; Ecolo, 12 députés ; PTB, 10 députés ; et Cdh, 10 députés. PS-Ecolo-PTB disposent donc de 45 sièges sur 75, soit 60 % des mandats ! Pour 30 sièges aux partis de la majorité de droite sortante (MR-Cdh) !
Les faits sont décidément bien têtus : le centre de gravité politique en Flandre se situe nettement ‘’à droite’’ tandis qu’il est beaucoup plus ‘’à gauche’’ en Wallonie ! Et en Wallonie, contrairement à la Flandre, il n’existe pas d’extrême-droite implantée au niveau institutionnel (le dernier scrutin a vu la disparition du PP et le flop des différents groupuscules fascistes qui tentaient une percée) !
Le PTB-PVDA est dès lors de mauvaise foi lorsqu’il minimise les contradictions entre le Nord et le Sud de l’Etat Belgique, ou lorsqu’il affirme -n’étant pas économe en généralités- que ‘’les gens’’ ne sont pas différents. A l’évidence, il existe des points communs entre tous les êtres humains, mais cette banalité n’épuise pas la question !
Aucun groupe social, aucune classe sociale n’est homogène. Il y a -malheureusement- un important électorat populaire qui penche et qui vote ‘’à droite’’, partout. Mais beaucoup plus en Flandre qu’en Wallonie ! Ce ne sont pas seulement les patrons du BEL 20, du VOKA et leurs proches qui soutiennent la N-VA et le VB ! Une fraction significative de la population est raciste/xénophobe et est favorable à des politiques néo-libérales privilégiant l’individu au détriment du collectif ! Ce serait illusoire de croire qu’elle vote par distraction et que le verdict du dernier scrutin législatif était un simple ‘’accident’’…
Le PTB-PVDA affirme que beaucoup ont choisi le VB ou la N-VA (ou les autres formations de droite) pour obtenir une pension à 1.500 € ou une augmentation des salaires, promises par ces partis. Ah bon ! Pourquoi ces électeurs si préoccupés de ‘’social ‘’ n’ont-ils pas voté massivement pour le PVDA qui a mené une campagne électorale sur un thème central : ‘’le social, c’est phénoménal’’ ? Comment se fait-t-il que la (ou les) ‘’copie(s)’’ a(ont) été préféré(e)s à ‘’l’original’’ ? ‘’Intoxication idéologique’’ vont sans doute répondre les dirigeants du PTB-PVDA ? Sauf que cette ‘’intoxication idéologique’’ (le poids de l’idéologie dominante, les manipulations médiatiques, la propagande mensongère) existe dans tous les pays capitalistes et… en Wallonie aussi. Or, malgré celle-ci, le PTB est à 13 % de la représentation parlementaire en Région wallonne et le PVDA est à 3 % de la représentation parlementaire au Vlaams Raad ! Il y a donc bel et bien deux configurations distinctes, qui sont -notamment- la conséquence de la naissance et du développement d’un ‘’mouvement flamand’’ dominé par la droite car, historiquement, la ‘’gauche socialiste’’ n’a pas suffisamment pris en compte le légitime combat pour la reconnaissance de la langue flamande !
En fait, le problème du PTB-PVDA est qu’il pratique, depuis sa création, la politique de l’autruche devant une ‘’question nationale’’, matérialisée par l’existence et la cohabitation de deux peuples dans un même cadre étatique (au demeurant ‘’bourgeois’’ et monarchique !). Dès lors, il refuse obstinément de prendre en considération les deux réalités politiques fortement contrastées et il s’entête à ne pas abandonner sa posture ‘’belgicaine’’ (nationaliste ‘’belge’’), !
Or, tant que l’Etat ‘’unitaire’’ (quand bien même sous une forme ‘’fédéralisée’’) persistera, c’est la Flandre, et les partis de droite qui y sont hégémoniques, qui imposent -et imposeront- leurs exigences à la Wallonie, quelles que soient les aspirations majoritaires des Wallons !
En ne changeant pas son approche, en n’assumant pas la complexité et les contradictions de ce pays, en rejetant une réponse institutionnelle à la hauteur de notre ‘’défi national’’, le PTB-PVDA pénalise(ra) indéfiniment les travailleurs wallons !
Et il handicape aussi les travailleurs flamands qui cherchent la protection des droites nationalistes parce qu’ils sont inquietés par l’épouvantail de la ‘’Wallonie profiteuse qui vit aux crochets de la Flandre’’ sans cesse agité par d’aucuns.
Seule une indépendance de la Flandre et de la Wallonie pourrait éliminer les manoeuvres de diversion facilitées par le maintien d’un leurre, celui d’un royaume devant demeurer obligatoirement ‘’uni’’ !
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Jeudi dernier, le Roi s’est adressé aux ‘’corps constitués’’, composés des autorités politiques, juridiques, économiques ou académiques en Belgique. Il y a notamment abordé l’avenir de notre pays et il a martelé que les ‘’exclusives’’ des uns et des autres devaient être jetée par-dessus bord afin de pouvoir former rapidement un gouvernement fédéral !
