20 juin 2019
26 mai, les jours d'après (V)

Essayer d'expliquer de manière rationnelle la position adoptée par le PTB, quant à la formation de majorités dans les différents «Exécutifs» de l'Etat fédéral, est extrêmement ardu tant les clichés ont la vie dure, tant la fébrilité des tenants d'un «rassemblement à gauche» est grande et tant les experts en tambouille post-électorale sont frustrés par le refus d'obscures compromissions de la part de l'un des acteurs !
Impossible dès lors d'appuyer le positionnement du parti de la «gauche radicale» sans être aussitôt taxé de «crypto-gauchisme» ou de soutien inconditionnel et aveuglé au «communisme».
Naturellement, dans bien des cas, cette incompréhension est feinte et permet essentiellement d'esquiver tout débat de fond.
Pour ma part, je ne suis ni membre ni «compagnon de route» du PTB.
Je ne suis pas «PRO-PTB» ; je suis «PRO-rupture avec les politiques libérales» et donc je suis «PRO-rupture avec les carcans de l'UE» !
Or, dans l'état actuel des rapports de forces, ces ruptures sont exclues car seul le PTB-PVDA les revendique !
Le résultat du triple scrutin du 26 mai était pourtant clair, mais -curieusement- beaucoup l'escamotent : bien qu'en net progrès, le PTB reste largement minoritaire !
Je rappelle les chiffres : 12 députés (sur 150 !) à la Chambre des représentants ; 4 députés (sur 124 !) au Parlement flamand ; 11 députés (sur 89 !) au Parlement bruxellois ; et 10 députés (sur 75 !) au Parlement wallon...
Difficile dans ces conditions de détenir la main et difficile d'être incontournable ! Juste de quoi jouer un «rôle d'appoint» dans une coalition dominée par d'autres, avec la possibilité d'être «débarqué» à n'importe quel moment !
Alors, comment expliquer la mauvaise foi ambiante ?
PS et Ecolo ne remettent pas en cause les traités européens qu'ils ont ratifiés ! PS et Ecolo n'ont pas d'exclusives vis-à-vis des partis de droite ! PS et Ecolo s'accommodent du logiciel politique rétro-libéral ! Tout le cinéma orchestré pour culpabiliser le PTB vise à occulter une âpre réalité : PS et Ecolo ne veulent pas gouverner avec les «communistes», contre lesquels Jean-Marc Nollet affirmait gaillardement être «vacciné» ! Il s'agit de se procurer un alibi pour justifier leur entrée prochaine dans des majorités, qui avec le MR, qui avec l'Open Vld, qui avec le CD&V, qui avec Défi... On ne peut même pas exclure qu'ils finissent par s'associer avec la N-VA, une décision qui serait alors présentée comme «exceptionnelle» et dictée «par le sens des responsabilités», afin de sortir le pays d'une «crise de régime» !
A ne pas douter, les futurs «programmes de gouvernement» s'inscriront dans la continuité des politiques mises en oeuvre depuis des décennies. Il n'y aura ni changement de cap, ni rupture, ni réponses à la hauteur des défis et des enjeux de l'époque.
Mais les éminences «vertes» et «social-démocrates» viendront tranquillement expliquer qu'il n'y a pas d'autre alternative, coalitions larges et concessions inévitables obligent.
Et d'aucuns auraient voulu que le PTB monte dans ces embarcations instables, trahisse ses engagements et renie son programme, bref qu'il se comporte comme les partis traditionnels, histoire... de se discréditer d'emblée !
C'est raté !
Raoul Hedebouw et ses camarades rejettent le pouvoir pour le pouvoir et ne sont pas disposés à jeter par dessus bord quelques principes élémentaires !
On peut penser ce que l'on veut du PTB, cette bouffée d'oxygène sera précieuse à l'avenir, n'en déplaise aux thuriféraires de l'establishment politicien...

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17 juin 2019
26 mai, les jours d'après (IV)

