15 août 2017
Autour d'un centenaire (4)
REVOLUTION...S
L'histoire de la révolution russe n'est pas l'histoire d'un peuple rassemblé derrière un parti uni pour la conquête du pouvoir et l'édification du socialisme.
En réalité, en pleine guerre mondiale, le régime autocratique de Nicolas II se désagrège et s'effondre, balayé par «une révolution sociale, multiforme et autonome».
C'est la complexité de ce processus que Nicolas Werth tente de nous restituer dans un livre de synthèse [1] .
L'auteur souligne que 1917 découla finalement d'une convergence temporaire entre une volonté politique (celle de Lénine et ses camarades) et une multitude de mouvements contestataires ; et chacun de ceux-ci avait «sa propre temporalité, sa dynamique interne, ses aspirations qui ne sauraient être réduites ni aux slogans bolchéviks ni à l'action politique de ce parti ».
Parmi les différentes expressions de ce «foisonnement», il pointe :
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Les soldats, majoritairement des paysans sous l'uniforme, épuisés par trois années de conflit meurtrier et qui aspirent à la cessation rapide des hostilités.
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La paysannerie qui déclenche une vaste «jacquerie» à l'encontre des propriétaires fonciers, bien sûr, mais aussi contre toute ingérence étatique et contre toute emprise de «la ville».
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Un «mouvement ouvrier» confronté à un patronat intransigeant, qui développe un programme révolutionnaire spécifique articulé autour de mots d'ordre comme «le contrôle ouvrier» et «tout le pouvoir aux soviets».
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Les nations et les peuples allogènes de l'empire, en voie de disparition, engagés dans un combat pour leur «émancipation».

Telle est, pour Werth, la toile de fond du «coup d'Etat minutieusement préparé» qui permit aux Bolcheviks de s'emparer du pouvoir le 25 octobre (7 novembre) 1917.
L'auteur détaille, en huit chapitres rondement menés, les événements et leur épilogue qui furent un véritable coup de tonnerre dans une époque qui n'en manquait pourtant pas.
Pour conclure, il consacre un neuvième et dernier volet aux «débats et controverses» suscités par cette irruption révolutionnaire, prélude au «court vingtième siècle» (Hobsbawm).
Il distingue «trois grands courants interprétatifs» : l'historiographie soviétique, l'historiographie libérale et l'historiographie qualifiée de « révisionniste », qui est apparue dans les années 1960-1970, aux Etats-Unis.
Pour la première, Octobre confirmerait «les lois de l'histoire découvertes par Marx» et traduirait le triomphe d'un parti d'un type nouveau, le parti «léniniste», formation disciplinée, centralisée et monolithique, mobilisée par un seul but : la révolution.
Pour la seconde, Octobre constituerait seulement un «accident malencontreux de l'histoire» dû à des circonstances exceptionnelles.
Pour la troisième, soucieuse d'analyser le processus en «partant d'en-bas», Octobre fut bien un mouvement de masse mais confisqué par une minorité agissante.
On suivrait volontiers l'historien si son propos était moins partiel et partial. Pourquoi oublier d'autres analyses et grilles interprétatives, issues notamment du «mouvement communiste» ou de «la gauche», comme celles des courants «trotskystes» et «libertaires» ?
Ainsi, quand Werth martèle que le Parti Bolchévik n'était pas ce parti homogène et uni vanté par les «historiens soviétiques», mais une formation politique profondément divisée, il se contente -désolé pour l'expression - d'enfoncer une porte ouverte !
Il suffit de lire la monumentale «histoire de la révolution russe» de Léon Trotsky [2] pour s'en convaincre. Un Trotsky qui explique longuement les confrontations internes et la lutte opiniâtre menée par Lénine pour «réarmer le parti».
Werth détaille enfin les différents points de vue concernant « l'échec du gouvernement provisoire » ou la question de « la violence » dans le processus révolutionnaire russe, pour conclure par un coup de chapeau à... François Furet, dénonciateur tardif du «mythe révolutionnaire» -qui trouverait sa source dans la révolution française !- et féroce pourfendeur du «communisme» [3].
Mais ceci est une autre histoire autour d'une séquence historique qui fait toujours débat, cent ans plus tard...
@
[1] Werth Nicolas, Les révolutions russes, PUF (Que sais-je ?), Paris 2017.
Agrégé d'histoire et directeur de recherche au CNRS, Werth a participé au fameux et très polémique «Livre noir du communisme» (Laffont, Paris 1997) . Néanmoins, sa contribution à cette édifiante «brique» était plus intéressante que celle d'un Stéphane Courtois, par exemple.
[2] Trotsky Léon, Histoire de la révolution russe, Seuil, Paris, 1950.
[Egalement disponible en poche (2 volumes), toujours au Seuil (Point/Politique en 1967 et Point/Essai en 1995)].
Véritable «chef d'oeuvre de la littérature marxiste», cette volumineuse histoire reste incontournable, même si un siècle plus tard et les progrès de la recherche historique aidant, ce «témoignage» fécond mérite discussion(s).
[3] Furet François, Le passé d'une illusion, Laffont/Calmann-Lévy, Paris, 1995.
Comme beaucoup d'anciens militants staliniens repentis (il quitta le PCF en 1959), Furet fut un féroce détracteur de l'URSS et des pays du «socialisme réellement existant»...
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11 août 2017
Autour d'un centenaire (3)
La révolution russe a 100 ans et c'est évidemment l'occasion pour le monde du livre de ré-éditer une série de textes ou de publier de nouvelles contributions concernant le séisme d'octobre 1917 et ses conséquences sur la trajectoire du XXème siècle.
D'ici la fin de l'année sont donc programmées de nombreuses publications, d'intérêt et de qualité forcément inégaux.
Voici une petite sélection personnelle.
Et pour commencer, le classique de John Reed -10 jours qui ébranlèrent le monde- qui suscite une petite ruée chez les éditeurs. Comme Le Seuil (Points/Histoire) ou les éditions Nada, qui complètent le célèbre récit par une série d'articles de Reed sur la révolution russe, inédits en français.