Bref, il n'est élu par personne mais il est le "chef de l'Etat" (et accessoirement ‘’le chef des armées’’), et il interfère régulièrement dans la vie politique ! Il est toujours beaucoup question de '’l'institutionnel" dans ce pays -et pour cause !-, mais il serait temps de sortir de ‘’l'Ancien régime’’ et de se débarrasser une fois pour toutes de cet archaïsme que constitue un régime dynastique, où un individu dispose d'un statut et d'une fonction grâce à son hérédité et à sa place dans un ‘’ordre de succession’’ ! Vite, une République, voire deux... en cas d'implosion de la Belgique !
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28 janvier 2020
26 mai, les jours d'après (XVIII)

Négociations fédérales au point mort !
Et toujours les mêmes déclarations lénifiantes des politiciens, jour après jour. Et toujours cet escamotage de la véritable question de fond : un gouvernement pour mettre en oeuvre quelle politique ? Une question qu'ils veulent occulter, et pour cause : les partis de la "Suédoise" souhaitent poursuivre la même politique austéritaire (les intentions de la N-VA ne laissent aucun doute à cet égard !), or cette politique a été lourdement sanctionnée par les électeurs ! Pour mémoire : 22 sièges de moins au Parlement fédéral pour la "bande des quatre", au soir du 26 mai dernier ! Et ils essaient maintenant de venir enfumer tout le monde avec leurs belles déclarations la main sur le coeur concernant le "sens des responsabilités", les "menaces qui pèsent sur l'unité du pays", l'"urgence de la situation" et ainsi de suite...
Avis donc à la population : baissez la tête, acceptez un nouveau tour de vis anti-social, arrêtez de revendiquer une autre politique, contentez-vous des politiciens qui occupent le terrain depuis tant d'années ! Il y va de "l'intérêt supérieur de la Belgique" (lire : l'intérêt de la monarchie, l'intérêt de cette minorité qui concentre les richesses, l'intérêt du patronat qui veut sans cesse rafler la mise, l'intérêt des grands fraudeurs qui expatrient leur "patriotisme" dans des paradis fiscaux, bref l'intérêt du capital qui dans sa course folle aux profits n'épargnera jamais ni les êtres humains ni la nature !) !
Devant ce mauvais et lassant spectacle, une seule exigence : qu'ils dégagent !
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27 janvier 2020
26 mai, les jours d'après (XVII)

Bertrand Henne (RTBF), ce lundi matin, au sujet de la ‘’marche de la colère’’ organisée par le PTB le 1er mars prochain :
"Ce qu’on perçoit. C’est qu’avec cette marche et son slogan, le PTB nie la profondeur du clivage socio-économique qui existe entre les partis et entre nord et sud. En particulier entre PS et N-VA. Le PTB réduit les enjeux "politiques" à des enjeux "politiciens", il dépolitise la crise."
A l'évidence.
Le PTB est un parti ‘’nationaliste’’, ou plus exactement un parti nationaliste ‘’belge’’, en d'autres termes un parti ‘’belgicain’’ ! Pour lui, les ‘’problèmes communautaires’’, pour reprendre une terminologie consacrée, n’existent pas ! Ou plutôt, il s’agit de problèmes ‘’artificiels’’ qui ont été créés par les ‘’politiciens’’ pour ‘’diviser les travailleurs’’ !
La longue marche du ‘’mouvement flamand’’ pour la légitime reconnaissance linguistique ? Un artifice…
La naissance d’un ‘’mouvement wallon’’ face à la progression de ce ''mouvement flamand'' et du bilinguisme ? Un artifice…
Le ‘’Congrès wallon’’, issu de mouvements de la résistance au sortir de la seconde guerre mondiale, optant en faveur d’une solution fédérale ? Un artifice...
La ‘’Question royale ‘’ et les grèves quasi insurrectionnelles en Wallonie ? Des artifices…
La ‘’grève du siècle’’ (1960-1961), l’émergence du ’’renardisme’’, ‘’le fédéralisme et les réformes de structures’’ ? Des artifices...
Les lois de 1962-1963 et la détermination d’une frontière linguistique figée ? Des artifices…
Le ‘’Wallen Buiten’’ de Leuven ? Un artifice...
Le développement de ‘’partis communautaires’’ ? Un artifice…
L’éclatement des partis traditionnels longtemps ‘’unitaires’’ ? Un artifice…
Le délitement de la ‘’Belgique de papa’’ et le processus continu de la ‘’fédéralisation’’ ? Des artifices…
Les grandes ‘’réformes institutionnelles’’ ratifiées chaque fois à une majorité de 2/3 des parlementaires ? Des artifices…
Avec une analyse qui ne veut pas tenir compte de 190 années d'histoire, avec une grille de lecture parfois proche du ‘’complotisme’’, le discours ‘’dé-politique’’ n’est effectivement jamais loin !
Pas étonnant dans ces conditions que le PTB appelle à manifester pour sauver ‘’l’unité’’ du pays ! [Soyons toutefois de bon compte, il n’arpentera pas les rues de Bruxelles uniquement pour ce seul objectif, heureusement !]