Je comprends parfaitement l'impatience exprimée par beaucoup concernant la possibilité de l'avènement d'un «gouvernement des gauches».
Il n'est pas interdit de prendre ses rêves pour des réalités.
Mais il n'est pas interdit non plus de se livrer lucidement à une «analyse concrète d'une situation concrète» !
Un «gouvernement des gauches» n'est pas un gouvernement qui va automatiquement impulser une politique réellement «de gauche», surtout quand la «gauche» est dominée par le PS, un parti qui a toujours gouverné avec la droite et qui assume sans état d'âme les politiques libérales préservant les intérêts du capital. Ecolo n'est d'ailleurs pas en reste, lui qui s'associe plus souvent qu'à son tour avec les libéraux de tous les horizons chaque fois qu'il en a la possibilité, lui qui ne veut pas se situer clairement sur l'échiquier politique et qui entretient volontairement la confusion avec sa phraséologie du «ni... ni...» ( ni à droite ni à gauche), lui dont certains dirigeants jettent à leur tour l'anathème contre les «communistes»...
Constituer un «gouvernement des gauches» ne se décrète pas. Il ne suffit pas d'incantations répétées sur les réseaux sociaux ou de publications de «cartes blanches» dans la presse pour matérialiser un désir ! Un «gouvernement des gauches» nécessite une modification des rapports de forces. Or, aujourd'hui, c'est encore le PS qui conserve la main, malgré un score électoral historiquement bas. Et, au delà de discours de circonstance, ce parti n'est guère enthousiaste devant une telle perspective car, fondamentalement, il ne veut pas rompre avec le cours libéral préconisé par les instances de l'UE et gravé dans le marbre étoilé des traités européens, garants de la «concurrence libre et non faussée» ! Un PS irrité par l'émergence sur le terrain électoral d'une «gauche radicale» qui conteste son hégémonie politique dans le «mouvement ouvrier». Et un PS pressé de revenir au Fédéral par la grande porte -avec dans son collimateur un poste de «premier ministre»!-, convaincu qu'une alliance avec «l'extrême-gauche» est un handicap dans cette reconquête !
Les résultats du triple scrutin du 26 mai sont pourtant sans appel : le PTB a progressé nettement et il est assurément l'un des grands «vainqueurs» des élections. Mais il partait de loin et il reste donc un parti minoritaire ! Ainsi, par exemple, en Région wallonne, avec 10 députés sur 75, il se situe seulement en... quatrième position (avec le Cdh) ! Cette donne indique clairement que le PTB n'est pas en état de décider la distribution des cartes post-électorales. Par conséquent, il est parfaitement contournable et il sera contourné ! Dans la capitale, le PS n'a guère tergiversé et a d'ores et déjà engagé la négociation pour une nouvelle majorité avec Ecolo et... Défi (ex-FDF, cette ancienne fraction du MR est tout aussi libérale. Le parti de Maingain a notamment proclamé haut et fort qu'il était partisan du maintien de l'âge légal de la retraite à 67 ans !). En Wallonie, les vieux roublards sociaux-démocrates jouent un peu plus la montre et occupent le terrain dans l'attente d'une décantation de la situation au niveau fédéral. Ici, Elio Di Rupo vient encore de réaffirmer ses intentions : un gouvernement s'appuyant sur les trois familles politiques traditionnelles et sur les écologistes. Bref, le PS veut nouer une alliance avec trois des quatre partis de la «Suédoise» sortante, le CD&V, l'Open Vld et... le MR !
Difficile, dans ces conditions, d'emboîter le pas à de nombreux syndicalistes et progressistes qui mettent la pression sur Raoul Hedebouw et ses amis pour qu'ils montent «au pouvoir» ! Vivent-ils dans un monde parallèle pour ignorer la véritable configuration politique issue des urnes ? Pensent-ils réellement que le PS va soudainement s'engager dans une voie «anticapitaliste» qui n'a jamais été la sienne ? Pourquoi cette ambiguïté persistante vis-à-vis d'un parti qui a été aux commandes durant 25 années consécutives et qui a endossé sans sourciller des politiques très dures contre le monde du travail ?
La détestation légitime du MR et de ce qu'il représente ne doit pas occulter les impossibilités actuelles. Une alternative ne pourra prendre forme au niveau des différents «exécutifs» sans la poursuite d'une large recomposition «à gauche», c'est-à-dire sans dépassement de la domination «social-démocrate», et ce processus devra s'appuyer sur de vastes mobilisations sociales, qui brisent le carcan et l'instrumentalisation imposés par des bureaucraties dont l'horizon se limite au «modèle belge de la concertation permanente», un mécanisme décomplexé de connivence avec le monde patronal et son personnel politique qui s'accommode de «l'horizon indépassable du capitalisme» !
Il sera impossible de répondre aux enjeux écologiques, sociaux ou démocratiques, sans un virage hautement conflictuel dans les «relations sociales» et sans un vigoureux changement de cap politique, en terme de programme comme en terme de prolongement «institutionnel» aux luttes.
Loin d'être un aboutissement, le 26 mai fut seulement une étape d'une route encore longue, très longue... sans raccourci possible !

LA REALITE DES CHIFFRES
ET DES RAPPORTS DE FORCES
Chambre (Fédéral) - 150 sièges
|
NVA
PS
VB
MR
Ecolo
PTB-PVDA
Open Vld
CD&V
Spa
Groen
Cdh
Défi
|
25
20
18
14
13
12
12
12
9
8
5
2 |
Parlement wallon - 75 sièges
|
PS
MR
Ecolo
PTB
Cdh
|
23
20
12
10
10 |
Parlement bruxellois – 89 sièges
|
PS
Ecolo
MR
PTB-PVDA
Défi
Cdh
Groen
Open Vld
N-VA
Spa
CD&V
VB
Agora
Dier Animal
|
17
15
13
11
10
6
4
3
3
3
1
1
1
1 |
Parlement flamand – 124 sièges
|
N-VA
VB
CD&V
Open Vld
Groen
Spa
PVDA
|
35
23
19
16
14
13
4 |
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13 juin 2019
26 mai, les jours d'après (III)

Etonnement, irritation, déception, mécontentement : l'échec des «négociations» entre PS et PTB suscite beaucoup de commentaires, notamment sur les réseaux sociaux, de la part de celles et ceux qui misaient sur le «changement».
De leur côté, les adversaires d'une perspective de coalition inédite dans ce pays peuvent maintenant exprimer leur soulagement, bien que l'on doute qu'ils aient réellement été inquiets, tant la constitution d'une «majorité progressiste» semblait peu vraisemblable.
Parce que le Parti Socialiste gère couramment avec la droite les affaires et les intérêts du capital, et parce qu'il accompagne de manière zélée les politiques libérales qui matérialisent cette défense prioritaire du mode de production et d'échange capitaliste. Et croire qu'il serait aujourd'hui disposé à modifier son ADN politicien, afin de mettre en oeuvre une politique qui prenne le contre-pied de ses choix et de ses pratiques passées, est une illusion.
Parce que le Parti du Travail de Belgique défend un programme de rupture avec les dérives droitières récurrentes de cette «gauche gestionnaire», et parce qu'il n'est pas envisageable de le voir monter dans un «exécutif» pour renier ses engagements et s'aligner platement sur les options «austéritaires» d'Elio Di Rupo & tutti quanti.
Il convient également de souligner que les amis de Raoul Hedebouw ne détiennent pas la main. En effet, malgré leur belle progression, le PTB demeure largement minoritaire
et à bonne distance du PS (10 sièges sur 75 au Parlement Wallon par exemple, contre 23 pour les sociaux-démocrates !). Dès lors, il n'est nullement indispensable pour la constitution de majorités. Il ne pourrait jouer au mieux qu'un «rôle d'appoint», avec la menace d'être débarqué à n'importe quel moment !
En réalité, pour que la formation d'une «coalition des gauches» puisse aboutir, deux conditions (au moins) sont nécessaires : 1. une modification des rapports de forces, ce qui implique la conquête de «l'hégémonie» par la «gauche radicale». 2. d'importantes mobilisations populaires qui viennent perturber la quiétude et la routine des appareils syndicaux et politiques, toujours attachés à un «modèle belge» de concertation et de connivence qui profite surtout aux possédants !
C'est peu dire qu'il reste beaucoup de chemin à parcourir...
Dans l'immédiat (?), il faut se préparer à une nouvelle offensive contre les travailleurs et les allocataires sociaux, quelle que soit la composition exacte des gouvernements qui seront bientôt (?) mis en place, mais qui demeureront des coalitions entre partis traditionnels, car ceux-ci n'ont aucune exclusive les uns envers les autres !
Un dernier point sur une petite musique qui se veut insistante : «le PTB a sans doute raison de ne pas se laisser embarquer mais il aurait dû être plus roublard pour éviter de porter la responsabilité de ce fiasco». Certes, dans notre monde, le spectacle est partie intégrante de la politique ; mais il serait peut-être temps de ne plus être obsédé par la «com» et de se concentrer sur le fond...

01:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |
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11 juin 2019
26 mai, les jours d'après (II)

Carte blanche: PS, Ecolo, PTB,
prenez vos responsabilités
(Le Soir 11/06/2019)
Si le scrutin du 26 mai laisse un pays passablement divisé, le message des électeurs et électrices francophones est d’une clarté cristalline. Jamais, en effet, les Wallon.ne.s et Bruxellois.es n’ont porté les partis progressistes à de si hauts niveaux dans des assemblées régionales. Pourtant, en dépit de premiers contacts prometteurs entre PTB, PS et Ecolo, la conclusion d’un accord à gauche ne semble pas être le dénouement le plus probable.
Il ne sera pas question ici de juger de la pertinence des réserves exprimées par chaque parti à l’encontre de la constitution d’une coalition rouge-rouge-verte. Ni de cibler une formation particulière, chacune étant, à des degrés divers, traversée par des tensions quant à l’opportunité d’avancer vers un tel attelage. Reste que leur incapacité à s’entendre aura une conséquence très concrète en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles : le retour en force du MR.
Membres d’organisations de la société civile, de syndicats ou simples citoyen.ne.s, nous nous sommes mobilisés durant 5 ans contre la casse sociale, environnementale et démocratique conduite par la droite au sein du gouvernement fédéral. Nous ne saurions dès lors envisager sans réagir l’arrivée ou le maintien de celle-ci dans les entités fédérées, qui constituerait un affront majeur aux citoyen.ne.s qui les ont sanctionnés. Par conséquent, les partis qui n’auraient pas fait le nécessaire pour empêcher ce scénario porteraient une lourde responsabilité.
À l’inverse, la conclusion d’un accord de gouvernement mêlant les différentes nuances de la gauche, qui mettrait en œuvre des politiques fiscales, sociales et climatiques audacieuses en rupture franche avec l’austérité représenterait un formidable rayon d’espérance. Il permettrait d’expérimenter pour la première fois en Belgique ce que serait un gouvernement exclusivement composé des partis de gauche, comme d’autres ont pu le faire ailleurs en Europe.
Nous n’ignorons pas les divergences entre ces partis, mais elles ne nous semblent pas insurmontables, compte tenu de leurs nombreuses convergences programmatiques. Une telle alliance pourrait en outre prendre la forme d’un accord selon le modèle «portugais», le PTB apportant son appui externe à un programme de gouvernement progressiste constitué du binôme PS-Ecolo.
Pour finir, si la Wallonie et Bruxelles semblent temporairement vaccinés contre l’extrême droite, c’est entre autres, par la capacité des forces de gauche, chacune à sa manière, à présenter un récit alternatif au repli sur soi et à la haine. Leur échec à s’entendre ne saurait qu’affaiblir ceux qui cherchent à opposer un contre-discours positif à la pensée unique néolibérale. À l’inverse, quel meilleur antidote au fascisme rampant que la mise en place de politiques à même de tourner la page du «There is no alternative» là où PS, Ecolo et PTB travailleraient ensemble pour ce faire ?
SIGNATAIRES :
*Revue Politique (signature collective), Mateo Alaluf (sociologue), Serge Bagamboula (Coordination des travailleurs avec et sans papiers de la CSC), Pierre Baldewyns (Service Promotion Santé de Solidaris), Patrick Bebi (metteur en scène), François Bertrand (chercheur au centre d'études sur le sans-abrisme), Thierry Bodson (secrétaire général de l’Interrégionale wallonne de la FGTB), Arthur Borriello (chercheur en sciences politiques ULB), Farida Boujraf (psychologue), Mustapha Chaïri (militant antiraciste et citoyen engagé), Julien Charles (coordinateur de recherches au CESEP et chargé de cours invité à l’UCL), Natalia Claasen (responsable de la régionale bruxelloise du Mouvement Demain), Adriana Costa Santos (co-présidente de la plateforme citoyenne d’accueil des réfugié-e-s), Sarah de Liamchine & Denis Dargent (co-directrice & co-directeur de Présence et Action culturelles) Robin Delobel (chargé de projets au CADTM), Edouard Delruelle (professeur de philosophie politique à l’ULiège), Alexis Deswaef (co-président de la plateforme citoyenne d’accueil des réfugié-e-s), Josy Dubié (sénateur honoraire), Fanny Dubois (secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales), Pierre Eyben (co-porte-parole du Mouvement Demain), Sebastian Franco (Altersummit), Catherine François (militante CGSP), Seyma Gelen (militante féministe), Marie Gobert (gilet jaune), Tom Goldschmidt (journaliste), José Gotovitch (professeur honoraire de l'ULB), Serge Govaert (secrétaire général honoraire du Parlement bruxellois), Guillaume Grignard (doctorant en sciences politiques à l'ULB), Chahr Hadji (travailleur social et militant), Maryse Hendrix (présidente du Conseil wallon de l’égalité entre hommes et femmes), Marc Jacquemain (professeur à l'ULiège), Mehdi Kassou (militant pour les droits humains), Irène Kaufer (militante féministe), Jean-Pascal Labille (secrétaire général de Solidaris), Françoise Lalande (écrivaine), Jérôme Lechien (médecin engagé), Paul Lootens (ancien président de la Centrale générale FGTB), Anne Lowenthal (militante et polémiste), Renaud Maes (professeur à l'Université de Saint-Louis), Céline Moreau (formatrice au Cepag), Serge Noël (SOS Migrants), Christine Pagnoule (professeur honoraire de l'ULiège et porte-parole d’Attac Wallonie-Bruxelles), Irène Pêtre (permanente nationale de la CNE retraitée), Jean-Marie Piemme (auteur), Michael Privot (directeur d’Enar), Andrea Rea (professeur à l'ULB), Maxime Ramirez (responsable de la régionale bruxelloise du Mouvement Demain), Daniel Richard (secrétaire régional interprofessionnel de la FGTB Verviers & Communauté germanophone), Michel Roland (médecin), Marc Sinnaeve (chargé de cours à l’Ihecs), Olivier Starquit (auteur et membre du collectif Le Ressort), Carmelo Sutera (président de la CNAPD), Jean-François Tamellini (secrétaire fédéral de la FGTB), Corinne Torrekens (professeure de sciences politiques à l'ULB), Felipe Van Keirsbilck (secrétaire général de la CNE), Mathieu Verhaegen (président de la CGSP-ALR-BRU), Brieuc Wathelet (TAM TAM), Irene Zeilinger (militante féministe)

