08 novembre 2017
100 années de controverses (II)
Comme attendu, la commémoration du centenaire de la Révolution d'Octobre 1917 entraîne la multiplication de publications de toute nature : rééditions, livres inédits, numéros spéciaux de revues. Ainsi que la programmation de nombreux documentaires et émissions de télévision, disponibles ensuite sur le net. L'occasion de se rappeler que cet événement majeur a fait couler beaucoup d'encre depuis un siècle, et suscité d'âpres débats et de virulentes polémiques. Rapide survol avec des extraits choisis. En toute subjectivité bien entendu...

Les chefs du bolchevisme des grandes années n’ont manqué ni de savoir ni d’intelligence, ni d’énergie : ils ont manqué d’audace révolutionnaire toutes les fois qu’il eût fallu chercher (après 1918) des solutions dans la liberté des masses et non dans la contrainte gouvernementale. Ils ont systématiquement bâti non l’Etat-Commune qu’ils avaient annoncé, mais un Etat fort, au sens vieux du mot, fort de sa police, de sa censure, de ses monopoles, de ses bureaux tout-puissants.
Victor Serge, 1938
Il ne faut pas commettre l'erreur de croire que l'évolution russe dépendait uniquement de la présence de tel ou tel individu, de la vilenie ou de la noblesse (selon le point de vue de chacun) de Staline, par exemple. Si Lénine avait vécu, les choses n'auraient sans doute pas été très différentes.
James Burnham, 1940
Dans deux domaines capitaux, le léninisme aboutit en effet à un échec. Il n'a pas réussi à répondre aux nombreuses interrogations que pose la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière en système capitaliste avancé. Il n'est pas davantage parvenu à poser correctement les problèmes de construction d'une société prolétarienne. En particulier : une fois passée la période des grandes conquêtes révolutionnaires, Lénine a gravement sous-estimé l'importance de la démocratie ouvrière : il n'a pas compris à quel point était indispensable une opposition soumettant le pouvoir, quel qu'il soit, à une vigilante et incessante critique.
Marcel Liebman, 1976
Finalement, le développement du mouvement de masse en RDA et en Tchécoslovaquie, et la croissance réelle, bien que plus lente, du mouvement de masse en URSS et dans plusieurs autres pays d'Europe de l'Est pourraient déboucher dans les années à venir sur la victoire de la révolution politique. Réalisée sur une base matérielle et culturelle beaucoup plus élevée que celle de la Russie de 1917, ou de l'Europe de l'Est de 1945, sans parler de la Chine de 1949, elle confronterait rapidement les masses laborieuses du monde avec un modèle de société plus libre, plus juste et plus égalitaire que le capitalisme le plus développé.
La crise de crédibilité du projet socialiste serait ainsi définitivement surmontée. C'est ainsi qu'apparaît la nature contradictoire de cette crise de crédibilité. Elle résulte de la banqueroute irrémédiable du stalinisme et du post-stalinisme, de toute tentative d'imposer aux masses des projets politiques sans leur libre consentement majoritaire. Mais elle débouche non seulement sur le rejet résolu de tout "verticalisme", elle intègre aussi une dimension anti-bureaucratique puissante et durable à la conscience de classe élémentaire d'une grande majorité du prolétariat. Ce rejet de la manipulation bureaucratique libère et libérera des forces colossales, qui peuvent se réorienter vers une action émancipatrice contestant la société bourgeoise dans son ensemble.
Tout ce processus contradictoire traduit historiquement la capacité auto-critique et auto-rectificatrice des révolutions prolétariennes, que Marx avait déjà soulignée dans le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte. Il assure, lui aussi, l'avenir du communisme. Mieux, il implique la possibilité, voire la probabilité de la victoire.
Mais, à une condition: que les communistes/socialistes révolutionnaires se dégagent définitivement de toute théorie et de toute pratique substitutionniste, paternaliste, autoritaire à l'égard du mouvement d'émancipation des salariés, sans pour autant retomber dans le spontanéisme.
Ernest Mandel, 1989
Si le stalinisme n’était, comme certains le soutiennent ou le concèdent, qu’une simple «déviation» ou «un prolongement tragique» du projet communiste, il faudrait en tirer les conclusions les plus radicales quant au projet lui-même.
C’est bien d’ailleurs ce que visent les promoteurs du Livre noir. On pourrait s’étonner en effet du ton de guerre froide, passablement anachronique, de Stéphane Courtois et de certains articles de presse. Alors que le capitalisme, pudiquement rebaptisé «démocratie de marché», se proclame volontiers sans alternative après la désintégration de l’Union soviétique, vainqueur absolu de la fin de siècle, cet acharnement révèle en réalité une grande peur refoulée : la crainte de voir les plaies et les vices du système d’autant plus criants qu’il a perdu, avec son double bureaucratique, son meilleur alibi. Il importe donc de procéder à la diabolisation préventive de tout ce qui pourrait laisser entrevoir un autre avenir possible.
C’est en effet au moment où sa contrefaçon stalinienne disparaît dans la débâcle, où s’achève sa confiscation bureaucratique, que le spectre du communisme peut à nouveau revenir hanter le monde.
Combien d’anciens staliniens zélés, faute d’avoir su distinguer stalinisme et communisme, ont-ils cessé d’être communistes en cessant d’être staliniens, pour rallier la cause libérale avec la ferveur des convertis ? Stalinisme et communisme ne sont pas seulement distincts, mais irréductiblement antagoniques. Et le rappel de cette
différence n’est pas le moindre devoir que nous ayons envers les nombreuses victimes communistes du stalinisme.
