14 avril 2020
La planète en folie (9)

La pandémie de Coronavirus, les perturbations dans la chaîne d’approvisionnement des produits alimentaires et les mesures protectionnistes prises par les États pour juguler la propagation du Covid-19 pourraient causer une pénurie alimentaire mondiale, ont averti le 1er avril les présidents de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l'Organisation mondiale de la santé.
Conclusion ? Priorité à la "relocalisation" de la production et aux "circuits courts" !

Selon Greenpeace, le gigantesque incendie qui ravage la région de Tchernobyl (Ukraine) est maintenant très proche de la centrale !
Le Coronavirus est loin d’être la seule menace dans ce meilleur des mondes du XXIème siècle…

Le "net" a de la "mémoire", paraît-il ! Tant mieux. Parce que depuis des semaines, le personnel politique et les "experts" disent tout et leur contraire ! C'est donc le moment "d'archiver" leurs multiples déclarations incohérentes pour pouvoir leur réclamer quelques "comptes" dans la phase de "l'après"...
Mais comment peut-on expliquer leurs "approximations" répétées ?
Trois raisons, au moins : 1°) ils paient les conséquences des politiques austéritaires "de gribouille" des dernières décennies ! 2°) ils sont coincés aujourd'hui dans un étau contradictoire, entre la nécessité de préserver les vies humaines et les pressions quotidiennes des puissants pour "relancer l'économie" au plus vite ; dès lors, ils s'efforcent de ménager la chèvre capitaliste et le chou sanitaire ! 3°) ils sont "tout simplement" dépassés par les événements !

A écouter !

PREFACE A LA NOUVELLE EDITION DE
«L’AVENIR EN COMMUN»
"Ils sont responsables. Ils sont coupables. Pourtant ceux qui ont mis le monde dans cet état prétendent nous imposer encore leurs solutions aux problèmes qu’ils ont provoqués ! Nous les en croyons incapables et toujours aussi dangereux. On peut gouverner autrement avec d’autres objectifs et d’autres méthodes. Et nous voulons proclamer qu’on peut commencer à le faire à tout moment.
C’est pourquoi notre contribution est un programme de gouvernement. Il s’agit de «L’Avenir en commun». C’est le programme proposé par «La France Insoumise» à la dernière élection présidentielle. Sa légitimité ? Il a déjà rassemblé 7 millions de voix, soit près de 20% des suffrages exprimés en 2017. Il est d’actualité. Car il n’avait pas été rédigé pour satisfaire une mode médiatique ou sacrifier à un simple un rite électoral. Il s’agissait au contraire de traduire en mesures concrètes une nouvelle vision du monde. Celle-ci est basée sur une prise de conscience écologique globale et sur la volonté de construire une société vraiment humaine faite d’entraide et de solidarité. En ce sens il prouve qu’on peut gouverner à l’inverse de ce qui s’applique sous nos yeux.
Pourquoi l’éditons-nous à nouveau ? Parce que nous voulons répondre concrètement au rendez-vous du moment que vit notre société. Sans rien en changer, nous l’avons mis à jour sur les points trop liés à l’actualité d’alors. L’épidémie du COVID19 disloque l’économie et les systèmes politiques du monde partout où triomphaient le productivisme, le capitalisme financier et les sociétés d’inégalités brutales. Mais il existe dorénavant une volonté profonde dans notre peuple de revoir de fond en comble l’organisation et les priorités de notre société. Un bouillonnement d’idées s’amorce. Il ouvre un désir de changements radicaux. Les libéraux comptent abuser de cet appétit. Comme ils l’avaient fait après la crise financière de 2008, ils s’approprient les mots et les idées qui circulent déjà depuis longtemps et qu’ils avaient tant raillés. Ils voudraient faire croire que tout reste à inventer. Comme s’il n’y avait eu ni alertes, ni réflexions, ni propositions avant la catastrophe en cours. Encore une façon de s’amnistier de leurs terribles responsabilités !
Et pendant que nous réfléchirions, eux pourraient mettre en place dès à présent le «monde d’après» qui leur convient. Un monde croupissant dans les inégalités sociales et les violences écologiques, un monde de contrôle généralisé, de libertés réduites, où de nouveau il faudrait tout sacrifier pour rembourser la dette des États et des entreprises financières.
Non, messieurs-dames les puissants, ce n’est pas si simple ! Des alternatives existent. Nous en proposons une, dès à présent. Le programme «L’Avenir en commun», est en parfait état de marche. Sur maints aspects il est d’ailleurs prémonitoire. Il répond à la situation que nous vivons. Il pourrait être appliqué demain s’il le fallait. Et c’est bien cela que nous voulons signifier. Ce programme n’est pas la propriété des Insoumis. Il appartient au peuple qui l’a porté. Il est conçu pour fédérer le grand nombre des gens qui veulent vivre une vie décente en harmonie avec la nature et les autres êtres humains. Il est bon pour tous, quelles que soient son idéologie, ses convictions philosophique ou religieuse. Il propose une nouvelle France, soucieuse d’abord de l’intérêt général et des biens communs. Le peuple en serait le seul souverain veillant au salut commun en toute indépendance. Nous le versons comme contribution à tous les débats. Mais nous le proposons aussi comme une solution immédiatement applicable."
Jean-Luc Mélenchon, Président du groupe «la France Insoumise» à l’Assemblée nationale
https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/13/le-monde-dapres-p...

