11 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 266
"Le corps solide de l'intrus mesurait seulement quelques mètres de large. Le halo de cinq cents kilomètres qui l'entourait était une chose tout à fait familière — un réflecteur parabolique presque immatériel en rotation lente, l'équivalent exact des radiotélescopes orbitaux des astronomes. C'était probablement l'antenne employée par le visiteur pour garder le contact avec sa base lointaine. Et sans doute pour transmettre ses découvertes en ce moment même, tandis qu'il observait le système solaire et écoutait d'une oreille toutes les émissions de radio, de télévision et d'information de l'humanité."
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10 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 265
"Sais-tu à quoi ressemble aujourd'hui la Terre ? C'est une poubelle invivable. C'est pour cela que les gens l'ont abandonnée pour les colonies spatiales. Ils sont partis du vaste monde à soulever le cœur pour vivre dans de petites colonies civilisées. Personne n'a envie de faire le chemin en sens inverse."
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09 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 264
"La guerre avait commencé ; on les bombardait et ils allaient sans doute mourir, mais c'était Washington qui leur larguait des bombes sur la tête et non les Chinois ou les Russes. Quelque chose s'était détraqué dans le système automatique de défense spatiale et le cycle de réaction se déroulait... Personne ne pouvait y mettre fin. C'était la guerre et la mort, bien sûr, mais c'était une erreur. Il y manquait l'intention. Il ne sentait aucune hostilité au-dessus de lui. Les forces, là-haut, agissaient sans mobile, sans idée de vengeance, elles étaient creuses, vides, absolument froides. C'était comme si sa propre voiture lui eût passé d'elle-même sur le corps. C'était vrai, mais ça n'avait aucun sens. Ce n'était pas de la politique, c'était une panne, un échec, un hasard."
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08 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 263
"Et l'équipement ? se demanda-t-il soudain. Rosenfeld n'avait pas abordé ce problème. Le gouvernement allait-il lâcher tous ces gens dans un monde étranger sans aucun matériel ? Sans outillage convenable, la colonie ne serait rien de plus qu'un énorme camp de personnes déplacées. Pour vraiment fonctionner réellement, elle devait devenir autonome : la chose était évidente pour qui se donnait la peine d'y réfléchir dix minutes. Et il faudrait du temps, pour transférer suffisamment de matériel pour cent millions de personnes : cela supposait une logistique incroyable. Trente-trois fois environ ce qu'il avait fallu engager pour organiser le débarquement de Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement avait perdu la tête. Les politiciens étaient à ce point désorientés par les implications politiques de cette Terre parallèle qu'ils avaient perdu le sens des réalités.
Tout cela pouvait facilement devenir le plus extraordinaire foutoir de tous les temps."
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07 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 262
"La pluie était une vieille tradition de Portland, mais la chaleur —environ 21°C, le 2 mars— était récente, résultat de la pollution atmosphérique. Les émanations urbaines et industrielles n'avaient pas été contrôlées assez tôt pour que l'on pût renverser la tendance cumulative qui s'annonçait déjà au milieu du XXème siècle ; il faudrait plusieurs siècles pour que l'air perde son surplus de CO2, s'il y arrivait jamais. New-York allait devenir l'une des plus grandes victimes de l'effet de serre, car les glaces polaires continuaient à fondre et le niveau de la mer montait toujours ; en fait, toute la côte nord-est était en danger. Il y avait quelques compensations malgré tout. L'eau s'élevait déjà dans la baie de San Francisco et finirait par couvrir toutes les centaines de kilomètres carrés de boue et de détritus qu'on y avait déversés depuis 1848. Portland, avec ses cent trente kilomètres et le plateau côtier qui le protégeait de la mer, n'était pas menacé par le soulèvement des eaux mais seulement par la pluie qui tombait.
(...)
La sous-alimentation, la surpopulation et l'insalubrité de l'environnement étaient la norme. Il y avait plus de cas de scorbut, de typhus et d'hépatite dans les vieilles villes, plus de bandes armées, de crimes et de meurtres dans les villes nouvelles. Les rats régnaient sur les unes et la Maffia sur les autres. George Orr restait à Portland parce qu'il y avait toujours vécu et parce qu'il n'avait aucune raison de croire qu'ailleurs la vie serait plus agréable, ou différente."