Le stalinisme n’est pas une variante du communisme, mais le nom propre de la contre-révolution bureaucratique. Que des militants sincères, tout à l’urgence de la lutte contre le nazisme, ou se débattant dans les conséquences de la crise mondiale de l’entre-deux-guerres, n’en aient pas pris immédiatement conscience, qu’ils aient continué à offrir généreusement leurs «existences déchirées», ne change rien à l’affaire.
Daniel Bensaid, 1997
Quand on examine l'histoire de la révolution d'Octobre, il faut se garder d'oublier qu'elle a eu des adversaires révolutionnaires qui avaient une base et une légitimité. Une base, car au cours de l'année 1918, lorsque se multiplièrent les réquisitions forcées et que s'instaura la terreur bolchévique, un nouveau basculement se produisit dans l'opinion et un nombre croissant de soviets élirent des majorités menchéviques et SR. Qu'a fait alors le pouvoir bolchévik ? Il a dissout ces soviets ou les a empêché de siéger. Dès 1918 donc, la pratique du pouvoir soviétique et du parti unique se mit en place, en éliminant y compris ceux qui étaient prêts à former une opposition constructive. Dans ce sens, le bolchévisme a toujours tourné le dos au mouvement d'auto-émancipation des masses populaires, quand il ne pouvait pas l'instrumentaliser.
Claudie Weil, 1997
Si le spectre communiste avait eu raison des puissances du capital au terme d'une guerre civile particulièrement meurtrière, une apparition effrayante, sorte d'image inversée, reflet négatif déformé, était née de ce combat. Le communisme était hanté à son tour par un spectre, celui d'une bureaucratie qui le parasitait progressivement. Le communisme de guerre avait eu raison de la guerre, mais peut être aussi du communisme.
Olivier Besancenot, 2017
La NEP était absolument justifiée par la nécessité de remettre l’industrie en marche, y compris avec des investissements étrangers, et de relancer la production agricole en en redonnant la maîtrise à une paysannerie payant l’impôt. Mais la meilleure protection contre les dérives ultérieures de cette NEP (l’enrichissement rapide de certains koulaks, paysans moyens et commerçants) résidait sans doute dans un régime réactivé d’ouverture politique parallèlement à cette ouverture économique. Une NEP politique pour tous les partisans de la révolution, après la victoire sur la contre-révolution interne et externe. Cela aurait stimulé une renaissance de la vie politique, soviétique, syndicale, associative qui aurait trouvé dans la renaissance de ses droits une motivation pour accompagner la réactivation de l’économie et du pays.
Mais c’est le contraire qui fut mis en œuvre. D’abord, par la terrible répression contre les marins et les ouvriers de Kronstadt. Quels que soient les dangers que ces derniers faisaient courir à la révolution en s’insurgeant, la violence de cette répression était injustifiable. Ensuite, par un «processus de répression moléculaire» qui s’étend dans le pays comme le rapporte Boris Souvarine. Enfin par les décisions du Xe congrès bolchévique qui vont étouffer la discussion politique dans le parti et dans le pays. L’interdiction des tendances et fractions au sein du Parti devenu communiste répondait sans doute à la crainte d’un déchirement ou d’une explosion après les crises qui l’avaient traversé. Le remède fut évidemment pire que le mal. De plus, il entérina, hors du Parti et pour toute la société, le monolithisme d’un Parti unique encadré par ces mesures disciplinaires.
A la fin des années vingt, quand Staline et sa bureaucratie nourrie de ces «règles» mettront le Parti en coupe réglée, ils n’auront pas à aller chercher loin pour trouver ces justifications «léninistes», que Lénine mettait en cause à la fin de sa vie et que Trotsky commença trop tard à dénoncer.
Charles Michaloux et François Sabado, 2017
Je voudrais insister sur un point qui aujourd’hui, depuis l’apparent triomphe du capitalisme à l’échelle mondiale, semble oublié : la révolution russe de 1917 est un événement sans précédent dans l’histoire de l’espèce humaine.
Alain Badiou, 2017
Les échecs révolutionnaires accumulés depuis 1917 ont rendu les militants sceptiques. Le mot même de communisme a perdu sa force émancipatrice telle qu’elle avait été forgée dès 1840.
Michèle Riot-Sarcey, 2017
Ce siècle est clos et, s’il est un modèle dont il faut s’abstraire, peut-être est-ce du bolchevisme, quelle qu’ait été sa grandeur. Non pas se débarrasser du communisme, mais de la forme que le XXe siècle lui donna.
Roger Martelli, 2017

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07 novembre 2017
Renouveler notre logiciel politique
Ah ! ils nous en ont fait approuver des massacres
Que certains continuent d'appeler des erreurs
Une erreur, c'est facile comme un et deux font quatre
Pour barrer d'un seul trait des années de terreur
Ce socialisme était une caricature
Si les temps ont changé, des ombres sont restées
J'en garde au fond du cœur la sombre meurtrissure
Dans ma bouche, à jamais, la soif de vérité
Jean Ferrat, Le bilan

Il y a 100 ans, un immense espoir. Une révolution populaire authentique. Les révolutionnaires au pouvoir !
Et puis, déceptions.
Pas de «dictature du prolétariat» mais une dictature sur le prolétariat. Pas de grand bond en avant démocratique, mais l'anesthésie des formes et des organes d'auto-organisation du peuple. Pas d'Assemblée constituante mais l'extinction du pluralisme politique et l'interdiction progressive de toutes les formations, socialistes comprises.