De son côté, Libertalia publie le témoignage de Louise Bryant (Six mois rouges en Russie), qui était à l'époque la compagne du journaliste américain. On se souvient qu'elle fut magnifiquement incarnée au grand écran par Diane Keaton dans le beau film de Warren Beatty, Reds (1981).

Autre témoignage, celui d'une proche du couple, l'anarchiste Emma Goldman (L'agonie de la révolution). Le synopsis proposé par l'éditeur (Les nuits rouges) indique que « ce livre contient les récits des rencontres d'Emma Goldman avec les dirigeants et militants bolchéviks, ainsi qu'avec les anarchistes persécutés et d'innombrables anonymes rencontrés au cours de ses voyages en Russie soviétique ». De quoi brosser le tableau d'un système qui contenait « en germe le stalinisme ».

Albert Mathiez, grand historien de la Révolution française, fut aussi un intellectuel engagé qui s'enthousiasma pour la révolution russe. Les Editions Critiques mettent à la disposition du lecteur 22 articles écrits au fil des événements, des journées de février 1917 jusqu'à la fin de la guerre civile. L'occasion pour l'auteur de développer sa réflexion concernant les analogies avec la grande révolution.

Marylie Markovitch, envoyée spéciale du Petit Journal et correspondante de la Revue des Deux Mondes, était arrivée à Petrograd dès la fin 1915. Elle a sillonné les tranchées et les lignes de front pendant plusieurs mois, avant de revenir dans la capitale de l'empire des tsars. Elle fut un témoin privilégié des événements révolutionnaires et ses principaux articles de l'époque sont ici repris dans une édition de poche (La révolution russe vue par une française, Pocket).