Mais de quoi s’agit-il en vérité ? De préserver ‘’L’Etat Belgique’’ qui reste un Etat… ‘‘bourgeois’’, qui plus est ‘’monarchique’’ !?!
Depuis sa fondation, le PTB escamote complètement la ‘’question nationale’’ et toute réponse qui serait basée sur le ‘’droit (démocratique) des peuples à l’autodétermination’’.
Il refuse de prendre en considération la portée ‘’stratégique’’ de ce ‘’droit’’ dans le cadre d’un pays (pérennisé suite à l'interventionnisme des principales puissances européennes au XIXème siècle !) où doivent cohabiter deux peuples dans un même cadre étatique !
Cette négligence ne constituerait pas un véritable souci s’il ne s’agissait que d’une question théorique pour intellectuels en manque de bavardages.
Mais il s’agit au contraire d’une problématique très concrète et ‘’impactante’’ pour les populations, car les rapports de forces politiques sont radicalement opposés au Nord et au Sud du territoire : le centre de gravité de la Flandre se situe très à droite, tandis que la Wallonie penche plus ‘’à gauche’’ !
En ignorant -ou en feignant d’ignorer- cette configuration particulière, le PTB se prive d’une approche ‘’stratégiquement’’ innovante : l’implosion de ‘’l’Etat Belgique’’ ferait voler en éclats le ‘’bloc social bourgeois’’ et permettrait de pouvoir avancer là où l’hégémonie du capital est un peu moins incrustée, là où existe un maillon (plus) faible du système !
Si les régions et communautés ont acquis des ‘’compétences propres’’, n’oublions pas que les principaux leviers de la décision -en matière économique et sociale (Sécu), en matière de politique étrangère et de défense nationale, en matière de justice et de questions sociétales, et en matière fiscale-, demeurent toujours au 16 rue de la Loi, en principe (!) sous le contrôle de la Chambre des représentants.
Ainsi, en ce qui concerne la dernière législature, pour ne pas remonter plus loin, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont imposé de nouvelles économies dans les soins de santé, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont décrété un saut d’index, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont orchestré le blocage des salaires, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont décidé de porter le taux de TVA de l’électricité à 21 %, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont modifié l’âge légal de la retraite, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui ont choisi de dépenser des milliards € pour acheter des F35, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui engagent le Belgique dans des conflits militaires dans le monde, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui détruisent la SNCB ou affaiblissent constamment les ‘’entreprises publiques’’, ce ne sont pas les ‘’entités fédérées’’ qui réglementent les ‘’politiques migratoires’’.
Cela ne signifie pas pour autant que ces ‘’entités fédérées’’ ont renoncé aux options austéritaires, en fonction des majorités en place, mais cela signifie que le cap général reste essentiellement fixé par le ‘’fédéral’’, dominé par la droite flamande (dans le gouvernement Michel, trois partis flamands pour un seul francophone ! Une démonstration presque caricaturale de cette hégémonie politique).
Une Wallonie ‘’indépendante’’, débarrassée du poids de la droite flamande, pourrait donc ouvrir de nouvelles perspectives en matière d’édification d’une solution de rechange ‘’de gauche’’.
Ce qui ne signifie pas que cela serait simple (ce ne l’est nulle part !), mais ce qui signifie qu’il y aurait un obstacle de moins dans le combat pour matérialiser une alternative.
En réalité, ce qui ‘’divise’’ les travailleurs, c’est l’absence de réponse à une ‘’question nationale’’ aussi vieille que la Belgique et c’est le maintien d’un Etat ‘’unitaire’’, même sous une forme ‘’fédéralisée’’ ! Car celui-ci est instrumentalisé par les possédants pour continuer à opposer les deux peuples, notamment en attisant les antagonismes ‘’communautaires’’.
Dans le cadre institutionnel actuel, le ‘’c’est la faute aux Flamands’’ ou le ‘’c’est la faute aux Wallons’’ tombent toujours à pic pour justifier ce qui est contesté en essayant de détourner le mécontentement vers les mauvaises cibles.
La disparition de la Belgique, par contre, saperait cette entourloupe, car chaque peuple serait entièrement maître de ses choix politiques et il serait dès lors difficile de pointer la ‘’responsabilité’’ de voisins qui ne seraient plus liés structurellement !
Cela dit, une telle issue n'est (sans doute) pas pour demain !
Même si l'histoire connait parfois des accélérations imprévisibles...
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21 janvier 2020
Orwell, 1903-1950 (I)
‘’Orwell est, avec Kafka, l’un des rares écrivains du XXème siècle dont le nom est passé dans la langage courant, comme Balzac au XIXème siècle’’ [1]
‘’Tout ce que j’ai écrit d’important depuis 1936, chaque mot, chaque ligne, a été écrit directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique tel que je le conçois’’ [2]

Le 21 janvier 1950, il y a 70 ans, disparaissait George Orwell, écrivain politique, homme de gauche, adversaire résolu des dictatures nazie et stalinienne.