Mon commentaire
Un peu perplexe concernant cet appel.
Pas sur le but, louable évidemment, d'éviter le retour au pouvoir du MR et de concrétiser -enfin- une première alliance «progressiste» (ou «de gauche», peu importe le terme tant que les guillemets sont utilisés). Indéniablement, cela constituerait un (petit) pas en avant, en décalage avec les tambouilles habituelles.
Mais, même si je peux comprendre une certaine «diplomatie» (tactique, je suppose), renvoyer dos-à-dos les trois formations est problématique («Il ne sera pas question ici de juger de la pertinence des réserves exprimées par chaque parti à l’encontre de la constitution d’une coalition rouge-rouge-verte. Ni de cibler une formation particulière, chacune étant, à des degrés divers, traversée par des tensions quant à l’opportunité d’avancer vers un tel attelage»). Faut-il vraiment rappeler que parmi ces partis, deux ont une tradition de collaboration avec les droites, à tous les niveaux de pouvoir ? Et l'un des deux bien plus que l'autre naturellement ! Or, c'est précisément celui-là, le PS pour ne pas le nommer, qui est à la manoeuvre à Bruxelles et en Wallonie, car il détient encore une position dominante qui n'est évidemment pas anodine dans les circonstances présentes !
Et que dire de cette formule «Par conséquent, les partis qui n’auraient pas fait le nécessaire pour empêcher ce scénario porteraient une lourde responsabilité.». Ce qui, en cas d'insuccès, laisse donc augurer une polémique, comme lors de l'après-élections communales, pour savoir qui va porter le chapeau ? J'entends déjà les sempiternels propos concernant «le PTB [qui] ne veut pas prendre ses responsabilités» ou «le PTB [qui] refuse les compromis». Ensuite, celui-ci répliquera, à juste titre par ailleurs, que «PS et Ecolo ne veulent pas de rupture avec les politiques menées dans le passé». Bref, du déjà vu et du déjà entendu (il y a quelques mois), et finalement du contre-productif qui ne changera rien à la donne.
En ce qui me concerne, je me positionnerai sur les faits, pas sur les intentions ou arrière-pensées supposées des uns et des autres. Et iI n'existe pas ici 36.000 possibilités. Ou cette alliance «à gauche» se matérialise, ou ce sera une nouvelle association avec le MR, une option dans tous les cas de figure indéfendable pour tout qui veut commencer à changer la société ! Par conséquent, désolé : ce sera celui ou ce seront ceux qui s'allieront avec ce parti néo-libéral qui en porteront l'entière responsabilité, personne d'autre...
12:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |
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10 juin 2019
26 mai, les jours d'après (I)

Retour vers le futur ? La crise politique est ouverte, la constitution d'un gouvernement fédéral "durable" est hors d'atteinte, la discussion institutionnelle devient à nouveau inévitable mais elle ne pourra être réellement concrétisée faute d'adoption par le gouvernement précédent d'une déclaration de "révision de la constitution" ad hoc ! Inutile de se cacher la tête dans le sable de la Mer du Nord, on n'échappera pas, à terme, à un retour aux urnes anticipé et à un débat sur la réorganisation de l' "Etat Belgique", où la question du "confédéralisme" se retrouvera sur la table. Il serait peut-être temps de trancher démocratiquement notre "question nationale " si l'on veut éviter un blocage inopportun à l'heure des urgences : climatique, sociale, démocratique...