Des écrits plus contemporains maintenant. Viennent de paraître ou sont annoncés dans les prochaines semaines :
* Roger Martelli, 1917-2017, Que reste-t-il de l'octobre russe ?, Editions du Croquant.
[Synopsis. On dit parfois que le XXe siècle est né deux fois, en 1914 avec le déclenchement du premier conflit mondial, en 1917 avec la révolution russe d'octobre. L'événement révolutionnaire a toujours déchaîné les passions, modèle pour les uns, repoussoir pour les autres. Quand s'effondre le système soviétique il semble que la parenthèse ouverte en 1917 est définitivement refermée. Le capitalisme a triomphé du communisme ; l'Histoire est finie. Cent ans après l'événement, les passions sont retombées. Avec l'ouverture des archives russes, l'historiographie s'est faite plus sereine, mais les interprétations n'en sont pas pour autant uniformes. Quant à la « fin de l'histoire », elle a buté sur les nouvelles conflictualités et sur la crise d'un système capitaliste désormais financiarisé et mondialisé. Les certitudes des années 1990 ont laissé la place aux doutes, aux peurs, aux ressentiments. L'événement « Octobre 1917 » a trop marqué l'histoire d'un siècle pour l'on puisse se dispenser de revenir sur lui. On ne le racontera pas ici dans le détail, ce que font à merveille de nombreux livres érudits et passionnants. En revanche, on s'interrogera sur la trajectoire qui, en quelques années, fait passer de la grande espérance révolutionnaire à un système de pente totalitaire et, pour un temps, enfoncé dans une sanglante terreur. Les vieilles questions restent sur la table. Les terribles dérapages des années de pouvoir stalinien sont-elles ou non la conséquence prévisible du projet révolutionnaire lui-même ? Le stalinisme, à certains égards, n'est-il pas contenu tout entier dans le léninisme ? Le système soviétique était-il réformable ? Pouvait-il s'adapter, s'humaniser, se moderniser, se démocratiser ? L'impulsion d'Octobre a façonné la réalité du monde au XXe siècle. Elle a bouleversé les sociétés qui ont mis des partis communistes au pouvoir. Elle n'a pas été sans effet sur le monde occidental. Elle a nourri l'imaginaire de ce que l'on appellera le Tiers Monde. Suffit-il aujourd'hui de dire que l'événement longtemps structurant n'est plus désormais qu'un souvenir ? Y a-t-il ou non des héritiers, directs ou indirects ? Existe-t-il un héritage utilisable, par qui et comment ? Au fond, si l'effondrement de l'URSS a refermé une parenthèse, était-ce celle du soviétisme, de la forme communisme dominante au XXe siècle, du communisme en général, de l'anticapitalisme, de la culture de l'alternative ? ]

* Daniel Bensaid, Octobre 1917, la révolution trahie, Lignes
[Synopsis. Les commémorations ne sont pas nécessairement des célébrations. Celles qu'au fil des décennies Daniel Bensaïd a écrites de la Révolution russe d'Octobre 1917 et, qu'entre autres, ce livre réunit, en témoignent, qui ne ménagent pas les critiques nécessaires, lesquelles cependant altèrent moins l'événement considérable que la révolution («temps brisé») elle-même a été, et reste, que sa postérité terrible. On pourrait reprendre mot pour mot, pour ce centième anniversaire de la Révolution russe ceux qu'il avait écrits pour le quatre-vingtième : « Un retour critique sur la Révolution russe, à l'occasion et sous prétexte du 80ème anniversaire d'Octobre soulève quantité de questions, d'ordre tant historique que programmatique. L'enjeu est de taille. Il en va ni plus ni moins de l'intelligibilité du siècle qui s'achève, de notre capacité à sauver le passé de l'oubli pour préserver un avenir ouvert à l'agir révolutionnaire, car tous les passés n'ont pas le même avenir. » Que tous les passés n'aient pas le même avenir, ou que l'avenir dépende de ce qu'on fait des passés, a été une constante de l'activité intellectuelle et politique de Daniel Bensaïd, constante que sa lecture de Benjamin a accentuée avec le temps. Les archives s'ouvrant, les révisions abondant (qu'on se souvienne, successivement, de l'opération des dits «nouveaux philosophes» et de celle du Livre noir du communisme, sur lesquels il revient longuement dans les textes que ce livre réunit, et pour les contester), il s'est agi pour lui de distinguer encore et toujours entre l'événement incontestablement révolutionnaire qu'aura été Octobre (pas le coup d'État auquel on voudrait le réduire), et la postérité contre-révolutionnaire bureaucratique et stalinienne avec laquelle on s'emploie à le confondre, pour des raisons qui doivent moins au travail de l'historien qu'à celui de l'idéologue : «En ces temps de contre-réforme et de réaction, rien d'étonnant à ce que les noms de Lénine et de Trotski deviennent aussi imprononçables que le furent ceux de Robespierre ou de Saint Just sous la Restauration. » Les temps sont toujours à la contre-réforme et à la réaction, qui se veulent sourds à ce que Arendt disait de la Révolution : « vrai événement, dont la portée ne dépend pas de la victoire ou de la défaite. »]

