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27 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [127]

 

tardi.jpg"Et il la résume. En huit points qui tombent dans notre pénombre comme autant de chefs d'accusation.

1) Benjamin Malaussène, Contrôle Technique au Magasin, grande boutique piégée depuis sept mois par un tueur inconnu, se trouve présent sur le lieu de chaque explosion.

2) Quand ce n'est pas lui, c'est sa sœur Thérèse.

3) La dénommée Thérèse Malaussène, mineure de dix-sept ans et trois mois, semble avoir prévu le moment et le lieu de la quatrième explosion -détail qui peut intriguer tout fonctionnaire de police rétif à l'astro-logique.

4) Jérémy Malaussène, mineur, 11 ans et dix mois, a incendié son collège au moyen d'une bombe artisanale dont un des composants chimiques au moins à déjà été utilisé par le tueur du Magasin.

5) La topographie du magasin semble singulièrement intéresser la famille, si on en juge par le nombre de photographies trouvées dans le cartable de la cadette des sœurs, Clara Malaussène, 15 ans et huit mois, agrandissements photographiques découverts lors d'une perquisition opérée au domicile de la famille, mandat délivré le..., etc.

6) Le plus jeune des enfants Malaussène rêve depuis des mois "d'ogres Noël ", thématique sinistre qui n'est pas sans rapport avec les photographies (non-moins sinistres) découvertes sur les lieux de la dernière explosion.

7) La grossesse de la sœur Louna Malaussène, 26 ans, infirmière, est à l'origine d'une rencontre entre Benjamin Malaussène et le professeur Léonard, victime de la troisième explosion.

8) Le chien de la famille lui-même (âge et race indéterminés), ne semble pas étranger à l'affaire, victime qu’il fut d'une crise nerveuse sur le lieu d'un des meurtres. (L’analyse des photos découvertes dans les wouataires de l’exposition suédoise, révèle, au moins, sur l'une d'entre elles, la présence d'un chien atteint d'une affection similaire.)"

 

[Daniel Pennac, Au bonheur des ogres, 1985]

 

 

 

26 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [126]

 

tardi.jpg"Avant que j’aie pu esquisser un geste, elle plongea la main dans son sac et en sortit un petit pistolet nickelé qu’elle dirigea sur moi.

Ma première impression ne m’avait pas trompé : cette femme était très dangereuse. Il faisait trop sombre pour que je puisse lire ses intentions dans son regard, mais son intonation laissait deviner une détermination farouche, quasi obsessionnelle, à la limité de l’hystérie.

– Je suis venue pour vous tuer, Baraudy. J’aurais pu le faire tout à l’heure, devant tout le monde, et c’était mon but. Ça m’aurait fait plaisir de vous vider mon chargeur dans le ventre et de vous voir vous tortiller sur ce parquet bien ciré, avec votre belle chemise et votre beau costume blanc souillés de sang et de vomissures, au milieu de vos invités en train de bouffer des petits fours et de boire du champagne…

Pas de doute, j’avais affaire à une cinglée."

 

[Gérard Delteil, La confiance règne, 1991]

 

25 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [125]

tardi.jpg"Faty hocha la tête d’un air à la fois grave et enfantin, et Teissère, attendri, songea : ‘’je t’aiderai, mon petit garçon. Parce que tu sais, tout est tellement crado. Des tueurs, des voyous, des pédés, des vicieux, du sperme, des putes, des macs, de la schnouf, du fric, des cons… Des coups de feu, de surin, d’acide, de rasoir, de pic à glace… Si tu savais ce que c’est qu’une vie de flic !’’

Son cadet passait près d’eux. Teissère le happa et le prit aussi par les épaules.

Il était un peu gêné, mais ce geste, il le retenait depuis des années.

Il les serra très fort, ses deux fils. Ils étaient tous trois épaule contre épaule. Heureux.

Et c’était Noël. Un Noël blanc, même !

Des minutes comme celles-ci, ça valait bien cinquante-cinq ans de merde, non ?"

 

[Frédéric H. Fajardie, Gentil, Faty !, 1981]

 

24 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [124]

 

tardi.jpg"Les cordes crissaient sur le bois du petit cercueil. Les deux employés municipaux se tenaient de chaque côté de la fosse et hissaient la charge en cadence. Après deux ou trois mouvements, le cercueil fut posé sur le sol, près de la plaque tombale de granit.

- Alors ? demanda l'un des employés. Il s'essuya le front du revers de la manche, rejetant sa casquette en arrière.

Roland Gabelou eut un instant de passage à vide."

 

[Thierry Jonquet, La Bête et la Belle, 1985]

23 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [123]

 

tardi.jpg"Comment s’en débarrasser ? Il avait lu des tas de bouquins, vu des tas de films sur ce genre de problème. Martin s’imaginait mal, il en sourit presque, découper le corps à la scie pour fondre ensuite les morceaux dans sa baignoire préalablement remplie de chaux vive ou d’acide sulfurique. Pas question non plus de l’enterrer dans le jardin, ou de creuser une fosse dans la cave, qu’il cimenterait ensuite. Il savait d’instinct que ces solutions harassantes qui exigent bien des allées et venues suspectes débouchent toujours sur des échecs. Pendant quelques minutes, il joua avec l’idée de jeter le corps, préalablement lesté, dans la Marne toute proche. C’était faisable, pas très compliqué. Il eut cependant la vilaine image du corps en décomposition s’évadant peu à peu des entraves le retenant au fond, remontant à la surface, vilain spectre.