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"Il n'est pas possible pour un individu conscient de vivre dans une société telle que la nôtre sans vouloir la changer"
(George ORWELL)

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13 avril 2020
La planète en folie (8)

Joachim Coens, le président du CD&V, rêve d’un "nouveau modèle économique" après la crise du Coronovirus…
Des politiciens qui vont nous faire le coup de la "nécessité d'un grand changement", alors qu'ils sont au pouvoir depuis des décennies et qu'ils ont toujours tiré dans une seule direction austéritaire, on va en voir une multitude dans les prochaines semaines !
Nulle véritable surprise toutefois : "ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent !".
C'est donc très plaisant, aujourd'hui, de rendre hommage aux personnels soignants, par exemple. Seulement hier, quand ils étaient dans la rue pour contester les économies drastiques dans le secteur des soins de santé et pour réclamer une revalorisation de leur métier, les "excellences gouvernementales" leur répondaient que c'était exclu, au nom des "assainissements budgétaires" !
Pensent-ils sérieusement, ces "responsables" de partis, que nous sommes des poissons rouges, que nous avons tout oublié des politiques qu'ils mettent en oeuvre depuis 40 ans, que nous allons glisser leurs turpitudes répétées sous le tapis de l'histoire et que nous allons agir comme s'il ne s'était rien passé ?
Ni amnésie, ni amnistie !

Des spécialistes avertissent : "si rien ne change, d’autres pandémies vont suivre".
A l’évidence.
Dans le cadre du capitalisme globalisé, les êtres humains saccagent la planète, détruisent les écosystèmes, menacent la biodiversité, bouleversent les cycles de la vie et continuent à s’imaginer que cela n'aura aucune conséquence !
Erreur !
Pour éviter de foncer droit dans le mur, il est indispensable -et c'est urgent !- de transformer radicalement ce mode de production et d'échange, de briser la recherche frénétique de profits toujours plus élevés, d'arrêter l'exploitation du travail et le pillage des ressources de la planète, de donner la priorité aux "biens communs" et au "mieux vivre" !
Nous sommes maintenant à la croisée des chemins et mieux vaudrait ne pas se tromper de bifurcation...

85 % des entreprises contrôlées ne respectent pas les règles de la distanciation sociale, rapporte la presse !
Il faut vraiment ignorer la réalité de l'activité en entreprise, et des interactions humaines qu'elle génère, pour penser qu'il est possible d'y maintenir en permanence une "distanciation sociale" !
Les gouvernants et les experts font beaucoup de discours sur le "confinement" mais ils n’ont pas mis à l'arrêt toute la production "non essentielle" !
Trop de personnes continuent à travailler et trop de personnes continuent à se déplacer pour aller travailler. Là est la première "irresponsabilité".
Mais quand le business et les profits priment sur la santé...