Pour Peter Timmermans, administrateur délégué de la Fédération des Entreprises de Belgique, "PS et N-VA doivent s'entendre" ! Le choix des patrons est donc clair ! Ils savent que le PS a toujours gouverné avec telle ou telle formation de droite. Toujours ! Par conséquent, la N-VA restant le premier parti d'une Flandre très à droite, son association avec ce PS collaborationniste serait pour la FEB la meilleure garantie de la poursuite d'une politique rétro-libérale qu'elle appelle de ses voeux. Et par la même occasion, un nouveau pied-de-nez aux syndicalistes qui aspirent à des "majorités progressistes alternatives" porteuses d'un changement de cap !

Bureau du Plan et experts annoncent un déficit budgétaire de l'ordre de 10 milliards € à l'horizon 2020 ! Après 5 années (ou presque) de gouvernement des droites, après 5 années de discours sur la "bonne gouvernance", après 5 années d'austérité pour les travailleurs, les chômeurs et les allocataires sociaux, après 5 années de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux (grandes) entreprises, après 5 années d'inertie face à la fraude fiscale et face à la fuite des capitaux dans les paradis fiscaux, après 5 années d'obsession anti-migrants, de propos et d'attitudes qui ont favorisé la poussée du Vlaams Belang, voici donc l'un des résultats les plus spectaculaires de l'association de la droite extrême (N-VA) et de la droite décomplexée (MR) ! Et aujourd'hui, PS et Ecolo sont prêts à négocier avec ce même MR (et/ou l'Open-Vld, et/ou le CD&V) la constitution de nouvelles majorités gouvernementales ! Il n'est même pas exclu, malgré leurs dénégations, qu'ils finissent par s'asseoir autour d'une table commune avec les amis de Bart De Wever et de Théo Francken ! Certes, c'était prévisible eu égard le bilan de cette "gauche" en matière de collaboration étroite et fréquente avec des formations de droite, à tous les niveaux de pouvoir ! Mais cela reste néanmoins une orientation politique désastreuse, et la facture de coalitions censées être "contre-nature" sera payée une fois de plus par "celles et ceux d'en-bas" !

19:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |
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28 mai 2019
Grain blanc, marée noire, vague verte et mistral rouge !
Quel bilan 48 heures après l'élection du Parlement européen, de la Chambre des représentants et des Parlements régionaux ?
A. Les vainqueurs
A'. D'abord, et cela peut paraître un paradoxe dans un pays où le vote est obligatoire, les abstentionnistes : 1,39 millions d'électeurs (sur les 8,2 millions potentiels) ont refusé de soutenir un parti, soit parce qu’ils ne se sont pas déplacés pour aller voter, soit parce qu’ils ont voté blanc ou nul ! Ce qui représente près de 17 % de l'électorat, un chiffre supérieur au score de la N-VA ! A noter d'ailleurs que cette «abstention» massive a été plus forte au sud du pays, particulièrement dans les provinces du Hainaut et de Liège. A noter également que cette «désertion civique» s'accroît d'élection en élection, indice parmi d'autres d'une «crise de la représentation politique». Un grain qui décoiffe...

A''. Le Vlaams Belang (ex- Vlaams Blok, VB). Sa nette victoire est la plus mauvaise nouvelle de ce triple scrutin ! Les fascistes deviennent ainsi la deuxième force en Flandre derrière la N-VA, et la troisième au Parlement fédéral ! Une marée noire d'autant plus inquiétante que Bart De Wever, lui-même président du très à droite principal parti de Flandre, a immédiatement ouvert la porte à des discussions entre les deux composantes les plus radicales du nationalisme flamand !
A'''. Ecolo et Groen. Ce n'est pas une surprise tant les sondages et les «observateurs avertis» prédisaient une «vague verte» portée par les mobilisations pour le climat. Néanmoins, point de tsunami, surtout au Nord où le parti de Kristof Calvo -bien qu'en progrès- reste à bonne distance de la N-VA et se fait doubler par le VB ! Ecolo s'empare de la seconde place à Bruxelles (derrière le PS) et de la troisième en Wallonie (derrière le PS et le MR). Une déception pour son état-major, bien qu'il s'en défende devant les caméras...
A''''. Last but not least, le PTB-PVDA qui progresse partout et qui enverra pour la première fois de son histoire des élus au Parlement flamand et au Parlement fédéral ! Ce vent de tempête «rouge» qui se lève en inquiète beaucoup et pas seulement à droite ! La petite musique renvoyant dos-à-dos les «extrêmes», qui se fait entendre depuis dimanche soir, est d'ailleurs très révélatrice de ce frisson qui parcourt l'establishment et les partis installés...

B. Les battus
B'. La N-VA. Certes, elle reste le premier parti de Flandre et de l'Etat Belgique, mais perd voix et sièges. Un petit camouflet pour la bande à Bart, sérieusement concurrencé sur sa droite...
B''. Les partis des trois grandes familles traditionnelles. Tous dégringolent de manière significative. Se confirme ainsi une tendance dans le temps long. Séparément, plus aucun de ces partis ou plus aucune de ces familles n'est désormais incontournable ! Le PS sauve l'essentiel en arrivant en tête à Bruxelles et en Wallonie, mais néanmoins il réalise son score historiquement le plus bas. CD&V et Cdh sont frappés d'anémie, et les libéraux ont pris une claque bien méritée !
B'''. La «liste Destexhe», le PP et les groupuscules de l'extrême-droite francophone, qui ne disposeront pas du moindre élu.

