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30 janvier 2026

POLARS EN BARRE [187]

"– Monsieur Marx, avant d’accepter de travailler pour vous, il me faut savoir jusqu’à quel point vos projets révolutionnaires risquent de s’opposer aux intérêts et à la sécurité de la Couronne.

Marx arrêta son va-et-vient et sourit :

– C’est donc cela qui vous préoccupe tant! J’aurais dû me douter qu’il fallait plus que quelques péripéties pour inquiéter un homme de votre trempe ! (Facile à dire, ce n’est pas lui qui avait été visé.) Je peux vous assurer, faire le serment si vous l’exigez, cher monsieur Holmes, que rien dans mes projets actuels n’est destiné à interférer, aussi peu que ce soit, avec le bien-être de l’Angleterre. Tout au contraire. Un de mes plus importants soucis est de préserver à tout prix la puissance de l’Empire britannique, seule force capable de contrebalancer l’hégémonie russo-allemande. Je puis vous affirmer que rien ne me révolte plus que le mépris avec lequel l’Angleterre est à présent traitée par la Prusse et la Russie. Vous voyez, je suis, comme disent les Français, plus royaliste que le roi, ou que la reine… Rien de ce que vous pourrez faire pour nous ne s’opposera à la grandeur de l’Empire britannique. Je vous en donne ma parole.

C’est tout ce que je voulais. Je n’avais pas compris grand-chose à son envolée de politique internationale, mais je résolus de lui faire confiance. Malgré sa tromperie de la veille, après tout bien innocente, quelque chose dans cet homme anesthésiait mes préventions, et c’est sans la moindre arrière-pensée que je me levai et lui serrai la main."

 

Alexis Lecaye

 

 

 

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29 janvier 2026

POLARS EN BARRE [186]

"Toute cette histoire de fantôme ne signifiait pas grand chose pour moi, vous l’imaginez aisément Watson. J’ai toujours été sceptique, et c’est le moins qu’on puisse dire, sur le chapitre des manifestations surnaturelles. J’avoue que la conversation m’avait amusé, mais dans l’état d’esprit qui était alors le mien, elle ne pouvait pas hanter durablement mes pensées ! Si l’effet produit par le Fantôme sur la santé mentale de M. Frédéric avait été à l’origine de mon engagement , je ne pouvais qu’en éprouver de la gratitude. Il me revenait parfois en mémoire que, le premier jour, lorsque je m’étais égaré dans les sous-sols, il m’avait semblé entendre, à un moment donné, une sorte de rire désincarné, mais je chassais aussitôt ce stupide souvenir.

De toute façon, même si j’avais accordé une importance extrême à ce fantôme, rien n’en aurait subsisté après l’explosion qui dévasta mon cerveau lorsque la foudre me frappa, un matin, par la bouche de Leroux qui nous fit l’annonce suivante :

— Messieurs, comme vous le savez, nous commençons aujourd’hui notre travail sur une nouvelle production de Carmen. Suite à un malaise soudain de Mlle Emma Calvé, le rôle principal sera repris au pied levé, avec une infinie gentillesse, par la célèbre diva américaine, Mlle Irène Adler."

 

Nicholas Meyer

 

 

 

 

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28 janvier 2026

POLARS EN BARRE [185]

"Holmes avait passé l’après-midi à faire et à refaire le point sur sa carte. A la nuit tombante, nous embarquâmes. Je commençais à prendre l’habitude de cette navigation épuisante à travers l’obscurité. La mer, ce soir-là, s’amusa avec notre petit esquif comme un jouet. Nous ramâmes longtemps sud-sud-est, Holmes modifiant notre direction au gré d’impulsions mystérieuses. Il condescendit à m’expliquer qu’écartant le vol de départ du cormoran comme référence, il se fiait à nos échecs précédents pour reconstituer son trajet du retour. Le point de conjonction des deux itinéraires devait, selon lui, se situer à une certaine distance du phare, qu’il avait chiffrée…

 

— Ah ! Watson, murmura-t-il, que ne possédons-nous pas ce sens de l’orientation inné dont jouissent certains volatiles !"

 

René Reouven

 

 

 

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27 janvier 2026

POLARS EN BARRE [184]

"Les volets de Mr Holmes étaient encore fermés, mais il les ouvrit bientôt. Ses espions tressaillaient de joie et d’émotion lorsqu’ils se trouvèrent face à face avec l’homme célèbre qui étonnait le monde par son génie vraiment surnaturel. Il était assis là devant eux, en personne, en chair et en os, bien vivant. Il n’était plus un mythe pour eux et ils pouvaient presque le toucher en allongeant le bras."

 

Marc Twain

 

 

 

 

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26 janvier 2026

POLARS EN BARRE [183]

"Certain soir, à l’heure où l’hiver commençait à noyer les rues dans les ténèbres, je vis une ombre s’aventurer prudemment le long des murs, à l’abri des bornes cavalières. L’homme portait un haut de forme et une redingote. Je crus reconnaître le dandy que nous avions croisé dans l’escalier de Chardon.

– Holmes !

Dans la minute qui suivit, il se trouvait près de moi, le visage tendu dans cette expression de chien de chasse qu’il prenait en ces circonstances. En bas, l’homme, comme prévu, avait pénétré dans la maison de l’emballeur.