Martin grilla plusieurs Gitanes, but quelques verres, pas beaucoup et prit doucement sa décision. Sans l’avoir touchée, il savait que Leila était maintenant presque complètement raidie. Qu’elle serait difficile à transporter. C’était néanmoins ce qu’il allait faire."

 

[Jean-François Vilar, De parfaits petits crimes, 1986]

22 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [122]

 

tardi.jpg"Seuls Kol et Victoria semblaient garder la tête froide, ramener sans cesse les questions pratiques sur le tapis. Kol invita tout le monde à réfléchir sérieusement avant de prendre une décision.

– Un : où, quand, comment on s’y prend pour l’embarquer sans que personne le sache ? Au Touquet ou ailleurs ? Deux : comment on le transporte chez l’Enfant-Loup ? Comment on installe son sous-sol pour qu’il puisse y vivre et bosser ? Comment faire ça sans jamais alerter les flics ?

Tous se regardèrent comme s’ils ne s’étaient jamais vus.

Dylan avoua :

– J’en sais rien, je n’ai jamais enlevé personne.

– Si, tu m’as enlevée ! s’exclama Dorith.

– Et moi aussi ! dit sa soeur en minaudant.

Victoria intervint avant qu’Hurel et Rousseau se lancent sur l’enlèvement des Sabines dont une exposition thématique venait d’être organisée au…

– Pour les recherches, vous n’aurez pas à les faire, annonça-t-elle. C’est fait. J’ai un dossier épais comme ça sur Ramut : adresse, téléphone, mail… tout ce qu’il faut. Je sais même par qui sa femme se fait baiser, le nom, l’adresse, la pension où ils ont placé leur fils. Tout…

– C’est pour le procès ?

Victoria fit non de la tête."

 

[Gérard Mordillat, La brigade du rire, 2015]

 

21 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [121]

 

tardi.jpg"Il hésita entre le ‘’Tabac du Matin’’ et le self-service situé au rez-de-chaussée de l’Humanité. On pouvait y prendre un café, l’emporter à une table sur un plateau et tout en dégustant le liquide brûlant, s’amuser à reconnaître au passage les grandes signatures du journal, les plus illustres figures du Parti Communiste. Thorez, Duclos, même Aragon venaient ici se restaurer entre deux réunions ou attendre que leur article arrive au marbre."

 

[Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, 1983]

20 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [120]

 

tardi.jpg"Le lendemain matin nous avons une gueule de bois carabinée mais nous sommes plutôt contents. On boit du café noir, les Nègres et moi, dans la cuisine. On parle lentement, comme les lendemains de cuite. Je suis content de ce que j’ai fait. Je veux en savoir un peu plus. Ils m’expliquent leur point de vue. Le Zimbabwin, leur contrée, elle s’est libérée et c’est un Front de Libération, le FLZ qui s’est installé au pouvoir. Mais si je comprends bien, il y a une ethnie qui marche sur la gueule des autres, dans le FLZ, et qui pis est, musulmane, tandis que mes deux singes, ils sont moitié féticheurs, moitié marxistes athées. Ils m’expliquent : les musulmans, là-bas, c’est l’équivalent des bourgeois ici, ce sont de grandes familles, des chefferies, de tous temps mouillées avec les expéditions arabes qui descendaient l’Afrique, remontant le Nil et plongeant bien au-delà dans l’intérieur, à travers le Soudan, jusqu’en plein cœur du continent, faire des razzias, kidnapper à grande échelle, des populations entières qui se revendaient sur la mer Rouge, les hommes pour le travail, les femmes aux bordels, les mômes ça dépend.

Mes hôtes, ils ont fait scission, créé le MPLZ, le Mouvement Populaire de Libération Zimbabwite, organisé la guérilla dans le Sud, avec leurs tribus à eux, des chrétiens, des fétichistes. Toutes ces histoires de religions, je dis franchement que ça m’emmerde. Ils disent d’accord, que ce sera extirpé au fur et à mesure du mouvement réel des masses ; qu’eux-mêmes ils sont bien libérés de toutes histoires de transcendance. Mais qu’il faut pas être trop en avant des masses, il semble que c’est Lénine qui l’a dit, je comprends mal quand ils s’échauffent, leur accent est assez ardu.

Combien de temps que je parle ? Une heure ? Deux ? Je n’ai pas dit un mot de l’affaire N’Gustro. Patientez. Tout le décor doit être mis en place, ou vous n’y comprendrez rien que la surface des choses, qui est de peu d’intérêt, réservée aux hebdomadaires."