Beaucoup de contributions, beaucoup d’opinions, beaucoup de suggestions… sur ce qu’il faudrait mettre en œuvre après cette crise du Coronovirus. Cela part dans tous les sens ! C’est parfois très intéressant, souvent moins.
Mais en dernière analyse, il n’existe qu’une seule et véritable question, celle du capitalisme : STOP ou ENCORE !

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"Si construire l'avenir et dresser des plans définitifs pour l'éternité n'est pas notre affaire, ce que nous avons à réaliser dans le présent n'en est que plus évident ; je veux dire la critique radicale de tout l'ordre existant"
(Karl Marx, 1843)
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09 avril 2020
La planète en folie (7)

Le secteur aéronautique belge demande au gouvernement une aide supérieure à 500 millions €.
Voilà déjà les entreprises qui tendent leur sébile à l'Etat, cet Etat tellement vilipendé par le patronat et les néo-libéraux lorsque les affaires sont florissantes !
Leur principe est connu : les bénéfices sont empochés par le "privé" mais les pertes (conséquentes) doivent absolument être "socialisées" !

Aujourd'hui, comme en 2008 pour le secteur bancaire !
Avec au final la même conséquence : nous passerons à la caisse !

Bernie Sanders a abandonné la course à la Maison Blanche !
L'impasse d'une stratégie qui consiste à mener un combat politique majeur dans le cadre du parti démocrate, l'un des deux partis de l'establishment capitaliste US !
Sans une troisième force indépendante, sociale et écologique, aucune véritable alternative n'est envisageable !
Et en cette période de pandémie, la perspective de l'instauration d'un bon système de santé, accessible à toute la population étatsunienne, disparaît !
Reste maintenant un face-à-face entre deux candidats du système, qui fait immanquablement penser à l'élection de 2016. A la place de Clinton, ce sera donc Biden qui affrontera Trump, et le résultat risque d'être exactement le même...

L’hebdomadaire français Le Point, relayant le magazine Forbes, a découvert le vrai drame de cette pandémie : le 18 mars, on comptait 2 095 milliardaires sur la planète contre 2 321 le 6 mars dernier. En une douzaine de jours, et alors que les mesures de confinement strictes n'étaient pas encore la norme, le fameux classement a donc perdu 226 milliardaires ! Et de préciser, horreur, que ces chiffres ne devraient pas aller en s'améliorant !
Si vous pensiez que la catastrophe concernait d’abord les familles endeuillées ainsi que les travailleurs et soignants sans protection, vous aviez tout faux !
Le parti médiatique ne recule devant aucun sacrifice pour entretenir votre moral…

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05 avril 2020
Où sommes-nous ?

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04 avril 2020
Une touche de génie

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31 mars 2020
La planète en folie (6)

Coronavirus : 100.000 masques commandés par la Flandre sont inutilisables rapporte ce matin De Tijd.
Chaque jour qui passe voit un épisode supplémentaire de cette "saga des masques".
Et désolé, il y a un gouvernement avec trois partis qui sont au pouvoir depuis 2014, et qui maintenant dispose de "pouvoirs spéciaux" grâce à la bienveillance de sept autres partis !
A l’évidence, ce gouvernement devra donc rendre des comptes sur sa gestion de cette pandémie !
Cela s'appelle la "responsabilité politique"...

La Belgique a refusé de prendre en charge des patients italiens et néerlandais victimes du Covid-19 !
Union Européenne, vous avez dit "union" ? Décidément, dans cette Europe du fric, le "chacun pour soi" est la réponse face à une grave crise sanitaire !
Voilà sans doute une illustration inédite du principe de la "concurrence libre et non faussée" ?
Mais que peut-on attendre d'autre d'une construction du capitalisme, un système qui n'a pas vraiment pour mobiles la solidarité et la fraternité...