Ni courtisan, ni compagnon de route du ‘’communisme soviétique’’, ni porte-parole d’une cause, libre de toute obédience partisane, ennemi de la langue de bois et d’une franchise parfois brutale, Orwell dérangeait les ‘’intellectuels’’ aveuglés par l’un ou l’autre ‘’camp’’, les politiciens prêts à toutes les compromissions et des journalistes déjà dépendants de la puissance de l’argent.
Son décès -à l’âge de 46 ans !- fut donc très peu commenté et eut peu d’écho dans la presse de l’époque.
Romancier, journaliste, essayiste, il laissait pourtant une œuvre dense, pour un homme à la santé fragile n’hésitant pas à ‘’faire’’ et à entrer en ‘’immersion’’ dans le monde réel ‘’d’en bas’’ : 9 livres, d’innombrables essais, critiques littéraires et articles commentant l’actualité de son temps…
Et quel ‘’temps’’ ! Celui de la première moitié du XXème siècle, celui du fascisme et du stalinisme triomphants, celui des deux guerres mondiales et de leurs dizaines de millions de cadavres, celui d’Auschwitz et d’Hiroshima/Nagasaki, celui du début de la guerre froide et de la course aux armements (nucléaires) !
C’est peu dire que ces événements tumultueux, et sa trajectoire de vie mouvementée à leur contact, nourrirent directement ses romans et ses écrits.
Policier en Birmanie au service de l’Empire britannique, sans le sou en France et vagabond dans son propre pays, enquêteur sur les conditions d’exploitation de la classe ouvrière du Nord de l’Angleterre, combattant ‘’antifasciste’’ en Espagne, producteur et chroniqueur à la BBC durant le second conflit planétaire (1941-1943), et… cependant écrivain prolixe !
La publication de sa production littéraire rencontra maintes difficultés de son vivant et lui rapporta peu : ni la consécration, ni la fortune. Et il dut attendre la publication de ‘’La Ferme des Animaux’’ à la fin de la seconde conflagration mondiale pour enfin bénéficier d’une situation financière un peu plus aisée !
Il s’empressa alors de terminer son roman le plus connu, ‘’1984’’, quelques mois avant que la tuberculose ne l’emporte.
Il n’eut donc jamais vraiment l’occasion de vérifier la portée et la réception internationales de son œuvre, une œuvre qui n’a cessé de gagner en popularité au fil du temps.
Certes, Orwell n’était pas un prophète ou un Nostradamus buvant du thé ! Sa conception d’une société ‘’totalitaire’’ reposait sur sa connaissance et son expérience de la société ‘’réellement existante’’ des années vingt, trente et quarante du siècle dernier, sources directes de son ‘’inspiration’’ littéraire.
Or, sa description d’un système reposant sur le contrôle total de la population, où le langage est en permanence transformé et vidé de toute signification, où l’histoire est constamment revue et rectifiée, où le mensonge est institutionnalisé, a aujourd’hui une puissance évocatrice inégalée.
Car nous vivons dans le monde de la ‘’révolution numérique’’, un monde où les espaces -public et privé- sont envahis par les ‘’terminaux’’, un monde où il devient
périlleux de s’émanciper du net et des ‘’réseaux sociaux’’, un monde où les caméras prolifèrent partout et où la surveillance généralisée s’intensifie, un monde où les ‘’infofausses’’ (les ‘’fake news’’, particulièrement prisées par un Donald Trump, président de la première puissance planétaire !) entretiennent quotidiennement confusion et manipulation !
Dès lors, c’est bel et bien notre présent qui actualise sans cesse ce livre daté et qui continue à lui assurer un retentissement énorme.
‘’1984’’, et ‘’La Ferme des Animaux’’ qui le préfigure, continuent donc d'être publiés et republiés, lus et discutés, abondamment.
Signe de l’intérêt persistant de ces textes, décidément incontournables : les ‘’traductions nouvelles’’, les ‘’éditions commentées’’, les ‘’analyses érudites’’ qui se multiplient. [3]
Je reviendrai dans les prochaines semaines sur la vie, la personnalité, l’action, la pensée et les ‘’monuments’’ littéraires de George Orwell.
@

[1] Adrien Jaulmes, Sur les traces de George Orwell, Paris, Editions des Equateurs, 2019, page 145.
[2] George Orwell, Essais, articles, lettres - volume 1, Paris, Ivréa, 1995, page 25.
[3] Ainsi, en 2018, Gallimard a publié une nouvelle édition de 1984 avec une traduction réalisée par Josée Kamoun, qui a fait le choix d’un récit au présent alors que la version originale était écrite au passé ! La fameuse ‘’novlangue’’ devient le ‘’néoparler’’, ‘’l’Angsoc’’ devient le ‘’Sociang’’, la ‘’police de la pensée’’ devient la ‘’mentopolice’’ et le ‘’crime de la pensée’’ devient ‘’mentocrime’’. Voir à ce sujet : Thierry Discepolo, L’art de détourner George Orwell, Le Monde Diplomatique, juillet 2019.
Concernant La Ferme des Animaux, notons la version que vient de publier Larousse dans sa collection ‘’Petits Classiques’’ (traduction Etienne Leyris).