– C’est lui, dit Holmes.

Il endossa sa jaquette, mais tandis qu’il enfilait ses bottes je remarquai de subtils mouvements de l’obscurité, dans la rue : des ombres se déplaçaient de porte en porte.

– Il y a des gens Holmes.

– Je descends. Vous attendez là.

– Mais Holmes.

– Vous attendez. Si j’ai besoin de vous, je vous appellerai, vous le savez !"

 

René Reouven

 

 

 

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25 janvier 2026

POLARS EN BARRE [182]

"Je crois vous avoir un jour dépeint Moriarty, Watson, comme une araignée venimeuse. C’était une comparaison appropriée. L’organisme que dirigeait Moriarty avait tissé de nombreuses ramifications, et couvrait un vaste territoire. A l’époque où, avec l’aide de Patterson, nous commençâmes à démanteler cette toile en arrêtant plusieurs membres de la bande de Moriarty, quelques-uns réussirent à nous échapper, dont Van Wyk et son associé, Bakker, lesquels étaient chargés  – pour peu que la tentative d’assassinat prévue par Moriarty aux chutes de Reichenbach échoue – de perpétrer en son nom la vengeance de leur maître.

Le plan d’action, très simple, devait être mis en exécution plusieurs années après l’affrontement aux chutes de Reichenbach. A ce moment-là, d’après les estimations de Moriarty, ma méfiance se serait dissipée, et ma garde, abaissée en conséquence. Cela dit, il omit de prendre en considération deux facteurs : premièrement, contrairement à lui, je n’ai jamais sous-estimé les capacités de mon adversaire. Moriarty possédait un intellect des plus phénoménaux, ce que je ne pouvais qu’admirer, quoique les fins criminelles auxquelles il employait ses facultés étonnantes me fussent odieuses. En raison de cela, je pus l’étudier aussi objectivement qu’on observerait un spécimen au microscope. Ce faisant, j’arrivai à la conclusion que nos deux cerveaux fonctionnaient de façon très similaire. En bref, j’étais capable de suivre son raisonnement et d’anticiper chacune de ses actions comme si j’avais pénétré dans son cerveau et partagé avec lui ses pensées mêmes."

 

June Thomson

 

 

 

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24 janvier 2026

POLARS EN BARRE [181]

"Je comprends votre réaction, Watson. J’ai éprouvé la même chose que vous. Mais ce n’est pas possible. Comment pourrions-nous arrêter Moriarty? Quelles charges avons-nous contre lui ? Au vu de quelles preuves pourrions-nous l’inculper? Mes soupçons, dans le fond, ne reposent que sur des déductions et des suppositions, et si je devais en faire part à Lestrade, il me rirait au nez. Moriarty, lui, ne rirait pas. Il ferait intervenir ses conseillers juridiques qui obtiendraient sa libération sans condition, après quoi sa vengeance serait terrible. Non, nous pouvons déjà nous estimer heureux de connaître le monstre que nous devons combattre, et de savoir qu’il accepte ce duel contre moi. Observons les règles de l’honneur, et poursuivons notre avantage. Croyez-moi, Watson, c’est là que se trouve notre seul espoir d’écraser la tyrannie de cet homme."

 

Michael Dibdin

 

 

 

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23 janvier 2026

POLARS EN BARRE [180]

"Le Dr Freud fit lentement le tour de son bureau et posa une main petite et douce sur l’épaule de mon ami.

– Je peux mettre fin à cette contrainte, du moins pour un moment. Asseyez-vous, je vous prie.

Il indiqua le fauteuil que Holmes venait de quitter et s’assit sur le bord du bureau. Holmes obéit sans dire un mot et attendit, l’air infiniment malheureux et désespéré.

– Connaissez-vous quoi que ce soit à la pratique de l’hypnotisme ? demanda Freud.

– J’en ai quelques notions, répondit Holmes d’un ton las. Avez-vous l’intention de me faire aboyer comme un chien ou marcher à quatre pattes ?

– Si vous acceptez de coopérer, dit Freud, si vous voulez bien me faire confiance, je peux atténuer cet irrésistible besoin pendant un certain temps. La prochaine fois qu’il se fera sentir, je vous hypnotiserai à nouveau. De cette façon, nous réduirons artificiellement votre toxicomanie jusqu’à ce que la chimie de votre organisme parachève l’opération.

Il parlait lentement, en s’efforçant d’atteindre et d’apaiser la vague de panique qui montait en Holmes.

Celui-ci l’observa un long moment lorsqu’il eut fini de parler puis, haussant brusquement ses épaules voûtées, il acquiesça, tout en feignant l’indifférence.

Le Dr Freud, me sembla-t-il, réprima un soupir, puis il s’approcha de la fenêtre en saillie et ferma les rideaux, plongeant ainsi la pièce dans la pénombre. Il se retourna alors vers Holmes qui n’avait pas sourcillé, et déclara, en attirant une chaise et en s’asseyant en face de lui :

– Maintenant je veux que vous vous redressiez et que vous ne quittiez pas ceci des yeux.

– Tout en parlant, il avait sorti de la poche de son gilet la chaîne de montre que j’avais aperçue plus tôt, et il se mit à la balancer lentement d’avant en arrière."

 

Nicholas Meyer

 

 

 

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