Georges-Louis Bouchez propose de défiscaliser les heures supplémentaires dans la grande distribution !
Non seulement le travail est déjà extrêmement difficile et dangereux pour les salariés de ce secteur, mais en plus il faudrait encourager plus encore (par un "incitant fiscal" -favorable au patronat, pas aux finances publiques ni à la Sécu !) les "heures supplémentaires" !
Le "libéralisme économique" (avec sa sacro-sainte "flexibilité du travail"), parfaitement incarné par le Sieur Bouchez, dans toute sa perversité rapace...
Et de proposer au passage à celles et à ceux, actuellement privés d'un emploi, de monter à leur tour "au front" dans les magasins d’alimentation ! Avec le MR, plus que jamais, les travailleurs ne représentent rien d'autre que de la "chair à patrons" !
Un aperçu de l'après crise du Covid-19… si on laisse manoeuvrer ces champions du "marché libre"...

Anticipation et lucidité (2017 !)...

Humour, ou pas ? Il y a cependant toujours un ''fond de vérité'' dans ces publications qui circulent quotidiennement sur les ''réseaux sociaux'' ...





















La ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny envisage de permettre aux établissements du supérieur qui le souhaitent de prolonger l’année académique jusqu’à la mi-juillet pour rattraper les semaines de cours perdues en raison du confinement.
La Fédération des Etudiants Francophones s’oppose à cette proposition : "de nombreux étudiants travaillent durant tout le mois de juillet pour économiser et financer leur prochaine année académique. Prolonger les cours et examens jusqu’à la mi-juillet pourrait dès lors priver ceux-ci de revenus et augmenter ainsi les situations de précarité, déjà grandissantes au sein de la population étudiante en Fédération Wallonie-Bruxelles."
Juste. On ne combat pas un système inégalitaire en ajoutant des inégalités supplémentaires !

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27 mars 2020
La pathologie capitaliste
Pandémie du Covid-19.
Des millions de contaminés et des dizaines de milliers de morts, sans doute beaucoup plus prochainement !
Un virus qui n’a pas été pris au sérieux dès sa propagation et qui est aujourd’hui actif sur l’ensemble de la planète.
L'impréparation des Etats. Des secteurs publics et hospitaliers qui manquent de moyens, lourdement pénalisés par des politiques austéritaires et ‘’d’assainissement des finances publiques’’ généralisées, sacralisées par l’Union Européenne et ailleurs dans le monde au nom du respect d’une même bible ‘’(néo-)libérale’’ !
Avec aujourd’hui des conséquences terriblement concrètes, dramatiques : une pénurie de lits d’hôpitaux, une pénurie d’installations de soins intensifs, une pénurie de respirateurs, une pénurie de masques, une pénurie de réactifs et un nombre largement insuffisant de tests !
Et un personnel des soins de santé sous-payé, déconsidéré et en nombre insuffisant. Un personnel qui paie l’addition d’années de discrédit, de mépris, de coupes budgétaires sévères et de ‘’rationalisations structurelles’’ à répétition. Un personnel au bord de l’épuisement qui, néanmoins, affronte courageusement l’épreuve.
Dans ces conditions, le bilan humain s’alourdira encore dans les prochaines semaines.
Bien sûr, la faute des responsables politiques -chefs d’Etats et gouvernements- est lourde. Ils ont ‘’merdé’’ ! Il faut le dire et il faut le répéter. Et il est exclu d’oublier leur comportement, de leur accorder maintenant la moindre confiance, de leur remettre le moindre ‘’chèque en blanc’’…
Mais cela n’épuise pas la question. Car cette caste politique est tout entière dévouée aux intérêts des puissants, d’une oligarchie financière internationale, d’une classe bourgeoise toujours dirigeante ! Il y a longtemps que ces hommes et ces femmes, qui font une carrière ministérielle, ont adhéré aux fins et aux moyens capitalistes. Il y a longtemps qu’ils ont intériorisé la doctrine de la ‘’concurrence libre et non faussée’’. Il y a longtemps qu’ils considèrent les êtres humains comme une ‘’variable d’ajustement’’ du processus d’‘’accumulation du capital’’ !
Pour ce monde ‘’d’en haut’’, seul le profit est aujourd’hui tabou et l’appât de gains illimités réservés à une minorité privilégiée ne saurait être remis fondamentalement en question ! D’ailleurs, les principaux instruments idéologiques et répressifs sont d’ores et déjà mobilisés pour neutraliser toute contestation ! Car les possédants savent que l’un des enseignements de cette crise, qui annonce déjà une dépression économique et financière de grande ampleur, risque d’être l’exigence renforcée d’un changement de société radical !
D’autant que nous sommes entrés dans une autre impasse que d’aucuns essaient d’invisibiliser ou de nier : le désastre écologique, avec l’emblématique ‘’crise du réchauffement climatique’’ !
Au vu de la gestion calamiteuse de l’actuelle pandémie et de l’impéritie de nos gouvernants, on peut anticiper sans peine les cataclysmes qui attendent l’espèce humaine demain, si l’on ne se débarrasse pas de ce ‘’mode de production et d’échange’’ mortifère, si l’on ne met pas un terme aux choix des dominants et aux orientations mises en œuvre dans les différents pays pour les satisfaire…
Le capitalisme n’est pas la solution mais le problème, et pour résoudre un problème il faut s’en débarrasser !
Il n’y a plus de temps à perdre !

