01 juillet 2023
"BOUQUINAGE" - 286
"Un pays étranger mais pas tout à fait inconnu, car c'était la Terre à nouveau, cette bonne vieille Terre qu'il connaissait si bien mais pas encore meurtrie par les outils de l'homme. Ce pays possédait le même air que la Terre, la même herbe, le même ciel ; même ses buffles et ses loups étaient semblables à ceux qui parcouraient la Terre autrefois. Peut-être était-ce la Terre ? Tout cela ressemblait parfaitement à ce qu'avait dû être la Terre avant que la main de l'homme s'en soit emparée, avant que l'homme ne l'ait saisie, domptée, soumise à sa volonté, avant qu'il ne l'ait dépouillée, vidée, qu'il ne lui ait arrachée tous ses trésors."
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30 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 285
"La science-fiction est une poétique des devenirs, mais aussi une métaphysique expérimentale de cet “à venir”. Dans les mondes et situations décrits ou représentés sous forme fictionnelle, les futurs imaginés donnent à voir les résultantes d'orientations collectives. Les implications de ces dernières y sont en quelque sorte testées. Le registre de la science-fiction permet d'accorder une visibilité aux modalités d'application et d'utilisation des technologies, aux conditions d'organisation des collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations, etc."
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29 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 284
"Tout l'intérêt des œuvres les plus abouties, de films comme les deux Blade Runner, mais aussi des romans et des séries TV les plus riches du point de vue des imaginaires, tient à leur ouverture aux interprétations de chacun.
Ces sources imaginaires-là, conçues au miroir des désirs d'un public volatil, aux humeurs impossibles à prédire, sont bien plus ambivalentes qu'on ne le pense, même lorsqu'elles naissent dans le strass et les paillettes de palais hollywoodiens ou des grands studios de l'audiovisuel. Naviguant quelque part entre l'ordre et le chaos, le respect et la subversion des pouvoirs, cette ambivalence varie d'intensité et de complexité selon les œuvres. Elle s'avère essentielle dès lors que des créateurs souhaitent susciter une reconnaissance, voire une identification partielle. Là où la certitude, les voies et les voix univoques alimentent une propagande plus ou moins fréquentable, l'ambivalence ébauche les contours flous d'un espace ouvert : si elle oriente le public dans son estime ou sa réprobation de l'attitude morale ou politique de tel ou tel personnage, elle veille à ne jamais imposer de message définitif. Tel est en effet le paradoxe de la fiction réussie : ce n'est pas le confort et la sécurité du déjà connu et accepté, mais la préservation d'un “indécidable” qu suscite le lien entre la création et les amateurs.
(...)
Une fiction entre d'autant mieux dans les imaginaires de lecteurs ou spectateurs aux attentes hétérogènes que ses personnages sont complexes, et que les valeurs qu'ils incarnent sont multiples et contradictoires."
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