C. Les premières conclusions
C'. Le «dégagisme» a emporté les majorités politiques sortantes et sanctionné à nouveau les «partis traditionnels». Toutefois, ceux-ci occupent toujours une place centrale sur les différents échiquiers politiques de l'Etat fédéral et des régions, et ils restent donc incontournables pour constituer des majorités.
C''. Le verdict des urnes indique sans surprise un «confédéralisme des résultats» ! Au nord, avec le triomphe du VB et malgré l'arrivée de premiers élus du PVDA, le «centre de gravité politique» se situe encore plus fortement «à droite». Au sud, avec la solide poussée du PTB combinée au bond d'Ecolo, le «centre de gravité politique» se déplace plus «à gauche».
C'''. Cette configuration asymétrique va évidemment rendre difficile la formation d'un gouvernement fédéral. Bien que se tassant, la NVA garde le leadership et l'irruption du VB renforce encore sa volonté nationaliste. De Wever l'a d'ailleurs très bien compris : il annonce qu'il ne veut pas gouverner avec les «écolo-communistes» (sic), non
seulement avec le PTB (il n'existait ici aucun risque !), mais surtout avec Ecolo et le PS ; dès lors, il brandit le spectre d'un puissant front flamand qui mettra le «confédéralisme» à l'agenda ; et pas question pour lui d'une coalition gouvernementale où les Flamands seraient minoritaires dans leur propre communauté (comme les Francophones l'étaient pourtant dans le gouvernement Michel !)...
C''''. La «question nationale», que d'aucuns (à droite comme à gauche) s'efforcent de chasser par la porte depuis des décennies, finit toujours par revenir par la fenêtre ! Les différentes «réformes institutionnelles», particulièrement alambiquées, n'ont pas éradiqué la revendication autonomiste. Mais pourquoi faudrait-il craindre la concrétisation d'un principe démocratique essentiel comme celui du «droit à l'autodétermination» ? Il y a dans l'Etat Belgique deux peuples et deux réalités sociologiques divergentes. Ce serait une erreur d'ignorer cette évidence en Wallonie et de refuser de réfléchir à un «plan B». Mais, in fine, il n'y aura pas à l'avenir d'«autonomie» possible des régions sans un engagement populaire majoritaire, ce qui est loin d'être acquis pour le moment...
C'''''. Toujours est-il qu'il faudra énormément de temps pour connaître le successeur de Charles Michel à la tête du pays ! On ne peut d'ailleurs exclure, à terme, un retour aux urnes anticipé ! Mais dans ce cas de figure, quel «signal donné à l'électeur» ! Et quel pari dangereux car une nouvelle élection pourrait profiter plus encore au vainqueur d'hier, le VB, ce qui rendrait la situation de plus en plus inextricable. Avec à la clé une «crise de régime» ?
C''''''. Il en va autrement dans les entités fédérées où de nombreuses formules existent. Mais quelles seront les priorités et quelles seront les options retenues pour les partis qui «ont la main» ? La N-VA franchira-t-elle le Rubicon en constituant une majorité avec le VB et un troisième larron ? Et dans ce cas de figure, qui lui emboîtera le pas ? L'Open-Vld ? Un tel Exécutif compliquerait assurément la négociation d'un accord avec les Wallons et les Bruxellois ! Et en Wallonie, pourrions-nous voir se construire une «union des gauches» comme le souhaite la FGTB ? Peu probable, quand on entend déjà un Elio Di Rupo prendre ses distances devant cette perspective ! Quant aux Verts, ils ont peu d'exclusives et sont prêts à négocier avec les uns et les autres, ce qui n'est pas nécessairement rassurant !
C'''''''. La grande satisfaction de ce dimanche est naturellement le succès important du PTB-PVDA. Il passe de 2 à 12 sièges au Parlement fédéral, avec des élus de toutes les régions. Au total, dans les différentes assemblées parlementaires, il gagne 35 sièges (de 8 à 43!). 584 621 électeurs et électrices ont émis un suffrage en sa faveur, soit 8,62 % de l'ensemble de l'électorat. Bien sûr, cela reste forcément minoritaire. Mais qui aurait pu imaginer, il y a quelques années, que la «gauche radicale» s'installerait de manière durable dans notre paysage politique institutionnel ? Reste maintenant la question de l'utilisation de ce succès ! Clairement, le PTB ne dispose guère d'atouts en la matière. Il n'est indispensable nulle part et surtout, son programme et ses justes principes -le rejet d'alliances avec les droites et le refus de compromissions qui le conduiraient à endosser des politiques libérales, et à renier ses engagements !- rendent très peu probable son entrée dans des majorités.

C''''''''. Indépendamment des péripéties à venir, les enjeux environnementaux, démocratiques et sociaux demeurent. Le temps, qui fuit inexorablement, accroît chaque jour l'urgence de solutions. De toute manière, aucune illusion à entretenir : quelle que soit la composition de futurs exécutifs, des mauvais coups supplémentaires contre le plus grand nombre sont à craindre. Les mobilisations et les luttes seront par conséquent toujours d'actualité. Mieux vaut en être conscients et ne pas miser sur d'éventuels changements d'attelage, que ce soit au niveau fédéral ou régional, pour obtenir un répit...
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25 mai 2019
Le choix