Et aussi, création d'une police politique. Arrestations arbitraires. Procès expéditifs et truqués. Tortures. Disparitions. Exécutions sommaires. Premières déportations vers des camps. Ecrasement de toute opposition. Cronstadt.
Et puis, contrôle total de l'Etat par un parti unique, le Parti communiste. Mise au pas des oppositions internes. Interdiction des tendances et fractions. Monolithisme idéologique.
Certes, des explications existent. Et de taille. Le climat de violence extrême de l'époque. La première guerre mondiale de l'histoire, boucherie d'une ampleur inédite. Une «paix infâme» imposée par l'empire allemand. La guerre civile et l'intervention des puissances impérialistes. La contre-révolution à l'offensive, sur tous les fronts. Le chaos généralisé, dans un pays souffrant déjà de retards économiques. Une classe ouvrière famélique et une immense paysannerie. La «révolution mondiale» qui ne vient pas. L'inexpérience des nouveaux dirigeants.

Mais des explications ne peuvent constituer des justifications.
Les Bolchéviks au pouvoir ont très vite tourné le dos aux idéaux des Bolchéviks dans l'opposition. Les proclamations programmatiques volontaristes ont cédé le pas aux «nécessités de l'urgence », rapidement transformées en un système figé et durable de mesures arbitraires. Une politique dure, coercitive, est mise en oeuvre pour rester aux commandes, coûte que coûte.
Dès lors, la révolution se métamorphose en contraire d'une révolution. Ses accents libertaires s'évaporent. Une bureaucratie tenace se déploie sur tout le territoire.
Se constitue alors le terreau sur lequel va prospérer le «stalinisme». Entre les années trente et les premières années post-révolutionnaires, pas de changement de nature mais un énorme changement d'échelle. Avec un ordre répressif qui frappera finalement des «communistes» eux-mêmes, dont la plupart des grandes figures de 1917 !
Totalitarisme, goulag, nomenklatura tentaculaire, victimes innombrables : tout cela ne contrariera pas, durant des décennies, au sein même des mouvements ouvriers, la ténacité d'innombrables soutiens aveuglés, ne tarissant pas d'éloges sur un prétendu «bilan globalement positif» des pays du «socialisme réellement existant» !

Impossible ici d'entrer dans les détails des 74 années tumultueuses qui ont précédé la disparition de l'URSS, issue des «10 jours qui ébranlèrent le monde». Entraînant d'ailleurs dans sa chute le bloc des régimes structurellement assimilés au lendemain de la seconde guerre, qui ne pouvaient décidément exister sans la «protection du Grand Frère» !
Au total donc, un gâchis terrible. Avec de lourdes conséquences pour le mouvement social opposé au capitalisme depuis tant de décennies. Car avec l'échec du «projet émancipateur» au XXème siècle, c'est la perspective de solutions de rechange crédibles à l'oppression et à l'exploitation capitalistes qui a été discréditée. De nos jours, il est devenu bien difficile de se revendiquer positivement du communisme !
Bien sûr, 2017 n'est pas/plus 1917 ! La différence ? Cent ans ! Boutade ? Non ! En un siècle, que de bouleversements gigantesques, avec des avancées sociales et démocratiques indéniables, issues de la lutte des classes.
Mais aussi avec la domination consolidée d'un capitalisme -financiarisé et globalisé- plus arrogant que jamais, l'hégémonie de l'idéologie «néo-libérale», la colonisation de l'imaginaire collectif, la promotion de l'individualisme et de l'affrontement de tous contre tous, le développement du productivisme et d'un consumérisme aliénant, de sombres perspectives pour le devenir de notre espèce, hypothéqué par le dérèglement climatique et la crise sans précédent des écosystèmes !
C'est dire si les enjeux -en terme d'émancipation humaine et de sauvegarde d'un environnement viable- ne sont pas moins grands aujourd'hui que lors de l'Octobre rouge.
En prenant appui sur les enseignements des échecs de toutes les tentatives de transformation sociale et politique tout au long du «court XXème siècle», il importe maintenant de préparer l'avenir en construisant des alternatives «révolutionnaires» adaptées à notre époque et à nos sociétés. Un vaste chantier qui mobilise déjà divers mouvements dans de nombreux pays.

Comme le proclamait la jeunesse, il y a près de 50 ans, lors d'un joli mois de mai : «ce n'est qu'un début, le combat continue».
Une formule toujours d'actualité, et pour un bon bout de temps...
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06 novembre 2017
100 années de controverses (I)
Comme attendu, la commémoration du centenaire de la Révolution d'Octobre 1917 entraîne la multiplication de publications de toute nature : rééditions, livres inédits, numéros spéciaux de revues.Ainsi que la programmation de nombreux documentaires et émissions de télévision, disponibles ensuite sur le net. L'occasion de se rappeler que cet événement majeur a fait couler beaucoup d'encre depuis un siècle, et suscité d'âpres débats et de virulentes polémiques. Rapide survol avec des extraits choisis. En toute subjectivité bien entendu...

Or, la dictature du prolétariat, c'est-à-dire l'organisation de l'avant-garde des opprimés en classe dominante pour mater les oppresseurs, ne peut se borner à un simple élargissement de la démocratie. En même temps qu'un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prolétariat apporte une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-là, nous devons les mater afin de libérer l'humanité de l'esclavage salarié; il faut briser leur résistance par la force ; et il est évident que, là où il y a répression, il y a violence, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de démocratie.