A noter, pour rester dans la mouvance « trotskyste », l'annonce de la parution, en septembre, d'un ouvrage d'Olivier Besancenot (porte-parole du NPA) : Que faire de 1917 ?, Ed. Autrement.

* Nicolas Werth, Les révolutions russes, PUF (Que sais-je ?)
[Synopsis. Russie, février 1917. L'économie est au plus mal. L'inégalité dans la distribution de la terre nourrit la grogne. Les grèves se multiplient. Le pays s'enlise dans la Grande Guerre. Nicolas II est au front. Le pouvoir semble impuissant et vacant. Lasse d'une autocratie d'un autre temps, une poignée de révolutionnaires, au milieu des insurrections de Petrograd, organise un comité exécutif (le Soviet) et, après un compromis avec le Comité provisoire libéral, balaie en quelques jours le régime tsariste, pourtant pluriséculaire. Les fiançailles sont de courte durée : en octobre, les bolcheviks, sous la férule de Lénine, prennent le palais d'Hiver et s'emparent du pouvoir, instaurant le régime communiste. Ce sont ces événements de l'année 1917 que raconte avec passion Nicolas Werth. Dépassant le clivage entre les historiographies soviétique et libérale, il s'attache à analyser non pas une seule révolution politique, mais une multiplicité de révolutions sociales et nationales.]

* Moshe Lewin, Russie/URSS/Russie, Syllepse
[Synopsis. Les textes réunis sous le titre Russie/URSS/Russie couvrent toute l'histoire de l'URSS, de la révolution de 1917 jusqu'à l'effondrement du système en 1991. Il met à mal nombre de clichés et d'idées reçues, mais aussi certaines doxa qui font l'économie d'une véritable analyse de ce qu'a été le régime issu de la Révolution d'octobre. La formulation de Moshe Lewin est brutale : « Un système barbare construit sur les ruines d'un grand idéal émancipateur. » Il ajoute que la Révolution d'octobre n'a pas ouvert une ère nouvelle dans l'histoire de l'humanité, mais correspond au pas- sage complexe et mouvementé d'une Russie pré-capitaliste à une Russie capitaliste. L'effondrement du régime s'explique, selon lui, par l'accumulation des contradictions internes qu'un pouvoir archaïque et fossilisé était incapable de gérer, alors même que la société soviétique était désormais en majorité urbaine et éduquée. Le titre Russie/URSS/Russie souligne qu'on ne peut comprendre ce qu'été le «phénomène soviétique» qu'en analysant les discontinuités mais surtout les continuités entre la Russie d'avant la révolution et l'URSS. Moshe Lewin insiste sur le fait que le poids de la Russie paysanne se fait sentir jusqu'au milieu des années 1960. Il insiste sur la place du chauvinisme grand-russe comme composante essentielle de l'idéologie du régime : au début des années 1920, Lénine dénonce en Staline un de ses représentants (cf. Le Dernier combat de Lénine, Syllepse) ; au lendemain de 1945, lorsque Staline célèbre la « grande et sainte Russie » ; dans les années 1960, quand le régime commence son déclin, le nationalisme grand-russe pénètre toutes les instances de l'État et du parti ; enfin, dans la Russie post-soviétique le secrétaire du Parti communiste se déclare « russe par le coeur et par le sang ». Enfin, l'auteur déconstruit l'assimilation de l'URSS au «communisme» paradoxalement partagée et par les adversaires du communisme et par les nostalgiques du système qui persistent à célébrer les mérites de Staline. Une telle identification permet de proclamer que la fin de l'URSS signifierait la « fin du communisme ». Alors que certains, au prétexte que l'histoire aurait mal tourné, souhaitent déchirer la page, le livre de Moshe Lewin fournit un éclairage sur ce « continent disparu » et contribue à donner à l'URSS sa vraie place dans la réflexion sur la révolution et le socialisme aujourd'hui.]