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06 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 261
"MG nous avait alors tous installés dans la bibliothèque et nous avait expliqué les choses à sa façon. Le monde était un endroit très vaste, et tout aussi dangereux. Les gens ne vivaient que pour gagner de l'argent. Plus ils en gagnaient, plus ils en voulaient. Les guerres venaient de ça. La pollution aussi. Savions-nous ce que la Terre était devenue ? Non, nous ne le savions pas : nous savions à peine ce qu'était la Terre. Nous savions juste que nous étions nés là-bas.
La Terre était devenue une planète morte.
Plus un centimètre carré de nature sauvage. Rien que de maigres parcs, rien que des mers artificielles, remplies de poissons crevés. Des guerres, des famines, des attentats. Et Mars ? Oh, Mars était encore un endroit agréable, mais cela ne durerait pas. L'argent des hommes achetait tout. Il achetait la pluie, il achetait le désert, il achetait le vent dans les arbres et le chant des oiseaux. Mais ici — le cratère, l’Éden —, ici, les hommes ne venaient pas."
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05 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 260
"L'avenir, cependant, n'était pas figé, il laissait toujours de la place à l'inattendu, l'improbable ; tous ceux qui avaient utilisé l'équipement von Lessinger le savaient bien : le voyage dans le temps restait encore un art, pas une science exacte."
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04 juin 2023
"BOUQUINAGE" - 259
"Ceci constitue une aubaine pour le néolibéralisme des sociétés occidentales, qui requiert une soumission à l’ordre du marché et la fructification du capital à quoi chaque humain productif est réduit. L’engouement pour l’homme augmenté signale la dernière version de la servitude volontaire : réclamer toujours davantage de moyens technologiques pour être un animal laborans efficace, proactif et infatigable… Faute de vouloir imaginer ce qui serait le mieux, on préférera encourager la production de plus, toujours plus !"
[Jean-Michel BESNIER]
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"L’homme augmenté est un grand classique de la littérature de science-fiction. Il y prend la figure du mutant, fruit de quelque accident ou évolution génétique lui donnant des capacités surhumaines, mais aussi de l’humain complété par de multiples technologies, juste à sa main, tel le smartphone, ou plus invasives, à la façon d’une puce implantée dans son corps, le rendant en théorie “meilleur”, plus “efficace” ou plus “intelligent”, lui permettant également d’accéder à d’autres réalités à même de l’enrichir. (…)
Dans les sociétés occidentales marquées, hier comme aujourd’hui, par un même credo dans la capacité des nouvelles technologies à nous rendre la vie meilleure, voire à nous changer en humains soi-disant “supérieurs”, le livre de science-fiction fait plus que jamais fonction de paratonnerre. Par la puissance de ses récits, parfois indémodables, il nous permet de décrypter certains discours entre le marketing et une propagande ne pouvant s’avouer comme telle. Et il nous offre ainsi une salutaire prise de recul.
De fait les meilleurs textes sur l’humain augmenté le traitent sous l’angle de la critique sociale et politique."
[Ariel KYROU]
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"On accepte qu’un roman traite de l’homme augmenté que dans les trois situations suivantes : qu’il soit classé comme un roman de science-fiction ; qu’il soit un essai ; qu’il soit le produit d’un écrivain augmenté dans le sens où l’écrivain utilise le roman, en totalité ou en partie, comme un prolongement de soi.
(…)
Pourquoi la littérature de l’imaginaire, et les dystopies en particulier, nagent-elles en pareille disgrâce dans le milieu de la littérature blanche française ? (…) Pourquoi le reste du monde juge-t-il avec une si grande légèreté les genres, tandis que nous, en France, on se pince le nez et on détourne le regard ?"
[Diana FILIPPOVA]
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"Les métavers apportent l’espoir à tout un chacun de devenir un héros virtuel, mais ne promettent pas un nouveau monde.
Tel un Far West virtuel, les métavers prolongent la société occidentale, il s’agit d’une fuite en avant où la conquête des terres virtuelles est portée par l’espoir que rien ne change, et ce malgré l’urgence environnementale et la montée en puissance de préoccupations sociétales."
[Fanny PARISE]
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