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02 janvier 2026

VACARME

Le décès de Brigitte Bardot, "mythe" du cinéma français et compagne de route du FN/RN de la famille Le Pen, a une nouvelle fois relancé un vieux débat, celui de la "relation" entre les œuvres d’art et celles/ceux qui les produisent, celui des rapports entre la qualité de diverses activités artistiques et le comportement de celles/ceux qui les pratiquent avec (ou sans) talent.
 
"Peut-on séparer l’artiste de son œuvre ?" voilà une question répétée à l’envi et déclinée de toutes les manières. Peut-on concrètement rendre hommage à Bardot, et à ce qu’elle a représenté à une époque ou à son combat obstiné en faveur de la cause animale, alors qu’elle était une raciste notoire, d’ailleurs condamnée par la justice de son pays à de nombreuses reprises pour ses innombrables propos et écrits haineux ?
 
Voilà qu’est posée la discussion de curieuse manière. Les êtres humains ne sont pas des saucissons que l’on peut découper en tranches, en fonction des polémiques du jour. Il ne s’agit pas de "séparer" qui que ce soit ou quoi que ce soit, de construire une muraille entre les différentes facettes d’une personnalité. Les êtres humains sont des êtres complexes, traversés par de multiples contradictions et soumis à quantité de tensions.
 
Ils divergent sur leur vision du monde et de l’existence ; ils défendent des opinions ―politiques ou philosophiques― différentes ; ils ont une conception variable de l’éthique. Ils ne sont jamais totalement des "saints" ou des "démons", mais certains franchissent parfois la ligne rouge de l’inadmissible pour toute vie en société.
 
Il serait par conséquent illusoire de penser que les "artistes" pourraient échapper aux turpitudes et paradoxes de notre espèce, qu’ils pourraient constituer une "caste d’individus supérieurs" surplombant le commun des mortels, épargnés par les incohérences de tout un chacun, "parfaits" à tout point de vue.
 
On peut être un personnage infréquentable, un salaud, un délinquant, un criminel, un raciste, un sexiste, un fasciste, un violent, un belliciste, un alcoolique ou un héroïnomane, et néanmoins posséder de réels "talents artistiques", qui peuvent légitimement être appréciés par beaucoup. Dans le cas contraire, il faudrait revisiter toute l’ "histoire de l’art" et jeter aux oubliettes une majorité de "créateurs/créatrices" pour déficit d’humanisme !
 
Ainsi, il serait inacceptable d’aimer la poésie d’Aragon qui, durant toute une période de sa vie, a justifié les crimes de Staline et soutenu le régime dictatorial du "socialisme réellement existant" ! Ainsi, il serait inacceptable de lire "Voyage au bout de la nuit" de Céline, antisémite revendiqué ! Ainsi, fréquenter les textes du Marquis de Sade serait une abjection ! Ainsi, il faudrait mettre au pilon les albums de Tintin eu égard le comportement d’Hergé durant la seconde guerre mondiale ! Ainsi, il faudrait retirer de sa "playlist" un Ferré ou un Brel, peu avares en digressions misogynes, un Montand qui entretenait des relations troubles avec les (très jeunes) femmes, ou un Michael Jackson, réputé pédophile ! Que dire par ailleurs de ces cinéastes ou comédiens qui se comportèrent en délateurs ou calomniateurs à l’époque du maccarthysme, que dire d’une Marylin Monroe ou d’un John Wayne soutiens de l’impérialisme US lors des guerres de Corée ou du Vietnam ? Et que dire de Roman Polanski ou de Woody Allen prédateurs sexuels ?
 
Une liste des cas problématiques serait ici interminable.
 
Dans le domaine "artistique", un(e) "artiste" doit d’abord être évalué(e) ou estimé(e) à son "art". Évidemment, en la matière, il n’existe pas une vérité révélée ; les opinions des uns et des autres seront toujours discutables et discutées. Ce qui est positif, car sans pluralisme d’opinions, aucune "démocratie" possible.
 
Tout ceci ne signifie aucunement que l’on soit dupe de personnalités douteuses ―pour de multiples raisons―, que l'on soit indifférent au "côté obscur" d’auteurs ou d’autrices de romans, de chanteurs ou de chanteuses, d’acteurs ou d’actrices, de réalisateurs ou de réalisatrices, d'"artistes" quel(le)s qu’ils/qu’elles soient.
 
Au demeurant, il n’est jamais interdit de parier sur l’intelligence critique du public et la sagesse populaire malgré l’inquiétant bruit de fond de notre temps amplifié par les réseaux (a-)sociaux.
 
Sauf à désespérer définitivement de l’espèce humaine !
 
