30 août 2025
POLARS EN BARRE [34]
"Une fois de plus venait de se produire ce miracle, déprécié, discrédité aux yeux de ses milliers de bénéficiaires —sauf un— qui s’appelle la naissance du jour.
Tous deux, l’homme et la jeune fille, demeuraient inertes, endormis à leur table, aurait-on dit. Lui, assis droit dans sa chaise, elle, pliée en deux, la tête calée sur la table.
Pourtant, Shawn avait les yeux grand ouverts. Ceux de la jeune fille étaient invisibles, derrière son bras replié, comme un rempart, l’autre allongé en travers de la table, vers lui.
(…)
Shawn toucha d’abord la main tendue vers lui, légèrement.
— Il fait jour, dit-il doucement. Les étoiles sont parties ! Regardez… on ne les voit plus.
Elle ne bougea pas. Il remonta alors plus haut sur le bras, au dessus du coude, et insista patiemment, du bout des doigts.
— Levez la tête, elles sont loin, je vous assure. Vous ne me croyez pas ? Vous n’avez pas confiance en moi ?
Elle ne parut pas entendre. Il abandonna et retira sa main, persuadé qu’elle ne bougerait jamais plus."
William Irish

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29 août 2025
POLARS EN BARRE [33]
"Les pages du calendrier défilent, s’envolent, se déchirent, changent d’aspect. Elles ressemblent à des courbes de ventes, maintenant. Elles montrent le passage de 53 à 54. Les barres verticales grimpent de plus en plus haut. Le tirage de Confidentiel atteint le million d’exemplaires par mois. Puis Confidentiel bondit jusqu’au million et demi en un temps remarquablement record.
Et tout ça, c’est grâce à MOI. Je suis plongé jusqu’au cou dans les secrets sordides que j’ai cruellement convoités toute ma vie. J’ai mis sur écoute le Tout Hollywood. Ma ville grouille de cafteurs de cancans que je rétribue personnellement. Les chambres d’hôtel et les maisons de passe son reliées directo à mon magnéto. J’apprends tout ce qui est effrontément honteux, sexuellement souillé, profondément répugnant, et tout ce qui est mal du point de vue de la morale. C’est mal, c’est véridique, et c’est à MOI."
James Ellroy

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28 août 2025
POLARS EN BARRE [32]
"Eh bien ! Il ne m’avait pas menti, Chavez, en me disant qu’elle était chez elle. J’ai pu m’en rendre compte quand, en traversant l’allée qui mène au garage, j’ai aperçu l’énorme et étincelant cabriolet Cadillac à sa place habituelle. Il ne mentait pas non plus en m’affirmant que Miss Ballou n’avait pas besoin de moi, ainsi que j’ai pu le constater en ouvrant la porte de service pour descendre au sous-sol. Parce qu’elle était là, au pied des marches, le teint grisâtre, les membres flasques, un cadavre, enfin, comme j’espère bien ne jamais en revoir jusqu’à la fin de mes jours."
Stanley Ellin

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27 août 2025
POLARS EN BARRE [31]
"Alliés ! Ennemis ! … ce sont des mots que je ne connais pas. Baise qui baise, qui ne baise pas est baisé !
(...)
Cet homme d’action sait bien que l’action ne signifie rien, car il faut toujours tout recommencer."
Antoine-Louis Dominique

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26 août 2025
POLARS EN BARRE [30]

"Ce qui fait la richesse inépuisable du roman policier, c'est qu'il s'est adapté à toutes les époques sans jamais faiblir."
François Guérif
♦♦♦
"Le visage de Sylvia sur ses photos était celui d’une femme pure et innocente. Mais j’avais trop souvent vu cette expression sur des visages féminins pour en être impressionné. Il faut dire qu’au contraire de Frederick Summers je n’étais pas inquiet, ni un fanatique du culte des hypocrisies qui lui avaient servi de morale. S’il n’avait pas été ainsi, il n’aurait pas loué mes services pour découvrir ce qu’était Sylvia, une honnête femme ou non — chose que j’ignorais autant qu’au début de mon enquête.
Je savais cependant que les hommes vivent heureux dans le mensonge et haïssent la vérité ; et que le mensonge le plus vénéré est celui de la version biblique du vice et de la vertu. Les lois stupides qui règlent notre existence sont tempérées par une sorte de justice sardonique ; et ce fut en vertu de cet étrange équilibre que Sylvia fit vœu de chasteté. Elle était là, grande, belle et sereine ; et autour d’elle les machines à sous cliquetaient, les vieux films érotiques se déroulaient dans les lanternes magiques ; les cabines de photos s’allumaient par intermittence et les boules de billards se heurtaient.
Au-dehors, Broadway déversait sa vie médiocre, artificielle et clinquante. Avec la venue de l’hiver, les jours raccourcirent. Pluie, neige et grêle tombèrent ; puis ce fut le retour du printemps, auquel succéda l’été.
Ainsi passèrent neuf mois de la vie de Sylvia."
Howard Fast