Lénine, 1917
En tant que parti politique, nous ne pouvons pas être tenus pour responsables du cours de l'histoire. Mais nous n'en sommes que plus responsables devant notre classe : la rendre capable de mener à bien sa mission à travers toutes les déviations du cheminement historique, voilà notre devoir fondamental.
Léon Trotsky, 1917
Révolution permanente ou massacre permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanité !
Léon Trotsky, 1917
Les magnifiques événements de Russie agissent sur moi comme un élixir de vie. C’est bien pour nous tous un message de salut qui nous vient de là-bas ; je crains que, tous autant que vous êtes, vous ne sachiez pas en apprécier l’importance, et que vous ne sentiez pas assez que c’est notre propre cause qui triomphe là-bas. Ces événements auront, devront nécessairement avoir un effet salvateur sur le monde entier ; il faut que leur rayonnement atteigne l’Europe entière. J’ai la conviction inébranlable qu’une nouvelle époque commence, et que la guerre ne peut plus durer longtemps.
Rosa Luxemburg, 1917
La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la "justice", mais parce que tout ce qu'il y a d'instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la"liberté" devient un privilège.
Rosa Luxemburg, 1918
L'erreur fondamentale de la théorie Lénine-Trotsky est précisément que, tout comme Kautsky, ils opposent la démocratie à la dictature. "Dictature ou démocratie", ainsi se pose la question pour les bolcheviks comme pour Kautsky. Ce dernier se prononce bien entendu pour la démocratie, et même pour la démocratie bourgeoise, puisqu'il l'oppose à la transformation socialiste Lénine-Trotsky se prononcent au contraire pour la dictature d'une poignée de personnes, c'est-à-dire pour la dictature selon le modèle bourgeois. Ce sont là deux pôles opposés, tout aussi éloignés l'un et l'autre de la véritable politique socialiste. Le prolétariat, une fois au pouvoir, ne peut, suivant le bon conseil de Kautsky, renoncer à la transformation socialiste sous prétexte que "le pays n'est pas mûr" et se vouer à la seule démocratie, sans se trahir lui-même et sans trahir en même temps l'Internationale et la révolution. Il a le devoir et l'obligation, justement, de se mettre immédiatement, de la façon la plus énergique, la plus inexorable, la plus brutale, à l'application des mesures socialistes, et, par conséquent, d'exercer la dictature, mais une dictature de classe, non celle d'un parti ou d'une clique, dictature de classe, c'est-à-dire avec la publicité la plus large, la participation la plus active, la plus illimitée, des masses populaires, dans une démocratie complète. "En tant que marxistes, nous n'avons jamais été idolâtres de la démocratie formelle", écrit Trotsky. Assurément, nous n'avons jamais été idolâtres de la démocratie formelle. Mais du socialisme et du marxisme non plus, nous n'avons jamais été idolâtres.
Rosa Luxemburg, 1918
Toute la tragédie du moment est précisément due à ce que la minorité dirigeante du parti guidée par Lénine n'a rien d'autre à proposer que des paroles.
Nicolas Boukharine, 1918
J'ai assisté au Congrès des Soviets, j'ai entendu Trotsky, le grand dictateur visible, car Lénine se montre très rarement. Ce sont ces deux hommes qui mènent tout. Ils reconstruisent un Etat centralisé comme l'ancien régime, mais inspiré d'une âme socialiste.
Pierre Pascal, 1918
Quoi qu'on pense du bolchévisme, il est indéniable que la révolution russe est un des grands événements de l'histoire de l'humanité et la venue au pouvoir des Bolchéviks est un fait d'importance mondiale.
John Reed, 1919
La révolution française avait proclamé les droits de l'homme, la révolution bolchévique proclame les droits de l'Etat sur l'homme.
Albert Londres, 1920
Les Bolchéviks sont les jésuites de l'Eglise socialiste, ils croient en la devise jésuite selon laquelle la fin justifie les moyens.Leur but étant le pouvoir politique, ils ne reculent devant rien. Mais les moyens employés ont brisé l'énergie des masses et terrorisé le peuple. Et sans le peuple, sans la participation directe des masses dans la reconstruction du pays, rien d'essentiel ne peut être accompli. Les Bolchéviks ont été portés au sommet par la puissante vague de la révolution. Une fois au pouvoir, ils se sont retournés contre la vague.
Pierre Kropotkine, 1920
Nous avons passé pas mal de temps à discuter et je dois dire que, maintenant, il vaut beaucoup mieux «discuter avec les fusils» qu'avec les thèses préconisées par l'opposition. Il ne faut plus d'opposition, camarades, ce n'est pas le moment ! Ou bien par ici, ou bien par là, avec un fusil et pas avec l'opposition. Cela découle de la situation objective, ne vous en prenez à personne. Camarades, nous n'avons pas besoin d'opposition à présent ! Et je crois que le congrès devra arriver à cette conclusion, il devra conclure que l'opposition à présent est finie et bien finie, nous en avons assez des oppositions !
Lénine, 1921
Parler d’un « État ouvrier », c’est une abstraction ! Lorsque nous parlions de l’État ouvrier en 1917, c’était normal ; mais aujourd’hui, lorsque l’on vient nous dire : « Pourquoi défendre la classe ouvrière, et contre qui, puisqu’il n’y a plus de
bourgeoisie, puisque l’État est un État ouvrier », on se trompe manifestement car cet État n’est pas tout à fait ouvrier, voilà le hic… En fait, notre État n’est pas un État ouvrier, mais ouvrier-paysan, c’est une première chose… Notre État est un État ouvrier présentant une déformation bureaucratique. Et c’est cette triste, comment dirais-je, étiquette, que nous avons dû lui apposer. Voilà la transition dans toute sa réalité… Notre État est tel aujourd’hui que le prolétariat totalement organisé doit se défendre, et nous devons utiliser ces organisations ouvrières pour défendre les ouvriers contre leur État et pour que les ouvriers défendent notre État.