Bibliographie
GEORGE ORWELL
A ma guise, chroniques 1943-1947, Marseille, Agone, 2008
Chroniques du temps de guerre (1941-1943), Paris, Ivréa, 1988
Dans le ventre de la baleine, et autres essais (1931-1943), Paris, Ivréa, 2005
Ecrits politiques (1928-1949), Marseille, Agone, 2009
Essais, articles, lettres (4 volumes), Paris, Ivréa, 1995-2001
Tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Paris, Ivréa, 2005
Une vie en lettres, correspondance (1903-1950), Marseille, Agone, 2014
Une histoire birmane, Paris, Ivréa, 1996
Dans la dèche à Paris et à Londres, Paris, 10/18, 2010
Une fille de pasteur, Paris, LGF-Livre de poche, 2008
Le Quai de Wigan, Paris, Ivréa, 1995
Et vive l’Aspidistra, Paris, 10/18, 2000
Un peu d’air frais, Paris, 10/18, 2010
Hommage à la Catalogne, Paris, 10/18, 2000
La Ferme des Animaux, Paris, Gallimard (‘’Folioplus classiques’’), 2010
1984 (traduction Amélie Audiberti), Paris, Gallimard (‘’Folioplus classiques’’), 2015
1984 (traduction Josée Kamoun), Paris, Gallimard, 2018
SUR ET AUTOUR DE GEORGE ORWELL
AGONE (Revue), Orwell, entre littérature et politique, Marseille, N°45, 2011
BEGOUT Bruce, De la décence ordinaire, Paris, Allia, 2019
BRUNE François, Sous le soleil de Big Brother, Paris, L’Harmattan, 2000
CHRISTIN Pierre, VERDIER Sébastien, Orwell, Paris, Dargaud, 2019 [‘’Roman graphique’’, avec la participation d’André Juillard, Olivier Balez, Manu Larcenet, Blutch, Juanjo Guarnido, Enki Bilal]
CONANT James, Orwell ou le pouvoir de la vérité, Marseille, Agone, 2012
CRICK Bernard, George Orwell, une vie, Paris, Flammarion, 2008
CRITIQUE COMMUNISTE (Revue), 1984, N°32, 1984
DURAND-LE GUERN Isabelle, Le roman de la révolution. L’écriture romanesque des révolutions de Victor Hugo à George Orwell, Presses Universitaires de Rennes, 2012
GENSANE Bernard, George Orwell, vie et écriture, Presses Universitaires de Nancy, 1994
GILL Louis, George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984, Montréal, Lux, 2011
HITCHENS Christopher, Dans la tête d’Orwell, Paris, Editions Saint Simon, 2019
JAULMES Adrien, Sur les traces de George Orwell, Paris, Editions des Equateurs, 2019
KENNEL-RENAUD Elisabeth, Etude sur La Ferme des Animaux, Paris, Ellipses, 2008
LEMEUNIER Aude, 1984, George Orwell, Paris, Hatier (‘’Profil d’une œuvre’’), 2004
LEYS Simon, Orwell ou l’horreur de la politique, Paris, Plon, 2006
LE GENRE HUMAIN (Revue), 1984 ?, N°9, Automne-Hiver 1983-1984, Bruxelles, Complexe
LE MAGAZINE LITTERAIRE (Revue), George Orwell, 1984, hier et demain, N°202, Décembre 1983
LE MAGAZINE LITTERAIRE (Revue), Orwell, écrivain et prophète politique, N°492, Décembre 2009
MALTERE Stéphane, George Orwell, Paris, Folio (‘’Biographie’’), 2015
MARTIN Jean-Pierre, L’autre vie d’Orwell, Paris, Gallimard, 2013
MICHEA Jean-Claude, Orwell, anarchiste tory, Paris, Climats, 2000
MICHEA Jean-Claude, Orwell éducateur, Paris, Climats, 2003
NEWSINGER John, La politique selon Orwell, Marseille, Agone, 2006
REGARD Frédéric, 1984 de George Orwell, Paris, Folio, 1994
SPURLING Hilary, Sonia Orwell, un portrait, Paris, Seuil, 2003
WILLIAMS Raymond, Orwell, Paris, Seghers, 1972
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14 janvier 2020
26 mai, les jours d'après (XVI)

La Belgique connait une ''crise de régime'' de longue date, alternant des périodes conflictuelles de ‘’basse intensité’’ avec des moments de fortes tensions ‘’communautaires’’, qui interrogent toujours plus la nécessité du maintien d’un Etat maintenant encore significativement ‘’unitaire’’ (malgré le processus de ‘’fédéralisation’’) !
La cause principale de cette situation chaotique tient dans une ‘’question nationale’’ aussi vieille que le pays : deux peuples cohabitent dans une même entité étatique et, à l’origine, cette construction n’avait rien de naturelle mais fut imposée par les ‘’grandes puissances’’ de l’époque, pour des raisons que l’on qualifierait volontiers aujourd’hui de ‘’géopolitiques’’.
Or, les choix exprimés régulièrement et majoritairement par les électorats du ‘’nord’’ et du ‘’sud’’ divergent : la centre de gravité de la Flandre se situe à droite tandis qu’il se positionne plus à gauche en Wallonie.