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25 août 2025
POLARS EN BARRE [29]
"Le capitalisme international gouverne la terre par le papier, mais l’encre dont il se sert est le sang humain !
(...)
Mais il était bien inutile de chercher une explication en termes de Bien et de Mal. Ces abstractions appartenaient à un autre âge. Les Bonnes Affaires et les Mauvaises Affaires étaient les dieux de la nouvelle théologie. Dimitrios n’était pas malfaisant. Il était logique, rationnel, aussi logique et rationnel, dans la jungle européenne, que le gaz toxique appelé lewisite et les corps désarticulés d’enfants morts sous les bombardements d’une ville ouverte. La logique du David de Michel-Ange, des quatuors de Beethoven, de la physique d’Einstein ne faisait pas le poids en face de l’autre logique, celle du Stock Exchange Year Book et de Mein Kampf."
Eric Ambler

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24 août 2025
POLARS EN BARRE [28]
"Sam Spade avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait, en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris jaune coupaient le visage d'une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin, et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. L'ensemble du visage faisait penser au masque sardonique d'un Satan blond."
Dashiell Hammett

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23 août 2025
POLARS EN BARRE [27]
"Ce que j’appris de lui tenait en ceci :
Depuis quarante ans, le vieil Elihu Willsson, le père de l’homme assassiné durant la nuit, possédait Personville corps et âme, cœur et tripes. Il était président et principal actionnaire de la Personville Mining Corporation, idem pour la First National Bank, propriétaire du Morning Herald et de l’Evening Herald, les deux seuls journaux de la ville, et détenait au minimum des parts dans presque toutes les entreprises ayant quelque importance. En plus de ces divers actifs, il avait dans sa poche un sénateur, deux ou trois membres de la Chambre des représentants, le gouverneur, le maire et la plupart des administrateurs de l’État. Elihu Willsson incarnait Personville et pratiquement l’État tout entier.
Durant la guerre, l’IWW, qui avait le vent en poupe dans tout l’ouest du pays, avait recruté en grand nombre les employés de la Personville Mining Corporation qui n’étaient pas particulièrement choyés, et avait utilisé cette force nouvelle pour imposer des revendications. Le vieil Elihu leur avait accordé le minimum, puis il avait attendu son heure.
Elle s’était présentée en 1921. Les affaires périclitaient. Il se moquait bien de fermer temporairement les usines ou non. Il avait déchiré les accords passés avec ses ouvriers et entrepris de les renvoyer à leurs conditions d’avant-guerre.
Bien entendu, la section locale avait demandé l’aide de la section centrale. Bill Quint avait été envoyé par le siège de l’IWW à Chicago pour organiser la riposte. Il était contre l’idée d’une grève, d’un débrayage pur et simple. Il recommandait la bonne vieille méthode du sabotage : poursuivre le travail en le sapant de l’intérieur. Mais ce n’était pas assez musclé pour les gars de Personville. Ils voulaient faire date, s’inscrire dans l’histoire du syndicalisme.
Ils avaient débrayé.
La grève avait duré huit mois. Le sang avait coulé abondamment des deux côtés. Les Wobbies n’avaient pu compter que sur eux-mêmes, pour cela. Le vieil Elihu, lui, avait engagé des mercenaires, des briseurs de grève, des membres de la garde nationale et même des soldats de l’armée régulière pour s’en charger à sa place. Quand le dernier crâne avait été fendu, la dernière côte brisée, la section syndicale de Personville n’était plus qu’un pétard sans poudre."
Dashiell Hammett

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