* David Mandel, Les soviets de Petrograd, Syllepse
[Synopsis. Images d'Épinal de la révolution russe de 1917, les soviets restent encore mal connus. Comment sont-ils nés ? Qui en faisaient partie ? Quels étaient leurs rôles ? Que voulaient-ils ? David Mandel nous propose de lever un voile de l'histoire de cette expérience inédite du 20 e siècle qui suscite de nombreuses controverses. Nés de la volonté des ouvriers, dans une situation de guerre et marasme économique aiguë, de vouloir contrôler la production contre le sabotage des patrons, ils se sont vite heurtés à leur hostilité ainsi qu'à celle du gouvernement provisoire de Kerensky qui, selon eux, mois après mois, trahissait la révolution démocratique de février. Sur ce chemin, presque contre leur volonté, ils sont conduits ou forcés à prendre de plus de responsabilités dans la gestion des entreprises et du pays et, au bout du compte, à se poser, au paroxysme de la crise sociale et politique et militaire, en alternative d'un appareil d'État déliquescent. Ils suivront un chemin hésitant qui conduira à la crise révolutionnaire d'octobre 1917, avec le mot d'ordre bolchevique « Tout le pouvoir aux soviets ». Le 26 septembre 1917, le soviet de Petrograd, précédemment à majorité menchevique, se rallie aux bolcheviques, et Trotsky est élu à sa présidence. La révolution d'Octobre fait ses premiers pas et les soviets des ouvriers, des soldats et des paysans en sont désormais l'épicentre. Un nouvel avenir s'écrit. David Mandel nous raconte cette longue année historique de 1917 vue d'en bas dans les usines et les villages, mais aussi dans les casernes. Si son ouvrage se concentre sur les ouvriers de Petrograd, fer de lance de la révolution, notamment en nous proposant une radiographie sociale et culturelle de cette classe ouvrière russe ébullition, il prolonge son analyse à toute la Russie notamment à la vaste paysannerie russe qui, elle aussi, se dote de soviets. Il appuie ses analyses sur de nombreux témoignages des acteurs de l'époque, notamment ceux d'éléments hostiles à la révolution et ceux de mencheviques. Les soviets de Petrograd nous propose donc de suivre pas à pas la construction d'une émancipation et d'une nouvelle démocratie, avec ses contradictions et ses difficultés. Portée par les damnés de la terre, la révolution des soviets a ouvert un immense arc d'espérances dans le monde avant que la contre-révolution stalinienne ne vienne le saccager et le détruire.]