 

[Jean-Patrick Manchette, L’affaire N’Gustro, 1971]

 

19 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [119]

 

tardi.jpg"Certain soir, à l’heure où l’hiver commençait à noyer les rues dans les ténèbres, je vis une ombre s’aventurer prudemment le long des murs, à l’abri des bornes cavalières. L’homme portait un haut de forme et une redingote. Je crus reconnaître le dandy que nous avions croisé dans l’escalier de Chardon.

– Holmes !

Dans la minute qui suivit, il se trouvait près de moi, le visage tendu dans cette expression de chien de chasse qu’il prenait en ces circonstances. En bas, l’homme, comme prévu, avait pénétré dans la maison de l’emballeur.

– C’est lui, dit Holmes.

Il endossa sa jaquette, mais tandis qu’il enfilait ses bottes je remarquai de subtils mouvements de l’obscurité, dans la rue : des ombres se déplaçaient de porte en porte.

– Il y a des gens Holmes.

– Je descends. Vous attendez là.

– Mais Holmes.

– Vous attendez. Si j’ai besoin de vous, je vous appellerai, vous le savez !"

 

[René Reouven, Le détective volé, 1988]

18 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [118]

tardi.jpg"Je comprends votre réaction, Watson. J’ai éprouvé la même chose que vous. Mais ce n’est pas possible. Comment pourrions-nous arrêter Moriarty? Quelles charges avons-nous contre lui ? Au vu de quelles preuves pourrions-nous l’inculper? Mes soupçons, dans le fond, ne reposent que sur des déductions et des suppositions, et si je devais en faire part à Lestrade, il me rirait au nez. Moriarty, lui, ne rirait pas. Il ferait intervenir ses conseillers juridiques qui obtiendraient sa libération sans condition, après quoi sa vengeance serait terrible. Non, nous pouvons déjà nous estimer heureux de connaître le monstre que nous devons combattre, et de savoir qu’il accepte ce duel contre moi. Observons les règles de l’honneur, et poursuivons notre avantage. Croyez-moi, Watson  –c’est là que se trouve notre seul espoir d’écraser la tyrannie de cet homme."

 

[Michael Dibdin, L’ultime défi de Sherlock Holmes, 1978]

 

 

17 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [117]

 

tardi.jpg"Le Dr Freud fit lentement le tour de son bureau et posa une main petite et douce sur l’épaule de mon ami.

– Je peux mettre fin à cette contrainte  -du moins pour un moment. Asseyez-vous, je vous prie.

Il indiqua le fauteuil que Holmes venait de quitter et s’assit sur le bord du bureau. Holmes obéit sans dire un mot et attendit, l’air infiniment malheureux et désespéré.

– Connaissez-vous quoi que ce soit à la pratique de l’hypnotisme ? demanda Freud.

– J’en ai quelques notions, répondit Holmes d’un ton las. Avez-vous l’intention de me faire aboyer comme un chien ou marcher à quatre pattes ?

– Si vous acceptez de coopérer, dit Freud, si vous voulez bien me faire confiance, je peux atténuer cet irrésistible besoin pendant un certain temps. La prochaine fois qu’il se fera sentir, je vous hypnotiserai à nouveau. De cette façon, nous réduirons artificiellement votre toxicomanie jusqu’à ce que la chimie de votre organisme parachève l’opération.

Il parlait lentement, en s’efforçant d’atteindre et d’apaiser la vague de panique qui montait en Holmes.

Celui-ci l’observa un long moment lorsqu’il eut fini de parler puis, haussant brusquement ses épaules voûtées, il acquiesça, tout en feignant l’indifférence.

Le Dr Freud, me sembla-t-il, réprima un soupir, puis il s’approcha de la fenêtre en saillie et ferma les rideaux, plongeant ainsi la pièce dans la pénombre. Il se retourna alors vers Holmes qui n’avait pas sourcillé, et déclara, en attirant une chaise et en s’asseyant en face de lui :

– Maintenant je veux que vous vous redressiez et que vous ne quittiez pas ceci des yeux.

– Tout en parlant, il avait sorti de la poche de son gilet la chaîne de montre que j’avais aperçue plus tôt, et il se mit à la balancer lentement d’avant en arrière."

 

[Nicholas Meyer, La solution à 7 %, 1975]

16 décembre 2020

IMAGINAIRE(S) [116]

 

tardi.jpg"Dès qu’ils se retrouvèrent, Sarah Bernhardt et Sherlock Holmes commencèrent à évoquer le souvenir de précédentes rencontres :

– Jamais je n’oublierai votre Lady Macbeth à Londres, il y a deux ans, au Gaiety Theatre. La scène du somnambulisme a non seulement coupé le souffle à tous les spectateurs, mais les actrices anglaises ont failli en périr de jalousie.

– Mon cher Holmes ! toujours aussi gentil», répondit Sarah.

Puis elle se tourna vers le docteur Watson et s’adressa à lui en anglais :

«Et ce cher docteur, comment va-t-il ? J’espère que vous avez pris ma suggestion au sérieux lorsque je vous ai encouragé à raconter dans des livres les fantastiques aventures de votre ami.

– J’y pense, madame, j’y pense. Mais pour le moment je n’ai pas le temps»."

 

[Jô Soares, Élémentaire, ma chère Sarah !, 1995]