Il reste quelques heures avant de connaître les résultats des élections européennes. Avec un bonus pour la Belgique : l'élection pour la Chambre des représentants et pour les Parlements régionaux.
Beaucoup a été dit ou écrit durant la campagne électorale, mais finalement l'enjeu est simple : le changement ou la continuité, la continuité ou le changement ? Ici et dans les 27 autres Etats membres de l'Union européenne.
La continuité. Celle des politiques libérales destinées à préserver les intérêts du capital et le pouvoir de l'oligarchie financière. Celle des traités européens qui garantissent une «concurrence libre et non faussée» et encouragent la lutte de tous contre tous. Celle de la «règle d'or» des 3 % et des politiques austéritaires obligées. Celle de la destruction des services publics et des protections sociales. Celle du pillage des ressources de la terre et de l'inertie face à la crise écologique. Celle des inégalités croissantes et du développement de la pauvreté. Celle du rejet des migrants et de la remise en cause des libertés et droits démocratiques. Celle des croisades impérialistes et de la préparation des guerres de demain. Bref, celle du capitalisme réellement existant.
Le changement. Pour la justice sociale et pour la justice fiscale. Pour le climat et pour la sauvegarde de la biodiversité. Pour une écologie populaire et pour une transition écologique démocratique. Pour la rupture avec les règles et les traités coercitifs de l'Union européenne. Pour des services publics forts et pour la consolidation des communs. Pour la laïcité et pour l'émancipation. Pour le respect des libertés et des droits de chacun(e). Pour la coopération entre les peuples. Pour la paix. Pour l'égalité.
La continuité, c'est la droite et l'extrême-droite, bien sûr. Mais c'est aussi une «gauche» qui s'accommode du capitalisme et qui s'associe régulièrement avec les tenants du néo-libéralisme pour mettre en oeuvre les politiques régressives destinées à préserver les privilèges des puissants !
Le changement, ce sont les mouvements et partis qui s'appuient sur les mobilisations sociales, relaient les luttes, portent des solutions de rechange radicales et défendent des projets politiques en rupture avec le mode de production, d'échange et de consommation dominant.
Poursuivre dans la même voie qui conduit dans une impasse ou bifurquer pour prendre un autre chemin, le choix est clair.
A chacun et à chacune de l'exprimer avec ses bulletins de vote, dimanche...

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24 mai 2019
La campagne en folie (14)

Contrairement à la Belgique, le vote n'est pas obligatoire dans de nombreux pays, notamment la France. Conséquence : lors des précédentes élections européennes (2014) chez nos voisins du sud, plus de 50 % des inscrits ne s'étaient pas déplacés ! Ce qui est énorme.
Pourtant, certains analystes affirment aujourd'hui que de nouveaux records d'abstention seront battus ! En cas de confirmation de cette prévision, dimanche prochain, ce serait une mauvaise nouvelle pour la «démocratie» et une illustration supplémentaire de la «crise de la représentation politique» si caractéristique de notre époque.
C'est d'autant plus navrant que ce sont les jeunes et les classes populaires qui ne se déplacent plus pour aller voter. Un phénomène social et politique qui constitue assurément une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui contestent le capitalisme et le pouvoir de l'oligarchie financière, à commencer par La France Insoumise.
Même si cela peut sembler vain, il faut donc répéter inlassablement que c'est une erreur de ne pas exercer un droit qui a nécessité tant de luttes, et une faute d'ignorer l'importance de la dimension institutionnelle dans le combat pour changer le monde.
Le bulletin de vote est partie intégrante de la panoplie des moyens à mettre en oeuvre pour transformer la société. Certes, il ne s'agit que d'un maillon, mais dans une chaîne tous les maillons sont indispensables !
Rappelons également que là où il n'y a ni suffrage universel ni pluralisme politique, toute vie démocratique digne de ce nom s'éteint complètement.
Dès lors, dans 48 heures, exprimez-vous dans l'isoloir et... faites le bon choix !