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26 mars 2020
Orwell, 1903-1950 (VI)

ORWELL
DANS
LE
TEXTE (5)
[George Orwell, Ecrits politiques (1928-1949), Agone, Marseille, 2009]
Dans toute compétition, il y a forcément un gagnant et un perdant. (…) Voilà, en deux mots, la source de tout le mal (p.8)
… dans les quartiers riches la police ne tolère généralement aucune mendicité, même déguisée. D’où il résulte que les mendiants de Londres vivent surtout des pauvres (p.27)
… il est facile de prévoir que, tôt ou tard, les Birmans, comme il arrive dans tous les pays surpeuplés, se verront dépossédés de leurs terres, réduits à l’état de semi-esclaves au service du capitalisme et auront, par surcroît, à souffrir du chômage. Ils découvriront alors ce dont ils se doutent à peine à l’heure actuelle, à savoir que tout ce qui constitue la richesse de leur pays -les puits de pétrole, les mines, la mouture du riz, sa vente et son exportation- est entre les mains britanniques (p.45-46)
Pour commencer, cela devrait ouvrir les yeux du monde extérieur à ce qui est déjà évident pour de nombreux observateurs en Espagne : que le gouvernement actuel a davantage de points de ressemblance que de différences avec le fascisme. (Ce qui ne signifie pas qu’il faille abandonner la lutte contre le fascisme bien plus cru de Franco et d’Hitler. J’ai moi-même commencé à comprendre dès le mois de mai la tendance fasciste du gouvernement, mais je désirais retourner au front, et c’est d’ailleurs ce que j’ai fait.) Deuxièmement, l’élimination du POUM annonce l’attaque imminente contre les anarchistes. Ce sont eux les véritables ennemis que craignent les communistes, bien plus que le POUM numériquement insignifiant (p.61)
La guerre civile n’était pas seulement une guerre mais aussi une révolution. (…) Depuis lors, et surtout depuis décembre de l’année dernière, le véritable combat du gouvernement espagnol a été d’écraser la révolution et de tout remettre dans l’état où il était auparavant. Ils ont plus ou moins réussi à le faire et ont maintenant installé un terrible règne de terreur dirigé contre quiconque est soupçonné de réelles sympathies révolutionnaires (p.64)
J’ai eu la chance de pouvoir sortir d’Espagne mais beaucoup de mes amis et connaissances sont toujours en prison et je crains fort que certains d’entre eux risquent d’être abattus, non pour une infraction quelconque mais pour s’être opposé au parti communiste (…) ce que j’ai vu là-bas m’a tellement secoué que j’écris et que j’en parle à tout le monde. Naturellement, je suis en train d’écrire un livre sur ce sujet (p.65)
Entre-temps, il semble presque impossible de faire imprimer quoi que ce soit à ce sujet (p.68)
Lorsque la révolution a éclaté, les travailleurs, dans beaucoup de régions d’Espagne, ont établi les prémices d’un gouvernement du peuple : ils ont saisi des terres et des usines, ont mis en place des comités locaux, etc. Le gouvernement, qui est en grande partie contrôlé par le parti communiste, a réussi à défaire une grande partie de tout ça, d’abord en demandant aux travailleurs de ne pas compromettre la guerre et, plus tard, quand il s’est senti plus fort, par la force (p.71)
Ce qui en ressort -c’est en tout cas ainsi que je le vois- c’est que le fascisme n’a pas de contraire réel excepté le socialisme. On ne peut pas se battre contre le fascisme au nom de la ‘’démocratie’’ parce que ce nous appelons démocratie, dans un pays capitaliste, ne peut exister que tant que les choses vont bien ; dans les moments de difficulté, elle se transforme immédiatement en fascisme. La seule chose qui peut empêcher cela est pour les travailleurs de garder le pouvoir entre leurs propres mains (p.72)