 
 

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POLARS EN BARRE [159]

"Welch descendit de sa voiture pie et posa la main droite sur la crosse de son Browning Hi-Power. Sans dégainer, mais mieux valait être prêt. Il longea la camionnette côté passager, regarda sous le châssis, la contourna par l'avant. Le moteur cliquetait encore, le capot était brûlant. Pas de doute, pensa Welch, c'était bien celle qu'on recherchait."

 

Robert Crais

 

 

 

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01 janvier 2026

POLARS EN BARRE [158]

"Je n’avais pas eu besoin d’expliquer l’accident -si l’on peut dire ! Plusieurs versions circulaient déjà, plus belles que celle que j’aurais pu inventer. Je n’avais pas à jouer l’homme démoralisé et accablé. On m’assura que je l’étais.

Une délégation de citoyens m’apporta des vêtements de deuil le mardi après-midi. Rufe Waters, le shérif, Web Clay, le juge d’instruction, et deux membres de la Chambre de Commerce m’emmenèrent au dépôt mortuaire en conduite intérieure. Rufe et Web m’entraînèrent dans la chapelle pour contempler le cercueil  -mais pas l’intérieur- puis ils me firent sortir immédiatement.

La plus grande partie du service se déroula sans moi, parce qu’on m’avait trouvé trop touché et que l’on m’avait installé dans la petite salle de repos. On me fit avaler deux verres d’alcool pour me remettre, et on m’allongea sur le divan. Une fois le service terminé, on vint me chercher."

 

Jim Thompson

 

 

 

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31 décembre 2025

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POLARS EN BARRE [157]

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"Pourquoi ? Ça empêche pas les soldats de dormir. Ils assassinent et ils reçoivent des médailles pour le faire. Les bonnes gens du Kansas veulent m'assassiner, et il y a certainement un bourreau qui sera content d'obtenir le boulot. C'est facile de tuer, beaucoup plus facile que de passer un mauvais chèque. Souviens-toi : je n'ai connu les Clutter que durant une heure peut-être. Si je les avais réellement connus, j'imagine que je ressentirais autre chose. J'pense pas que je pourrais vivre avec moi-même. Mais la façon dont ça s'est passé, c'était comme casser des pipes dans un stand de tir."

 

Truman Capote

 

 

 

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30 décembre 2025

POLARS EN BARRE [156]

"La mort, c'est mon truc. C'est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d'un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence des personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J'ai toujours pensé que, pour s'occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C'est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.

Hélas, cette règle, la même, ne m'a pas protégé. Quand les deux inspecteurs sont venus me chercher et m'ont parlé de Sean, une sorte de paralysie glacée m'a aussitôt envahi."

 

Michael Connelly

 

 

 

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29 décembre 2025

POLARS EN BARRE [155]

Dans la rue, il commençait à crachiner. Deux cavaliers pressèrent le trot de leurs chevaux et dépassèrent une Ford bringuebalante. Executor ouvrit la porte de la Packard blindée et aida le journaliste à s’asseoir.

− Ça commence à bien faire. Il nous faut de l’action.

− La veuve m’a juré qu’elle et ses amis n’y étaient pour rien.

− Qui alors ?

− Pas la moindre idée. Mais tu as raison. Ça suffit comme ça.

− Personne ne proteste de son innocence tant qu’une accusation n’a pas été lancée. Personne ne donne de réponses si on ne lui pose pas de questions.

− Tu as raison. Il faudrait commencer par là.

− Hier, on a tiré sur le poète et on a failli le tuer. Mettons la pression et voyons si l’Ombre sort de l’obscurité et se montre, dit l’Executor en démarrant.

− L’Ombre ? Quelle Ombre ?

− L’ennemi. C’est comme ça que le poète l’appelle. Quant à notre club de joueurs de dominos, il lui a trouvé un nom encore plus lyrique : l’Ombre de l’ombre.

− Pas mal du tout. On pourrait l’embaucher au journal."

 

Paco Ignacio Taibo II

 

 

 

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28 décembre 2025

POLARS EN BARRE [154]

"Il resta étendu là jusqu’à ce qu’il fût certain que la cour fût vide. Il pensa à l’amour de sa vie et imagina qu’elle était avec lui, la tête reposant sur sa poitrine, lui disant combien elle aimait les sonnets qu’il composait pour elle.

Il se remit enfin debout. C’était dur de marcher ; chaque pas lui déchirait de douleur les entrailles jusqu’à la poitrine. Il se tâta le visage ; ce dernier était couvert de quelque chose de sec qui ne pouvait être que du sang. De la manche, il se frotta le visage avec furie jusqu’à ce que le sang frais coulât des écorchures sur une peau douce. Il se sentit mieux du coup, et le fait qu’il n’ait pas pleuré le fit se sentir encore mieux."

 

James Ellroy

 

 

 

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