Certes, la ‘’gauche wallonne’’ (PS et Ecolo) et une gauche ‘’de gouvernement’’ qui ne conteste pas véritablement le capitalisme, préférant le gérer ! En d’autres termes, c’est une gauche qui est peu ‘’à gauche’’. Mais la droite flamande, elle, est très à droite et son ‘’nationalisme’’, dans le sens identitaire du terme, est plutôt décomplexé.
Il faut d’ailleurs noter que tous les partis de droite flamands revendiquent un positionnement ‘’autonomiste’’, en ce y compris le CD&V et l’Open Vld qui ne sont évidemment pas des partis nostalgiques de la ‘’Belgique de papa’’ ! On se souvient encore d'Herman De Croo ''débranchant la prise'' sur BHV, ce qui plongea ensuite le royaume dans sa plus longue période sans exécutif au niveau fédéral...
Les péripéties actuelles illustrent donc une fois de plus la grande difficulté de former un gouvernement ''belge'' : deux configurations politiques contrastées, traduction de rapports de force asymétriques, sont contraintes de se rencontrer et de négocier pour dégager un ''consensus'' de plus en plus ardu à concrétiser.
La seule issue à cette impasse récurrente consisterait à prendre le problème à la racine en privilégiant le ''droit (démocratique) des peuples à l’autodétermination''.
C’est prématuré ? Peut-être, sans doute ! Mais dans ce cas, inutile de venir geindre au sujet des ‘’bugs’’ à répétition qui succèdent aux élections...
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Le MR n'a pas "d'exclusives" ? Avant 2014, les libéraux ne voulaient pas d'association avec la N-VA... La suite est connue, retournement de veste spectaculaire et coalition avec ce parti honni. Aujourd'hui, ils voudraient que tout le monde fasse de même et gouverne avec les amis de Bart et de Francken ! Mais surtout, leur souhait est de poursuivre l'expérience de la "Suédoise", en y ajoutant par la force des choses l'un ou l'autre parti, condition obligée suite à leur déroute électorale du 26 mai. Et poursuivre signifie surtout poursuivre le même type de politique austéritaire, sans aucune remise en question fondamentale... Le PS et Ecolo vont-ils les aider à concrétiser cette ambition ? Hélas, les connaissant, et connaissant leur appétit du pouvoir, rien n'est à exclure !
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10 janvier 2020
26 mai, les jours d'après (XV)

Dans une tribune libre publiée par le quotidien Le Soir (27/12/2019), les responsables de la FGTB, de la CSC et de la CGSLB ont saisi l’occasion du 75ème anniversaire de la Sécu pour exiger un sauvetage financier de celle-ci.
Mais leur analyse et leurs propositions laissent perplexes !
"Face aux réductions de cotisations distribuées par les gouvernements successifs, sur le dos de la sécurité sociale, il faut prévoir un financement alternatif adéquat."
Précisément, il ne viendrait pas à l'idée des dirigeants syndicaux d'agir afin que l'on mette fin à ces cadeaux à répétition aux employeurs, et pour que l'on rétablisse le paiement des "cotisations sociales" (qui, rappelons-le, font partie de notre salaire !) à leur niveau d’antan ?
Et de proposer tout de go un financement "alternatif" sous la forme d'une "cotisation sociale généralisée" (CSG) qui serait payée par tout le monde, et donc aussi par les travailleurs (comme s'ils ne payaient déjà pas suffisamment la facture des politiques austéritaires, depuis des décennies...) !
C’est franchement irrecevable !
Pour alimenter les caisses de la Sécu, en plus d'un relèvement de la part patronale épinglé plus haut , il existe pourtant de véritables solutions de rechange : augmenter les salaires pour toutes et tous, à commencer par le salaire minimum ; assurer -enfin !- l'égalité salariale entre les hommes et les femmes, et donc réaligner à la hausse les salaires de ces dernières ! ; remettre dans le circuit professionnel les centaines de milliers de "sans-emploi" (notamment via une réduction généralisée du temps de travail) et permettre, dès lors, des centaines de milliers de rentrées supplémentaires en cotisations dans les caisses de la Sécu !
Et si cela ne suffisait pas encore, il n'est pas interdit de taxer les fortunes ou de mettre un terme à la fraude fiscale éhontée et à l'énorme fuite des capitaux qui caractérisent ce pays !
Naturellement, impossible de concrétiser une telle politique réellement alternative -elle !- en restant enfermé dans le système de la "concertation sociale" qui n'a fait qu'entériner des reculs sociaux depuis 30 ans !
Mettre à nouveau sur la table une CSG, au moment où les partis affutent leurs propositions pour constituer un gouvernement fédéral, est par conséquent un bien mauvais signal...
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Le président de la Région wallonne veut éviter de nouvelles élections pour éviter une nouvelle ‘’montée des extrêmes’’ !
Difficile néanmoins d'anticiper un résultat électoral mais l'essentiel est ailleurs.