En conséquence, la seule existence du gouvernement de Front populaire suffisait à soulever le problème le plus compliqué de notre époque : comment effectuer des changements fondamentaux par des méthodes démocratiques (p.78)
Le rôle du journaliste est agréablement stimulant : il doit écrire des articles de propagande. Etrangement, il est possible qu’il se trompe. Nous ne savons pas encore à quoi ressemble un bombardement aérien à grande échelle, et la prochaine guerre risque d’être fort désagréable, même pour les journalistes. Mais ces gens-là, qui sont nés dans l’intelligentsia aisée et sentent dans leurs os qu’ils appartiennent à une classe privilégiée, ne sont pas vraiment capables de prévoir ce genre de choses. La guerre a lieu sur le papier et ils sont donc capables de décider que telle ou telle guerre est ‘’nécessaire’’ sans ressentir plus de danger personnel qu’en déplaçant une pièce d’échecs (p.93)
Car le développement le plus sinistre des vingt dernières années a été la propagation du racisme jusque sur le territoire européen lui-même (p.102)
Le véritable problème se joue entre le socialisme démocratique et une forme de société de caste rationalisée. La première solution a plus de chance de réussir si les pays occidentaux, où les idées démocratiques sont profondément gravées dans l’esprit des gens ordinaires, ne sont pas privés de toute influence (p.104)
Une fois la guerre commencée, la neutralité n’existe plus. Toutes les activités sont des activités de guerre. Qu’on le veuille ou non, on est obligé d’aider soit son propre camp soit celui de l’ennemi (p.105)
… une importante découverte psychologique faite par les nazis -ou en tout cas qu’ils ont appliquée : qu’on peut sans danger prêcher des politiques contradictoires aussi longtemps qu’on dit aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre (p.113)
Nous ne pouvons pas battre Hitler sans passer par la révolution ni consolider notre révolution sans battre Hitler (p.124-125)
Les Etats totalitaires peuvent faire de grandes choses, mais il y a une chose qu’ils ne peuvent pas faire : ils ne peuvent pas donner un fusil à l’ouvrier d’usine et lui dire de le rapporter chez lui pour le mettre dans sa chambre à coucher. Ce fusil accroché au mur de l’appartement de l’ouvrier ou dans la maison du paysan est le symbole de la démocratie. Notre tâche est de vérifier qu’il est toujours là (p.144)
L’expérience montre que les êtres humains peuvent supporter énormément de choses tant qu’ils ont l’impression d’être traités avec justice (p.155)
Pour le dire crûment, le choix est entre le socialisme et la défaite. Nous devons aller de l’avant, ou périr (p.171)
Ce que l’Angleterre n’a jamais eu, c’est un parti socialiste qui soit sérieux et qui tienne compte des réalités contemporaines. (…) En conséquence, le peu de sentiment révolutionnaire qui existait à gauche s’est dispersé dans différentes impasses, dont la plus importante était le parti communiste. Dès le début, le communisme a été une cause perdue en Europe occidentale, et les partis communistes des divers pays ont rapidement dégénéré pour n’être que des agences publicitaires du régime russe (p.172)
Lorsque le véritable mouvement socialiste anglais apparaîtra (…) il traversera toutes les divisions existantes entre les partis. Il sera à la fois révolutionnaire et démocratique (p.173)
Tous les socialistes, et je dirais même quelle que soit leur tendance, sont persuadés que le destin et donc le véritable bonheur de l’homme se trouve dans une société de communisme pur, c’est-à-dire une société où tous les êtres humains sont plus ou moins égaux, où personne n’a le pouvoir d’opprimer quiconque, où les motifs économiques ont cessé d’agir, où les hommes sont mus par l’amour et la curiosité et non par la cupidité et la terreur. Tel est notre destin et il est impossible d’y échapper ; mais comment l’atteindre, et dans combien de temps ? Cela dépend de nous. Le socialisme -la propriété centralisée des moyens de production, plus la démocratie politique- est l’étape nécessaire menant au communisme, exactement comme le capitalisme était l’étape nécessaire après le féodalisme (p.176-177)