* China Miéville, Octobre, un récit de la révolution russe, Ed. Amsterdam
[Synopsis. Avec Octobre, le romancier China Miéville entreprend de raconter le moment décisif que fut la Révolution russe, à l’occasion de son centenaire. En février 1917, la Russie était une monarchie autocratique et arriérée, enlisée dans la guerre ; au mois d’octobre, après deux révolutions, elle devient le premier État ouvrier, à l’avant-garde d’une révolution mondiale. Comment un tel bouleversement a-t-il pu s’accomplir ? Adoptant une perspective panoramique, couvrant aussi bien les grandes villes, Saint-Pétersbourg et Moscou, que les petits villages les plus reculés du tentaculaire empire russe, Miéville nous plonge dans le torrent des événements dont il restitue admirablement la passion, le drame, la contingence et l’étrangeté. Ainsi parvient-il à rendre sensible et présente cette révolution à des lecteurs qui, aujourd’hui, ne la connaissent pas bien ou pas du tout. « Cette révolution fut celle de la Russie, mais elle appartenait aussi, et continue d’appartenir, à d’autres. Elle pourrait être nôtre. Si ses phrases restent inachevées, c’est à nous qu’il incombe de les finir. »]

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06 août 2017
A l'appel de la "France Insoumise"

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02 août 2017
Autour d'un centenaire (2)
Dans les pas de Lénine
En pleine guerre mondiale (1914 – 1918), la révolution d'octobre représenta pour beaucoup un immense espoir : le début de la fin de la barbarie.
Dans les années qui suivirent la victoire des Bolchéviks, nombreux furent donc les intellectuels et les artistes qui franchirent les frontières de l'URSS pour apporter leur soutien ou manifester leur sympathie au nouveau régime.
Parmi ceux-ci, Stefan Zweig, grand écrivain autrichien, passionné de littérature russe (biographe de Dostoïevski et de Tolstoï, admirateur de Gorki), qui entreprit son périple en 1928.
Un voyage organisé et encadré par l'autorité communiste, avec l'accord de l'intéressé, dont le but n'était de prendre position sur le plan politique. Zweig était un homme de culture et là se situait ses propre priorités : la littérature bien sûr, mais aussi l'architecture, la peinture ou la découverte des musées soviétiques.
Il profita également de son séjour pour rendre visite à des personnalités comme Eisenstein ou Gorki.
Pour autant, il n'était pas aveuglé et comprenait bien la réalité du pays qu'il visitait. Mais il préférait garder ses critiques pour un usage privé. Pour le grand public, il se limita à écrire un « Voyage en Russie », aujourd'hui réédité [1].
Un récit complété ici par un portrait de Gorki, mais surtout précédé par un texte concernant Lénine : le « wagon plombé » [2].
L'occasion de rappeler que Zweig adopta des positions pacifistes durant le conflit mondial et qu'il s'était lié avec des exilés en Suisse, notamment des Russes. D'où un intérêt marqué pour l'ébullition politique à l'Est.
Zweig se penche sur un moment clé de l'année 1917. Pour lui, Lénine ne fut pas un « agent allemand » mais un révolutionnaire soucieux de rentrer au plus vite dans son pays en révolution, et qui choisit de traverser l'Allemagne dans un train bénéficiant d'une immunité diplomatique, afin de gagner du temps.
Il s'appuie largement sur le témoignage du socialiste suisse Fritz Platten, et évite d'aborder directement des questions de tactique ou de stratégie politiques pour se focaliser sur le vécu d'un homme qui vivait modestement chez un cordonnier. Un militant discret qui attirait peu l'attention sur lui, contrairement aux diplomates et espions de tous bords qui pullulaient alors dans ce pays « neutre » européen !
L'empathie de l'écrivain pour Lénine est évidente et la tentation "léniniste" est parfois proche.
On est loin évidemment de Soljénitsyne et de son « Lénine à Zurich » [3], qui décrivait un révolutionnaire retors et prêt à tout pour atteindre son but -le pouvoir absolu- , y compris collaborer avec le régime du Kaizer Guillaume II !
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[1] Zweig Stefan, Le wagon plombé [suivi de] Voyage en Russie, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 2017
[2] Le titre allemand est Der versiegelte Zug, littéralement : Le train mis sous scellé. C'est la traduction « historique » qui a été retenue.
[3] Soljénitsyne Alexandre, Lénine à Zurich, Seuil, Paris, 1975
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01 juillet 2017
Time out !