Elio Di Rupo, comme d'autres responsables politiques, sait que les ''partis traditionnels'', tel le PS, sont de plus en plus rejetés ! Parce qu'ils n'apportent aucune réponse aux problèmes de la population, si ce n'est de l'austérité, encore de l'austérité, toujours de l'austérité !
Or, les gens sont fatigués de la croissance des inégalités et de la pauvreté, des privatisations de services publics à répétition, de la casse de la Sécu, du blocage récurrent des salaires, des pensions de misère pour un grand nombre, de la fiscalité inéquitable qui a transformé le pays en paradis (fiscal) pour les fortunés et en enfer (fiscal) pour les autres, du chômage et des emplois au rabais, des pratiques affairistes des politiciens et de leurs proches, du ''mal-être'' et du ''mal-vivre'' qui se généralisent pendant qu'une minorité festoie ! Et ils sont interloqués par l'inertie des gouvernants face à l'aggravation constante de la ''crise du réchauffement climatique'' et la destruction accélérée des écosystèmes !
Le ''dégagisme'' gagne donc du terrain et effraie un petit monde politicien qui s'accroche au(x) pouvoir(s) depuis tellement longtemps.
Bref, si un nouveau rendez-vous avec l'électorat pouvait amplifier ce mouvement, pourquoi pas ? Certes, il y a la menace du Vlaams Belang ! Sauf que ce n'est pas en se cachant la tête dans le sable que celle-ci pourra être éradiquée, mais en la combattant frontalement, en ce y compris sur le terrain institutionnel...
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20 décembre 2019
26 mai, les jours d'après (XIV)

Elio Di Rupo profite d’un entretien accordé au quotidien De Morgen pour brocarder le PTB : "Le syndicat a été infiltré par le PTB. Et pas un petit peu. C'est un problème. Quand j'entends parler le PTB, je m'imagine dans l'Union soviétique des années 50 et 60, avec une économie dirigée par l'État et un bureau politique qui décide de tout".
Il n’est pas certain que l’ancien président du PS ait vraiment le sens du timing. En effet, il crache son animosité au moment même où son parti, Solidaris et la FGTB mettent en scène leur engagement commun pour la Sécurité sociale, à l’occasion du 75ème anniversaire de celle-ci !

On attend maintenant son commentaire concernant les liens étroits entre direction syndicale, parti et mutualité !
On pourrait en sourire, mais il n’est pas anodin que ces propos soient tenus dans la presse du nord du pays. Comme s’il s’agissait de rassurer les futurs partenaires de la droite flamande quant au caractère modéré et parfaitement responsable de sa famille politique…
Car, derrière cette irritation appuyée face aux progrès électoraux constants du PTB, se situe l’essentiel.
Le PS, depuis des décennies et sans le moindre état d’âme, gère l’’’Etat (bourgeois) Belgique’’ avec les libéraux et/ou le CD&V/Cdh ! Et, dans cet exercice, il est particulièrement zélé pour appliquer les politiques libérales exigées par la FEB et le VOKA !
Le bilan de ses 26 années consécutives de participation gouvernementale, entre 1988 et 2014, est ici terriblement édifiant !
Rappel.
- Le ‘’plan global’’ (qui a par ailleurs réussi la prouesse, en 1993, de provoquer la première grève générale nationale en front commun syndical depuis la fin de la seconde guerre mondiale !) !
- Le traficotage du système d'indexation (‘’index-santé’’, c’est-à-dire un index calculé à partir d’un‘’panier de la ménagère’’ (sic) lesté de certains produits pourtant largement consommés, comme les produits pétroliers) !
- La loi de 1996 sur la ‘’compétitivité’’ qui cadenasse les augmentations de salaire (alignement sur nos trois ‘’concurrents’’ géographiquement les plus proches) !
- Le ‘’pacte des générations’’ (qui lui aussi avait suscité, en 2005, de vives réactions syndicales, principalement de la... FGTB) !
- Les privatisations d'entreprises publiques !
- Les cadeaux fiscaux aux plus riches et aux multinationales (comme ces ‘’intérêts notionnels’’ qui ont permis à Di Rupo de se rendre à Davos pour vanter notre petit ‘’paradis’’ pour des investisseurs avides de profits et de dividendes élevés) !
- Les réductions régulières de ‘’cotisations patronales’’ (en fait le ‘’salaire différé’’ des travailleurs !) qui ont plongé la Sécu dans les difficultés (sous-financement) !
- L’inertie face à la fraude fiscale et face à la fuite des capitaux !
- La ratification des traités austéritaires européens !
- La chasse aux chômeurs (qui a ‘’fait saigner des cœurs’’ du côté du Boulevard de l'Empereur !) !

Il faut ajouter à ce sombre panorama cette autre consternante réalité : le PS est un ‘’parti de parvenus’’ qui ne sait plus se dépatouiller de ses multiples ’’affaires’’ ! De la saga Agusta [jamais dans l’histoire de ce pays une famille politique avait vu ses présidents lourdement condamnés -Guy Spitaels et Frank Vandenbroucke (l’homme qui brûlait des billets de banque !), mais également des ministres (Guy Coëme…) et même un secrétaire général de l’OTAN, Willy Claes !] à la saga Nethys, en passant par les innombrables turpitudes des socialistes carolos sans oublier les péripéties du Samu social à Bruxelles, la liste est longue. Actuellement encore, ce sont les émoluments drôlement élevés de l’Administrateur de la RTBF (Philippot) et les tracas judiciaires d’Alain Mathot (lequel avait en son temps sauvegardé son ‘’immunité parlementaire’’ grâce à l’appui de… la N-VA !) qui défraient la chronique...