Lénine, 1921
Il n'est pas vrai que le peuple russe soit en lutte. Au contraire, la vérité à ce sujet, c'est qu'il a été quasiment exproprié et que l'Etat bolchévique -tout comme un propriétaire industriel bourgeois- se sert du sabre et du canon pour le maintenir dans cette condition. Dans le cas bolchévique, leur tyrannie est marquée par une idéologie propre à bouleverser le monde : c'est ainsi qu'ils ont réussi à aveugler les masses. C'est justement parce que je suis une révolutionnaire que je refuse de me ranger aux côtés de la classe dirigeante, qui en Russie s'appelle Parti communiste.
Emma Goldman, 1922
Il faut reconnaître que la politique prolétarienne du parti est déterminée actuellement non par ses effectifs mais par l'autorité immense et sans partage de cette couche très mince que l'on peut appeler la vieille garde du parti.
Lénine, 1922
Les masses se rendent compte du caractère réactionnaire du régime bolchévique : son régime de terreur et de persécution des non-communistes est condamné. La torture, dans les prisons politiques de la dictature et dans les camps de concentration du Grand Nord et de Sibérie, réveille les consciences des progressistes du monde entier. Dans presque tous les pays, des associations de défense et d'aide aux prisonniers politiques de Russie se sont constituées, pour demander leur libération et le rétablissement de la liberté d'opinion et d'expression.
Emma Goldman, 1925
De la démocratie du parti, il ne reste que des souvenirs dans la mémoire de la vieille génération. Avec elle, la démocratie des soviets, des syndicats, des coopératives, des organisations sportives et culturelles s’est évanouie. La hiérarchie des secrétaires domine tout et tous. Le régime avait acquis un caractère totalitaire plusieurs années avant que le terme ne nous vint d’Allemagne. « A l’aide des méthodes démoralisantes qui transforment les communistes pensants en automates, tuent la volonté, le
caractère, la dignité humaine», écrivait Rakovsky en 1928, « la coterie gouvernante a su devenir une oligarchie inamovible et inviolable ; et elle s’est substituée à la classe et au parti». Depuis que ces lignes indignées ont été écrites, la dégénérescence a fait d’immenses progrès. La Guépéou est devenu le facteur décisif de la vie intérieure du parti. Si Molotov a pu, en mars 1936, se féliciter devant un journaliste français de ce que le parti gouvernant ne connaisse plus de luttes fractionnelles, c’est uniquement parce que les divergences de vues y sont désormais réglées par l’intervention mécanique de la police politique. Le vieux parti bolchevique est mort, aucune force ne le ressuscitera.
Léon Trotsky, 1936
La vie intérieure de la Russie dite soviétique, terme impropre car depuis longtemps les soviets ont cessé d’exister, est dominée dans les dernières années par une véritable extermination de la «vieille garde» bolcheviste, c’est-à-dire des anciens cadres politiques dont le rôle s’identifie à l’histoire même de la révolution d’Octobre. Cette immolation a lieu sous des formes diverses, par de multiples procédés au nombre desquels les récents procès de Moscou, peut-être les plus terrifiants mais non les seuls efficaces (car bien d’autres communistes et révolutionnaires de toutes nuances périssent, anonymes, par la faim, le froid, l’épuisement, la maladie, dans des bagnes de toutes sortes, sans passer par aucun appareil judiciaire).
Boris Souvarine, 1937
Aussi n'existe-t-il nulle part dans le monde de contradiction aussi flagrante entre la théorie officielle et la vie réelle, entre les espoirs et leur réalisation, entre les mots et les actes. Mais l'idéologie officielle est la seule admise en URSS, ce qui fait que la vie politique et sociale en Russie est pénétrée de mensonge à un degré inouï. Cela se voit à chaque pas, cela se sent chez tous les citoyens, quelle que soit leur condition, cela frappe chez l'orateur à la tribune, aux premiers mots qu'il prononce. Cette contradiction terrible m'a poursuivi tout au long des dix années que j'ai vécues en URSS.
Ante Ciliga, 1937
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15 août 2017
Autour d'un centenaire (4)
REVOLUTION...S
L'histoire de la révolution russe n'est pas l'histoire d'un peuple rassemblé derrière un parti uni pour la conquête du pouvoir et l'édification du socialisme.
En réalité, en pleine guerre mondiale, le régime autocratique de Nicolas II se désagrège et s'effondre, balayé par «une révolution sociale, multiforme et autonome».
C'est la complexité de ce processus que Nicolas Werth tente de nous restituer dans un livre de synthèse [1] .
L'auteur souligne que 1917 découla finalement d'une convergence temporaire entre une volonté politique (celle de Lénine et ses camarades) et une multitude de mouvements contestataires ; et chacun de ceux-ci avait «sa propre temporalité, sa dynamique interne, ses aspirations qui ne sauraient être réduites ni aux slogans bolchéviks ni à l'action politique de ce parti ».
Parmi les différentes expressions de ce «foisonnement», il pointe :
-
Les soldats, majoritairement des paysans sous l'uniforme, épuisés par trois années de conflit meurtrier et qui aspirent à la cessation rapide des hostilités.
-
La paysannerie qui déclenche une vaste «jacquerie» à l'encontre des propriétaires fonciers, bien sûr, mais aussi contre toute ingérence étatique et contre toute emprise de «la ville».