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24 juin 2017
Un poète avec les ouvriers
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Autour d'un centenaire (1)
Un révolutionnaire sans frontières
Folio Biographies (Gallimard) publie un «Trotsky» de Michel Renouard [1]
Disons le sans détour, cette biographie n'apporte rien de vraiment neuf.
Utilisant abondamment les travaux de référence existants, notamment ceux d'Isaac Deutscher [2] et de Pierre Broué [3], et ayant largement recours à l'autobiographie de Trotsky lui-même [4], il s'agit d'un résumé correct de la vie du révolutionnaire assassiné en 1940.
Ni plus ni moins.
Mais aucune des questions politiques et théoriques liées à l'oeuvre et à l'action de Trotsky n'est sérieusement abordée et encore moins discutée : sa conception du parti, la théorie de la révolution permanente, ses analyses de l'ascension du fascisme et ses positions concernant le front unique ouvrier, la nature de l'URSS et le stalinisme, la fondation de la IVème Internationale, etc. [5]
Le lecteur en apprendra finalement plus sur sa vie privée ou les multiples péripéties d'une existence marquée par des emprisonnements, déportations, évasions ou exils forcés.
Nous sommes plus dans un récit d'aventures que dans un véritable essai sur l'une des grandes figures de la révolution d'octobre.
Les cyniques, ou celles et ceux qui sont revenus de tout, affirmeront que cela n'a guère d'importance car ce chapitre fait partie d'une histoire ancienne et n'intéresse plus personne aujourd'hui.
Soit. Ce discours est recevable. Mais sa pertinence reste sujette à caution.
Oui, les «10 jours qui ébranlèrent le monde» [6], et les personnalités qui ont joué un rôle dans ceux-ci, sont centenaires. Oui, la société évolue et il est illusoire de vouloir rejouer cet épisode de l'histoire du XXème siècle (une aspiration qui est toujours celle d'une certaine «extrême-gauche» qui a des difficultés à changer de logiciel politique).
Pour autant, le passé reste riche d'enseignements et il peut nous donner de précieuses indications sur les «impasses» à éviter dans l'avenir.
La compréhension d'événements historiques majeurs demeure utile pour redéfinir, ici et maintenant, un projet émancipateur renouvelé ; elle demeure nécessaire pour nous aider à relever les défis de notre époque, dominée par un large désenchantement et orpheline d'alternatives mobilisatrices...
Lire directement Trotsky dans le texte -ainsi que bien d'autres combattants pour la transformation radicale du monde, aujourd'hui disparus- demeure stimulant pour appréhender notre réalité dans le but de la changer.
Quant à ce petit ouvrage, il peut-être conseillé à tout qui connaît peu la période historique évoquée et voudrait en savoir un peu plus sur un militant dont le nom continue à susciter des réactions en sens divers.
A condition d'approfondir le sujet ensuite, bien sûr...
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[1] Renouard Michel, Trotsky, Gallimard (Folio), Paris, 2017.
[2] Deutscher Isaac, Trotsky (I. Le prophète armé ; II. le prophète désarmé ; III. le prophète hors la loi), UGE 10/18 (6 tomes), Paris, 1972-1980.
[3] Broué Pierre, Trotsky, Fayard, Paris, 1988.
[4] Trotsky Léon, Ma vie, Gallimard (Folio), Paris, 1973.
[5] Sur ces questions, voir notamment : Mandel Ernest, Trotsky, Maspéro, Paris, 1980.
[6] Reed John, 10 jours qui ébranlèrent le monde, Editions sociales, Paris, 1974.
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20 juin 2017
Crise(s) gouvernementale(s)s dans les entités fédérées francophones !
Que penser des événements de ces dernières heures ?
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Le CDH est un vrai parti de droite. Il n'est pas un parti de « centre- droit » comme le répètent mécaniquement les journalistes dans leur inimitable langage euphémisé. S'il n'a pas sauté dans le train gouvernemental au fédéral, en 2014, ce n'est pas en raison de désaccords sur la politique libérale en matière économique et sociale, mais parce que le plus « belgicain » de tous les partis ne pouvait s'accommoder d'une alliance avec une NVA qui aspire à l'indépendance de la Flandre.