Le capitalisme, lui, ne laisse aucune place aux relations humaines ; la seule loi qu’il connaît est l’accumulation incessante des bénéfices (p.177)
On peut définir le nazisme comme un collectivisme oligarchique (p.181)
Les croyances humaines ne sont pas si crûment dépendantes des circonstances matérielles qu’elles puissent changer d’un jour à l’autre, ou même d’une année à l’autre. Un professeur de science naufragé sur une île déserte sera peut-être réduit à la condition d’un sauvage, mais il ne deviendra pas un sauvage. Il ne se mettra pas à croire, par exemple, que le Soleil tourne autour de la Terre. Lorsque notre révolution sera accomplie, notre structure sociale et économique sera totalement différente, mais nous conserverons un bon nombre de façons de penser et de nous comporter que nous avons acquises à une période antérieure. Les nations n’effacent pas si facilement leur passé (p.183-184)
Et au moment où j’écris, j’ignore ce que nous pouvons faire, politiquement, sinon diffuser aussi largement que possible les trois idées suivantes : 1. le progrès de l’humanité peut être bloqué pendant des siècles si nous ne parvenons pas à éliminer Hitler, ce qui signifie que la Grande-Bretagne doit gagner la guerre ; 2. la guerre ne peut pas être gagnée à moins de faire quelques pas en direction du socialisme ; 3. aucune révolution n’a de chance de réussir en Angleterre si elle ne tient pas compte du passé de l’Angleterre (p.185)
Si aucun homme n’est jamais motivé que par des intérêts de classe, pourquoi chaque homme prétend-il toujours qu’il est motivé par autre chose ? Apparemment parce que les êtres humains ne peuvent agir pleinement que lorsqu’ils pensent qu’ils n’agissent pas pour des raisons économiques. Mais ceci devrait suffire en soi-même à suggérer qu’il faudrait prendre au sérieux les motivations ‘’superstructurelles’’ (p.219)
Soit nous vivons tous dans un monde honnête, soit personne n’y vit (p.222)
En pratique, on ne parvient jamais à la société parfaite, et le terrorisme employé dans ce but n’engendre rien d’autre qu’un besoin de terrorisme sans cesse renouvelé (p.248)
Les révolutions doivent se faire, il ne peut pas y avoir de progrès moral sans changements économiques drastiques, et pourtant le révolutionnaire s’active pour rien s’il perd contact avec la décence ordinaire humaine. D’une façon ou d’une autre, il nous faut résoudre le dilemme de la fin et des moyens (p.253)
Un socialiste n’est pas obligé de croire que la société humaine peut réellement devenir parfaite, mais la très grande majorité des socialistes croit vraiment qu’elle pourrait être bien meilleure qu’elle ne l’est à présent, et que la plupart des maux dont les hommes sont responsables proviennent des effets pervers de l’injustice et de l’inégalité. Le fondement du socialisme est l’humanisme. (…) Il ne fait aucun doute que la pensée orthodoxe socialiste, qu’elle soit réformiste ou révolutionnaire, a perdu une partie des qualités messianiques qu’elle possédait il y a trente ans (p.255)
En ce moment, l’utopisme a du mal à se transformer en un mouvement politique bien défini. Partout, les masses cherchent la sécurité plus qu’elles ne veulent l’égalité, et elles n’ont pas compris l’importance, pour elles, de la liberté de parole et de la presse (p.257)