-
Un «mouvement ouvrier» confronté à un patronat intransigeant, qui développe un programme révolutionnaire spécifique articulé autour de mots d'ordre comme «le contrôle ouvrier» et «tout le pouvoir aux soviets».
-
Les nations et les peuples allogènes de l'empire, en voie de disparition, engagés dans un combat pour leur «émancipation».

Telle est, pour Werth, la toile de fond du «coup d'Etat minutieusement préparé» qui permit aux Bolcheviks de s'emparer du pouvoir le 25 octobre (7 novembre) 1917.
L'auteur détaille, en huit chapitres rondement menés, les événements et leur épilogue qui furent un véritable coup de tonnerre dans une époque qui n'en manquait pourtant pas.
Pour conclure, il consacre un neuvième et dernier volet aux «débats et controverses» suscités par cette irruption révolutionnaire, prélude au «court vingtième siècle» (Hobsbawm).
Il distingue «trois grands courants interprétatifs» : l'historiographie soviétique, l'historiographie libérale et l'historiographie qualifiée de « révisionniste », qui est apparue dans les années 1960-1970, aux Etats-Unis.
Pour la première, Octobre confirmerait «les lois de l'histoire découvertes par Marx» et traduirait le triomphe d'un parti d'un type nouveau, le parti «léniniste», formation disciplinée, centralisée et monolithique, mobilisée par un seul but : la révolution.
Pour la seconde, Octobre constituerait seulement un «accident malencontreux de l'histoire» dû à des circonstances exceptionnelles.
Pour la troisième, soucieuse d'analyser le processus en «partant d'en-bas», Octobre fut bien un mouvement de masse mais confisqué par une minorité agissante.
On suivrait volontiers l'historien si son propos était moins partiel et partial. Pourquoi oublier d'autres analyses et grilles interprétatives, issues notamment du «mouvement communiste» ou de «la gauche», comme celles des courants «trotskystes» et «libertaires» ?
Ainsi, quand Werth martèle que le Parti Bolchévik n'était pas ce parti homogène et uni vanté par les «historiens soviétiques», mais une formation politique profondément divisée, il se contente -désolé pour l'expression - d'enfoncer une porte ouverte !
Il suffit de lire la monumentale «histoire de la révolution russe» de Léon Trotsky [2] pour s'en convaincre. Un Trotsky qui explique longuement les confrontations internes et la lutte opiniâtre menée par Lénine pour «réarmer le parti».
Werth détaille enfin les différents points de vue concernant « l'échec du gouvernement provisoire » ou la question de « la violence » dans le processus révolutionnaire russe, pour conclure par un coup de chapeau à... François Furet, dénonciateur tardif du «mythe révolutionnaire» -qui trouverait sa source dans la révolution française !- et féroce pourfendeur du «communisme» [3].
Mais ceci est une autre histoire autour d'une séquence historique qui fait toujours débat, cent ans plus tard...
@
[1] Werth Nicolas, Les révolutions russes, PUF (Que sais-je ?), Paris 2017.
Agrégé d'histoire et directeur de recherche au CNRS, Werth a participé au fameux et très polémique «Livre noir du communisme» (Laffont, Paris 1997) . Néanmoins, sa contribution à cette édifiante «brique» était plus intéressante que celle d'un Stéphane Courtois, par exemple.
[2] Trotsky Léon, Histoire de la révolution russe, Seuil, Paris, 1950.
[Egalement disponible en poche (2 volumes), toujours au Seuil (Point/Politique en 1967 et Point/Essai en 1995)].
Véritable «chef d'oeuvre de la littérature marxiste», cette volumineuse histoire reste incontournable, même si un siècle plus tard et les progrès de la recherche historique aidant, ce «témoignage» fécond mérite discussion(s).
[3] Furet François, Le passé d'une illusion, Laffont/Calmann-Lévy, Paris, 1995.
Comme beaucoup d'anciens militants staliniens repentis (il quitta le PCF en 1959), Furet fut un féroce détracteur de l'URSS et des pays du «socialisme réellement existant»...
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02 août 2017
Autour d'un centenaire (2)
Dans les pas de Lénine
En pleine guerre mondiale (1914 – 1918), la révolution d'octobre représenta pour beaucoup un immense espoir : le début de la fin de la barbarie.
Dans les années qui suivirent la victoire des Bolchéviks, nombreux furent donc les intellectuels et les artistes qui franchirent les frontières de l'URSS pour apporter leur soutien ou manifester leur sympathie au nouveau régime.
Parmi ceux-ci, Stefan Zweig, grand écrivain autrichien, passionné de littérature russe (biographe de Dostoïevski et de Tolstoï, admirateur de Gorki), qui entreprit son périple en 1928.
Un voyage organisé et encadré par l'autorité communiste, avec l'accord de l'intéressé, dont le but n'était de prendre position sur le plan politique. Zweig était un homme de culture et là se situait ses propre priorités : la littérature bien sûr, mais aussi l'architecture, la peinture ou la découverte des musées soviétiques.
Il profita également de son séjour pour rendre visite à des personnalités comme Eisenstein ou Gorki.
Pour autant, il n'était pas aveuglé et comprenait bien la réalité du pays qu'il visitait. Mais il préférait garder ses critiques pour un usage privé. Pour le grand public, il se limita à écrire un « Voyage en Russie », aujourd'hui réédité [1].
Un récit complété ici par un portrait de Gorki, mais surtout précédé par un texte concernant Lénine : le « wagon plombé » [2].