Last but not least, ces différents gouvernements de collaboration avec la droite se sont aussi illustrés par leur immobilisme face à la grave crise du ‘’réchauffement climatique’’ !

Aujourd’hui, rien n’indique que Paul Magnette soit prêt à changer de cap !
Nommé ‘’informateur’’ il y a quelques semaines, le nouveau patron du PS avait rédigé une note de discussion dans laquelle il ignorait largement les principales promesses de son parti affichées lors de la campagne électorale : ni retour de l’âge légal de la retraite à 65 ans, ni rétablissement de la tva sur l’électricité à 6 % (en lieu et place des 21 % actuels !), ni impôt sur la fortune, ni pension minimale à 1500 € net immédiatement, ni mesures sérieuses concernant la lutte contre la fuite des capitaux, ni salaire minimum à 14 €/heure, ni refinancement des services publics, ni resocialisation des entreprises privatisées, ni mesures efficaces pour lutter contre la pauvreté, et rien -absolument rien !- de consistant concernant la crise écologique !
Certes les véritables négociations n’ont pas encore commencé et un document de travail peut être amélioré. Ainsi, le PS aura l’opportunité de défendre ses propres priorités. Mais les autres formations politiques soutiendront également les leurs ! Et précisément, au vu de l’histoire de ces dernières décennies, il ne faut pas être un prix Nobel pour deviner que le prochain programme gouvernemental s’inscrira dans la continuité des précédents, avec au menu beaucoup d’économies budgétaires, beaucoup d’austérité pour le plus grand nombre, beaucoup d’avantages pour le patronat, et peu de réelles avancées pour le social ou l’environnemental ! Tout simplement parce que la ‘’social-démocratie’’ est incapable d’entrevoir un autre horizon que celui du capitalisme et de sa gestion respectueuse !
Et c’est parce qu’elle ne propose pas de véritable solution de rechange aux recettes austéritaires des néo-libéraux que le PTB apparaît comme la seule alternative crédible ‘’à gauche’’ !
De quoi continuer à entretenir le ressentiment des dirigeants du PS à l’encontre de cette gauche décomplexée qui les contourne et qui n’est pas décidée, pour le moment, à abdiquer !
@
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04 décembre 2019
26 mai, les jours d'après (XIII)

Paul Magnette redouble d’efforts pour dégager des convergences ouvrant la voie à une majorité avec… la droite libérale ! La perspective d’un gouvernement mettant en œuvre une politique sociale-libérale ne semble pourtant guère émouvoir le «peuple de gauche». Alors que le passé nous apprend que ces gouvernements de coalition sont toujours plus libéraux que sociaux, en témoignent les 26 années consécutives de présence du PS dans un exécutif fédéral (du 9 mai 1988 au 26 mai 2014) ! A l’évidence, du côté du Boulevard de l’Empereur, on joue à fond la carte de l’épouvantail N-VA, alibi idéal pour justifier une nouvelle coalition avec l’Open Vld et le MR…
Manifestement, les grandes envolées de la campagne électorale vont donc une nouvelle fois tomber dans les oubliettes de notre histoire politique. Ainsi, on allait voir ce qu’on allait voir -on promettait notamment de revenir sur les mesures les plus funestes de la «Suédoise» !-, et on découvre maintenant des intentions où il n’est nullement question de rétablir l’âge légal de la retraite à 65 ans ou de réinstaurer un taux de TVA de 6 % sur l’électricité (en lieu et place des actuels 21 % !). Par contre, au nom de la sacro-sainte «compétitivité» capitaliste, il est bel et bien question d’accroître encore les efforts en matière de «flexibilité» du travail, il est bel et bien question de favoriser «la liberté d’entreprendre», et il est bel et bien souhaité une augmentation de la «productivité» générale (ce qui, à l’heure d’une catastrophique «crise écologique» qui menace l’espèce humaine et une bonne partie du vivant, est un tantinet criminel !).
Ajoutons l’absence de mesures sociales fortes, comme un salaire horaire minimum de 14 €, ou de mesures sociales qui auraient également un impact pour le combat contre le «réchauffement climatique», comme une réduction généralisée de la durée du temps de travail !
Ne parlons même pas d’un impôt sur la fortune ou d’une réorientation radicale de notre système fiscal particulièrement inique !
Il n’y a donc rien d’enthousiasmant à attendre de la tambouille politicienne en préparation sous nos yeux. Il n’y aura pas de changements fondamentaux sans mobilisations sociales et sans mobilisations «pour le climat», de grande ampleur.
Car sans luttes il est impossible de modifier les rapports de force et il est impossible de significativement faire «bouger les lignes»…

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