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Écologistes, convaincus de l’urgence,
nous votons France insoumise
Tribune commune (22 mai 2019)
d’ancien·ne·s adhérent·e·s des Verts ou d'EELV
« Longtemps, les alertes que nous portions, nous, écologistes, ont été ignorées, raillées, ou au mieux inspiraient une phrase rituelle sur la défense de l’environnement. Pour la première fois, dans ces élections européennes, la réalité des crises environnementales s’impose à quasiment toutes les listes.
Mais pour défendre quelle écologie ? Pour les électrices et électeurs qui souhaitent faire de l’écologie un marqueur central de leur vote, comment choisir ?
Dérèglements causés par le réchauffement climatique, sixième extinction des espèces, épuisement des sols, conséquences sanitaires des pollutions présentes partout, pollutions industrielles exponentielles… La catastrophe n’est plus à venir : elle est en cours. Il nous reste 12 ans, selon les experts du GIEC, pour empêcher que le réchauffement climatique lié à nos émissions de gaz à effets de serre nous amène à une situation incontrôlable. La disparition du huitième des espèces vivantes si indispensables à la biosphère est aussi une réalité.
Tout le monde s’accorde en gros sur le constat. Mais peut-on stopper la dérive climatique en faisant appel à la main invisible du marché censée tout réguler, en se limitant à des incitations et/ou à une fiscalité écologique, ou en refusant de sortir du nucléaire, de ses dangers et ses déchets ingérables ? Suffit-il de sortir les investissements écologiques de la règle des 3 % de déficit en faisant valoir un principe d’exception écologique ? De créer une banque du climat ? Non !
Toute défense de l’environnement sans remise en cause du système économique et social qui produit les conditions de sa destruction est une tartufferie. L’« écologie de marché » n’est que l’habit de l’écoblanchiment. C’est bien là que résident les différences entre les diverses listes.
Sauvegarder notre écosystème doit être prioritaire sur tout, y compris la sacro-sainte compétitivité et la concurrence libre et non faussée imposées par l’Union Européenne et reprises avec zèle par Emmanuel Macron et sa majorité.
L’urgence écologique concerne l’ensemble de la planète et des êtres vivants. Il y a donc un intérêt général humain à agir vite et efficacement. Mais toutes et tous ne sont pas à égalité, ni du point de vue des responsabilités, ni du point de vue des conséquences subies.
Les plus riches sont « en même temps » les plus responsables de par leur mode de vie et les plus à même de se protéger – à court terme au moins. Ils sont prêts à tout pour réprimer les aspirations sociales et démocratiques des catégories contraintes par leur dépendance économique et pour défendre leur niveau de vie, même si cela doit passer par la création de territoires isolés de la majorité de l’humanité.D’où la nécessité, si nous voulons un modèle social fondé sur le droit de vivre dignement pour tou•te•s, de partir des besoins des populations les plus vulnérables, que ce soient les populations pauvres de nos pays de l’Union européenne ou celles de pays particulièrement frappés par cette modification de notre écosystème global, menacés de submersion par la montée des océans, ou victimes de la sécheresse. En Europe, ce sont les populations les plus pauvres qui subissent le plus de pollution, de mal bouffe et qui vivent dans la précarité énergétique avec des logements mal isolés et mal chauffés. Les incitations fiscales sont insuffisantes pour changer leurs chaudières ou mieux isoler leur logement. De même, la fiscalité écologique, notamment sur les carburants ou le fioul de chauffage, a comme seule conséquence d’aggraver leurs difficultés financières. Les Gilets jaunes ont eu raison de se révolter contre cette injustice fiscale et c’est pourquoi la France Insoumise les a soutenu•e•s dès le début.
Les traités européens, imprégnés des dogmes du libre-échange, sont un obstacle à la bifurcation écologique indispensable.
Aussi, en tant qu’écologistes convaincu•e•s de l’urgence, nous nous reconnaissons dans la nécessité de leur désobéir. Chaque jour nous voyons les lobbies et leur pouvoir à l’œuvre à Bruxelles. Pour les contrer il faut des député•e•s décidé•e•s. De même que nos parlementaires nationaux, Younous Omarjee, eurodéputé sortant, a été notamment à la pointe du combat contre la pêche électrique. Le 26 mai, il faut élire encore plus de député•e•s de cette trempe, comme notre tête de liste Manon Aubry.
Outre la désobéissance aux traités, la France Insoumise propose la règle verte et la planification écologique.
La règle verte consiste à ne pas prendre à la planète plus de ressources renouvelables qu’elle ne peut renouveler, ni produire plus de déchets que ce qu’elle peut absorber. Avec une telle règle, le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’aurait jamais vu le jour, pas plus que le grand contournement de Strasbourg, le terminal T4 de l’aéroport Charles de Gaulle, Europacity et tous les projets de centres commerciaux construits sur des terres agricoles ou des terrains utilisables pour d’autres fonctions. À l’échelle européenne il ne serait pas question non plus du Lyon-Turin ou de déboiser les forêts polonaises…
À cette règle concernant les ressources renouvelables, il faut ajouter la sobriété de consommation des matières premières non renouvelables. L’économie circulaire ne peut pas tout résoudre, car les métaux ne sont jamais recyclables à 100 % et, dès qu’il y a alliage ou matériau composite, le recyclage est très faible. Il faut faire décroître notre consommation de matières premières.
Pour réduire les émissions de GES, en finir avec l’artificialisation des sols et la maltraitance animale, sauvegarder la biodiversité et les ressources de la planète, c’est le mode de production, d’échanges et de consommation que nous devons réorienter radicalement.
Compte-tenu de l’urgence, la France Insoumise propose la planification écologique, afin de relocaliser les productions agricoles comme industrielles, privilégier les circuits courts, revoir l’aménagement du territoire en fonction de ces impératifs et du bien vivre. Cela suppose, à l’inverse de la loi NOTRE adoptée par la majorité de François Hollande, d’arrêter avec la métropolisation à outrance, de permettre aux territoires de regagner en autonomie dans la production des biens et services utiles à leurs populations et de réimplanter des services publics, afin de permettre à ces mêmes populations de rester et de s’installer sur l’ensemble du territoire national au lieu de se concentrer dans des mégapoles invivables, synonymes de transports sans fin, de pollution et de mal être.
Fin du mois, fin du monde, même combat. Ce n’est pas un simple slogan. L’écologie ne peut être que populaire et sociale, sinon c’est du greenwashing, synonyme d’échec. Nous le constatons chaque jour. C’est pourquoi nous appelons tou•te•s les écologistes à voter pour la liste conduite par Manon Aubry. Ses candidat•e•s mènent un combat de résistance à la destruction de la Planète. Et proposent une alternative par les solidarités, l’égalité, le respect de la biodiversité et le développement des communs, via la règle verte et la planification écologique démocratique.»

Les signataires :
Martine Alcorta, conseillère régionale Nouvelle Aquitaine, ex EELV
Francine Bavay, ancienne conseillère régionale IDF
Martine Billard, députée de Paris de 2002 à 2012
Odile Blanc, ex EELV, ex élue à l’environnement de Bourg les Valence
Jean-Marie Brom, membre des Verts puis EELV de 1988 à 2013 , ancien élu de la Ville de Strasbourg, spécialiste des questions énergétiques
Laurent Bussière,Saint-André, Paris
Sophie Camard, Marseille
Ricardo Coronado, Seine-Saint-Denis
Sergio Coronado, député EELV des français de l’étranger de 2012 à 2017
Denis Donger, conseiller municipal écologiste de Romans sur Isère
Agnès Donon, militante pour l’arrêt du nucléaire
Patrick Farbiaz, Paris
Anne Gervais, Paris
Thomas Giry, ancien conseiller municipal Arcueil (94)
Patrick Jimena, ancien conseiller départemental, ancien conseiller municipal Colomiers (31)
Jean-Charles Lallemand, Paris
Corinne Lehl, conseillère du 7ème arrondissement de Lyon
Jean-Pierre Lemaire, Paris
Jimmy Levacher, Drôme, militant associatif pour la sortie du nucléaire
François Longérinas, ancien maire-adjoint Vert du 3 ème arrondissement de Paris
Élise Lowy, ancienne membre du bureau exécutif de EELV
Bénédicte Monville, ancienne secrétaire départe mentale EELV 77, conseillère régionale IDF groupe Alternative écologiste et sociale (AES)
Xavier Pozzovivo, aide-soignant, Lille
Laure Tachoires, conseillère municipale Ramonville Saint Agnès (31) sympathisante EELV
Jean-Jacques Toubhans, Hauts de Seine
[Toutes et tous ancien·ne·s adhérent·e·s des Verts ou de EELV]
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