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Aujourd'hui, il opère un revirement total parce qu'une fenêtre de tir s'ouvre. Le PS, en grande difficulté, ne cesse de reculer dans les sondages au profit du PTB, un parti qui n'est d'ailleurs pas une menace immédiate dans la course à l'occupation du pouvoir. Et en France, la victoire de la droite « macroniste », abusivement habillée des oripeaux du « centrisme », crée un climat favorable à la constitution de gouvernements débarrassés de « la gauche », bien au delà des frontières de l'Hexagone. L'occasion fait le larron et le moment est donc idéal pour changer d'attelage, afin de pouvoir mener une politique encore plus au service des intérêts des grandes et petites entreprises, entièrement focalisée sur « la concurrence libre et non faussée », avec pour priorités l'affaiblissement de la Sécu et la remise en cause des services publics, au profit du secteur privé.
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Le CDH veut ainsi se positionner pour les prochaines échéances électorales, à commencer par les élections communales de 2018, et tenter de promouvoir des coalitions anti-PS partout où c'est possible.
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Pour autant, son pari n'est pas gagné. Si un accord avec le MR peut suffire en Wallonie, d'autres appuis sont indispensables à Bruxelles ou en Communauté Française. Pris de court, Ecolo et Défi ne semblent pas preneurs pour l'instant. La perspective de jouer un rôle d'appoint dans une opération de ravalement de la façade d'un concurrent ne les enthousiasme guère.
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Le PS est sous le choc et beaucoup de ses élus hébétés. Il est vrai que personne n'avait vu venir le coup tordu de Lutgen, et il est évident que le parti du Boulevard de l'Empereur n'a pas beaucoup de solutions de rechange. Il met en oeuvre depuis tant années des politiques de droite avec ses partenaires, tantôt MR, tantôt CDH et parfois les deux simultanément, qu'il est incapable de changer d'option du jour au lendemain. Déchiré par des débats internes sur la ligne de conduite à adopter pour résoudre ses turpitudes affairistes, le PS ne va pas se transformer soudainement en parti conséquent « de gauche », décidé à rompre avec le néo-libéralisme, prêt à affronter les instances de l'UE, et disposé à envisager une alliance avec Ecolo et/ou le PTB.
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Dès lors, le PS est condamné à subir -pour le moment- les événements. Mais, il ne faut pas pour autant l'enterrer. Ce parti contrôle encore beaucoup de leviers, reste en position de force dans nombre de communes importantes ou au niveau provincial, et dispose sans doute aussi d'informations gênantes concernant ses rivaux. Les prochains jours seront mouvementés et pourraient encore réserver quelques surprises. Et puis, un « animal blessé » est toujours dangereux...
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Au delà des péripéties politiciennes et des véritables enjeux politiques de l'heure, tout ce « bazar » ne valorise pas un petit monde déjà largement discrédité aux yeux de l'opinion publique. L'opération mains propres du CDH risque même de s'avérer contre-productive, en alimentant une crise de la représentation politique qui rejaillira sur les différents acteurs.
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Cet épisode, qui ne grandit pas ses protagonistes, offre une perspective supplémentaire au PTB. Epargné par les affaires, refusant les compromissions avec les uns et les autres, défendant des propositions fortes en matière d'éthique politique, sa bonne dynamique actuelle (voir les « enquêtes d'opinion » des derniers mois) devrait être confortée. Pour autant, le PTB aurait tort de se contenter de « surfer » sur la vague de désapprobation des égarements des vieilles formations installées. Il doit continuer à présenter une alternative d'ensemble et travailler à la formation d'un « front social», à même de modifier des rapports de forces aujourd'hui défavorables aux « progressistes » de tous les horizons.
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