L'occasion de rappeler que Zweig adopta des positions pacifistes durant le conflit mondial et qu'il s'était lié avec des exilés en Suisse, notamment des Russes. D'où un intérêt marqué pour l'ébullition politique à l'Est.
Zweig se penche sur un moment clé de l'année 1917. Pour lui, Lénine ne fut pas un « agent allemand » mais un révolutionnaire soucieux de rentrer au plus vite dans son pays en révolution, et qui choisit de traverser l'Allemagne dans un train bénéficiant d'une immunité diplomatique, afin de gagner du temps.
Il s'appuie largement sur le témoignage du socialiste suisse Fritz Platten, et évite d'aborder directement des questions de tactique ou de stratégie politiques pour se focaliser sur le vécu d'un homme qui vivait modestement chez un cordonnier. Un militant discret qui attirait peu l'attention sur lui, contrairement aux diplomates et espions de tous bords qui pullulaient alors dans ce pays « neutre » européen !
L'empathie de l'écrivain pour Lénine est évidente et la tentation "léniniste" est parfois proche.
On est loin évidemment de Soljénitsyne et de son « Lénine à Zurich » [3], qui décrivait un révolutionnaire retors et prêt à tout pour atteindre son but -le pouvoir absolu- , y compris collaborer avec le régime du Kaizer Guillaume II !
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[1] Zweig Stefan, Le wagon plombé [suivi de] Voyage en Russie, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 2017
[2] Le titre allemand est Der versiegelte Zug, littéralement : Le train mis sous scellé. C'est la traduction « historique » qui a été retenue.
[3] Soljénitsyne Alexandre, Lénine à Zurich, Seuil, Paris, 1975
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20 juin 2017
Crise(s) gouvernementale(s)s dans les entités fédérées francophones !
Que penser des événements de ces dernières heures ?
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Le CDH est un vrai parti de droite. Il n'est pas un parti de « centre- droit » comme le répètent mécaniquement les journalistes dans leur inimitable langage euphémisé. S'il n'a pas sauté dans le train gouvernemental au fédéral, en 2014, ce n'est pas en raison de désaccords sur la politique libérale en matière économique et sociale, mais parce que le plus « belgicain » de tous les partis ne pouvait s'accommoder d'une alliance avec une NVA qui aspire à l'indépendance de la Flandre.
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Aujourd'hui, il opère un revirement total parce qu'une fenêtre de tir s'ouvre. Le PS, en grande difficulté, ne cesse de reculer dans les sondages au profit du PTB, un parti qui n'est d'ailleurs pas une menace immédiate dans la course à l'occupation du pouvoir. Et en France, la victoire de la droite « macroniste », abusivement habillée des oripeaux du « centrisme », crée un climat favorable à la constitution de gouvernements débarrassés de « la gauche », bien au delà des frontières de l'Hexagone. L'occasion fait le larron et le moment est donc idéal pour changer d'attelage, afin de pouvoir mener une politique encore plus au service des intérêts des grandes et petites entreprises, entièrement focalisée sur « la concurrence libre et non faussée », avec pour priorités l'affaiblissement de la Sécu et la remise en cause des services publics, au profit du secteur privé.
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Le CDH veut ainsi se positionner pour les prochaines échéances électorales, à commencer par les élections communales de 2018, et tenter de promouvoir des coalitions anti-PS partout où c'est possible.
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Pour autant, son pari n'est pas gagné. Si un accord avec le MR peut suffire en Wallonie, d'autres appuis sont indispensables à Bruxelles ou en Communauté Française. Pris de court, Ecolo et Défi ne semblent pas preneurs pour l'instant. La perspective de jouer un rôle d'appoint dans une opération de ravalement de la façade d'un concurrent ne les enthousiasme guère.
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Le PS est sous le choc et beaucoup de ses élus hébétés. Il est vrai que personne n'avait vu venir le coup tordu de Lutgen, et il est évident que le parti du Boulevard de l'Empereur n'a pas beaucoup de solutions de rechange. Il met en oeuvre depuis tant années des politiques de droite avec ses partenaires, tantôt MR, tantôt CDH et parfois les deux simultanément, qu'il est incapable de changer d'option du jour au lendemain. Déchiré par des débats internes sur la ligne de conduite à adopter pour résoudre ses turpitudes affairistes, le PS ne va pas se transformer soudainement en parti conséquent « de gauche », décidé à rompre avec le néo-libéralisme, prêt à affronter les instances de l'UE, et disposé à envisager une alliance avec Ecolo et/ou le PTB.
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Dès lors, le PS est condamné à subir -pour le moment- les événements. Mais, il ne faut pas pour autant l'enterrer. Ce parti contrôle encore beaucoup de leviers, reste en position de force dans nombre de communes importantes ou au niveau provincial, et dispose sans doute aussi d'informations gênantes concernant ses rivaux. Les prochains jours seront mouvementés et pourraient encore réserver quelques surprises. Et puis, un « animal blessé » est toujours dangereux...
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Au delà des péripéties politiciennes et des véritables enjeux politiques de l'heure, tout ce « bazar » ne valorise pas un petit monde déjà largement discrédité aux yeux de l'opinion publique. L'opération mains propres du CDH risque même de s'avérer contre-productive, en alimentant une crise de la représentation politique qui rejaillira sur les différents acteurs.