(…) nous pouvons être certains que, d’ici peu, trois pays, peut être davantage, posséderont le moyen de se réduire mutuellement en poussière. Pas plus de quelques centaines de ces bombes, lancées sur les grandes villes et sur les grandes régions industrielles, suffiraient à nous faire revenir à des conditions de sauvagerie primitive (p.278)
Seuls parmi les grands pays du monde, les Etats-Unis n’ont pas souffert trop gravement de la guerre -en fait, ils sont devenus bien plus puissants à cause d’elle (p.287)
Le monde sera divisé en trois camps et, finalement, en deux camps, car la Grande-Bretagne, qui n’est pas assez puissante pour rester seule, finira par s’intégrer au système américain (p.288)
L’époque où le monde pouvait consister en un patchwork de petits Etats réellement indépendants est terminée (p.289)
La majorité des gens ne sait pas ce que le socialisme veut dire, bien que l’opinion publique soit prête à des mesures essentiellement socialistes telles que la nationalisation des mines, des chemins de fer, des services publics et de la terre. Toutefois, il est peu probable qu’il existe un désir très répandu d’une égalité sociale complète. (…) Le parti travailliste, dans l’esprit de l’homme ordinaire, ne signifie pas républicanisme, et encore moins le drapeau rouge, les barricades et le règne de la terreur : il signifie le plein-emploi, la distribution gratuite de lait dans les écoles, trente shillings par semaine pour les retraités et, en général, la justice pour les travailleurs (p.297)
La spécificité remarquable de la presse britannique dans son ensemble est son extrême concentration ; il y a relativement peu de journaux et ils appartiennent pour la plupart à un tout petit cercle de personnes (p.329)
Votre question sur la Ferme des animaux. Bien sûr j’ai conçu ce livre en premier lieu comme une satire sur la révolution russe. Mais, dans mon esprit, il avait une application plus large dans la mesure où je voulais montrer que cette sorte de révolution (une révolution violente menée comme une conspiration par des gens qui n’ont pas conscience d’être affamés de pouvoir) ne peut conduire qu’à un changement de maîtres. La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot. Le tournant du récit, c’est le moment où les cochons gardent pour eux le lait et les pommes (Kronstadt). Si les autres animaux avaient eu alors la bonne idée d’y mettre le holà, tout se serait bien passé. Si les gens croient que je défends le statu quo, c’est, je pense, parce qu’ils sont devenus pessimistes et qu’ils admettent à l’avance que la seule alternative est entre la dictature et le laisser-faire. Dans le cas des trotskistes s’ajoute une complication particulière : ils se sentent responsables de ce qui s’est passé en URSS jusqu’en 1926 environ, et ils doivent faire l’hypothèse qu’une dégénérescence soudaine a eu lieu à partir de cette date (p.347)
Mon roman récent, 1984, n’a pas été conçu comme une attaque contre le socialisme ou contre le parti travailliste britannique (dont je suis un sympathisant) mais comme une dénonciation des perversions auxquelles une économie centralisée peut être sujette et qui ont déjà été partiellement réalisées dans le communisme et le fascisme. Je ne crois pas que le type de société que je décris arrivera nécessairement, mais je crois (compte tenu, bien entendu, du fait que ce livre est une satire) que quelque chose qui y ressemble pourrait arriver. Je crois également que les idées totalitaires ont partout pris racine dans les esprits des intellectuels, et j’ai essayé de pousser ces idées jusqu’à leurs conséquences logiques. L’action du livre se déroule en Grande Bretagne, pour souligner que les peuples de langue anglaise ne sont pas par nature meilleurs que les autres, et que le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, pourrait triompher partout (p.358)

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