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Cet épisode, qui ne grandit pas ses protagonistes, offre une perspective supplémentaire au PTB. Epargné par les affaires, refusant les compromissions avec les uns et les autres, défendant des propositions fortes en matière d'éthique politique, sa bonne dynamique actuelle (voir les « enquêtes d'opinion » des derniers mois) devrait être confortée. Pour autant, le PTB aurait tort de se contenter de « surfer » sur la vague de désapprobation des égarements des vieilles formations installées. Il doit continuer à présenter une alternative d'ensemble et travailler à la formation d'un « front social», à même de modifier des rapports de forces aujourd'hui défavorables aux « progressistes » de tous les horizons.
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19 juin 2017
Divorce entre le PS et le CDH ?
Ainsi donc Benoît Lutgen (CDH) veut jouer les Thérésa May et dissoudre les majorités en place en Wallonie, à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles !
En cause, officiellement, les "affaires" qui collent au PS comme le sparadrap au doigt du Capitaine Haddock.
Ce qui est cocasse dans tout ce tohu-bohu, c'est évidemment que le CDH traîne lui-même des casseroles. On se souvient des péripéties autour des plantureux émoluments de la députée européenne Anne Delvaux ; on se souvient de Joelle Milquet obligée naguère à démissionner de sa fonction de ministre ; et on ne perd pas de vue que les trois partis traditionnels sont concernés par le "scandale Publifin" !
Et puis, vouloir soudainement s'allier avec le MR, parti des Serge Kubla et autre Armand De Decker, et allié direct de la NVA au fédéral, comment dire...
Mais ce n'est évidemment pas ce jeu de chaises musicales qui va permettre de renouer avec l'éthique sur le terrain politicien.
Ici comme ailleurs, un changement de cap radical passe par l'émergence et la consolidation de force(s) politiques(s) nouvelle(s).
En attendant, à force de creuser, ces "responsables" finiront par toucher le fond de l'abîme, à la grande satisfaction des humoristes sans doute, mais au plus profond désarroi de la population certainement.
La décomposition du système de l'argent roi s'accélère...
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15:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Macron tient sa majorité...
Elections législatives en France : la vague abstentionniste du premier tour s'est transformée en véritable tsunami ce dimanche 18 juin. Plus de 57 % ! Et comme annoncé, le mouvement du président Macron, La République En Marche (LREM) obtient une large majorité à l'Assemblée nationale !
Les deux grandes formations qui ont dominé la scène politique depuis des décennies, la droite républicaine et le Parti Socialiste (PS), sont en net recul.
Plus « à gauche », la France Insoumise (FI) et le Parti Communiste Français (PCF) sauvent ce qui pouvait encore l'être.
Après les quinquennats de Sarkozy et de Hollande, voici donc que se profile un nouveau quinquennat difficile pour le peuple français. Lequel va devoir continuer à subir une politique d'austérité dure, tant la volonté du monarque et de son équipe de se conformer à la volonté de l'oligarchie financière est grande.
Macron a évidemment toutes les cartes en mains pour mener ses projets à terme. Mais il y a cependant un paradoxe : lui et sa majorité sont issus du suffrage universel et par conséquent « légitimes » ; mais la forte désertion des bureaux de vote par l'électorat ne lui assure une « adhésion populaire » que par défaut !
En ne votant pas massivement et de manière explicite pour LREM, les électeurs marquent ainsi une certaine distance, désabusée, vis-à-vis du nouveau pouvoir.
Cette incertitude pourrait-elle se traduire par une forte réaction sociale contre la politique qui sera mise en oeuvre dans la période qui s'ouvre ?

Rien n'est moins sûr, car il est difficile d'imaginer qu'une faible mobilisation dans les urnes puisse immédiatement se transformer en forte mobilisation dans la rue. D'autant que la « trêve estivale » est très proche. Mais dès la « rentrée », en septembre, avec la concrétisation des menaces de destruction du code du travail par la voie autoritaire des « ordonnances », la donne pourrait changer...
En attendant, il est inutile de se cacher derrière son petit doigt. Même si toutes les circonscriptions n'ont pas été phagocytées par les différentes droites, la défaite du « camp progressiste » est lourde.
Avec quelques dizaines d'élus -sur 577 !- rien ne sera simple, demain !
Comment expliquer cette déroute électorale ?
La réponse à une question aussi difficile ne peut être épuisée ici, dans le cadre d'une réaction « à chaud ».
Notons, rapidement, que les « gauches » ont épuisé leur force propulsive.
Discréditées par l'échec des projets émancipateurs au XXème siècle, engluées dans des politiques de gestion bureaucratique du capitalisme, incapables d'apporter des solutions de rechange convaincantes face à la déferlante néo-libérale, elle ne parviennent plus à gagner un soutien populaire suffisant.
Certes, des forces nouvelles émergent. Mais il faut évidemment du temps pour construire une alternative sur des bases solides.
Ce qui est -et sera- l'un des enjeux pour celles et ceux qui continuent à lutter pour une rupture avec le désordre établi existant, et pour une transformation en profondeur de la société.
J'y reviendrai.
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France Insoumise et PCF :
entre 25 et 30 députés.
Telle est la fourchette au moment d'écrire ces lignes. C'est à la fois peu, eu égard le nombre total des sièges à l'Assemblée nationale, et beaucoup car cela permet d'obtenir un groupe parlementaire et de mener dans de meilleures conditions le combat sur le terrain institutionnel.
Parmi les élus : Jean-Luc Mélenchon, Marie-George Buffet, Clémentine Autain ou encore Alexis Corbière. Autant de personnalités qui ne manqueront pas de se faire entendre dans les prochains mois et qui pourront relayer les luttes qui -souhaitons-le- secoueront le quinquennat à venir.
A suivre...
01:03 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |
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